ET RELIGIEUX
Avant d'aborder la tâche difficile que nous nous sommes proposée, il nous parait utile de donner un court aperçu du développement intellectuel et religieux de l'humanité, afin d'expliquer au point de vue historique son ignorance du monde spirituel. Pour l'humanité comme pour l'enfant, les facultés supérieures sont les dernières à se développer. C'est une loi du monde physique et intellectuel que l'inférieur précède toujours le supérieur; il peut exister sans lui, tandis que l'inverse est impossible.
Le corps entier devant toujours suivre les lois de ses membres, l'histoire de l'humanité ne peut être autre chose que la
somme de celles des individus. Il n'y a que les dimensions qui varient.
L'enfant nouveau-né n'est, pour ainsi dire, que ventre ; il ne sait faire autre chose que manger. Puis vient l'âge où les forces musculaii*es se développent, elles sont typifiées par le bras et plus particulièrement par la main, image de l'activité humaine. En dernier lieu vient le développement de la pensée. Lorsque le corps a achevé sa croissance, à peu près à l'âge de seize ans, l'intelligence commence à être indépendante, c'est-à-dire capable d'avoir des pensées à elle; jusqu'à cet âge elle ne fait que refléter les idées qui lui ont été présentées, elle ne crée pas. Un grand nombre d'individus n'atteignent jamais l'âge adulte au point de vue intellectuel. Tels qu'ils sortent de la main de leurs maîtres, tels ils demeurent, et, dépourvus de toute initiative, ils n'ont pas la puissance de se débarrasser des langes dont on les a emmaillottés au berceau ; enfants, ils restent enfants et ne peuvent penser autrement qu'on ne leur a enseigné. Semblables à ces organisations inférieures qui ne connaissent ni progrès ni développement, ils ne diffèrent pas à leur mort de ce qu'ils étaient à leur naissance.
Malheureusement ce genre d'esprits forme la grande masse de l'humanité; ils ne veulent savoir autre chose que ce qu'ont su leurs pères ; orthodoxes en toute chose, ils déifient leurs ancêtres et ils considèrent que toute déviation de leur manière de voir et de penser doit nécessairement être mauvaise. Ils deviennent ainsi les ennemis déclarés de tout progrès. D'après les lois de développement que nous connaissons chez l'enfant et qui doivent se répéter pour l'humanité, on peut déjà juger à priori que les peuples les plus sensuels, c'es^à-dire ceux qui occupent dans la constitution générale de l'humanité la place du ventre dans le corps, ont dû se développer les premiers. Les peuples qui représentent la force musculaire ont dû venir en second, et ceux qui formeront la cervelle de l'humanité seront les derniers. En conséquence, les peuples qui ne connaissent d'autres jouissances que celles de manger, de boire ou de satisfaire leurs instincts les plus brutaux ont été les premiei*s à se réunir en corps et à se civiliser. Avant le déluge c'étaient les descendants de Caïn, après le déluge ce sont les descendants de Cham qui ont rempli ces premières fonctions du corps humanitaire. Ce sont eux qui ont eu la première civilisation, qui les premiers ont travaillé pour le luxe et le confort de la
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vie, eux qui ont inventé la musique, les arts, la sculpture, la peinture, eux qui ont découvert l'art de forger les métaux et de bâtir des maisons.
Les principaux représentants de cette civilisation sont Nimrod, Chamite qui bâtit Babylone; son fils Ninus ou Assur, qui bâtit Ninive et fonda Tempire d'Assyrie; puis les Phéniciens, créateurs du commerce, et les Egyptiens, cultivateurs des arts. Presque toutes les premières découvertes de l'antiquité sont dues aux Chamites; ils étaient alors à notre égard ce que nous sommes aujourd'hui â l'égard des habitants de l'Afrique. Que <^ont devenus ces peuples puissants de l'antiquité? Leurs seuls débris sont les races nègres qui aujourd'hui encore sont les hommes les plus sensuels. Mais ils ne resteront pas éternellement dans cet état; ils participeront à leur tour au développement général de l'humanité, et le jour viendra où ils s'empareront de toute la littérature frivole et légère, du théâtre, de la poésie, de la musique, de la peinture et de la sculpture. Ils en feront leur domaine et ils y éclipseront les Japhétites. Peuples sensuels, ils ne cultiveront que ce qui frappe les sens ; or ce qui excite les sens favorise la corruption. C'est pourquoi les artistes appartiennent aux classes les plus immorales de la société, et Munich, la ville artistique par excellence, est la ville la plus corrompue qui existe, à l'exception, peut-être de Rome.
