CHAPITRE IX
RÉCIT mosaïque DE LA CRÉATION.
Représentez-vous les peuples primitifs, jeunes, ardents, sensuels, n'ayant de l'enthousiasme que pour ce qui émeut les passions. Sans besoins, sans connaissances, sans intérêt pour les sciences, leur imagination seule demandait delà nourriture. Les langues de ces jeunes peuples se développèrent rapidement; les mots, imitant les sons naturels, se modulaient à Tinfini. Les idées premières, peu nombreuses, s'exprimaient par des sons monosyllabiques, et les mots composés ou dérivés indiquaient l'action qui leur avait donné naissance. Un seul mot pouvait exprimer toute une pensée.
Étrangers aux idées abstraites, ils ne savaient pas raisonner. Leur éloquence prodiguait les figures et frappait l'imagination. Les sages, les philosophes communiquaient le fruit de leurs méditations en discours rythmiques et sentencieux; ils enseignaient par des similitudes, et chantaient leurs dits profonds
et notables en s'accompagnant de la harpe ^ Les amis se parlaient en vers* ; la veuve qui plaidait devant le juge était poète> elle invoquait la nature dans la défense de sa cause.
Le langage des anciens peuples avait une force, une chaleur* une transparence, qui ont disparu dans les mélanges qu'il a subis chez nos peuples modernes. Nos langues se sont abâtardies, les racines des mots ont péri, les rameaux se sont brisés, et la feuille desséchée n'a plus son coloris éclatant et varié. Les mots servent bien encore de pont à la pensée, mais ils ne la parent plus comme autrefois. Froides et sobres, nos langues modernes méprisent tout vêtement.
Jadis tous les hommes étaient poètes; de nos jours, c'est un art auquel le sage daigne à peine se vouer. La réflexion a refoulé l'imagination ; nous nous défions d'elle comme d'une folle. Avons-nous tort? Non ! elle l'était. Elle s'arrogeait une dignité, une puissance qu'elle ne possédait pas. Se transportant, d'un seul coup d'aile, de la terre au firmament, de la réalité aux sphères de la fiction, elle s'imagine pouvoir franchir par ses propres efforts les limites du monde visible. Mais l'histoire des plus grands génies nous montre que l'imagination toute seule est incapable de deviner les secrets de la nature ; et cette incapacité est encorejnfiniment plus grande pour le monde invisible. L'expérience nous apprend à nous défier d'elle; le dédain dont nous l'accablons aujourd'hui n'est qu'une juste rétribution pour l'arrogance et les séductions dont elle s'est rendue coupable envers la pauvre humanité '.
Cependant ne soyons pas exclusifs : si nous voulons comprendre les discours des anciens, il faut réhabiliter rimagination, lui rendre ses droits naturels, sans néanmoins lui permettre d'usurper une autorité indue. Nous devons nous rajeunir, tâcher de saisir le feu des anciens auteurs, les interpréter non d'après la syntaxe mesurée de nos langues modernes, mais d'a-
») Psaume XLIX, 4.
•) Livre de Job.
') Cette puissance de Timagination est bien loin d'ôtre entièrement brisée. Beaucoup de personnes s'imaginent pouvoir se transporter en esprit dans le monde spirituel. Elles prennent une façon de parler pour la réalité. Toute une école de philosophie est dans cette erreur; elle croit que l'intelligence appartient à Tesprit, se meut dans le monde des esprits, et peut, en se regardant elle-même, rendre compte des effets qui s'y produisent. L'intelUgence appai^ tient à l'âme, se meut par conséquent dans notre monde terrestre, et toutes les déductions de cette école sont illusoires.
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près les formes poétiques, animées et brillantes des langues ju- Téniles dont nous allons nous occuper un moment.
Nous citerons un exemple pour montrer combien une phrase peut changer de sens selon qu'on lui applique la syntaxe adop* tée par les langues modernes ou celle des langues anciennes. Noé, se réveillant de son vin, dit dans la bénédiction qu'il donne à Sem et à Japhet : < Que Dieu étende Japhet, qnHl loge dans les tentes de Sem et que Canaan leur soit fait serviteur. » Les commentateurs jusqu'à nos jours ont constamment rappoi-té cet «tf> à Japhet, ainsi que nos formes grammaticales le demandent, et ils comprenaient que Japhet devait loger dans les tentes de Sem. Cependant en comprenant mieux l'esprit poétique des anciennes langues, qui mettait au commencement de la phrase le sujet essentiel auquel on rapportait tout le reste, on arrive avoir que cet il ne se rapporte pas à Japhet, mais à Dieu. La pensée de Noé exprimée en termes clairs et précis serait : «Que Dieu étende Japhet, que Dieu loge dans les tentes de Sem, et que Dieu fasse de Canaan le serviteur de ses frères. >
L'ancienne interprétation, d'après laquelle Japhet devait loger dans les tentes de Sem, n'a aucun sens justifié par l'histoire. Les explications variées qui en ont été données sont la meilleure preuve de leur insuffisance. Ceux qui voulaient s'écarter le moins possible de la lettre du texte croyaient que Japhet devait pour ainsi dire déloger Sem et habiter son pays. Mais cette interprétation, qui serait la plus littérale, est en contradiction avec le sens naturel de tout le passage ; car on ne voit pas de quel droit Sem posséderait les pays habités par Japhet, ni pourquoi le frère aine doit être privé de bénédiction ou spolié à l'avantage du cadet. A la vérité, les Ottomans possèdent en ce moment la Palestine, c'est Japhet délogeant Sem ; mais cette circonstance est pour Japhet un sujet de condamnation, non de bénédiction. D'un autre côté, nous voyons les Juifs, peuple sémitique, habiter en grand nombre parmi nous, et recevoir de nous lumière et civilisation; c'est Sem logeant chez Japhet. Donc l'interprétation d'après laquelle Japhet doit loger dans les tentes de Sem est en contradiction avec les faits actuels.
La seconde interprétation, qui rapporte le il à Dieu» est plus conforme à l'esprit des langues anciennes et ne laisse aucune équivoque sur le sens qu'il faut donner à ce passage. Elle con-
tient une prophétie magnifique, dont la réalisation est tout aussi éclatante que celle des deux autres.
La bénédiction annonçant à Japhet qu'il s'étendra s'est accomplie à la lettre ; car ses descendants occupent presque exclusivement l'Asie, l'Europe et l'Amérique. La bénédiction de Sem, lui annonçant que > Dieu logera dans ses tentes > a été également accomplie à la lettre. Le tabernacle ou la tente de l'Eternel a demeuré chez les Israélites jusqu'à la seconde destruction de Jérusalem ; puis le Messie est apparu et a habité au milieu d'eux pendant trente-trois ans : ces traits sont les plus importants dans l'histoire des Sémites, et bien dignes d'être prédits. La malédiction et l'état de servitude des Camites qui occupent l'Afrique sont également évidents. Ils ne semblent même avoir trouvé leur accomplissement le plus terrible que dans les temps modernes. Ses fruits désastreux et corrupteurs, transportés au nouveau monde, ont occasionné la guerre la plus épouvantable de l'histoire moderne.
