CH. I. LA VIE SPIRITUELLE
plas importantes, savoir des vies spirituelles. Le zèle et l'ardeur que nous montrerons à les acquérir et à les entretenir seront la mesure de notre vitalité. Dans le monde invisible, comme dans ce monde matériel, la vie naissante ne demande que de la nourriture, tandis que la vie agissante demande de la lumière et de l'intelligence. Ainsi la nourriture que nous prenons, la lumière et l'intelligence que nous demandons, témoignent ce que nous sommes et fixent notre rang dans l'un et l'autre monde. Voyez ce qu'un homme aime et recherche, vous saurez ce qu'il est et quels sont les fruits qu'il porte.
L'étude spéciale des vies révèle des lois si étranges, et a modifié en tant de manières mon opinion du monde et des choses, que je ne soumets mes vues actuelles qu'avec hésitation à l'examen des penseurs. Forcé de rejeter un grand nombre de prétendues vérités, acceptées sans réserve jusqu'ici, je me trouve en opposition avec la majorité des hommes. C'est ce qui a fait dire à un philosophe connu (de l'école spiritualiste), daqs une critique de mon ouvrage, que «je ne serais accepté ni des savants ni des chrétiens. >
Je crois néanmoins devoir communiquer mes pensées, ne fûtce que pour réveiller l'attention sur ces sujets et engager la discussion. Mais si j'ai à combattre des opinions bien enracinées, héritage des temps anciens, je me permets d'avertir le lecteur que j'ai dû passer moi-même par ces luttes pénibles. Je dis pénibles, car nous considérons nos convictions comme une partie de nous-mêmes, elles sont le fruit de nos sentiments et de nos affections, non de notre intelligence. Les enlever, c'est nous arracher du lit où nous reposons. Quelque fausses qu'elles soient, nous les défendons avec véhémence comme notre unique planche de salut. Quand nous sentons que nos convictions s'ébranlent, c'est comme si la terre tremblait sous nos pieds; on ne sait où chercher un refuge.
Si Fauteur a dû passer par un chemin obscur pour arriver à son point de vue, il lui semble impossible d'épargner au lecteur tout travail de ce genre. D y aura lutte, les anciennes notions se heurteront contre les nouvelles, beaucoup de questions resteront pour un temps sans réponse, jusqu'à ce que l'on soit à naême de les résoudre par la nouvelle logique que la nature enseigne. En donnant ici quelques détails sur mes propres impressions, mon but est de préparer le lecteur à ce qui l'attend,
et de Tavertir de ne pas se décourager s'il doit passer par les mêmes voies.
La première fois que mon attention se porta sur ces sujets, ce fut à Toccasion d'une discussion avec l'un de mes maîtres. Il s'agissait de la position de l'homme vis-à-vis de Dieu. Dans ce débat qui dura quelque temps, j'avais soutenu que Thomme était l'image de son Créateur. Cette proposition ne fut pas acceptée. Mon maître et un professeur d'histoire natureUe prirent à tâche de me démontrer que Dieu ne pouvait avoir la figure d'un homme ; donc l'homme ne pouvait être à son image. J'y accédai et finis par me retrancher derrière la proposition que l'homme spirituel seul, non l'homme matériel, est fait à l'image de Dieu. C'était au fond reconnaître ma défaite. Abandonnant le terrain du monde connu, je prétendais expliquer le monde qui nous est encore voilé; la discussion devenait par là impossible, car pour les choses que personne ne connaît chacun peut ^affirmer ce que bon lui semble, sans qu'on puisse lui démontrer le contraire. J'étais ainsi refoulé hors du terrain de la discussion, j'étais battu.
Cependant je ne m'en tins pas là; ma conscience me répétait que j'étais dans le vrai. Je me mis donc à récapituler les principales preuves avancées de part et d'autre, et je fus surpris de voir avec quelle légèreté j'avais accepté la thèse que l'homme visible n'est pas l'image de son Père invisible. Je me mis à étudier spécialement cette question ; le résultat de mon examen fut la certitude que l'homme visible est l'iniage de son Créateur, bien que je n'entrevisse alors qu'une faible partie des preuves dont je puis actuellement appuyer cette vérité. C'est sans doute aussi cette étude qui plus tard, dans une occasion déjà mentionnée, a fait naître en moi la pensée que le monde visible doit être l'image du monde invisible.
Cette idée, une fois conçue, fut fortifiée et nourrie par la conviction que, pour que l'homme soit à l'image de Dieu, il est nécessaire que les impressions, les sentiments et les pensées que font naître en lui le monde extérieur soient analogues aux impressions, aux sentiments et aux pensées que font naître chez le Tout-Puissant l'universalité du monde spirituel.
Je n'abordais autrefois ces questions mystérieuses qu'avec un sentiment de crainte. Je pensais, comme tout le monde, que Dieu en a caché la solution aux hommes, et que c'est une orgueilleuse présomption de leur part de vouloir connaître ce qu'il