Gham, l'esclave de ses sens, le sera aussi de ses frères, ainsi que l'antique prophétie de Noé le prédit. Car celui qui n'est pas maître de soi-même tombera toujours au pouvoir d'un autre.
Après le développement des organes les plus inférieurs vient celui des muscles. Ceci est la tâche de Japhet, dont la bénédiction a été formulée en ces termes : « Que Dieu étende Japhet ! » Mais pour cela il faut qu'il travaille. Sa destinée est de labourer, planter, récolter, dompter les éléments, contraindre les vents, l'eau, la vapeur et l'électricité à le servir. C'est à lui de naviguer sur les mers, de niveler les montagnes, de combler les vallées, de dessécher les marais, d'arroser les déserts et de construire les machines. La terre appartient à Japhet ; il est la main qui assemble et disperse, tourne et retourne, élève, abat, sème, moissonne. Dès qu'il voit quelque chose, il faut qu'il le touche et le manie ; ce qu'il ne peut percevoir au moyen de ses sens n'existe pas pour lui et n'occupe point sa pensée. Il est le
collecteur universel, analysant tout, examinant tout, pour re> chercher ce qui peut lui être utile.
Il est fier de poser le pied là où personne n*a encore pénétré; aucune mer n*est assez lointaine, aucune montagne trop haute, nul froid trop rude, nul désert assez aride pour le rebuter. Le cheval n'est pas assez rapide pour lui, il attelle la vapeur et ceint la terre de voies ferrées. Quand le vent et la vapeur ne le servent plus à son gré, il confie ses messages à la foudre. La terre même lui parait trop petite, et il arme son œil pour plonger dans les profondeurs des cieux. D veut savoir ce qui se passe dans la lune et le soleil, et si l'homme pouvait fouler de son pied ces mondes lointains, Japhet l'aurait déjà fait. Outre l'immensité des cieux, il veut aussi connaître Tinfiniment petit, afin que rien ne lui échappe. L'obstacle excite son ardeur, la possession enflamme son orgueil; il n'a de repos que lorsqu'il a tout pénétré, tout examiné. Chacun de ses pas en avant, chacune de ses découvertes trouve un retentissement universel et on y applaudit des deux côtés du monde. En un mot, Japhet est conquérant; la terre est à lui, ainsi que la science des choses terrestres.
« Japhet, élargis ta tente; » étends-toi jusqu'à ce que tu aies conquis le monde entier! Tu es la force matérielle, la dextre de l'humanité; mais il n'y a pas de cervelle en toi, tu ne sais pas penser. Tu ne sais pas t'élever au-dessus de la terre, au-dessus du monde matériel et visible; tu crains même, comme si c'était un sacrilège, tout effort pour en franchir les limites. Tu considères comme un domaine inaccessible tout ce que tu ne peux toucher de ta main ou voir de tes yeux. Pour toi le ciel et les choses célestes sont voilés; tu crois qu'il serait présomptueux de vouloir les sonder, tu reconnais même que ta faible intelligence s'y perdrait. En effet, c'est un domaine inaccessible pour toi, car il a été donné à ton frère Sem. Les choses célestes sont à lui, comme les terrestres sont à toi. Israël, «on principal représentant, conquerra le ciel, comme tu as conquis la terre. A lui les sciences spirituelles, comme à toi les sciences terrestres ; à lui la connaissance de Dieu, comme à toi celle de ce monde. C'est lui qui sera la cervelle de l'humanité, tandis que tu n'en représentes que la force musculaire.
Sem disposera du labeur de Japhet, comme la tète dispose du travail des membres. Tout ce que Japhet aura récolté sera rassemblé dans les greniers de son frère, qui Tutili-
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sera pour le bien général. Depuis tant de siècles que. Japbet est éclairé de la lumière de la civilisatioi) et du christianisme, il n'a pas su augmenter d'un iota l'héritage de foi qu'il a reçu de 8em ou du. peuple juif. Nous dirons plus, il n'a pas même su conserver cet héritage dans son intégrité. Le peu de foi qu'il a encore gardé lui échappe, car en Europe la foi va plutôt en diminuant qu'en augmentant. Qu'est-ce que la foi de Japhet? Quel triste spectacle que celui des Eglises d'Etat, préconisant sous ce nom des dogmes d'invention humaine, à ce point que telle d'entre elles a surpassé les païens dans la création de formules insensées !
Dans ce monde Japhet se comporte en maître, il n'y connaît pas de limites. Il se révolte contre ceux qui veulent lui imposer, en matière de sciences terrestres, des croyances fondées sur la foi. Mais, hypocrite qu'il est, l'intelligence qu'il possède pour les choses terrestres, il ne l'emploie pas à sonder les choses divines, et il adopte à leur égard juste le contraire de ce qu'il reconnaît être sensé dans ce monde. Quel signe de l'abrutissement du cœur humain que d'admettre pour le monde spirituel des lois qui seraient l'inverse de celles de ce monde I On confond par là l'intelligence, et l'on fait accroire aux hommes que leur ignorance et leur impiété proviennent de la manière dont Dieu a créé l'univers.
