CH. III. SEM, GHAM, JAPHET
exister que chez une râce destinée à la servitude, et dont la culpabilité appelle le châtiment.
Dans le domaine de la science, même phénomène. Ceux qui ont acquis une certaine autorité cherchent à Timposer aux autres. Dans renseignement du droit, on se fonde sur ce qui est consacré par Tusage, sur les lois établies par les hommes^ non sur un principe abstrait. L'usage devient ici Tautorité. En philosophie, les peuples qui ont le plus cultivé cette branche de l'activité intellectuelle sont les plus inaccessibles aux nouvelles idées. Les Allemands sont ici au premier rang. L'antiquité de leur science fait qu'ils ne demandent pas si une nouvelle idée se fonde sur le bon sens ou sur la nature, mais si elle peut s'appuyer de l'autorité d'un de leurs grands maîtres. C'est un esclavage intellectuel. Cet esclavage, cette adoration de l'antique, de la tradition, est la cause pour laquelle la science ne reste pas toujours dans les mêmes mains, mais passe d'un peuple k un autre. Un pareil peuple s'enorgueillit de son passé comme une ancienne famille de sa noblesse. Il devient ainsi incapable d'accepter ce qui est nouveau; cette nouvelle sève, qu'il repousse, se détourne vers d'autres canaux^ et la décrépitude s'empare de ceux qui veulent vivre de leur passé. Il en est de même pour les connaissances religieuses. C'est pour cela que la nation juive, la plus religieuse de l'antiquité, a repoussé le christianisme, qui n'est accepté et ne peut prospérer que chez les peuples vierges.
En religion, la grande masse des Japhétites est dans un esclavage absolu. Dans l'Eglise catholique, le pape réclame, comme vice-Christ^ une autorité sans bornes semblable à celle de Dieu. U s'arroge toute puissance sur la terre et dans le ciel. 11 croit avoir le droit de déposséder les rois, de délier les sujets de leurs serments de fidélité, de nouer ou rompre un mariage, d'être Tunique dispensateur des sacrements et des faveurs du cieL II prétend même avoir la science infuse et connaître seul la vraie interprétation de la Bible. L'Eglise catholique romaine demande encore que toutes les intelligences, toutes les consciences se soumettent à son empire et renoncent au droit de penser et déjuger. Il réclame ainsi des droits que Dieu aurait horreur d'exercer sur son Eglise, mais que Satan désire posséder sur la terre. C'est l'esclavage le plus absolu qui ait jamais existé. Car que reste-t-il à l'homme une fois qu'il a renoncé à son intelligence et à sa conscience? Il n'est plus qu'une machine
280 ÉCONOMIE SPIRITUELLE GH. lU.
OU un animal. Les chaînes qu'un pareil état impose sont mille fois plus difficiles à briser que celles d'airain et d'acier. Aussi cet empire est-il le plus puissant qui ait jamais existé sur la terre et a-t-il été de plus longue durée qu'aucun autre. Néanmoins, toute colossale qu'elle est, cette puissance prendra fin, car tout ce qui s'élève sera abaissé et tout ce qui domine sera asservi.
Les protestants ont secoué en partie ce joug, — mais seulement en partie: au pape, à l'autorité de la tradition et de l'Eglise ils ont substitué la Bible, interprétée partiellement selon le caprice des hommes, car ils n'ont pas consulté la nature pour en découvrir le vrai sens. C'est toujours un immense progrès sur l'autorité d'un pape, mais c'est peu de chose à côté de ce qu'il reste encore à faire. Aussi longtemps qu'on fait appel à une autorité quelconque, on est dans les ténèbres et la servitude, non dans la lumière et la liberté.
Le protestant tient à la lettre, et il ne se rend pas compte que c'est dans beaucoup de cas une illusion, vu que les mots changent de sens d'un siècle à un autre ; ils changent de sens parce qu'ils dépendent de la mode, des superstitions et du goût des hommes. Le vrai sens des mots bibliques est déterminé par la nature; les œuvres de Dieu ont seules le droit d'interpréter sa parole.
Celui qui fait appel à l'autorité de la Bible ne l'a pas comprise comme elle doit l'être. Dieu n'est pas un pape, il n'impose pas son autorité et ne veut pas qu'elle soit imposée. D n'est pas non plus dans ses intentions que la Bible remplisse les fonctions d'un pape. Notre Père céleste s'adresse à l'intelligence, non à la crédulité de ses enfants. Pour celui qui est dans la lumière, les vérités bibliques doivent s'enseigner comme les mathématiques, et celui qui ne peut le faire ignore ce qu'il devrait savoir. Le maître de mathématiques ne s'adresse qu'à l'intelligence de son élève, non à sa foi; s'il s'adressait à sa foi, il témoignerait qu'il ne croit pas ce qu'il enseigne ou qu'il enseigne ce qu'il ne comprend pas. Si un maître, pour faire croire à son élève que 2 fois 2 font 4, en appelait à l'autorité du père, au lieu d'en faire la démonstration, il prouverait par là son entière incapacité à remplir sa tâche et mériterait d'être renvoyé. Ainsi celui qui fait appel à l'autorité de la Bible prouve son ignorance et son incapacité. Il admet tacitement qu'il demande aux hom-
GH. m. DÉVELOPPEMENT INTELLECTUEL ET RELIGIEUX 281
mes de croire des choses improbables et incompréhensibles. Quel maître et quels élèves I
L'homme qui peut s'imaginer que Dieu ou sa parole use d'autorité n'est pas libre et ne comprend pas les vérités du christianisme. U n'est pas l'affranchi de Dieu, mais l'esclave de la lettre. Or Dieu ne veut pas des esclaves; il a horreur de toute domination, et il a envoyé son Fils unique dans ce monde pour délivrer les hommes du joug qui pèse sur eux, non pour leur en imposer un autre. Nous le répétons, ceux qui font appel à l'autorité de la Bible ne comprennent ni Dieu, ni sa parole, ni ses oeuvres comme ils le devraient; car ils attribuent à Dieu des choses dont il a horreur et qu'il considère comme criminelles.
