‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 60 sur 130 · CH. I. DIFFICULTÉS · texte numérisé non relu

CH. I. DIFFICULTÉS

a plu au Créateur de leur voiler. Peu à peu cependant j'entre* vis qu'il ne peut être dans la volonté souveraine que Thoaune reste sans travail spirituel. Je compris qu'il est de notre devoir d'étudier et de chercher ; que Dieu ne nous donne rien sans que nous le désirions et que nous travaillions pour l'obtenir; qu'il en est de la parole de Dieu comme de ses œuvres, que l'étude» l'observation, l'analyse peuvent seules nous révéler. Mais en poursuivant mes recherches j'arrivai, au bout de quelques années, à un moment critique : il me fallait ou rejeter le^ témoignages de la nature, ou renoncer à beaucoup de croyances acceptées comme des vérités sacrées et inébranlables. Je citerai ici quelques-unes de ces nouvelles formules tirées de la nature, pour faire comprendre au lecteur combien elles étaient opposées à toutes mes convictions personnelles, comme aux enseignements et aux croyances de la philosophie et de la théologie scolastique.

D'après les enseignements de la nature :

1© Plus une vie est élevée, plus elle est fragile et dépendante.

2» Plus une chose est vUe^ plus elle est simple.

30 Plus une chose est inférieure^ plus eUe est pure à nos yeux, — ou plus une chose est élevée, plus elle est impure. Ainsi les soi-disant éléments du règne éthérique, — Téther de l'espace, la lumière, le magnétisme, le galvanisme et l'électricité, — sont les substances les plus viles de ce monde, et cependant nous les considérons comme les plus pures. Sous le rapport de la pureté, le règne minéral est au-dessous du règne éthérique, le règne végétal au-dessous du règne minéral, le règne animal encore plus bas, jusqu'à l'homme, qui dans la hiérarchie de pureté occupe la dernière place. Car ce que l'homme rejette de son corps est de tout ce qui existe sur la terre la chose la plus souillée. Donc la nature nous enseigne que plus une chose est élevée, plus<ce qu'elle rejette est impur.

Je me trouvais ainsi en présence de formules qui semblaient renverser toutes mes idées spiritualistes; car si nous admettons la première formule, il en résulte apparemment que mon âme est ce qu'il y a de plus périssable sur cette terre ; elle ne peut donc pas être immortelle. Puis, si nous appliquons cette formule à l'être le plus élevé, la vie de Dieu doit être encore plus fragile et plus dépendante que la nôtre, étant beaucoup plus élevée; ainsi cette formule ne peut être vraie. La nature témoigne à faux, car elle témoigne contre son Auteur, contre

rimmortalité de Dieu et de Tàme humaine. Impossible d'admettre pareille chose I Mais comment trouver une solution à cette énigme? J'avais beau regarder, je ne voyais toujours que la même loi.

La seconde formule ne donnait pas des résultats plus favorables. Le simple est vil et indépendant; donc mon âme ne peut être simple. Mais si mon âme n'est pas simple, si Dieu n'est pas simple, qui suis-je, qui est Dieu ?

La troisième formule conduit à des conséquences encore plus effrayantes, car elle implique que l'impureté s'accroît avec Télévation. Donc Tâme la plus élevée serait la plus impure. Mais c'est absolument impossible, puisque la pureté est la seule condition de son élévation; le bon sens se révolte contre une proposition pareille.

J'étais dans une grande perplexité. Il y a là, me disais-je, des mystères que Dieu a éternellement cachés à l'homme. Û veut que sa créature se soumette en toute simplicité, qu'elle accepte ses enseignements sans voir ni comprendre. A d'autres moments il me semblait pourtant impossible qu'il en fût ainsi ; l'œuvre de Dieu ne pouvait enseigner le matérialisme. Puis de nouveau je me demandais si mon dilemme n'était pas la punition d'une coupable curiosité, qui cherche à sonder ce que le Créateur n'a pas voulu révéler.

Effrayé, égaré dans mes raisonnements, sans pourtant être ébranlé en quoi que ce fût dans mes convictions chrétiennes, je me proposais de revenir à mon ancienne résolution de ne plus m'occuper de ce que je ne pouvais comprendre. Pendant plus d'une année je fus inactif, mais je ne me sentais ni satisfait, ni sûr d'avoir pris le meilleur parti. Je ne fis cependant aucun effort pour sortir de cet état, et ce furent les événements extérieurs, plutôt que ma volonté, qui me tirèrent de ma léthargie. Au bout de quelque temps le travail précédent commença de lui-même à porter ses fruits. Le jour se fit successivement dans mon esprit, et les diverses questions qui m'avaient embarrassé s'éclaircirent l'une après l'autre. Je repris courage et recommençai mes raisonnements. Dieu, me dis-je, est lumière, et le propre de la lumière est de tout révéler. Ainsi Dieu ne cache rien à ses enfants ; mais les hommes auront re* fusé d'accepter la vérité.

L'homme n'estril pas condamné à manger son pain matériel à la sueur de son front? Le pain spirituel, infiniment plus pré-

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