‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 66 sur 130 · GH. II. DIALOGUE · texte numérisé non relu

GH. II. DIALOGUE

je ne puis les comprendre, je n'y ait pas goût, donc elles sont inutiles ou mauvaises ; je sais de plus qu'il serait présomptueux à moi de les étudier. S'il ne me manquait pas l'intelligence nécessaire, ou si tu ne les avais pas cachées, il y a longtemps que je les saurais. »

Si, en outre, les serviteurs de la maison encourageaient l'en- . fant rebelle à persévérer dans son faux raisonnement, que ferait en dernier lieu le père? U chasserait ses serviteurs et punirait son enfant jusqu'à ce qu'il obéit.

Or ce troisième cas est l'exacte situation de l'humanité. Nous ne sommes pas meilleurs que nos premiers parents. Adam et Eve n'ont eu la foi naïve et simple qu'en Satan. Jean-Baptiste, qui, d'après le témoignage du Christ, est l'homme le plus saint que la terre ait porté, après avoir été instruit par Dieu lui-même, doute à la an de sa carrière, et envoie demander au Seigneur s'il est le Sauveur ou s'il faut en attendre un autre. Où est la foi simple et naïve? Si Jean ne la possède pas^ qui osera y prétendre? L'homme qui la posséderait ne serait pas désespérément malin. L'enfant que je viens de citer, c'est l'Eglise; ^on langage, c'est celui de presque tous ses ministres. Ils disent: < Nous avons la vie spirituelle; que pouvons-nous désirer déplus? Dieu ne veut pas que l'homme comprenne, mais qu'il croie. Dieu nous a caché les choses spirituelles, le monde à venir, sans quoi il y a longtemps que nous les connaîtrions. C'est tenter Dieu que de vouloir les sonder; -la foi vaut mieux que la science, car c'est la foi qui sauve. >

Les chrétiens ne voient pas qu'ils tiennent à cette fausse foi en proportion de son erreur. Celui qui a la vraie foi est heureux de l'échanger contre la connaissance, tandis que la fausse foi la repousse. La connaissance confirme, loue et honore la vraie foi; c'est pourquoi celui qui la possède recherche la lumière. Mais la connaissance condamne la fausse foi; aussi la fausse foi fuit la lumière et n'aime que les ténèbres.

Si les chrétiens avaient la véritable foi biblique, ils connaîtraient les choses profondes de la nature, de l'homme et de Dieu; car le Consolateur, qui est le Saint-Esprit, leur enseignerait toutes choses (Jean XIV, 26). Le Seigneur dit: «Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que son maître fait, mais je vous appelle mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j'ai entendu de mon Père. > Si donc les chrétiens ne connaissent pas toutes choses et ne possèdent

pas tout ce que Christ a reçu de Dieu, c'est qu'ils refusent les dons et la lumière de Dieu par manque de foi. Ce que Dieu offre, il désire aussi qu'on Taccepte.

Tant que l'Eglise chrétienne prêchera cette foi aveugle, non raisonnée, dans laquelle elle se meut actuellement, elle ne fera pas de progrès. Le règne du Christ ou le millénium ne viendra sur la terre que lorsque les chrétiens enseigneront la connaissance, non la foi ; car Christ ne peut habiter que dans la lumière. C'est la connaissance, non la foi, qui remplira la terre comme le fond de la mer est couvert par les eaux (Esaïe XI, 9). La foi est subjective; or ce qui est subjectif et personnel ne se communique que très difficilement. C'est pourquoi elle est restée comparativement stérile. La science au contraire se répand facilement, se lègue de père en fils, augmente comme l'avalanche et finit par tout subjuguer. Si Dieu n'eût préparé la science pour remplacer la foi, qui n'est plus à môme de dominer les hommes, la terre retomberait, comme au temps du déluge, dans une barbarie effrayante.

Si tous les morts revenaient et si tous les anges descendaient sur la terre, ils ne pourraient rien nous apprendre sur l'autre monde et sur Dieu que le Père céleste n'ait déjà révélé par la nature et par sa parole. Car ses œuvres et sa parole renferment toutes les sciences terrestres et spirituelles. Telle est ma conviction profonde.

M. Paléophile. Répondez encore à cette objection. Vous semblez croire que la véritable foi est le fruit de Tintelligence: mais alors la foi devient le pai'tage des savants et non des simples, de ces hommes de peine, par exemple, qui doivent travailler toute la journée pour l'entretien de leur famille.

Le Colporteur. Cette difficulté provient de ce que vous n'appliquez le mot de science qu'aux connaissances matérielles. Si quelqu'un s'occupe exclusivement de chimie et néglige complètement l'agriculture, il sera savant en chimie et ignorant en agriculture. Un autre, qui s'occupe presque uniquement de la parole vivante de Dieu et non de théologie, sera savant pour les choses célestes et ignorant en théologie. Seulement on n'applique plus le mot de savant à ceux qui sont versés dans les choses du ciel, on les nomme hérétiques, mômiers, ou on leur applique toute autre épithète semblable; c'est ce qui confond les idées. Mais comme on peut s'occuper des choses religieuses

CH. III. COUP d'œil sur l'histoire de l"huma.nité 267

à côté des choses matérielles, ces dernières n'empêchent pas d'acquérir les premières et d'y devenir savant.

Ainsi les laboureurs, les artisans, dont vous parlez, peuvent, à côté de leur travail manuel, acquérir la science des choses divines, tout aussi bien et môme mieux qu'un chimiste ou un astronome; ils ont plus de temps disponible pour ces choses que les soi-disant savants, car ils peuvent i-éfléchir aux choses de Dieu pendant qu'ils travaillent à la terre ou à leur métier ; mais le savant ne pense pas aisément aux choses religieuses pendant qu'il travaille à sa science. Les laboureurs et les artisans ont donc une position plus favorable pour connaître le monde spirituel que les hommes adonnés aux sciences naturelles ou aux arts.

Mais je crains de vous avoir retenu trop longtemps; excusez-moi. Il faut d'ailleurs que Je vous quitte pour continuer mon chemin.

M. Paléophile. Eh ! bien, dès que J'en aurai le loisir, je lirai l'ouvrage dont vous m'avez parlé.

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