Aux yeux de Japhet, les choses spirituelles et éternelles sont moins positives, moins certaines que les choses terresti^es et passagères. Il n'admet pas qu'elles forment une science, et veut qu'on accepte tout par la foi. Si l'on demande pourquoi les Japhétites n'acceptent pas la foi dans les sciences terrestres, ils répondront que c'est parce qu'ils ont intérêt à connaître la vérité. La foi, disent-ils, trompe, et ce qui se fonde sur elle n'a que peu de valeur. Donc ils se condamnent eux-mêmes, quand ils se contentent de la foi pour des choses beaucoup plus importantes, c'est-à-dire pour les connaissances spirituelles. Ils l'acceptent dans ce domaine, parce qu'ils ne veulent pas y connaître la vérité et qu'ils désirent être trompés. De quel droit cette race insensée croi^elle que sa foi a plus de valeur pour les choses spirituelles que pour les choses terrestres ? De quel droit présume-t-elle qu'une foi incapable de la guider pour les choses terrestres peut la guider quand il s'agit des choses célestes ? Comment peut-on faire le plus difficile quand on ne sait pas faire le plus simple? Si quelqu'un prétendait posséder au ciel
une puissance qu'il est incapable d'exercer sur la terre, ne serait-ce pas le comble de l'inconséquence? Et n'est-ce pas le comble de l'ignorance et même de l'hypocrisie que d'accepter poulie ciel une manière d'agir qu'on condamne pour la terre î Quel triste résultat ne produiront pas de semblables doctrines!
Nous rappelons au lecteur que la foi dont parle la parole de Dieu est un t?ow% un comiaitre, tandis que le mot «foi» dans l'acception que lui donnent d'ordinaire les Eglises d'Etat désigne la croyance à quelque chose qu'on ne comprend pas. L'usage ne permet plus d'employer le mot de foi pour une chose certaine ou que l'on peut prouver.
Si Gham est spécialement sensuel, Japhet est matérialiste, n'estimant que la matière et ne pouvant travailler que sur elle. Il ne sait développer que les sciences et les arts matériels : les mathématiques^ l'astronomie, la géologie, la mécanique, la musique, toutes les sciences et les arts enseignés dans les universités, les écoles ou les ateliers. Mais ces connaissances s'arrêtent là où ses sens ne le servent plus ; au-delà tout est pour lui d'une obscurité profonde, car il est sans intelligence. N'ayant que les sens pour le guider, comment comprendrait-il les choses spirituelles ? Japhet n'a étudié dans la nature que la matière sous ses diverses formes; la pensée que le souverain Créateur y a déposée lui échappe complètement, attendu qu'elle ne se pèse pas à la balance et ne se dissèque pas au scalpel.
Matériel comme est Japhet, il ne peut rechercher ce qui est spirituel, il ne demande pas la pensée, car l'intelligence seule recherche l'intelligence. Japhet ne conçoit pas même qu'il existe d'autres sciences que les sciences terrestres, il traite de chimère toute science spirituelle. Il ne connaît que le travail de la main et ignore celui de la pensée. Si un ange descendait du ciel pour lui enseigner les choses célestes, il lui demanderait naïvement : « A quoi cela sert-il ? » Car il dit : « Je n'aime que les choses réelles, visibles, palpables. > Pour Japhet, le temps est de l'argent, c'est-à-dire l'acquisition de la matière : tandis que pour Sem, dont l'activité sera essentiellement intellectuelle, le temps sera de la peyisée.
Pour peu que l'on considère la littérature ou ce qu'on appelle les belles-lettres, on se convaincra qu'elles sont d'une extrême futilité et ne dépassent pas le niveau des temps anciens. Quels sont les livres qui ont aujourd'hui le plus de vogue ? De mauvais et absurdes romans, de vrais non-sens en fait d'intelli-
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gence. Quels sont les auteurs les plus vantés? Un Goethe, un Schiller, un Lamartine, un Shakespeare, un Byron, un Voltaire, c'esirà-dire autant d'écrivains qui n'ont surpassé ni Homère, ni Sophocle^ ni Démosthène, ni Ha&z. On peut donc affirmer que la littérature des peuples japhétiques n'a pas fait de progrès sensible depuis les temps d'Homère. Toute cette pauvre littérature que Japhet élève maintenant aux nues paraîtra un jour méprisable aux yeux de Sem, et restera comme un témoin de l'incapacité intellectuelle des races japhétiques.