L'exemple que nous venons de citer de la fausse interprétation d'un pronom personnel doit nous faire sentir combien nos formes grammaticales, appliquées rigoureusement aux langues anciennes, peuvent intervertir le sens naturel des anciens auteurs. On nous permettra de citer deux cas, qui montrent avec quelle difficulté nous saisissons la pensée des écrivains sacrés. Dès le commencement du Nouveau Testament, saint Matthieu cite ces paroles du Christ : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux. » Saint Luc exprime cette même pensée ainsi : < Vous êtes bienheureux, vous pauvres, car le royaume de Dieu vous appartient. » L'exégèse chrétienne a écrit des volumes sur ce premier discours de Christ, et l'on a donné de ce passage des explications très diverses; nous croyons cependant qu'il n'a pas été compris dans toute sa valeur. L'interpx'étation dominante consiste à dire que ces pauvres en esprit sont simplement les humbles. A notre avis, cette explication ne répond que bien imparfaitement au sens véritable.
Représentez- vous le Sauveur, après avoir passé trente ans sur la terre, le cœur embrasé d'amour, annonçant pour la première fois à ses pauvres frères le salut envoyé par Dieu. Dans sa sublime modestie, il s'élimine; il faut donc, pour saisir la véritable portée du discours des béatitudes, ajouter partout le nom du Sauveur : « Bienheureux sont ceux qui pleurent, car
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Christ les consolera. Bienheureux sont ceux qui sont affamés et altérés de la justice, car Christ leur donnera sa propre justice, et ils se sentiront rassasiés à tel point qu'ils ne pourront rien désirer au-delà. Bienheureux sont les pauvres en esprit, car ils recevront TEsprit de Christ et ils habiteront avec Dieu. »
Cette parole contient la promesse la plus précieuse, Fassurance du don le plus sublime, celui du Saint-Esprit , don sans lequel le pardon même des péchés et le sacrifice de Christ n'auraient aucune valeur pour nous, La supposition que le divin Maître ne voulait désigner par les pauvres en esprit que les humbles exclurait cette sentence non seulement de la chaîne des pensées qui suivent, mais surtout de la logique sur laquelle le Seigneur s'appuie. Substituez le mot de « humbles > . ou le nom de toute autre vertu chrétienne, à celui de pauvres en esprit, et vous n'aurez plus qu'une simple assertion sans raisonnement, et dont on ne peut tirer aucune conséquence. Le syllogisme de Christ se trouve ainsi détruit.
Le mot humbles serait donc ici tout à fait déplacé, il n'aurait aucun sens et aucune liaison logique avec le reste du discours ; il en exclurait la promesse la plus importante, celle du don du Saint-Esprit, dont l'acquisition pour nous est l'objet principal de la venue de Christ. L'humble se distingue par le contentement de sa position, sa passivité et l'absence de désirs ; mais c'est précisément l'opposé que le Sauveur veut relever. Il veut spécialement désigner ceux qui sont mécontents, qui convoitent des biens qu'ils ne possèdent pas; ceux qui, emportés par la violence de leurs désirs, ravissent les choses célestes. Ainsi, faute de logique, on n'a pas reconnu dans cette parole l'annonce si importante du Saint-Esprit.
Dans le môme discours (chapitre suivant) on a commis, jusque dans les derniers temps» une autre faute d'interprétation: Christ veut nous montrer la folie de nous inquiéter de ce que nous mangerons ou de ce dont nous nous vêtirons. Son raisonnement paraît être celui-ci : « Ne vous inquiétez pas de la vie. Vous ne pouvez pas la prolonger de la plus petite partie; pourquoi vous inquièteriez-vous de sa totalité? » Mais nos Bibles françaises et anglaises lui mettent dans la bouche le raisonnement suivant : « Vous ne pouvez pas même allonger votre corps d'une coudée; pourquoi vous inquiéter de la vie?» Ainsi conçue, cette phrase ne présente pour nous aucun sens clair; car nous ne concevons pas comment la grandeur de notre taille
peut avoir quelque chose de commun avec les soucis de la nourriture. Il n'y a entre ces deux propositions aucune liaison, et l'on ne peut en tirer aucune conséquence. Il faut toujours que les propositions sur lesquelles se fonde un syllogisme soient telles qu'elles ne puissent changer sans changer les résultats. Or la taille peut diminuer et grandir sans influencer les soucis de la vie. Ainsi cette interprétation détruit la logique du syllo* gisme de Christ.
D'où vient que nous, Occidentaux, nous comprenons souvent si mal les auteurs sacrés? N'est-ce pas à cause de l'engourdissement, de la frigidité de notre imagination, qui ne saisit pas le langage poétique des anciens, et ne sait pas expliquer leur pensée par le raisonnement qu'ils emploient ou par le sens général de leurs discours?
Si nous savions manier avec plus d'assurance les armes cle la logique, nous pourrions conquérir dans les sciences et les saintes Écritures un monde nouveau. Si Christ ne nous eût pas montré comment on peut prouver logiquement que l'Ancien Testament pose en principe l'immortalité de l'esprit, aucun homme n'aurait eu la pénétration de signaler cette preuve ^ Cependant combien elle est simple I Ce seul exemple nous montre, d'un côté, à quel degré nous manquons de logique ; de l'autre, le grand nombre de vérités que la nature et la Bible doivent renfermer, sans qu'il soit en notre pouvoir d'y atteindre. Mais ne nous décourageons pas ; elles y ont été déposées pour les hommes, et ce que nous ne pouvons accomplir maintenant sera accompli un jour par les générations futures.
Nous avons cité ces divers cas de manque de logique, et ces fausses applications de notre syntaxe aux langues anciennes, pour montrer que le perfectionnement est possible dans l'interprétation des saintes Écritures. Nous serons donc justifié, si nous consultons la logique dans l'interprétation de la Bible, et si nous lui accordons, là où la langue ne s'y oppose pas, une prépondérance décidée sur toute autre considération. La nature et la Bible sont des œuvres intelligentes, raisonnées; sans logique il est impossible de les comprendre. La logique est entre les mains d'un sage ce qu'est le microscope entre les mains du naturaliste: elle rapproche et grossit les objets, et fait reconnaître les détails de leur structure.
») Marc XXII, 37.
