‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 61 sur 130 · CH. I. DIFFICULTÉS · texte numérisé non relu

CH. I. DIFFICULTÉS

cieux, devra-t-il coûter moins de travail, moins de sueurs? Le laboureur qui plonge le soc de sa charrue dans un sol rebelle, et qui arrache à la terre à force de peines sa nourriture quotidienne, pense-t-il que Dieu ne veut pas qu'il mange parce que le blé ne croit pas naturellement dans son champ, et ne va pas de lui-môme au moulin, ni chez le boulanger? N'en sera-t-il pas de même pour le pain intellectuel et spirituel? S'obtiendra-t-il avec moins d'efforts ? Supposer que Dieu ne veut pas nous l'accorder, parce qu'il ne s'acquiert qu'au prix de notre travail, n'es^ce pas une conclusion insensée? Pourquoi penser que Dieu doive changer ses lois et faire récolter ce qui n'a pas été semé?

Si un homme a besoin de blé et qu'il sème du chanvre dans son champ, Dieu doit-il y faire pousser du blé au lieu de chanvre ? Est-il sensé de lui demander une pareille chose, de s'attendre à ce qu'il en soit autrement dans le monde intellectuel ({ue dans le monde matériel, à ce qu'on n'y récolte pas aussi ce qui a été semé? Les lois spirituelles peu vent«lles être l'inverse des lois matérielles ? Si c'était le cas, quelle confusion un pareil état de choses ne produiraiMl pas dans notre jugement I Si notre champ spirituel est resté inculte, c'est à nous qu'en est la faute, non à Dieu ; si les hommes disent l'avoir travaillé et qu'ils n'aient pas obtenu la récolte qu'ils en attendaient c'est parce qu'ils ne l'ont ni ensemencé ni labouré convenablement. Encore une fois. Dieu ne refuse Jamais l'accroissement, si nous labourons et semons comme il faut.

Tel fut le résultat de mes nouveaux efforts. Quoique ces vérités ne se présentassent pas alors à mon esprit aussi clairement que je les exprime ici, j'en avais le sentiment. Je compris qu'il était de mon devoir d'aller de l'avant , et je remis la main à l'œuvre. C'est de cette époque que datent les premiers chapitres de mon ouvrage. Depuis lors il s'est écoulé un bien grand nombre d'années, et peu à peu je suis parvenu à résoudre à mon entière satisfaction tous ces problèmes en apparence si mystérieux et si insondables. Durant ce long espace de temps j'ai eu l'occasion d'en discuter tous les points difficiles avec un grand nombre de personnes.

Ces discussions souvent répétées, auxquelles j'ai voué une partie de mon temps, m'ont fait sentir la nécessité de réduire autant que possible toutes nos croyances à des formules simples et compréhensibles, afin de pouvoir nous en servir dans

ranalyse et l'argumeatation. C'est surtout à Tégard des savants et des philosophes que j'étais obligé de suivre cette méthode; car ces hommes de cabinet, n'ayant point l'habitude de s'appuyer sur la nature quand il s'agit d'idées abstraites^ fondaient totyours leurs objections sur des suppositions généralement admises, se référant à des autorités que je ne pouvais admettre. Nous nous trouvions ainsi dans l'impossibilité de continuer la discussion. Il est surprenant que plus un homme étudie les sciences, plus il s'écarte, dans ses raisonnements, des vérités qu'elles enseignent. Nous en donnerons ailleurs la preuve.

J'ai résumé dans le chapitre suivant, intitulé Dialogue, les objections qui m'ont été présentées dans le courant de ces entretiens; je les rends mot pour mot, en les mettant dans la bouche d'un M. Paléophile, type des anciennes idées. Ma propre manière de voir est présentée par un homme du peuple, un colporteur, parce que je fais appel au simple bon sens.

Une partie des heures de loisir de ma jeunesse ont été consacrées à apprendre divers métiers, à visiter l'ouvrier et le paysan, comme si j'eusse été l'un des leurs, afin de connaître les hommes et les choses au point de vue pratique. J'avais spécialement à cœur d'acquérir une profonde expérience de la vie, pour éviter le danger d'être entraîné hors de la réalité par la théorie. Je sens combien cette expérience a été pour moi un lest bienfaisant pendant le cours de mes études; elle m'a constamment ramené vers la nature, a tenu ma barque à flot pendant l'orage, l'a guidée dans l'obscurité et m'a permis de naviguer droit au but que je poursuivais. C'est elle aussi qui a fait naître mon opposition aux anciens systèmes de philosophie, à la science scolastique des universités et aux dogmes autoritaires formulés par les Eglises d'Etat.

En suivant cette voie, je crois être parvenu à fonder un système de philosophie objectif et positiviste, qui rapporte tout à des lois simples, palpables, accessibles à toutes les intelligences. Cette simplicité est telle que je pourrais illustrer toute ma philosophie par des diagrammes. Au reste ceci ne doit pas surprendre, puisque je m'appuie exclusivement sur la nature et que la nature illustre toutes ses lois.

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