‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 68 sur 130 · CH. III. SEM, GH\M, JAPHET · texte numérisé non relu

CH. III. SEM, GH\M, JAPHET

l'aristocratie de la pensée; elle écrasera celle du travail ou de la possession qui domine aujourd'hui, comme celle-ci a écrasé -celle de la force physique qui régnait dans les temps jadis. Le temps viendra où la société n'aura pas plus de considération pour un Crésus, un roi, un grand général, qu'elle n'en a maintenant pour un géant, un athlète, un duelliste ou un bourreau. Jadis la force corporelle dominait exclusivement sur la terre, <;omme on peut en juger par les anciens poèmes qui nous ont été conservés. Les premiers princes étaient corporellement les hommes les plus forts, car c'est à ce seul prix qu'ils pouvaient faire valoir leur autorité ; mais depuis lors le monde a fait des progrès. Cette aristocratie de la force est tombée et a été remplacée par celle de la possession ou de la richesse; à son tour, celle-ci tombera et sera remplacée par celle de l'intelligence matérielle. Enfin •cette dernière fera place à celle de la vertu et des connaissances -spirituelles. Ce seront alors les hommes les plus vertueux qui xiomineront, et par eux le règne du Christ s'étendra sur toute la terre.

Nous avons vu que, dans l'ordre des choses, Gham a dû se développer avant Japhet et celui-ci avant Sem. Ce même ordre est indiqué par la prophétie de Noé. En effet, elle commence par appeler Cham serviteur, puis il est dit de Japhet que Dieu rétendra, et en dernier lieu elle annonce que l'Eternel logera dans les tentes de Sem. A l'époque où Moïse rapporta cette prédiction de Noé concernant la servitude des Ghamites, elle paraissait bien invraisemblable, car c'étaient précisément les races chamites, comme les Assyriens, les Phéniciens et les Egyptiens, qui dominaient alors sur la terre. Sem, représenté par Israël, venait de passer sous les Chamites égyptiens quatre cents ans de la plus dure servitude. Depuis trois mille ans la prophétie sur la croissance de Japhet s'est accomplie. Celle concernant Sem sera la dernière à se justifier dans toute sa portée. n est vrai que Dieu a jadis habité corporellement en son Fils dans les tentes de Sem, mais il a été mis à mort; ainsi cette prophétie ne peut plus s'accomplir matériellement, mais seulement spirituellement. Quand le temps des Gentils sera accompli, Sem accueillera son Dieu avec allégresse, et cet événement sera pour les autres peuples une résurrection d'entre les morts.

Chacun récolte ce qu'il a semé. Cham honore les sens et en désire les plaisirs, il en jouira plus que tout autre. Japhet honore le travail et désire la conquête de ce monde, il le con-

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querra. Sem honore llntelligence, il la recevra; il désire les biens spirituels, il en fera la conquête. Mais Dieu ne peut loger chez les deux premiers^ parce qu'ils représentent Thumanité matérielle ; sa demeure ne peut être que chez Sem» qui sera la tète de l'humanité et qui seul a Tintelligence pour le comprendre.

Le caractère et les destinées des deux frères se marquent déjà dans le mal. Les vérités chrétiennes sont un scandale pour les Sémites, dont les Juifs sont le type, une folie pour les Japhétites, représentés par les Grecs. C'est une preuve que les Sémites, même dans le mal, prennent les choses religieuses beaucoup plus à cœur que les Japhétites. N'en feronMls pas de môme pour le bien?

Le Juif est le penseur ; il pense mal, mais il pense. Il se révolte contre la vérité et s'indigne qu'on lui présente quelque chose qu'il croit mauvais. Mais Japhet ne pense pas du tout; il n'éprouve pas la moindre indignation, parce qu'il ne prend pas les choses à cœur. U lui est indifférent que quelqu'un enseigne des choses fausses ou parle au nom de Dieu sans que Dieu l'ait envoyé. Il ne considère pas les faux prophètes comme les plus coupables des hommes, il ne se scandalise pas de leurs mensonges, parce qu'il n'a pas d'intérêt pour les choses religieuses.

Quand ces deux frères seront convertis au Seigneur, lequel sera le plus fidèle, le plus utile? Lequel sera honoré de la présence de Dieu ? Certes celui qui prend les choses à cœur, qui réfléchit, et non celui qui ne veut pas penser, pour lequel les choses religieuses sont indifférentes, et qui se complaît dans son ignorance. C'est pour cette raison que Japhet se laisse imposer les doctrines de tant de faux prophètes, qui se disent envoyés de Dieu quoique Dieu ne les ait point envoyés. Japhet se soumet tranquillement à Terreur et aux ténèbres dans les choses spirituelles; il n'est sensible qu'à ce qui touche sa propriété matérielle. Dans le domaine spirituel, il accepte aveuglément toutes les absurdités qu'on lui propose au nom de la souveraine intelligence, puis, pour combler la mesure, il dit qu'elles ne se comprennent pas vu que ce sont des choses divines, mettant ainsi à la charge de Dieu son aveuglement et sa folie.