CH. IX. RÉaT MOS/UQUE DE LA CRÉATION 185
En consultant le sens général de la cosmogonie mosaïque, nous ne pouvons accepter la traduction usuelle du premier verset de la Genèse. L'original se rend textuellement ainsi : c Dans le commencement (ou Torigine) créa Dieu les cieux et la terre;» ce que les traductions usitées rendent de cette manière: «Au commencement Dieu créa les cieux et la terre. » Sous cette forme le mot commoicement se rapporte à Dieu et désigne l'époque, le temps où Dieu commença à créer. Cette version rompt le fil de l'histoire et ne s'accorde pas avec la récapitulation faite au chapitre II, versets 1 à 8. D'après le sens de l'ensemble, on ne peut que rapporter cette expression « dans le commencement » à cieux et terre, comme s'il y avait < dans leur commencement créa Dieu les cieux et la terre, > ou < Dieu créa le commencement (l'origine) des cieux et de la terre. »
A première vue, ces variantes ne paraissent pas modifier sensiblement la narration de Moïse; mais un examen plus attentif fera reconnaître que c'est pourtant le cas. L'admission de l'une ou de l'autre change, d'une manière absolue, le sens, la marche et la portée de l'histoire cosmogonique. L'ancienne interprétation, qui rapporte le mot commencement à Dieu, admet que la ten-e et les cieux furent sa première création. D'où il résulte que la terre avec toute Tannée des cieux existe déjà au premier verset, ce qui est en opposition directe avec l'assertion, si souvent répétée, que l'Eternel fit les cieux et la terre en six Jours. De plus cette interprétation nous laisse dans une ignorance complète sur la formation de la terre et des cieux; tout ce qui en serait dit, c*est qu'ils sont tohii va hohu; tandis que notre manière d'interpréter, qui rapporte le mot commeticement à terre et cieux, suppose que Dieu ne créa au premier verset que le commencement (ou le premier élément) de la terre et des cieux. Tout ce qui suit n'est ainsi que l'histoire d'une terre et de cieux qui s'achèvent en six jours, en opposition à la première interprétation, qui doit admettre une terre et des cieux tout au commencement du premier jour.
La seconde manière d'interpréter, qui considère le premier <îhapilre de la Genèse comme les annales de la création du monde depuis le moment où Dieu en pose les premiers fondements jusqu'à son accomplissement, est en harmonie avec le sens général; tandis que la première manière, comme nous le verrons, se trouve en contradiction perpétuelle avec le fil de l'his* toire. Ces deux interprétations si différentes, qui changent com-
plètement ie sens de toute Thistoire de la création, tournent autour d'une simple question de syntaxe. La première, sans égard pour le sens, applique d'une manière rigide notre syntaxe au texte hébreu, tandis que la seconde consulte avant tout le sens général en lui subordonnant la syntaxe. Nous ne sommes que trop portés à faire, dans le domaine de Tintelligence, ce que faisaient les anciens maîtres de Tart dans leurs tableaux bibliques. Ils revêtaient leurs personnages des costumes de leur époque. De même nous prêtons aux anciens auteurs notre manière de parler et de penser, et nous nous étonnons que leur langage soit si peu conséquent.
Transportons-nous pour un moment dans ces temps primitifs, et rappelons-nous que l'ancienne manière de parler mettait ridée principale en avant et lui subordonnait les détails. Le^ anciens personnifient tout; c'est ce qui a donné les genres aux objets qui n'en ont pas. Cette manière de personnifier, qui voulait relever dans cette première phrase le mot origine ou commencement, ne permettait pas de dire ^dmis leur origine*, parce que cela aurait donné à ce mot un rôle subordonné, au lieu d'en faire le mot essentiel. C'eût été une faute de style, et, pour ces temps-là, ce pronom eût rendu la phrase moins brillante. Le sens de la phrase suivante est également clair, que nous employions l'article ou le pronom : « Dans le désespoir, fuyant Dieu, Adam et Eve erraient sans savoir où ils allaient. > Il n'y a pas là d'équivoque; on comprend le sens de cette phrase, lors même qu'elle n'est pas tout à fait dans l'esprit de la langue française et qu'on préférerait dire : Dans leur désespoir, etc. Mais dans la langue allemande, qui se rapproche davantage des langues anciennes, un poète aimera tout autant employer l'expression «dans le désespoir», parce qu'il personnifie cet état et lui donne ainsi une importance qu'il perd par l'emploi du pronom possessif. Il en était très probablement de même pour les Hébreux, et le sens de commencement ou origine, avec l'article au lieu du pronom, devait être tout aussi clair pour eux que cette dernière phrase l'est pour nous*.
* Nous remarquons que la forme hébraïque, qui en français se rend par dans le, s'emploie d'une manière tout autre que dans nos langues. Elle parait, dans bien des cas, être une forme de personnification, qui, en français, se rend simplement par l'article, comme s'il y avait le commencement, etc.
Quiconque a lu la Bible connaît combien ce besoin de personnifier toutes choses, pour leur donner du mouvement et de la vie, est dominant. Nous ne nous permettrions plus de personnifier le pain, et de parler du bâton sur lequel il s'appuie et qui menace de se rompre, ou de nous représenter le mal comme un chariot triomphal auquel l'homme esclave est attaché avec des cordes. Notre imagination est trop sobre ou trop pauvre pour goûter de semblables métaphores. Cependant elles étaient alors usuelles. Si on lit un auteur persan ou arabe, on le trouve généralement chargé de beaucoup plus d'images que les livres de TAncien Testament, excepté cependant celui de Job et le Cantique des cantiques. Cette réserve dans la manière de penser et de s'exprimer des peuples occidentaux, en rendant leur langage plus précis et beaucoup plus apte aux besoins des sciences, a eu malheureusement pour effet de voiler à nos yeux de grandes beautés et de nombreuses nuances du style poétique.
Moïse s'exprime ainsi, chapitre I, verset 27 (traduction littérale) : € Et il créa. Dieu, l'homme à son image, à l'image de Dieu il créa lui, mâle et femelle il créa eux. > Aucun poète n'oserait énoncer ainsi deux fois de suite la même idée, mais pour l'Oriental ce n'est rien moins que la même idée. Dans la première phrase toute l'intonation, toute l'imagination de l'auditeur doit être concentrée sur Dieu créa, et à son image devient un détail comparativement insignifiant. Dans la seconde phrase c'est l'inverse: l'image de /)êé?t« reçoit toute l'intonation et devient ainsi la vérité principale, et avoir été créé par Dieu est un détail d'une moindre importance. Ce sont là des nuances que nous ne pouvons sentir que très faiblement, et que nous ne goûtons plus, n faut pour cela la jeune et vive imagination des nations qui habitent les climats brûlants, où la chaleur du soleil semble se communiquer aux facultés de l'âme.
En nous appuyant sur les considérations précédentes, en consultant le sens de l'ensemble, nous nous croyons justifié d'interpréter le premier verset de la Genèse non d'après notre syntaxe moderne, mais d'après la syntaxe ancienne et les exigences de la logique. Nous traduisons donc ce passage ainsi: « Dans lerir commencement créa Dieu les cieux et la terre ; ou : ^le commencement cré^T^i^n des cieux et de la terre.» Pour rendre cette phrase (qui est une traiduction littérale de l'hébreu) plus agréable à une oreille française, nous la tournerons ainsi : < Dieu créa le eommencement des deiix et de la terre, — Et la
terre (de même que les deux dans ce commencement) était sans forme et vide; et les ténèbres s'étendaient sur la face de cet abîme*. >
L'expression tohu va hohu se rend ordinairement dans les langues anglaise et française par < sans forme et vide >. Le mot tohu parait dix-neuf fois dans l'Ancien Testament. Sa signification semble être vanité ou une chose vaine, inutile, déserte, vide, une chose de néant et moins que rien. L'expression « sans forme > ne rend ainsi que bien faiblement le sens de l'original; il faudrait lui ajouter encore l'idée d'une chose de néant, vaine^ inutile, morte. Le mot bohu paraît trois fois et a une signification analogue à tohu; il se traduit par vide, désert ou abîme. Les deux mots tohu et hohu (dont la racine arabe donne l'idée de quelque chose de vide) forment ensemble un superlatif, qui exprime, dans les termes les plus forts de la langue hébraïque, l'état abject et horrible d'une masse inerte, inutile et morte. Les expressions tohu et hohu sont personnifiées en hébreu ; il faudrait donc leur donner la forme du substantif et non celle de l'adjectif. La traduction des Septante, qui donne l'ancienne manière de comprendre, traduit ces termes par € invisible et non préparée ». Un auteur allemand s'exprime ainsi sur le tohu va hohui *Die Bedeutung der àeiden zusammenklingenden Namen ist grausig; die Erde in ihrem Urzustande war eine vmsie und dumpfCy leb-und bewusstlose Hausse. »
Ces premiers matériaux que Dieu venait de créer ne montraient pas le moindre vestige d'une terre et d'un ciel, ils n'avaient dans cet état primitif aucune espèce de valeur; car Moïse les nomme dans la phrase suivante un « abîme >. Il confirme ainsi d'une manière évidente le sens donné précédemment à tohu va hohu.
