CH. I. LA. VIE SPIRITUELLE
que l'Être suprême et miséricordieux tarde tellement à réparer le mal qui est sur la terre? C'est qu'ayant créé l'homme libre, il est incapable de forcer l'entrée d'un cœur contre la volonté de l'homme. Il ne peut faire le bien sans le concours de la volonté humaine, et la grande masse lui refuse ce concours; les hommes repoussent la vérité, parce qu'ils la haïssent et qu'elle vient d'un Dieu saint. Si elle provenait des hommes, ils la déifieraient, disant qu'elle vient de Dieu; mais comme elle vient de Dieu, ils la méprisent, disant qu'elle vient des hommes. Tels sont les hommes : mélange curieux d'erreurs et de présomption, ils se déifient et se méprisent; ils s'élèvent sur un piédestal, s'encensent, s'adorent et se disent des dieux; puis ils slnsultent, s'anathématisent, se haïssent, se tuent, se dévorent, se vendent pour de l'or et de l'argent, des maisons ou des champs, témoignant ainsi qu'ils s'estiment encore moins que l'or, moins que l'argent, moins que quelques arpents de cette boue dont ils ont été tirés !
Ce triste spectacle a cependant un point lumineux : c'est l'espoir d'un constant progrès. L'action de Dieu ne se ralentit pas, et il trouve partout des âmes qui s'ouvrent à son influence, qui réfléchissent et qui recherchent sa volonté.
C'est à ces âmes intelligentes dans les choses do Dieu que je m'adresse. Je les prie de me suivre dans l'étude de la vie et dans l'analyse des connaissances spirituelles. Si j'avais le malheur de ne pas être dans la vérité, qu'elles démontrent mon erreur, non en se fondant sur des idées préconçues, héritage des siècles passés, mais sur la nature et sur la parole de Dieu, interprétée par la nature. Si au contraire je dis la vérité, que ces esprits droits en acceptent les conséquences, lors même qu'elles combattent des préjugés invétérés. Pour que nous puissions comprendre les choses célestes et travailler à l'entretien de notre âme spirituelle, éviter ce qui lui est nuisible, choisir ce qui lui est salutaire, il faut, dis-je, que cette âme soit soumise aux mêmes lois que les âmes terrestres. Si nous ne pouvions transporter la connaissance des choses terrestres aux choses spirituelles, nous ne serions guidés dans l'appréciation des choses spirituelles que par un aveugle hasard. Perdant ainsi notre rang d'êtres raisonnables et responsables, nous serions éternellement condamnés à une foi aveugle et à des disputes sans résultat sur les choses qu'il nous est le plus nécessaire de savoir.
Grâce à Dieu, cette triste nécessité n'existe pas; le Père
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céleste a amplement pourvu à notre instruction, et il a créé toutes choses de telle sorte que Tétude du plus difficile peut se faire par l'étude du plus simple, Tétude du supérieur par Tétude de l'inférieur, l'étude deTàme spirituelle parcelle de l'âme chamelle, l'étude de l'âme charnelle par celle des vies et des forces. C'est là notre méthode, notre devise et le principe de notre ouvrage.
Voilà pourquoi nous avons analysé les forces avant les vies, les vies terrestres avant les vies divines. Le premier livre traite des vies terrestres, le second traite des vies spirituelles et divines. L'homme, enfant de la lumière, a été créé pour vivre dans la lumière, il la recherche partout; dès qu'il veut agin elle lui est indispensable. C'est la première chose qui éveille l'attention d'un enfant quand il entre dans ce monde; nous la remplaçons artificiellement dès que le soleil nous quitte. Sans lumière il n'y a ni mouvement, ni travail, ni connaissance. Celui qui ne la désire pas ne sait faire aucun usage de ses facultés; il est comme un enfant nouveau-né, ou semblable à l'idiot, ou bien il dort du sommeil de la mort.
La vie se cramponne à la vie et s'empare de ce qui lui est nécessaire. La vie! la vie ! voilà le cri de toute vie ; son entretien est le mobile de toute action. Quand l'animal cherche sa pâture, c'est pour entretenir sa vie ; quand il fuit un danger, c'est pour sauver sa vie. Quand un lièvre est effrayé par la feuille qui tombe, c'est pour sa vie qu'il tremble ; quand un chat, un tigre ou un loup défend son territoire, c'est parce qu'il craint qu'on ne lui enlève sa subsistance, source de sa vie. Quand les mâles, animés d'une fureur jalouse, se livrent des combats à mort, c'est pour la possession des femelles et la propagation de leur espèce. Ainsi toutes nos actions, toutes nos pensées gravitent autour de ce centre. L'entretien de la vie, avec les jouissances que Dieu a attachées à sa prospérité, est Tunique but du travail de l'homme. Sans elle tout rentre dans les ténèbres et le silence de la mort. Mais si l'entretien de la vie terrestre est si important, l'entretien de la vie spirituelle l'est infiniment davantage, car la première n'est que l'ombre de la seconde ; elle en offre l'image passagère comme une eau tranquille reflète l'immensité d'un ciel étoile. Les soins que nous prenons de l'une sont une condamnation de l'indifférence dont nous nous rendons coupables envers l'autre.
Occupons-nous donc de l'étude des vies, spécialement des