‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 75 sur 130 · CH. IV. DIFFICULTÉ DE PRÉCISER UNE PENSÉE SPIRITUELLE · texte numérisé non relu

CH. IV. DIFFICULTÉ DE PRÉCISER UNE PENSÉE SPIRITUELLE

mer le sens des mots, pour les fixer d'une manière claire, simple et irrévocable. Par la distinction de plusieurs âmes, de diverses espèces de foi et de bien d'autres choses, nous devons donner aux paroles divines un sens souvent totalement différent de celui qui est généralement admis. Nous sentons que les savants et les théologiens de France, d'Allemagne s'opposeront à de pareilles réformes ; les hommes dont les idées et le langage ne sont pas imbus des principes scolastiques actuellement en vogue daigneront seuls nous écouter.

Le sens des mots n'a pu être fixé plus tôt, premièrement parce qu'on ne reconnaissait pas la valeur des lois de l'analogie ou qu'on les a mal appliquées, secondement parce qu'on n'a pas su fixer les limites entre le monde matériel et le monde spirituel.

Nous disons donc que le sens spirituel des mots doit se tirer de leur sens matériel, c'est-à-dire il faut que toutes les choses spirituelles soient figurées par des images matérielles que l'on puisse manier, examiner, analyser et sur lesquelles on puisse expérimenter. Puis, par ces images qui restent invariables dans leurs représentants terrestres, on détermine mathématiquement les qualités des choses spirituelles, sans qu'il soit permis de dévier de l'original terrestre. Ainsi se fixent les termes ou les qualités et la nature des choses spirituelles.

Pour se faire une idée de l'âme spirituelle et de l'âme divine, il faut donc posséder une âme terrestre que nous puissions observer et analyser. D'après cette image (l'âme psychique), nous pourrons déterminer les qualités et la nature de l'âme spirituelle et de l'âme divine. Or les philosophes ont pris l'image terrestre, l'âme psychique, pour l'âme spirituelle ; de là une complète confusion.

Ainsi on ne devra pas donner aux mots âme^ vie y force ^ naissance, mort, génération, douleur, passion^ intelligence, lumière, ténèbres, foi, etc., d'autre sens spirituel que celui qui correspond mathématiquement à l'image terrestre représentée par ces mots; autrement on invente des choses spirituelles qui n'ont rien de commun avec la réalité, ni dans ce monde ni dans l'autre. On ne s'en est pas tenu strictement à la nature; voilà pourquoi ces termes n'ont pas de sens fixe, chacun leur en donnant un différent. N'est-ce pas une imposture que d'appeler au ciel « vie» ce qui ici-bas a les qualités de la mort, ou d'appeler «lumière» au ciel ce qui sur la terre a les qualités des ténè-

bres ? Donc les choses matérielles ou terrestres peuvent seules fixer le sens des choses spirituelles; il est absurde de vouloir donner aux mots un sens différent de celui qui leur est naturel, et pourtant cela se fait plus ou moins, aussi en résulte-t-il une vraie confusion de Babel pour les choses spirituelles.

La logique, la vérité et toutes les lois restent les mêmes pour le ciel comme pour la terre; c'est l'élément seul qui change. Si ce n'était pas le cas, tout essai de comprendre les choses spirituelles serait vain.

Nous concluons : Limage naturelle déterminera le sens de tout mot employé spirituellement. Ainsi, comme l'image naturelle ne change pas, les termes spirituels se trouveront irrévocablement fixés.

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