Nous remarquons que le mot hébreu tehôm, rendu en français par abime, en allemand par Tlefe, en anglais par deep, n'implique pas ordinairement le néant absolu, mais une profondeur menaçante, renfermant les eaux du déluge ou les eaux dangereuses et profondes, ennemies de la vie. Le terme de tehôm s'emploie aussi pour le séjour des morts. En considérant les divers sens du mot tehôm, nous voyons qu'il est tout aussi énergique que les précédents pour exprimer l'état vain, abject.
^) Le texte hébreu dit: «sur la face de l'abtine. » C'est plus noble, plus poétique, mais pour une oreille européenne moins clair que «cet abtme. »
inutile de ce premier commencement. Aux yeux de Moïse il ne renfermait ni force, ni vie; au contraire, il lui apparaît comme une chose impure, comme Tennemi et le dévorateur de la vie.
On pourrait douter que cette dénomination d'abime se rapportât à Torigine de la terre et des cieux, mais le sens général De permet pas une autre interprétation ; car, si cet abîme ne désigne pas la terre même ou son commencement, mais un espace en dehors de la terre et des cieux, les ténèbres circonscrites à sa surface devaient laisser le reste dans la lumière*. Cette désignation d'abîme doit donc s'appliquer au commencement de la terre et des cieux, ainsi à toute l'étendue de notre monde matériel.
Mais pourquoi Fauteur inspiré exprime-t-il tant de mépris pour ce premier commencement ? De quel droit parle-t-il ainsi de l'œuvre du Créateur? Pourquoi la nommer vaine, inutile, vide et incapable de prendre aucune forme ? Réfléchissez, cher lecteur, combien ces désignations sont paradoxales. Comment la matière pouvait-elle paraître inutile? Comment pouvait-elle être privée de la faculté de former du bois, des pierres, des gaz, de la vapeur, de l'électricité ou de la lumière? Comment pouvaitelle être sans forme et vide ? Voilà une série de questions qui ne peuvent se résoudre que par la supposition que cette matière était morte. Ce qu'est un morceau de boue en comparaison d'un animal vivant, voilà ce qu'était cette substance morte ou primitive à côté de la matière animée de forces et de vies.
Ainsi les lois de la nature, telles que nous les avons développées dans les chapitres précédents, s'accordent avec le sens littéral de la Genèse, et nous paraissent seules capables d'expliquer d'une manière claire et logique les deux premiers versets, qui renfermeraient sans cela de flagrantes contradictions. Quel est le savant qui ait caractérisé d'une manière aussi juste que Moïse ce premier état de notre monde ? On voit aussi que l'ancienne interprétation ne saurait accepter l'expression tohu va hohu dans son sens légitime, mais est obligée de la prendre dans une acception poétique.
n est naturel que l'auteur sacré n'ait pas employé l'expression de «matière morte;» car il aurait éveillé chez le peuple
^) Plusienrs auteurs aUemands ont supposé que ces ténèbres restreintes à la terre laissaient le ciel dans la lumière. Mais une pareille supposition est contraire au texte et â toutes les lois de la nature.
juif ridée que la terre est un être animé. De plus, ce terme n'est pas rigoureusement exact; car, à proprement parler, on ne peut pas appeler morte une chose qui n*a pas encore reçu la vie. Cependant les expressions dont Moïse fait usage sont toutes aussi fortes que s'il avait employé le terme même de mort. La matière ne peut en réalité mériter cette dénomination qu*à répoque où elle aura perdu toutes les forces qui raniment dans ce moment. Nous continuerons néanmoins à nous servir de l'expression de « matière morte > pour définir la matière dans son état primitif. Nous évitons par ce moyen une périphrase, et ce que nous perdons en précision est amplement regagné par la clarté de la désignation. Ainsi, en appelant la substance primitive de la matière morte, nous voulons simplement indiquer que cette matière primitive était semblable à ce que la matière deviendrait actuellement, si elle perdait toutes ses forces. Car nous l'avons vu, les forces sont pour les règnes inorganiques exactement ce que sont les vies pour les règnes organiques.
Dans la supposition que la teiTo et les cieux ont été créés au verset premier, c'est-à-dire tout au commencement du premier jour, on s'est figuré que le tohu va bohu était une confusion affreuse de roches, de pierres, de terres incultes et nues, entremêlées d'eau. Mais le chaos, comme état primitif de la terre, est une idée dérivée d'anciennes trïiditions grecques; elle n'est ni biblique, ni permise en géologie. Les rochers, les pierres et la terre ou le sec n'ont été formés qu'au verset 9. Ainsi Ton pèche tout à la fois contre la narration de la Genèse et contre les lois de la nature, si l'on suppose avec l'ancienne interprétation que les pierres et la terre ont été formées avant la lumière.
En admettant que la création de la terre, avec sa forme et ses mouvements, fut l'œuvre du premier jour, on détruit le sens naturel des 9 premiers versets, qui contiennent le récit de l'origine de la terre jusqu'à l'apparition du règne minéral. L'interprétation qui place la formation de la terre au premier verset est en opposition non seulement avec la narration biblique, mais encore avec les lois de la nature, vu que le règne minéral n'a pu exister avant la formation du règne éthérique. De plus, si les rochers et l'eau existaient déjà au verset premier, la terre devait avoir sa forme et sa rotation, et les termes tohu, bohu et tehôm ne lui étaient plus applicables. On pensait autrefois que Dieu, après avoir formé la terre et les étoiles, les lança dans l'espace pour les faire tourbillonner les unes autour des
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autres, mais cette idée est trop enfantine pour mériter aucune considération.
