‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 50 sur 130 · De ces hauteurs reportons nos regards sur nous-mêmes · texte numérisé non relu

De ces hauteurs reportons nos regards sur nous-mêmes

174 ÉGONO^UE MATÊKIELLE - TROISIÈME PARTIE

énumérons tous les dangers, toutes les maladies qui assiègent notre faible corps, multiplions-les indé&niment : nous n'atteindrons pas encore le chiffre des maladies et des dangers auxquels Thumaiiité est exposée. Si nos organes sont déjà si nombreux et si compliqués, les siens le sont immensément davantage ; si notre vie est si fragile, la sienne l'est infiniment plus. Si quelques cellules, par le simple attouchement, peuvent gagner une maladie contagieuse, capable de détruire toutes les autres cellules, combien plus ne sera-ce pas le cas pour le corps de l'humanité ! Si quelques cellules, par l'absorption d'un poison mortel, peuvent entraîner la mort de toutes les autres cellules, combien plus l'empoisonnement d'un seul individu doit-il produire un effet semblable sur toute sa race ! Celui qui ne reconnaît pas que la chute et la mort d'Adam ont pu entraîner la chute et la mort de toute Thumanité nie l'organisation de sa race^ et abaisse l'homme au rang le plus bas, celui des monades. Nous pouvons nous étonner qu'une vie aussi fragile, une organisation aussi délicate n'ait pas succombé depuis longtemps à tous les dangers qui la menacent. Mais une main toute puissante s'étend sur elle, un œil qui voit tout veille sans cesse, et un remède efficace est préparé pour tous les maux, même avant qu'ils se manifestent.

21. Dans notre corps la cellule ne choisit ni le te^nps^ ni ha place, ni le genre de travail qu'elle accofuplit; il en est de même pour Vhomme dans le corps humanitaire: il ne peut choisir, ni le temps, ni l'endroit où il naît, ni les facultés, ni 1 education qu'il reçoit. Ses devoirs et son travail lui sont fixés d'avance par Celui qui a conçu l'ensemble; s'il s'y refuse, il est rejeté du corps. Sa position est aussi dépendante envers l'humanité que celle de la cellule à l'égard du corps. Gomme une cellule est incapable de comprendre l'organisation du corps dont elle fait partie, de même notre vue est trop courte, notre intelligence trop bornée pour saisir l'ensemble des détails de ce vaste coiTps.

Dans la part que les hommes prennent aux événements qui les entourent, ils ne consultent guère que leurs passions. Ceux qui, inspirés par des sentiments plus nobles, cherchent à agir conformément à la volonté suprême n'ont cependant qu'une idée bien confuse des développement^ auxquels ils concourent. Les événements vont la plupart du temps contre leur désir, preuve suffisante de leur incapacité à en comprendre la portée.

CH. VIII CONDITIONS d'eXISïENGE DES VIES - § 1 175

22. L'instinct des hommes ne les trompe guère sur he rang qu'ils occupent dans Vordre général. Us se mettent d'eux-mêmes à la place qui leur convient. Ceux, qui ne connaissent que le bien et le mal de la vie animale se croient des animaux ; ils comprennent instinctivement cette confraternité, et ils se supposent une communauté d'origine. Ceux qui considèrent le bien et le mal matériels de l'humanité sont déjà plus élevés que les premiers. Ceux enfin qui placent le sentiment du bien et du mal en dehors de l'humanité, en Dieu» font partie de Thumanité spirituelle et s'élèvent ainsi au plus haut rang, celui d'enfants de Dieu. Placer son bien et son mal en Dieu, c'est devenir un avec lui. Les vies inférieures n'ont aucune connaissance des vies supérieures. Une plante ne conçoit pas la supériorité d'un animal, ni l'animal la supériorité de l'homme, ni l'homme animal celle de l'homme spirituel.

On ne peut sentir le bien et le mal, ou, ce qui est la même chose, la joie et la douleur d'une vie, que si on a cette vie en soi. Pour pouvoir participer à la joie et à la douleur delà vie de Dieu, il faut donc avoir cette vie en soi et participer à sa nature. Pliis une vie est élevée^ plus le sentiment du Men et du )nal devient intense en ^Ue. Ce sentiment trouvera son plus haut développement en Dieu. Cette vérité est confirmée par les paroles mêmes de Dieu : « Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous, connaissant le bien et le mal ^ » (Genèse III, 22.). Connaissant veut dire ici sentant ^ car on ne peut connaître une douleur que si on la ressent. Si nous avons saisi la pensée révélée dans ce dialogue divin, il exprime des sentiments de profonde compassion. Le Fils de Dieu, en prévision de l'immensité des maux qui attendent Thumanité par la chute d'Âdam, doit éprouver une intense douleur, et nous pouvons rendre le sens de ce passage de la manière suivante : « Voici, les hommes ont fait connaissance avec la joie et la douleur comme Tua de nous, mais, afin que cette douleur ne dure pas éternellement sur la terre^ il faut prendre garde qu'il ne tende la main, qu'il ne mange de l'arbre de vie et ne vive à toujours. » Comme l'enfant nouveau-né fait premièrement connaissance avec le

