‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 81 sur 130 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

f 1. Conséquences des trois alternatives suivantes :

l*"" Ou le monde matériel n*est pas à Vimage de (laiivers invisible.

2«« Ou le inonde matériel n'est qu'une image imparfaite de l'univers invisible \

3"^ Ou le mofide matériel est l'image parfaite de l'univers invisible.

Conclusion en faveur du troisième cas.

Ayant reconnu que l'homme tire toutes ses idées de Texpérience de la vie, et qu'il ne peut concevoir une chose spirituelle s'il n'en a une image terrestre, nous avons maintenant à nous poser cette question : Quel est le degré de y^essemblance entre la terre et le ciel f Toute la connaissance des choses célestes repose sur la solution de ce problème; cette solution décidera si la porte des cieuxest ouverte ou fermée à l'intelligence humaine. Si cette question peut se résoudre d'une manière satisfaisante, un nouvel univers se déroule à nos yeux; sinon, il faudra renoncer à tout jamais à l'espoir de connaître ce monde lumineux,, éternel, dont chaque instant nous rapproche.

Les divers essais qui ont été faits pour sonder le monde invisible ont cela de commun qu'ils reposent sur l'intuition, le sentiment interne ou ce qu'on a faussement appelé la conscience. Or ce chemin ne peut mener au but, parce qu'il fournit uniquement des résultats subjectifs et qu'aucune science ne peut être subjective. Il faut donc essayer une autre voie, et la seule qui puisse présenter des résultats certains, c'est l'étude de la nature. Ce n'est donc pas en nous regardant ou en nou& tâtant que nous connaîtrons les cieux, mais en consultant les oeuvres de Dieu qui illustrent sa pensée et sa parole.

Puisque nous ne pouvons concevoir les choses célestes que par le moyen des choses terrestres, le degré de ressemblance en-

tre le monde visible et le monde invisible fixera la mesure des connaissances que nous pourrons acquérir du monde spirituel. La nature devient ainsi la seule source à laquelle nous puissions puiser directement la connaissance de Tinvisible, car la parole de Dieu elle-même fait reposer tous ses enseignements sur la nature et s'en réfère sans cesse à son témoignage.

Il résulte des propositions du chapitre précédent que, si la nature n'est pas une image de l'univers invisible, l'homme est totalement incapable de se former la plus vague idée des choses célestes. Il ne peut concevoir aucune vérité spirituelle, aucun sentiment, aucune idée de l'Etre suprême. Si les choses visibles ne sont pas à l'image des choses invisibles, l'homme n'est pas à l'image de Dieu, et les impressions que nous recevons du monde extérieur ne sont pas analogues à celles que l'Etre suprême reçoit de l'univers entier. Dans ce cas ce qui nous parait bon ne le sera pas pour Dieu, ce qui est juste icibas ne sera pas juste au ciel; nos idées de noble, d'ignoble, de pur, d'impur, de charitable, d'impitoyable, de vertueux, d'immoral, ne trouveront aucun écho au ciel ; dès lors la venue de Christ deviendrait inutile et ses enseignements seraient nécessairement faux.

S'il n'y a aucune ressemblance entre ce monde et l'autre, les mots que nous employons pour désigner les choses spirituelles et qui sont empruntés à cette terre n'ont aucune espèce de sens ou de valeur ; par exemple, si ce que nous appelons « vie > dans le monde spirituel n'a aucune analogie avec la vie terrestre, le mot de vie pour le monde spirituel perd toute valeur, et l'on peut lui substituer, sans changer le sens, tout autre mot, comme ceux de pierre, de plante ou de chemin. Tout langage pour les choses spirituelles serait aboli, et il nous serait impossible de penser à des choses célestes. Ainsi la supposition que les choses visibles ne sont pas à l'image des invisibles empêche l'homme d'élever ses pensées vers un meilleur monde, d'aborder et d'aimer un Père céleste ; elle enchaîne l'homme à la terre et en fait un animal.

Examinons maintenant la seconde alternative. Si les choses terrestres ne sont qu'une image vague et approximative des choses célestes, les formes terrestres ne présenteront que des contours indéfinissables, incertains des vérités célestes; moitié vrais, moitié faux ; le visible ne sera qu'une cfu-icature de l'invisible. Un pareil ordre de choses serait encore pire que lèpre-

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