Nous ne nous arrêterons pas à énumérer les nombreuses hypothèses qui ont été émises sur la création du monde et sur le chaos; cela nous mènerait trop loin. Dès que Ton se permet de dévier des enseignements de la nature, on donne ti*op libre carrière à son imagination. Ainsi on a supposé Tintervention d'anges déchus dans la production du soi-disant chaos, et on leur a attribué la création des animaux et des plantes nuisibles à J'homme. Nous ne pouvons tenir aucun compte de théories de ce genre, admettant que la nature seule a le droit et dlnterpréter la Bible et de nous renseigner sur sa construction. Nous n'avons pas d'autre source ; l'impuissance de notre imagination à deviner quoi que ce soit dans la nature, sans y avoir été conduit par Tétude de ses lois, est un fait auquel toute l'histoire de la philosophie rend ample témoignage.
Moïse continue l'histoire de la création en ces termes : < Et, l'Esprit de Dieu planant sur la surface des eaux (v. 8), Dieu dit : Lumière soit I — et la lumière fut (v. 4). Et Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres (v. 5). Et Dieu nomma les ténèbres nuit, et la lumière jour. Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin du premier jour. >
Remarquons que le narrateur sacré, après avoir donné au premier commencement de la terre et des cieux les épithètes si caractéristiques de tohu, bohu et tehôm^ l'appelle plus loin < eaux. * L'eau dont il est parlé ici ne peut être celle qui a été formée au verset 9. Les Juifs ne connaissaient ni les vapeurs, ni les gaz ; les nuages étaient pour eux les eaux des cieux. Moïse n'ayant donc aucun choix d'expressions pour expliquer à un peuple enfant, ignorant complètement les premiers éléments de la physique, la condensation graduelle des nébuleuses, dont l'opération si lente s'étend sur les versets 6, 7 et 8, il a dû emprunter la seule image terrestre connue des Juifs qui pût leur en donner l'idée : celle d'une condensation des nuages en liquide et du liquide en solide.
Comme les nuages, ou les eaux impalpables des cieux, produisent par la condensation l'eau palpable de notre terre, ainsi ces premiers nuages cosmogoniques produisirent par la condensation les nébuleuses plus substancielles d'où sortirent, par un second acte de condensation, les étoiles individuelles. Ce que les nuages de notre ciel terrestre sont à notre eau, voilà ce
qu'étaient ces nuages cosmogoniques aux divers systèmes solaires et à notre Voie lactée. D faut donc comprendre que, dans la bouche de Moïse, l'expression d'«eaux au-dessus des cieux» n'est qu'une image empruntée à nos cieux terrestres, et transportée à l'immensité de l'univers. Dans ce cas, il ne peut être question ici que de similitude et non d'identité; autrement l'eau terrestre (verset 9) n'eût pas été quelque chose de nouveau et n'aurait pas requis deux créations spéciales.
Dans son langage poétique, Moïse a employé la même expression que nos astronomes pour désigner ce premier état. Et si l'on prétendait que le narrateur de cette merveilleuse cosmogonie n'a voulu désigner que des nuages terrestres en parlant des eaux des cieux, on se tromperait tout autant qu'en affirmant que nos astronomes veulent désigner des brouillards terrestres quand ils parlent de nébuleuses. Moïse indique très clairement que la terre s'est formée par une condensation graduelle , et il faut notre manque de logique et notre manie d'appliquer notre syntaxe rigide aux langues anciennes pour nous voiler si fréquemment le vrai sens des anciens auteurs.
Le passage de la matière morte à un état vivant n'a pu se faire sans une création directe des premières forces du règne éthérique. Mais cette création n'est pas mentionnée, car ces forces étaient totalement inconnues alors. Outre que la forme du verbe semble indiquer une époque intermédiaire entre la description de l'état de tohu-bohu et le moment où Dieu prend la parole, le sens même du second passage parait le demander.
Le mot hébreu merachèphethy traduit p^r planant^ veut aussi dire couver, réchauffer dans son sein, porter sur ses ailes. Or Moïse, qui représente toujours la mort comme quelque chose d'impur, dont l'attouchement souille, n'eût jamais employé cette expression pour désigner les rapports du Créateur vis-àvis de la^matière morte, désignée par tohu et bohu. Il faut donc que Dieu, antérieurement au moment où il est représenté comme planant sur notre monde, y eût déjà jeté un principe dévie, et changé le tohu va bolm en nuages cosmiques. L'image employée ici, qui place Dieu en dehors du monde, devait faire naître l'idée que ce monde, avec l'armée des cieux, tout immense qu'il nous paraît, n'est cependant pour le Créateur qu'un petit point de l'espace, semblable à ce qu'est un œuf à l'égard de l'univers. Cette matière, auparavant to/îw et &oAw, informe, inanimée et sans mouvement, reçoit subitement un souf-
fie de vie, elle se meut, s'abaisse, s'élève, prend une forme régulière; ses atomes, de morts qu'ils étaient* se changent en molécules vivantes. Ces molécules, se repoussant les unes les autres, forment un fluide élastique d'une ténuité infinie, dans lequel le mouvement se communique à des distances incommensurables. Ce premier liquide, qui remplissait d'une manière uniforme tout l'espace occupé présentement par les cieux et la terre, est l'eau de l'univers ; il ne devient l'eau du ciel étoile ou les nébuleuses des astronomes que par l'effet d'une seconde création.
Cette toute première création, qui a précédé la lumière, et qui a changé le tohu-bohu en fluide, est dans l'ordre des règnes le premier état du règne éthérique.
< Et Dieu dit : Lumière soit! — et la lumière fut. » En créant le second et le troisième état du règne éthérique, le Créateur introduit de nouvelles forces dont la plus saillante est l'attraction. Les molécules qui se repoussaient auparavant s'attirent. La masse entière de notre monde matériel fermente ; les électricités opposées s'élancent à la rencontre l'une de l'autre, se repoussent de nouveau avec fureur, partout jaillit la lumière, l'univers semble enflammé, des convulsions affreuses le remuent, et de nouvelles ténèbres, rendues plus profondes par le contraste, remplacent ces premiers éclats de lumière.
Ainsi la lumière succéda à l'obscurité ; chacune d'elles a son empire distinct. Dorénavant elles seront ennemies l'une de l'autre. € Tel fut le soir, tel fut le matin du premier jour. »
Arrêtons-nous un moment pour examiner quel sens il faut donner à ce mot de jour. Jusqu'au verset 17 du second chapitre, il se trouve répété seize fois et n'a pas moins de sept différents sens: 1* clarté; 2» moitié d'un jour astronomique; 3** jour astronomique de vingt-quatre heures; 4^ jour de Dieu; 5<> jour cosmogonique ; 6® époque cosmogonique; 7<> époque ou instant dans la vie d'un homme. Si nous ajoutons à toutes ces significations celles que nous trouvons encore dans les autres livres, il en résulte une telle variété de sens qu'on ne conçoit pas comment quelques auteurs ont pu les confondre. L'interprétation du mot jour, ou l'espace de temps qu'il désigne, varie selon qu'il est appliqué à l'homme individuel, à un peuple, à l'humanité ou à Dieu. Employé dans ce dernier sens, il désigne souvent l'éternité entière.