^) L'expression de bien et de mal doit s'entendre ici, par rapport à l'homme, dans le sens purement matériel , mais par rapport à Dieu dans le sens spirituel, vu que les sentiments de l'homme ne sont que l'image de ceux de son Créateur.

mal ou la douleur, et seulement plus tard avec le bien, ainsi rhumanité naissante fait premièrement connaissance avec le mal, plus tard seulement elle apprendra à connaître toute rétendue du bien qui lui est réservé.

Ceux qui croient Dieu incapable de compatir à la douleur de ses créatures font de Dieu un être insensible. C'est la pensée qu*expriment les religions païennes en représentant Dieu sous la forme d'une pierre ou d'un animal. En eflFet les pauvres païens, barbares ou civilisés, ignorants ou savants, ne voient dans le Souverain qu'un juge sévère, sans pitié et sans amour; ils le font semblable à eux.

§ 2. NutritUyn et Organes de (humanité.

Le parallélisme entre le corps de l'homme et celui de l'humanité se poursuit jusqu'à leurs premières origines. L'homme commence par deux cellules, l'une mâle, l'autre femelle; l'humanité commence par deux individus, l'un mâle et l'autre femelle. Les cellules et les hommes engendrent d'autres êtres de leur espèce ; ils grandissent de la même façon, par l'adjonction de nouveaux individus; leur dépérissement s'opère suivant les mêmes lois, et a lieu quand le nombre des morts dépasse celui des naissances. Les lois d'hygiène pour le corps sont les lois de vie et de mort des cellules, comme les lois d'hygiène pour l'humanité sont les lois de vie et de mort des individus. La loi est identique^ les éléments sevls auxquels elle s'applique diffèrent. Ainsi qu'un calcul ne change pas, que l'unité soit un centime ou un franc, de même les lois d'hygiène ne subissent aucune modification, qu'elles s'appliquent à des organisations inférieures dont l'unité est une cellule, ou à une organisation supérieure dont l'unité est un homme. Dans le langage ordinaire, l'hygiène de l'humanité, ou l'ensemble de ses lois de vie et de mort, s'appelle la morale. Nous avons, pai* conséquent, un passage bien simple des lois physiques aux lois morales. Mais l'humanité, comme l'homme, a deux espèces de vie dont chacune a son bien et son mal particuliers. D existe ainsi une morale pour l'humanité psychique, une autre pour l'humanité spirituello. L'uniformité de construction de ces développements successifs produit les lois de l'analogie; elles permettent de fixer les lois morales par la simple analyse des lois physiques.

En poursuivant notre étude de l'organisation du corps humanitaire, nous demandons ce que devient en elle le principe de

CH. Vm. CONDITIONS D'eXISTENGE DE8 VIES - § 2 177

la nutrition. Nous avons vu que la nutrition n'était, à l'origine, que l'union ou le mariage d'une archée vitale avec l'arohée matérielle, et que la nutrition dans les règnes supérieurs était l'union d'une vie supérieure (archée vitale ou mâle) avec le corps d'une vie inférieure (archée matérielle ou femelle). Ainsi dans le corps humanitaire, qui est composé, comme tous les autres corps, de deux éléments (mâle et femelle), Talliance de ces deux archées sera l'acte de la nutrition. Leur produit,, comme celui de toute nutrition, aura pour résultat le renouvellement du corps et l'augmentation de son volume. Par conséquent, l'acte du mariage est pour le corps de l'humanité celui de la nutrition.

Chacun sait que, dans les règnes organiques, la nutrition change peu à peu les substances du corps, jusqu'à ce qu'enfin le corps se trouve complètement renouvelé. De même dans le corps humanitaire, après une centaine d'années, la nutrition (ou le mariage avec les naissances) a renouvelé toutes les substances de son corps, ainsi que toutes ses vies. Si la nutrition journalière est plus considérable que sa perte, le corps grandit; si la perte est plus considérable que 1^ nutrition, il dépérit. La même opération se fait pour l'humanité. Présentement les naissances sont plus nombreuses que les morts, et le corps grandit; mais il viendra un temps où les naissances seront moins nombreuses que les morts et le corps diminuera : ce sera la irieiUesse de l'humanité.

