CH. I. I-A. NATURE
d'admiration; jamais encore il n'a été témoin d'un spectacle aussi étrange, aussi magnifique. Il lui a été accordé de voir une de ces scènes que la nature ne répète que rarement. - Mais bientôt tout cela se dissipe comme une vision qui s'efface. Le rideau noir se resserre pour ne plus se rouvrir; de grosses gouttes mêlées de grêle commencent à tomber et forcent notre jeune observateur à chercher un abri. Une pluie torrentielle voile la nature entière, et Ton n'entend que le hurlement de la tempête et le fracas des torrents entraînant dans leur cours des rochers et des arbres brisés.
Peu à peu la pluie cesse, le vent s'apaise^ le ciel se découvre et le soleil dore la terre de ses rayons, comme pour la caresser et lui faire oublier les terribles scènes par lesquelles elle vient de passer. Les oiseaux sortent en tremblant de leur refuge et recommencent tout doucement leurs concerts; les insectes animent de nouveau l'herbe et les fleurs.
Notre pèlerin médite. La nature s'est revêtue sous ses yeux d'expressions si différentes, si variées, qu'il entrevoit chez elle un caractère particulier, auquel il avait été moins attentif précédemment; elle a touché profondément son cœur, et lui a parlé avec plus d'éloquence que ne le fit jamais page écrite.
Quel contraste dans ces phénomènes variés ! La nature entière, le ciel et la terre, tout paraissait pénétré de la même pensée, du même sentiment. Quand le soleil répandait le bonheur sur la surface de la terre, tout en parlait, tout semblait exprimer un sentiment analogue. Mais si le ciel se courrouce, s'il gronde d'une voix effroyable, tout est saisi d'épouvante; les «nimaux se cachent, et toute la nature change de physionomie et d'expression. Puis il reprend sa sérénité, et la terre lui sourit de nouveau.
Cette puissance de mouvement, cette identité de langage, frappent le spectateur attentif. Il lit dans la nature l'expression énergique des passions et des sentiments dont lui-même est animé. Aussi trouve-t^lle un écho constant et journalier dans nos cœurs. Son spectacle nous émeut jusque dans les profondeurs de notre âme. Une et vivante, elle se révèle à nous comme le chef d'œuvre mystérieux du plus grand des architectes; chefd'œuvre que nous ne connaissons encore que fort imparfaitement, mais qui nous apparaît dans son ensemble comme un corps merveilleux, auquel nous ne pourrions retrancher un seul élément sans le défigurer ou le mutiler. Ses grandes subdivi-
siens sont autant de membres qui, par un continuel échange de services, soutiennent la vie de ce vaste corps.
Bien que ces diverses parties soient toutes également nécessaires, elles ne possèdent cependant pas un même degré de développement, comme on peut l'observer dans les différents règnes. On reconnaîtra dans la progression qu'elles suivent une analogie de construction qui prouve qu'elles ont été formées d'après une même pensée, un même principe, un même plan. Gomme dans la musique les octaves se répètent sur des tons différents, on voit de même dans la nature les images se reproduire constamment à divers degrés de l'échelle des êtres.
Ces analogies entre les différentes parties de la nature, depuis la pierre jusqu'à la créature humaine, ont été pressenties par l'homme dès l'instant où il a élevé sa pensée au-dessus des besoins de son corps. Elles fournissent à la conversation son plus bel ornement, son plus brillant coloris. Elles sont si saillantes, elles impriment un caractère tellement particulier à notre planète qu'elles paraissent former la loi fondamentale, la base de la construction de la nature. Ces diverses parties sont si étroitement unies entre elles qu'un changement apporté dans une seule nécessiterait une transformation dans tout l'ensemble.
Cette construction prédit dès l'origine la nature et le développement des êtres intelligents auxquels notre planète était destinée à servir de berceau.
Les échanges de services qui ont lieu entre les diverses parties de la nature sont si constants, ses engrenages sont si merveilleux que nous ne pou vons refuser de reconnaître qu'un plan admirablement combiné a présidé à leur arrangement. Il est plus qu'évident que toutes ses parties ont du être faites les unes pour les autres, et non assemblées au hasard ou emboîtées après coup.
Nul n'est assez insensé pour croire, en regardant une machine dont il admire les produits, que ses rouages, si nombreux et si compliqués, aient été assemblés à l'aventure ou par un jeu capricieux des vents ou des vagues. Nul n'est assez insensé pour croire que le constructeur de cette machine n'ait pas eu un but bien déterminé, et que ses produits ne soient pas le résultat d'une combinaison préméditée.
D serait mille fois plus absurde encore de supposer que ce mécanisme si compliqué de la nature est la réunion de forces et d'éléments assemblés sans but, et l'effet d'un aveugle hasard. Il semble inexplicable que, lorsqu'il est question de por-