Daniel, dans une de ses visions, nomme Dieu à plusieurs re-
prises «TAncien des jours. » Or les jours dont il est parlé ici ne peuvent pas être des jours humains de vingt-quatre heures ; ce sont des jours divins, et l'histoire des six derniers nous est seule rapportée. L*idée que Daniel pensât ici à des jours humains serait aussi absurde que de prétendre que, quand les auteurs sacrés parlent de la main ou de Tœil de Dieu, ils se les figurent composés de chair et d'os comme les nôtres. Dieu ne peut être appelé l'Ancien d'une chose qui n'existe pour lui que d'hier; car, ainsi que Moïse s'exprime dans un psaume, mille ans ne sont pour lui que comme une veille de la nuit qui est passée. Donc la parole sacrée distingue clairement les jours divins des jours humains.
La Bible doit avant tout être interprétée par la Bible, si l'on veut être juste à son égard. Nous demandons donc : < Comment les auteurs sacrés interprètent-ils les jours cosmogoniques?» Saint Paul (Héb. IV) nous donne une explication détaillée du septième jour cosmogonique, et nous obtenons ainsi une mesure pour estimer la longueur des autres jours. Il considère ce jour comme un jour de Dieu, un temps céleste qui ne se confond point avec le temps terrestre. Ce jour, qui existe depuis longtemps pour Dieu, saint Paul le représente comme étant encore à venir pour l'homme, et il en parle comme d'un domaine dans lequel l'humanité doit s'efforcer d'entrer. D'après cette explication de l'apôtre, nous nous trouverions encore au soir ou plutôt dans la nuit du jour du repos ; le matin (ou le jour) serait encore à venir. Il faut se rappeler que les Israélites, en mémoire des jours cosmogoniques, considéraient la nuit comme la première moitié du jour sidéral, le jour comme la seconde moitié. Le crépuscule étant très court dans les pays chauds, le soir signifie nuit et le matin jour. Il serait plus correct de traduire les paroles de Moïse : « Tel fut le soir, tel fut le matin, » par: « Telle fut la nuit, tel fut le jour du premier jour. » Ainsi ce septième jour, d'après le témoignage biblique, est si peu un jour terrestre de vingt-quatre heures qu'il s'étend encore sur tout l'avenir de l'humanité, et s'il n'embrasse pas l'éternité entière, il ne s'éteindra en aucun cas avant la fin de notre économie. Or, puisque le septième jour embrasse la vie de toute l'humanité, les autres jours ne peuvent pas être des jours de vingt-quatre heures.
"Quand cette première semaine sera écoulée, une seconde lui succédera, dans laquelle le Créateur recommencera son œuvre.
Alors seront créés de nouveaux cieux et une nouvelle terre, 'dont les précédents n'auront été qu'un faible reflet.
Toute l'existence de notre monde matériel est ainsi circonscrite dans une semaine de la vie de Dieu ; il veut nous faire comprendre par ce^te figure, empruntée à la vie humaine, que toute la durée de cette économie matérielle, depuis son premier ^commencement jusqu'à son extinction finale, n'est pour lui qu'un petit espace de temps semblable à une semaine dans la vie d'un homme. Cette image renferme en môme temps la propliétie d'une semaine à venir, qui suivra la semaine actuelle. Dans cette seconde semaine. Dieu créera un nouveau monde, dont la splendeur et la majesté dépasseront tout ce que nous pouvons concevoir.
Dieu veut être compris des hommes, et il a fait son œuvre à la façon humaine, afin de la mettre à leur portée. Cette terre, en nous servant de berceau, nous présente en même temps des matériaux sur lesquels nous devons travailler. Tout notre développement est une continuation des lois posées par Dieu, et toute notre industrie une organisation des règnes inorganiques.
Si le septième jour cosmogonique, qui ne fait que poindre pour nous, est néanmoins tellement rempli des bénédictions de l'Etemel, quelle gloire et quel bonheur nous sont réservés pour le moment où il luira dans toute sa splendeur t
Dans le langage figuré des Israélites, le soir, synonyme de nuit, indique toujours le commencement d'une chose, ou un >état transitoire et incomplet; le matin, synonyme de jour, l'ac- <:omplissement d'une chose, sa perfection et son éclat. Cette forme devient le type d'une multitude de créations matérielles et spirituelles. Elle indique que l'imparfait précède le parfait, l'impur le pur, la matière la vie, les ténèbres spirituelles la lumière spirituelle. De même le corps corruptible précède le >corps incorruptible ; Ismael précède Isaac ; Israël, esclave ethumillé, précède l'Israël libre et glorifié; le monde matériel précède le monde spirituel. Cette marche générale, suivie par Dieu dans ses créations, typifiée dans la division des jours cosinogoniques, est reflétée par la division du jour chez les Juifs. La division des jours cosmogoniques présente encore une autre particularité, c'est que le matin d'un jour devient la nuit du jour plus parfait qui lui succède. Cette môme forme est observée dans la création. Ainsi la matière primitive (les ténèbres) est le principe féminin; les vies éthériques (la lumière) sont le
premier principe mâle. Les deux réunis, formant le premier règne, deviennent le soir ou le principe féminin vis-à-vis des vies minérales. Le règne minéral devient le soir ou le principe féminin du règne végétal. Le règne végétal devient, à son tour, le soir ou le principe féminin du règne animal ; de même l'animal envers l'homme et l'humanité à Tégard de Christ n y a là une loi uniforme qui jusqu'ici a été ignorée des savants, mais qui est révélée dans la cosmogonie. Cette même forme, sous d'autres figures, est répétée dans l'Apocalypse comme présidant au développement du corps humanitaire. Quelle preuve de l'inspiration de ce livre !
Outre les témoignages bibliques en faveur de la longueur des jours cosmogoniques, divers passages du récit de Moïse montrent qu'il ne considérait pas les jours de la création comme des jours ordinaires.
Ce qui frappe au premier abord dans cette histoire, c'est Timportance accordée à l'ordre, au nombre et à la division des jours cosmogoniques. Cette importance est si grande qu'elle parait primer toute autre considération. U semble même que toute la cosmogonie ait été écrite uniquement pour révéler ce fait, tant il est mis en relief. Cette importance, que le grand législateur Israélite met à l'ordre etau.nombre des jours cosmogoniques (ou divins), est facile à concevoir; ils doivent lui servir de base pour l'institution et la sanctification du scîbbat^ ainsi que des autres jours de fête.
Si les jours de la création étaient des jours de vingt-quatre heures, il serait impossible que celui qui est indiqué comme le septième jour ne fût en réalité que le septième de son espèce, car il est dit qu'au quatrième jour furent créés les jours, les saisons et les années. Or ces saisons, ces années, doivent avoir embrassé un grand nombre de nos jours ordinaires, et le septième jour ne pouvait plus être le septième de son espèce, mais devait être le millième, le billionième, ou plus encore. Ainsi Moïse renverserait par son propre récit l'ordre et le nombre des jours de la création, auxquels il met une si grande importance. D annulerait, dès le début, toutes les conclusions sur lesquelles il fonde ses institutions religieuses, et il se contredirait de la manière la plus évidente.
