‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 64 sur 130 · H. II. DIALOGUE · texte numérisé non relu

H. II. DIALOGUE

du Seigneur; car un enfant terrestre a pour entrer au ciel tout autant besoin d'une nouvelle naissance que le vieillard^ et le royaume de Dieu ne lui appartient pas plus qu'à la vieillesse. L'innocence qu'on lui attribue est tout à fait illusoire (nous le démontrons plus loin). Christ veut donc dire : « Comme un enfant terrestre reçoit les choses terrestres, ainsi un enfant céleste doit recevoir les choses célestes. > Voilà l'analogie. Mais, comme personne de sensé n'enseigne à des enfants terrestres des choses qu'ils ne comprennent pas, Dieu ne le fait pas non plus pour les enfants célestes. U n'a donc jamais demandé une foi aveugle.

L'interprétation des paroles adressées à Thomas repose sur une erreur semblable. Christ demande à son disciple une conviction qui soit le fruit de sa raison, de son intelligence, non d'une foi aveugle ou d'une vue matérielle. Car une foi aveugle n'est que de la superstition, dont Dieu a horreur et qui ne peut que nuire à la vérité; elle est non le fruit d'un travail, mais le jet spontané de notre mauvais cœur.

M. Paléophile. Vos conclusions sont extraordinaires : vous semblez détruire toute foi chrétienne^ cette foi sans les œuvres qui fait le fond des prédications de saint Paul. Il y a dans vos assertions quelque chose qui répugne au sentiment intime et que le cœur ne peut admettre. Vous semblez ôter aux sublimes vérités tout mystère, toute saveur; vous les dépouillez de leur chair, de leur vie chaude et palpitante, pour n'en laisser que les os. Car^ la foi détruite, que reste-t-il au chrétien, sinon des vérités mathématiques qui ne sauraient le consoler? La foi est une affaire du cœur, non de l'intelligence ; elle se cache, et le mystère est sa vie.

Le Colporteur. Si vos objections étaient fondées, certes il vaudrait mieux ne faire aucune recherche sur ces vérités si importantes, et tout progrès dans les connaissances chrétiennes serait Impossible. Examinons cependant les choses à fond, afin d'arriver à une vue claire et impartiale de la vérité.

En premier lieu, je vous ferai observer que ce que vous venez de dire ne repose pas sur la logique, mais seulement sur des impressions. Or quelle valeur peu^on accorder aux impressions de notre mauvais cœur, quand il s'agit des intérêts de Dieu? Vous déifiez l'homme, vous admettez pour l'interprétation du texte sacré l'autorité des Pères de l'Eglise ou des Eglises d'Etat, tandis que je n'admets que celle de la nature. Aucune

puissance, aucune Eglise ne doit imposer à la conscience de rhomme son interprétation particulière, parce que dans ce cas rhomme ne serait plus libre ; il deviendrait un esclave dans le domaine spirituel, et, une fois esclave, il ne serait plus responsable. La responsabilité n'existe qu'avec la liberté. Si, par exemple, on vous retient en prison, vous n'êtes pas responsable de ne pas remplir les devoirs de votre charge. Si votre intelligence et votre conscience sont renfermées dans une prison, elles ne sont plus responsables de leurs actions. Or peut-on admettre sans blasphème que Thomme créé à l'image de Dieu naisse légitimement esclave d'un autre homme, soit corporellement, soit intellectuellement ou moralement? Dieu veut que rhomme devienne conscient, responsable et libre; par cette raison il s'abstient d'exercer sur lui aucune pression morale, et n*a jamais permis à aucune créature de l'exercer à sa place. C'est dans ce but que la parole de Dieu est écrite sous une forme qui demande toujours une interprétation plus ou moins spirituelle, afin d'accorder à l'homme le pouvoir de bien ou mal interpréter, selon que son cœur l'y pousse. Le degré de sa culpabilité est considérablement amoindri par là. L'homme a une apparence d'excuse pour son incrédulité.

Votre seconde objection, à savoir que je détruis la foi, provient de la confusion des divers sens auxquels cette expression s'applique. Le mot de foi a des acceptions très variées, comme les mots d'âme et d'esprit; si on ne les distingue pas, on n'obtiendra, malgré une logique correcte en apparence, que des résultats absurdes.

Croire à un événement improbable ou avoir foi en une vérité incompréhensible voilà deux choses aussi différentes que la terre et le ciel, la nuit et le jour. La foi d'Abraham est une confiance en Dieu, une certitude morale, suite d'un raisonnement. C'est cette foi que demande le Seigneur; elle doit être un voir spirituel, et il reproche aux Juifs, comme un acte d'hypocrisie, de ne pas savoir distinguer la vérité par eux-mêmes, de ne pas percevoir les choses célestes aussi nettement que les choses terrestres. La vraie foi biblique est donc un voir intellectuel; elle ne peut exister à côté de cette foi qui accepte de soi-disant vérités impossibles à comprendre. Ces deux sortes de foi se détruisent réciproquement, car l'une est un voir, l'autre un fionvoir y et il n'est pas possible d'être en même temps dans la lumière et dans les ténèbres. Si nous avions de la vraie foi, ne

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