Les Anglais, les Américains, en général les peuples de race anglo-saxonne sont de beaux types des nationalités japhétiques, comme ils en sont les représentants les plus actifs ^ Mais pour eux plus que pour tous les autres le temps est de l'argent, c'està-dire de la matière. Ils vont jusqu'à le déifier, précisément parce qu'il représente le travail. Ils déifient ainsi leur destination, qui est de travailler,
Japhet est bien plus nombreux que Sem et que Cham, puisqu'il occupe l'Asie, l'Europe et l'Amérique, tandis que le nombre des Sémites et des Chamites est très limité. Cette prépondérance numérique de Japhet est prédite dans la bénédiction de Noé, car il est dit : « Que Dieu étende Japhet I > Cette extension explique le rôle que Japhet doit jouer. Etant muscle, il doit constituer la plus grande partie du corps humanitaire, tandis que Sem, en tant que cervelle, ne formera jamais qu'une petite partie de l'humanité.
L'humanité ne peut se passer de Japhet, pas plus qu'un corps ne peut subsister sans muscles et sans bras. Mais ce qui est matériel n'estime pas ce qui est intellectuel, car l'inférieur ne comprend pas le supérieur. Quel est le Jàphétite qui ne s'imagine que l'humanité pourrait parfaitement cheminer sans cervelle, c'est-à-dire sans que la race d'Israël y prit la place qui lui est destinée?
Les prophéties de Noé concernant ses trois fils ont, comme nous le voyons, un profond sens humanitaire dont on ne s'est pas douté jusqu'ici. Les rôles de chacun y sont distribués selon
^) Noas croyons que le temps n'est pins très éloigné où les grandes intelligences scientifiques se rendront en Amérique, comme actuellement les forces ouvrières, parce que leur travail y sera beaucoup mieux rétribué. Alors l'Amérique sera à la tète de la science, et, tandis que la vieille Europe dépense toutes ses ressources en armements, l'Amérique dépensera les siennes pour la science. On peut juger d'avance quel en sera le résultat
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l'aptitude des diflférents frères. Sans le premier développement des Chamites nous ne posséderions point notre civilisation actuelle. Sans le développement de Japhet celui de Sem devient impossible, car la cervelle est aussi incapable de travailler que les muscles sont incapables de penser. Sans Japhet Sem ne saurait penser, et sans Sem le travail de Japhet est sans utilité pour rhumanité. Tout ce que Dieu appelle pensée ou intelligence nous vient exclusivement de Sem, car c'est de lui que nous avons reçu le total des connaissances religieuses que nous possédons. Sem est à Japhet ce que Moïse était à Aaron; l'un est l'oracle de l'Eternel, l'autre le constructeur du veau d'or. Ainsi chaque frère a reçu son domaine particulier dans le travail commun. Dieu combinant l'ensemble de leurs efforts de telle façon que tout concoure définitivement au bien général.
Quand Japhet aura achevé le travail qui lui est dévolu, alors viendra le tour de Sem. Si cet avènement de Sem avait lieu plus tôt, la vie de l'humanité en souffrirait, comme il arrive chez les enfants dont on a forcé le développement intellectuel au détriment de la croissance physique. Aussi Israël a-t-il été réservé et mis à part pour cette grande époque, qui, nous l'espérons, n'est plus très éloignée. Quand l'aurore de ce nouveau jour paraîtra, Sem se lèvera comme un homme qui s'éveille d'un long sommeil; il apparaîtra aux regards étonnés de ses frères, et il étendra la main pour conquérir le monde spirituel, comme Japhet a conquis le monde matériel.
Sem fera cas de l'intelligence comme Japhet de l'argent ou du travail ; il honorera les hommes intelligents comme Japhet a honoré les conquérants, les savants et tous ceux qui ont accompli quelque grand travail pour ce monde. Sa littérature sera aussi intellectuelle et spirituelle que celle de Japhet est stupide et matérielle. Ses œuvres d'imagination ressembleront aussi peu à celles de son frère que le jour ressemble à la nuit. Le roman, tel que Japhet le comprend, est l'expression du mouvement, de l'aventure et de l'action; les fictions de Sem seront l'expression d'une pensée intelligente. La littérature des Sémites embrassera le monde delà pensée et de l'esprit, comme celle de Japhet embrasse le monde de la matière. Sem sera l'apôtre de la connaissance spirituelle, comme Japhet a été le héraut des connaissances terrestres. Mais l'heure de Sem n'a pas encore sonné; il faut qu'il attende que Japhet ait accompli son œuvre.
A mesure que Sem grandira, on verra s'établir sur la terre