Au surplus, il n'est pas possible de compter les jours de vingt-quatre heures avant qu'ils existent. Moïse ne pouvait parler dans ce sens du soir et du matin du premier jour, quand,
d'après son propre témoignage, les jours de vingt-quatre heures n'existaient pas encore. Donc ce qu'il appelle le premier jour devait être quelque chose de différent. Les jours humains ne peuvent se compter qu'à dater du quatrième jour cosmogonlque, et l'ordre des jours est rompu. Donc la supposition que les jours cosmogoniques sont des jours humains renverse tout l'ordre du récit de la création. Le quatrième jour (où furent créés les jours, les saisons et les années) ne peut être un jour de ving^quatre heures, car un jour qui embrasse des années doit être plus qu'une rotation de la terre autour d'elle-même. Il est spécialement mentionné qu'au quatrième jour toute l'armée des cieux a été créée ; donc le jour dont il est parlé ici ne peut être en aucan cas un jour terrestre, mais doit être un jour du monde, c'estrà-dire une rotation de toutes les étoiles du firmament autour de leur commun centre de gravité.
Or la rotation de notre système solaire autour de son grand <;entre demande au moins dix-huit millions d'années, et une seule rotation de notre voie lactée autour, d'elle-même (ou un seul de ses jours) durera pour le moins 18 millions de fois 18 millions d'années. Si ce jour, tout grand qu'il est, n'est pas même un jour du monde, qui peut concevoir la durée d'un de ces jours qui embrasse l'univers entier? A côté de ces chiffres, l'insignifiance d'un jour humain est visible. Vouloir mesurer la création du monde entier par des jours si minimes, c'est comme si nous voulions mesurer l'espace du ciel avec le creux de la main. Si Dieu eût créé les cieux et la terre dans l'espace de six fois vingt-quatre heures, jamais l'intelligence de l'homme ne pourrait étudier leur formation. Au lieu de lui enseigner les perfections invisibles de Dieu et les mystères du monde spiri< tuel, la nature ne serait pour lui qu'un volume scellé, un chaos de faits qu'il ne pourrait jamais débrouiller.
Avant que la lumière fût rassemblée en des points fixes, elle se répandait sur toutes les surfaces, et la rotation de la terre ne pouvait déterminer des jours de vingt-quatre heures. Ceux-ci ne peuvent avoir pris naissance, comme le dit la Bible, qu'après la dissipation des brouillards qui remplissaient les espaces et la concentration de la lumière sur les soleils et les étoiles. Donc la nuit et le jour du premier jour ne peuvent pas être les mêmes que ceux des jours humains, mais doivent être un jour différent, c'est-àrdire un jour cosmogonique ou un jour de Dieu. La lumière de beaucoup d'étoiles prend des millions d'années
pour arriver jusqu'à nous; comment croire que ces étoiles n'ont, été créées que depuis 6,000 ans? Le capitaine E. Hunt estime que la Floride, composée en entier de bancs de corail, a dû pren* dre plus de 5,400,000 ans pour atteindre son étendue actuelle^ Gomment croire qu'elle s'est formée en quelques secondes ? Les bancs de corail sont un dépôt de petits animaux, et il est facile de mesurer la grandeur de leur crue annuelle. Beaucoup d'aor très formations demandent également une série incalculable d'années.
Au chapitre II, versets 5 et 6, Moïse dit que, lors de la création d'Adam, il n'y avait point encore d'hommes sur la terre^ pour la cultiver, qu'il ne pleuvait pas comme actuellement, mais qu'un brouillarfi arrosait sa surface. Ce brouillard, qui an commencement enveloppait toute la terre à une grande étendue, était un ancien reste de l'état nébuleux de la terre et ne s'est dissipé que très lentement en se condensant peu à peu. Or, si les jours cosmogonlques étaient des jours terrestres^ comment Moïse pouvait-il supposer que la terre sortant de Yenn un mercredi, saturée d'eau comme une éponge et enveloppée de^ brouillards, eût besoin le même jour d'être arrosée d'une manière spéciale pour que les plantes pussent croître?
Ce passage, ainsi que la remarque du verset précédent (Dieu fit l'homme avant qu'il y eût aucun homme), n'a de sens que si Moïse considérait les jours cosmogonlques comme des temps très prolongés. Car si le règne minéral et le règne végétal ont été créés un mercredi, on ne conçoit pas la possibilité que le Jeudi il surgisse déjà des hommes sur la terre, comme des champignons qui se mettraient immédiatement à la cultiver. D y a quelque chose de si ridicule dans une pareille supposition qu'il est impossible d'imputer à Moïse une assertion pareille. Ces deux faits mentionnés par l'auteur sacré démontrent à eux seuls qu'il admet l'existence d'une longue époque où la terrer était entourée et arrosée par des brouillards, puis une époque également longue où elle était habitable, sans néanmoins avoir d'habitants. Donc l'analyse du texte, le témoignage de la Bible^ celui de la nature, tout concourt à démontrer que les jours, cosmogonlques ne peuTont pas être des jours humaine.
Si le septième jour de la semaine a été sanctifié, ce n'est pas qu'il soit identique avec le septième jour de Dieu; il en est seulement l'image. L'homme, sanctifié lui-même parce qu'il a été créé à la ressemblance de Dieu, doit sanctifier le septième jour»
image du septième jour cosmogonique ou du repos du Créateur. Cette figure doit nous révéler le désir de Dieu que notre travail comme notre repos, nos peines comme nos plaisirs, nos haines comme nos affections, ne soient qu'un reflet fidèle de ses actions et de ses sentiments. Gomment avons-nous répondu à cet appel?
Verset 6. « Puis Dieu dit : Qu'il y ait de Fespace dans le milieu des eaux (célestes), et qu'elles se divisent eaux contre eaux. » Au commandement du Tout-Puissant, de nouvelles forces surgissent; la matière, qui s'étendait encore comme un fluide uniforme sur tout l'espace, se condense; partout il se forme des noyaux qui, se mettant à tourbillonner, entraînent dans leur mouvement tout ce qui les entoure. Ces centres donnent naissance aux premières nébuleuses ; puis, se partageant en greupes, ils forment la matière pour des systèmes d'étoiles comme notre Voie lactée. Si l'eau (des cieux) dont il est question aux versets 2 et 6 eût été de l'eau terrestre, elle se serait rassemblée d'elle-même, et il n'eût pas fallu deux créations subséquentes pour produire la mer.
Nos connaissances de la nature sont encore beaucoup trop restreintes, pour que nous puissions avoir la moindre idée de la façon dont ces premiers développements ont eu lieu ; mais il parait qu'ils ont été accompagnés de grandes commotions, car l'irrégularité des plans de rotation témoigne des luttes produites par ces condensations. Ainsi Dieu sépara les nébuleuses au-dessus du ciel, qui devaient former les étoiles, de celles audessous du ciel, qui devaient former notre terre. « Tel fut le soir, tel fut le matin du second jour. Puis Dieu dit : Que les eaux (célestes) au-dessous (ou en dedans) du ciel soient rassemblées en un lieu, et que le sec paraisse. > Voici la formation du règne minéral, ou du moins des deux derniers étatsde cerègne. L'eau se forme, elle est rassemblée en un lieu; ensuite les pierres et les autres minéraux sont créés ou se condensent. Lors même qu'il n'en est pas fait mention , on peut penser que la même opération s'est accomplie dans les nébuleuses au-dessus du ciel.