Lorsqu'un homme réfléchit, on a du moins l'espoir de le convaincre, on a une prise sur lui, mais on ne peut rien auprès de celui qui ne veut pas réfléchir. Japhet ne saurait dès lors être l'ami de Dieu, car l'être suprême ne peut demeurer que che^

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celui qui le comprend, qui pénètre sa pensée, ses vues, ses sentiments. Si un peuple japhétique avait reçu la loi de Moïse, jamais il n'eût conservé ce dépôt durant 3500 ans à travers les persécutions les plus atroces, les plus longues que la terre ait connues. Tout peuple japhétique eût renoncé dès longtemps à un privilège spirituel qui ne lui rapportait rien et qui même le privait de la possession de la terre. Il eût autant valu confiera un animal la parole vivante d'un homme que de faire de Japhetle dépositaire de la loi du Sinaï. Dieu, le Seigneur tout-puissant, ne récompensera-t-il pas la fidélité de Sem, qui, malgré les souffrances et l'oppression de tant de siècles, a conservé le dépôt qui lui avait été confié? Il le dédommagera au double de tous les maux qu'il a soufferts, il le consolera comme on console un enfant et ses frères ne pourront accuser Dieu d'injustice, car chacun d'eux aura récolté le fruit de son travail.

À Israël appartient l'honneur d'être un jour la tête de l'humanité, de voir Dieu et de le recevoir dans ses tentes. Pour le bien de tous, il faut désirer que la promesse de Noé s'accomplisse bientôt.

Toutes les institutions politiques, scientifiques et religieuses des Japhétites, toutes leurs façons de penser et d'agir conviennent à des serviteurs. Leurs instincts les poussent dans cette direction. Ils ne recherchent d'autres trésors que ceux que procure le travail matériel, d'autre gloire que celle qui vient des hommes. Ils la recevront, mais par cette raison ils sont destitués à servir. Ils serviront Sem, comme les muscles servent Tintelligence. Quant à Sem, il servira Dieu et recevra de lui sa gloire.

Si nous passons en revue les diverses branches de l'activité des peuples japhétiques, nous verrons que ce caractère de servitude s'attache à toutes leurs institutions, qu'il est le mobile secret de toutes leurs pensées et de toutes leurs actions. Commençons par examiner leur organisation politique. Chaque Japhétite cherche plus ou moins à s'élever au-dessus de ses frères, chacun cherche à dominer sur les divers membres de sa famille, sur ses amis, sur ses subordonnés et sur ses serviteurs; s'il est un homme influent, il veut encore dominer sur les masses, sur l'opinion publique ; s'il est roi, il veut dominer sur ses sujets, sur leurs richesses, leur intelligence et leur conscience.

Or, d'après une irrévocable loi de la nature, celui qui veut

asservir sera asservi, celui qui veut être le premier sera le dernier, celui qui veut faire des captifs sera mené en captivité. Il viendra un jour de rétribution où les peuples conquérants seront esclaves^ où les hommes qui auront cherché à dominer sur leurs frères, comme les rois et les grands, seront considérés comme le rebut de la société. Ayant les vils instincts de la force matérielle, Japhet l'emploie pour asservir et par cette raison il sera asservi. Toutes ses institutions politiques et religieuses sont hiérarchiques, en d'autres termes elles demandent un chef qui ordonne et des subordonnés qui obéissent. Rien même ne saurait prospérer chez Japhet sans un semblable ordre de choses, attendu que tout autre arrangement serait contraire à ses conceptions et à ses instincts de serviteur.

Parlez à un Japhétite d'un Etat sans gouvernement, il n'y verra qu'une folie ; parlez-lui d'un gouvernement désirant que ses sujets obéissent à leur conscience plutôt qu'aux lois humaines, cela lui paraîtra une chimère. Il lui est impossible de concevoir d'autres institutions que les siennes, qui sanctionnent la servitude et l'esclavage.

Toute l'histoire démontre la vérité du fait que ceux qui asserviront seront asservis. Tous les peuples conquérants deviendront esclaves. Rome, qui a foulé le monde pendant cinq siècles, a été foulée aux pieds par tous les peuples. Aucune ville du monde n'a été si souvent pillée et saccagée que celle qui a rançonné toute la terre. Ses arcs de triomphe élevés de tous côtés sont autant de monuments qui témoigneront d'un esclavage éternel. Que sont devenus les Egyptiens, les Grecs, les Perses, qui ont fondé de si grands empires ? Ds ont été asservis pour être donnés en spectacle au monde, et néanmoins on voit les divers peuples de l'Europe ambitionner une gloire semblable, qui ne peut être que leur ruine.

Partant du principe que Dieu a sanctionné la servitude et que l'homme naît propriété du sol, tous les gouvernements se croient en droit d'imposer leur volonté et d'exiger une soumission aveugle à leurs décrets. Ils ne souffrent pas qu'on examine si un ordre qu'ils donnent est juste ou salutaire : obéir est le seul devoir qu'ils proclament. Aussi la parole de Dieu les désigne-t-elle tous comme portant des noms de blasphème, et sous la dénomination de Satan ou du Prince de ce monde, car ils s'arrogent un pouvoir qui n'appartient qu'à Dieu seul. Toute cette organisation politique des peuples japhétiques ne peut

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