CH. II. DIAI^QUE
fût-ce que comme un grain de moutarde, nous ne serions pas dans notre état actuel. La fausse foi a toujours été l'ennemie de la véritable, elle se plait dans Tignorance et le mystère, tandis que la vraie foi demande la lumière. Je n'attaque donc que la fausse foi, qui reste dans les ténèbres et est Tennemic du véritable christianisme. Quant à votre idée, que mes théories enlèvent au christianisme sa chaleur et sa puissance, je no puis en reconnaître la vérité. J'en appelle à votre raison. Si vous comprenez les desseins de votre père, si vous connaissez ses plans, si vous pouvez deviner ses pensées, cette connaissance nuira-t-elle à votre alOfection pour lui, ou enlèvera-t-elle quelque chose à la douceur de vos rapports? Ceux-ci seraientils plus agréables quand vous ne sauriez comprendre sa pensée ou interpréter ses actions ? U faut donc toute la ruse de notre mauvais cœur pour nous persuader que l'explication des choses divines peut nuire à l'intimité de nos rapports avec le Père céleste ou refroidir notre amou^ pour lui.
Le chrétien est absolument comme un enfant : l'enfant aime mieux se régaler d'une friandise que d'aller à l'école et de travailler ; mais doit-on se fier à son jugement? La friandise vautelle mieux qu'une leçon de son maître? Le chrétien se fie à des impressions qui le trompent, il aime mieux jouir et se nourrir spirituellement que d'étudier. L'un lui parait doux, l'autre aiùde et inutile. Assurément peu de chrétiens ont du goût pour les études spirituelles, comme peu d'enfants préfèrent une leçon à leurs divertissements ou à une friandise. Aussi nombre de chrétiens me trouveront aride, précisément parce que je demande un travail pénible, un effort de leur intelligence, au lieu de leur présenter une nourriture spirituelle qui leur soit agréable. Nous ne sommes que de grands enfants!
M. Paléophile. Je dois vous accorder qu'il y a une certaine vraisemblance dans ce que vous dites, et je vois que vos propositions se lient les unes aux autres. Vous avez un système fermé dont on n'enti*evoit pas tout de suite les défauts. Mais je ne puis encore admettre ce que vous avancez. Comment supposer que toutes choses sei'ont connues de l'homme ? Gomment penser que Dieu préfère la connaissance à une foi naïve et simple ? Un homme qui se confie en lui de cœur et d'âme doit lui èti*e plus agréable que celui qui ne le connaît que par Tintelligenee.
Le Colporteur. Cette foi naïve et simple dont vous parlez
n'existe que dans les livres ou en théorie. Elle ne peut servir de base à un raisonnement, car elle n'a jamais été le partage des hommes. Nous n'acceptons que Terreur simplement, naïvement, jamais la vérité. Adam a cru à Satan sans preuves, mais pas à Dieu son Créateur. Nous n'acceptons une vérité que lorsque nous avons eu des milliers de preuves à son appui, et néanmoins à la première tentation nous en doutons de nouveau.
Toutes les vérités acquises à l'homme sont le fruit d'un immense travail, et ont été achetées au prix de torrents de larmes et de sang. Tout ce que nous possédons, nous le devons au travail, aux veilles de ceux qui ont aimé le bien. Si ces vérités ne nous étaient présentées comme un héritage, confirmées par l'expérience, approuvées par la voix de Dieu, et appuyées par ses châtiments quand nous leur fermons l'oreille, jamais nous ne les recevrions. Nous ne devons nous attribuer aucun mérite à cet égard, étant naturellement ennemis de la vérité. L'homme ignore volontairement sa méchanceté naturelle et ne l'admet jamais dans ses raisonnements. Quant à l'idée que Dieu aime mieux la foi que la connaissance, examinons-en la valeur. Prenons l'image des relations d'un père avec son enfant.
Trois cas sont possibles :
1^ cas. Le père, voulant instruire son enfant, lui dit entre autres : « L'eau est le produit de la combustion de deux gaz. » Le fils le croit : voilà de la foi. Quelques jours après, à l'école, l'enfant voit son maître faire cette expérience. Le père sera-t-il fâché contre ce maitre, de ce qu'il a changé la foi de l'enfant en connaissance ? Non 1 Dans ce cas la connaissance vaut évidemment mieux que la foi.
2"*® cas. L'enfant ne croit pas à ce que son père lui dit; il va à l'école, voit et croit. Cette connaissance sera-t-elle désagréable au père ? Certainement non. Ici encore la connaissance vaut mieux que le manque de foi.
3™* cas. L'enfant n'a pas le moindre désir de s'instruire, il ne se plaît qu'à manger, à boire, à dormir et à jouer. Il ne veut ni écouter les instructions de son père, ni croire à ses avertissements, n n'a aucune foi. Le père, après l'avoir exhorté inutilement, lui dit: «Si tu refuses d'apprendre, je te punirai.» L'enfant répond: «J'ai la vie et je sais que tu me donneras toujours à manger, je ne désire rien de plus. Quant à ces choses qu'on veut m'enseigner, je n'ai pas le temps de m'en occuper.