Cette condensation ne s'est faite que peu à peu; il y a eu une époque où l'atmosphère de la terre et celle de la lune ont dû se toucher. La condensation d'une si énorme masse de substances devait produire une chaleur intense, et la température des premières mers pouvait dépasser de beaucoup celle de l'eau bouillante, vu la pression de cette atmosphère de brouillards et de
vapeurs qui entourait la terre primitive à une hauteur prodigieuse.
Dès que l'eau se fut assez refroidie pour pouvoir héberger les premières vies organiques, elle se remplit probablement des formes inférieures du règne végétal. Il se peut qu'une grande partie de nos rochers granitiques proviennent de dépôts siliceux du règne végétal , comme nos rochers calcaires paraissent être en grande partie des produits du règne animal. La chaleur, en fondant ces premières couches, a fait disparaître toutes les traces de leur origine. Avec la température uniforme des mers primitives, qui devait singulièrement favoriser la multiplication prodigieuse dont les plantes inférieures sont capables, il pouvait suffire de peu d'années pour changer toutes les mers en une masse vivante de plantes. Les organisations élémentaires firent graduellement place à des organisations supérieures, aquatiques d'abord, puis terrestres. Ainsi finit le troisième jour.
Le quatrième jour porte un cachet particulier. Les brouillards se condensent de plus en plus. La lumière, répandue indéfiniment dans cette mer de brouillard, se concentre en quelques points lumineux, et les cieux éclaircis permettent aux grands luminaires de lancer leurs rayons jusqu'aux extrémités du monde. Par cette concentration de la lumière, la terre acquiert des jours et des nuits, des saisons et des années. Elle tournait déjà depuis des millions d'années autour du centre solaire; mais le soleil n'était pas encore visible, car il n'était pas revêtu de sa robe lumineuse. La densité des brouillards autour de tous les premiers astres les eût privés totalement de jour, si la lumière eût été concentrée en des points fixes.
Le rassemblement de la lumière sur des corps centraux prépare la terre à recevoir les vies supérieures. Dieu commence le cinquième jour par la création d'animaux acyiadques. Le texte hébreu se rend littéralement ainsi : « Et Dieu dit: Eaux, fourmillez d'âmes vivantes ! » Le mot âme doit se prendre ici dans le sens que nous lui attribuons, c'es^à-dire d'âme psychique dont la possession constitue la différence entre l'animal et la plante, chaque animal ayant outre sa vie végétative une âme. Le sixième jour. Dieu crée les animaux, et termine son œuvre par la création de l'homme. Le septième jour embrasse toute l'histoire de l'humanité, ou toute la durée de ce monde matériel.
En cherchant à pénétrer le sens général de l'histoire cosmogonique tracée par Moïse, nous ne voyons pas de raison pour supposer que les créations susmentionnées doivent exclure de nombreux détails d'un ordre inférieur. Ainsi la création des animaux aquatiques, le cinquième jour, n'exclut pas la possibilité qu'un grand nombre d'infusoires eussent déjà été crées au troisième jour. De même la création des plantes, le troisième jour, n'exclut pas la possibilité de la formation de nouvelles espèces le quatrième ou le cinquième jour. Notre intelligence nous dit, en thèse générale, que le règne végétal a dû être créé avant le règne animal, les plantes et les animaux inférieurs avant les supérieurs. Mais ces faits n'impliquent pas que les animaux parasites (vers intestinaux, etc.) aient dû être créés avant les animaux sur lesquels ils vivent, ou que beaucoup d'animaux aquatiques n'aient pu exister avant certaines plantes terrestres qui demandent un terrain sec et aride.
Non seulement la cosmogonie mosaïque ne renferme rien de contraire aux lois de la nature, mais elle rapporte plusieurs faits importants que la science a totalement ignorés jusqu'ici. Tels sont : la création d'une matière morte, n'appartenant à aucun règne ; la création du règne éthérique avant le règne minéral ; le principe de la nutrition dans les règnes inférieurs ; la création des premières plantes à une époque où notre système solaire était encore une nébuleuse, etc. Aucune histoire profane de la création ne peut se comparer pour la justesse aux annales des livres divins, tracées il y a plus de trois mille ans; et dans trois mille ans la science baissera encore la tête, et devra reconnaître que l'Auteur de toutes choses a pu seul avoir les connaissances nécessaires pour inspirer â Moïse son récit.
La création de l'homme est analogue à celle de la terre. Gomme Dieu fit d'abord la matière, puis l'anima de forces et de vies, de même il fit premièrement le corps de l'homme, et y souffla une respiration de vie. Cette loi est aussi suivie pour le monde spirituel. Saint Paul dit que le corps psychique est le premier, le corps spirituel le second. Ézéchiel, en décrivant la résurrection du peuple juif, raconte que le corps a été formé le premier, l'âme la dernière. Partout la Bible nous enseigne que la vie a été formée après le corps, les vies les plus élevées après celles qui le sont moins. Elle s'accorde ainsi complètement avec
la nature, qui nous montre partout que la vie ne peut exister sans la matière, ni les vies supérieures sans les inférieures.
Nous essayerons de donner en un tableau les traits caractéristiques de la création, tels que nous les supposons.
/!'• moitié ou ( Création de la matière morte, qui la nuit ( est dans un état tohu et bohu.
Premier jour ) /Commencement du règne éthéri-
1 2« moitié ou \ que. Animation de la matière le jour i morte. Création du second état. ( Formation de la lumière.
Fin de la création du règne éthérique.
Deuxiè"™» jour s Formation des systèmes de nébuleuses.
( Peutrêtre commencement du règne minéral.
l Fin du règne minéral.
Troisiè"»® jour s Formation de l'eau, des rochers et de la terre. \ Formation du règne végétal.
Probablement continuation du règne végétal. La condensation continue.
Quatriè"»* jour| Los brouillards du ciel se dissipent et la lumière est rassemblée dans les grands centres.
Les soleils et les étoiles deviennent ainsi visibles
-Ame • ( Commencement du règne animal. ^^^^^^^-I^^^i Formation des animauxaquatiqu««etdesoiseaux.
,. .. . ( Formation des animaux terrestres. Sixième jom- ^ Formation de l'homme.
Dieu se reposa le septième jour. Son repos durera aussi longtemps que l'économie actuelle.
o .., . \ Après ce septième jour une nouvelle semaine Septième jour/ ^ tx- i i
^ •' ^ commencera pour Dieu ; alors il recommen-
cera son œuvre et créera de nouveaux cieux et une nouvelle terre, qui ne passeront plus.
Nous ne croyons pas qu'il faille considérer ces créations comme des époques fixes dans lesquelles Dieu ne fit autre chose que ce qui a été mentionné. Ainsi toutes les forces, une fois créées, continuent incessamment leur action ; et la création des plantes, le troisième jour, n'exclut pas une continuité de créations analogues dans une moindre mesure les jours suivants.
CH. X. l'ame psychique - § 1 208
A une époque où il n'y avait pas assez de terre pour permettre la création des animaux terrestres, les plantes terrestres ne pouvaient pas être toutes formées.