‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 80 sur 130 · CH. VI. LA PENSÉE EST LIÉE A DES ORGANES TERRESTRES · texte numérisé non relu

CH. VI. LA PENSÉE EST LIÉE A DES ORGANES TERRESTRES

rence à ces exemples. Dans cette analyse, nous voyons que les animaux d'une même espèce ont à peu de chose près les mêmes pensées, comme ils ont la même voix. Une abeille, un roitelet, un castor, bâtissent de la même manière depuis la création. Sans doute l'uniformité n'est pas absolue, elle laisse toujours quelque marge à la liberté ; mais cette liberté est restreinte en proportion de l'infériorité de l'animal.

L'ensemble de ces phénomènes nous amène à conclure que la pensée dépend de l'organisation, puisque l'identité d'organisation produit l'identité de la pensée. Ainsi la pensée chez ces êtres-là n'est pas libre, elle s'écoule comme l'eau dans un canal, sans avoir la liberté de s'arrêter, ni de remonter à sa source.

Nulle part cette rigidité de la pensée n'apparaît d'une façon plus saillante que dans les maladies mentales.

Un fou s'imagine qu'il est un poisson, aucune puissance humaine ne peut lui ôter cette idée ; donc sa pensée est complètement liée. Comment expliquer ce phénomène sans admettre que la pensée est dépendante de l'organisation physique ou des facultés? Généralement, à l'âge de trente-cinq ans chez l'homme et de vingt-cinq chez la femme, les idées se fixent et deviennent aussi rigides que les habitudes et les goûts ; on n'a plus de prise sur leur intelligence et l'on ne peut plus leur faire comprendre de nouvelles vérités, si elles sont contraires à ce qu'ils ont cru jusqu'alors. Quand l'intelligence a ce^^sé de croître, elle ne change plus de forme. Cette rigidité de la pensée n'est pas la même chez tous les individus, elle varie aussi beaucoup d'un peuple à l'autre ; l'exercice intellectuel peut seul la diminuer. L'intelligence de l'enfant nouveau-né étant liée d'une manière absolue, nous demandons s'il existe un homme dont les chaînes soient brisées et dont l'intelligence soit complètement libre ? Question importante dans l'appréciation de la nature. Nous avons montré que le développement de la pensée dépend de l'entente avec laquelle les cellules pensantes travaillent, et qu'ainsi l'organisation du cerveau n'est que l'image de celle d'un peuple. Les lois organiques restent les mêmes, les proportions seules varient. Puisque l'homme est construit comme un peuple ou comme l'humanité, nous pouvons résoudre la question ci-dessus en interrogeant l'organisation humanitaire.

Prenons un nègre et un Européen dont l'intelligence soit

égale, l'un vivant au centre de l'Afrique, l'autre dans Tun des centres de l'érudition européenne ; tous deux ont les mêmes facultés, mais la liberté de pensée sera bien plus grande chez l'Européen que chez l'Africain, parce que l'Européen a reçu une éducation infiniment supérieure. Ainsi la liberté de pensée dépend dans chaque individu de son âge, de ses passions, de son éducation, de son état moral et intellectuel, enfin de l'état social et moral du peuple dont il fait partie,

La liberté des institutions politiques d'une nation dépend de la somme des libertés individuelles. Les hommes qui réfléchissent reconnaîtront que ce ne sont pas les événements extérieurs qui influent le plus sur les institutions d'une nation, mais sa manière de penser; car c'est elle qui détermine sa manière d'agir. Or la grande source d'où découle l'esclavage de la pensée, c'est le péché; il a corrompu notre esprit et notre cœur; les hommes étant les esclaves du péché, il n'y a de liberté intellectuelle que pour celui qui est l'affranchi de Dieu. Pourquoi les hommes ne peuvent-ils pas distinguer par euxmêmes le vrai du faux, pourquoi ne voient-ils pas le monde spirituel et Dieu ? Parce que le péché a corrompu leur cœur, et que leur cœur a aveuglé leurs yeux. Pourquoi la science n'a-t elle pas cherché la pensée de Dieu dans la nature? Parce qu'elle fuit Dieu, et voudrait, si possible, l'éliminer de son œuvre.

D'après les matérialistes l'homme n'est qu'un animal; or un animal n'a pas l'intelligence libre; donc un matérialiste, d'après son propre témoignage, ne peut avoir l'intelligence libre. Il ne peut rechercher la pensée, parce qu'il en est dépourvu. L'homme naturel n'est conduit que par ses instincts, jamais pai' son intelligence; elle n'est autre chose pour lui que l'esclave de ses instincts. Or ce qui est esclave n'est pas libre, donc l'homme naturel n'a pas l'intelligence libre, et il ne peut juger de la nature telle qu'elle est en réalité. Donc le péché aveugle l'homme et ne lui permet pas de se mouvoir librement, même dans ce monde. Il y a ainsi deux causes d'incapacité pour l'homme, qui l'empêchent de comprendre autre chose que les pensées terrestres : P le péché qui est en lui; 2^ sa constitution physique. Par cette double raison, l'homme ne peut saisir, voir et comprendre le monde spirituel que par les reflets que lui en présente le monde matériel.

Nous avons vu d'ailleurs que pour l'intelligence et la conscience de soi l'humanité égale à peine un enfant d'une année.

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