Nous avons vu précédemment que le principe de la reproduction siégeait, en dernière analyse, dans la cellule, qu'il s'exprimait sous une nouvelle forme dans le second état, mais que le troisième état était incapable d'engendrer. L'humanité suit la même loi : elle est incapable d'engendrer, ce ne sont que ses cellules qui possèdent ce pouvoir.

Dans la crainte de voir cet ouvrage s'étendre au-delà des bornes que nous lui avons assignées, nous n'entrerons ici dans aucun détail sur la construction organique de l'humanité, ayant à y revenir dans le second volume. Nous nous permettrons seulement d'ajouter quelques mots sur la durée de sa vie.

11 y a toujours une certaine proportion entre le temps de la croissance et celui de la durée de la vie. Cette loi doit exister pour l'humanité comme pour l'individu. Dans un chapitre précédent, nous avons fixé la vie de l'humanité à 360,000 ans environ.

Ce chiffre considérable, que nous fournissent les analogies, est confirmé par l'interprétation de la parole de Dieu. La Bible contient plusieurs indications précises sur le grand âge qu'atteindra rhumanité. On interprète les jours prophétiques de la Bible ordinairement par des années. Ainsi Daniel, dans ses prophéties sur la venue du Christ, parle de 70 semaines d'années, un jour signifiant une année. D'après cette proportion, le millénium prédit par saint Jean« durant lequel l'humanité jouira d'un repos de mille ans, devra durer 365,000 ans.

D'après Ésaïe XI, 9, et Habacuc II, 14, la perfection intellectuelle que l'humanité acquerra sera telle que < la terre sera remplie de la connaissance de l'Eternel comme les eaux recouvrent le fond de la mer. » Jérémie (XXXI, 34) dit à son tour : « Nul n'enseignera plus son frère, en disant : Connaissez TEterneL — Car ils me connaîtront tous, depuis le plus petit jusqu'au plus grand. > Beaucoup d'expressions de ce genre indiquent la même pensée. Présentement nous ne saisissons Dieu que par la foi, et combien cette foi est faible et timide t Mais elle continuera à grandir jusqu'à ce qu'elle se transforme en connaissance. Cette connaissance augmentera à tel point qu'elle dépassera toutes nos conceptions actuelles, embrassant toutes choses (matérielles et spirituelles). Ceux qui ne conçoivent pas que sur cette terre la foi sera un jour remplacée par la connaissance confirment^ par leur incrédulité, notre assertion que l'immensité de ce progrès dépasse toutes nos conceptions.

Dieu se nomme, lorsqu'il se manifeste au peuple juif sur le mont Sinaï : ^ie Dieujalouœ, punissant l'iniquité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui le haïssent, et faisant miséricorde en mille générations à ceux qui l'aiment et qui gardent ses commande mentsK* Pour que ce nom, sous lequel Dieu se révèle aux hom mes, ne soit pas chez l'Être suprême une exagération inconcevable, plus de mille générations doivent se succéder sur la terre. Or mille générations, à 30 ans par génération, représentent déjà 30,000 ans. Mais, au bout de ces 300 siècles, Adam seul aura eu mille générations. Si à cette époque l'humanité devait périr, il serait non seulement impossible de vérifier le fait que Dieu bénit jusqu'à la millième génération, puisque tous descendent du même homme, mais il n'y aurait plus personne dans

») Exode XX, 5. — Deut. V, 9; VII, 9.

ce monde pour être témoin de la chose. Il faut donc, par ces deux raisons, que ces milliers de générations se succèdent bien des fois, afin de constater aux yeux de la grande masse des humains la vérité du nom de Dieu. Si nous admettons que cette période de 30,000 ans ne se répétera que douze fois, cela nous donne déjà 360,000 ans pour la durée de Thumanité.

Nous ne multiplierons pas les exemples pour montrer que la Bible prédit une grande gloire et un long âge à notre race. Ces chiffres si infiniment minimes pour Dieu, si petits même pour l'humanité, ne nous paraissent tellement énormes que parce que nous les comparons à la durée de notre vie. Nous mesurons le Créateur, ainsi que l'humanité, avec nos petites mesures individuelles. Ce que Dieu appelle « un instant > peut être pour nous des centaines de siècles, et ce qu'il appelle « bientôt » des milliers de siècles. Si un jour de la création embrasse des billions d'années, comment concevoir que le septième jour ne doive durer que six mille ans ?

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