C'est là le plus fort témoignage de la servitude des Japhétites; ils font toujours appel à une autorité. C'est pourquoi Dieu, en parlant d'eux aux Israélites, les désigne comme une nation folle (Deut. XXXII, 31): «Je vous émouvrai à jalousie par un peuple qui n'est point un peuple, et je vous provoquerai à la colère par une nation folle. » En un autre endroit Dieu dit au peuple d'Israël (Esaïe XLIX, 22) : «Je lèverai ma main vers les nations et j'élèverai mon enseigne vers les peuples.... Les rois seront tes nourrissons, ils se prosterneront devant toi le visage contre terre et lécheront la poudre de tes pieds, et tu sauras que je suis l'Eternel et que ceux qui se confient en moi ne seront point honteux.... Et je ferai que ceux qui t'auront opprimé mangeront leur propre chair et s'enivreront de leur propre sang comme de moût, et toute chair connaîtra que je suis l'Etemel qui te sauve, ton Rédempteur, le Puissant de Jacob.» Israël, le vainqueur de Dieu, le conquérant futur du monde spirituel, le sera aussi de ceux qui ont acquis ce monde ; et Japhet, qui a opprimé Sem, deviendra son serviteur, parce qu'il travaille sans penser. Mais, comme Sem a été infidèle à la vérité qui lui était confiée^ Japhet l'est également ; et comme l'infidélité de Sem a été le salut de Japhet, de même l'infidélité de Japhet sera la cause inconsciente de la gloire de Sem. Japhet a reçu jadis le salut de Sem, et Sem le recevra de nouveau de Japhet.
Nous avons retracé en quelques lignes caractéristiques l'histoire de l'humanité ; mais, si ce que nous avons dit est vrai, il faut^que les phénomènes que nous avons signalés aient leurs correspondants dans le monde moral. Ainsi le christianisme
282 ÉGONOmE SPIRITUELLE CH. III.
devra passer par les mêmes phases que l'humanité. Il sera d'abord enfant, et plus tard seulement homme. Il faut qu'il soit chamite, puis japhétique, puis sémitique, qu'il se développe premièrement par les sens, ensuite par le travail matériel, enfin par l'intelligence, — l'inférieur étant toujours le premier et le supérieur le dernier.
Nous sommes actuellement encore dans la première phase, celle qu'on peut appeler chamite. Les chrétiens ne demandent que de la nourriture; ils sont plus ou moins incapables de comprendre ou de recevoir autre chose. Le travail spirituel, la pensée les scandalise. Ils croient que c'est une présomption coupable que de vouloir sonder les mystères de Dieu. Ils se définissent eux-mêmes en disant que la religion chrétienne est une affaire du cœur et non de l'intelligence, qu'il faut sentir et non comprendre, croire et ne pas voir. C'est là le langage de l'enfant, le langage d'un Chamite spirituel, qui ne demande que de la nourriture et repousse la pensée. Placer le siège de la religion hors du domaine de la pensée, c'est vouloir que Dieu ait des idiots pour serviteurs, c'est justifier la stupidité.
L'observateur impartial peut voir que chaque époque admire et encense presque exclusivement les choses qu'elle doit développer. Le christianisme a ses phases comme les choses de ce monde, parce que sa conception dépend des hommes, de leur capacité, de leur intelligence.
Après la période chamite viendra la ^hsise japhétique, qui sera celle du travail. Elle durera jusqu'à la conversion de tous les hommes, jusqu'à ce que la vérité triomphe sur toute la terre. Telle est la tâche dévolue aux chrétiens japhétiques. Tant que durera cette période, les chrétiens qu'on honorera le plus seront ceux qui auront déployé une grande activité et fait de grandes conquêtes.
Enfin la phase sémitique sera celle de la pensée. Les chrétiens sémites s'adonneront avec ardeur à l'étude, ils feront de grandes conquêtes dans le champ de la vérité, parce qu'ils seront là dans leur élément. Alors on honorera spécialement ceux qui seront intelligents dans les choses de Dieu et qui se montreront le mieux initiés à sa pensée. La connaissance de l'Etemel remplira alors la terre comme le fond de la mer est recouvert par les eaux. Mais ces temps sont encore bien éloignés, et il reste beaucoup de choses à faire auparavant.
Cet aperçu de l'histoire intellectuelle et morale de l'huma-