‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 82 sur 130 · CH. VII. LE MONDE MATÉRIEL IMAGE DU MONDE INVISIBLE · texte numérisé non relu

CH. VII. LE MONDE MATÉRIEL IMAGE DU MONDE INVISIBLE

' mier, car il nous induirait constamment en erreur. Tandis que Je premier nous refuse simplement la vérité, le second nous la donnerait falsifiée ; la nature mentirait en mélangeant le vrai avec le faux, et l'intelligence serait complètement incapable de iiiscerner la vérité, vu qu'elle ne pourrait la connaître que par une fausse image. Si nous nous regardons dans un miroir pour voir notre figure, et si ce miroir nous donne quelques traits approximativement exacts, d'autres traits tout à fait faux, il nous présente un être monstrueux, totalement différent de la réalité. Pour vérifier la justesse de l'image, il nous faut tâter. notre figure; mais comme nous ne pouvons en agir de même à l'égard du monde spirituel, nous n'avons aucun moyen de séparer le vrai du faux, et il nous faut ou tout rejeter, ou accepter ces formes monstrueuses et mensongères.

Or jamais Terreur n'est plus dangereuse que lorsqu'elle est mélangée à la vérité; un pareil état serait pire qu'une ignorance absolue. Donc une ressemblance imparfaite occasionnerait la plus affreuse des confusions, et les hommes seraient toujours à se disputer sur le vrai et le faux, sans pouvoir arriver à une conclusion. Nous repoussons un pareil état comme monstrueux, car il bannit toute logique et il est incompatible avec la sagesse de l'Etre suprême. Dieu nous refusera mille fois plutôt toute instruction que de nous présenter quelque chose d'erroné. En disant que Dieu a refusé toute connaissance à l'homme, les incrédules le déshonorent moins que les chrétiens en pensant qu'il leur a présenté dans la nature l'image incorrecte des choses spirituelles.

Passons à la troisième alternative. Si les choses terrestres sont le reflet mathématique des choses célestes, qu'en résulte-t- 11? La terre est le type du ciel, et l'intelligence qui comprend les choses terrestres peut tout aussi bien comprendre les choses célestes, les unes n'étant que l'image des autres. Ainsi le monde à venir est ouvert à notre intelligence, et nous n'avons qu'à jeter les yeux sur le miroir fidèle et glorieux de la nature pour connaître le monde spirituel. Si les choses terrestres sont l'image exacte des choses célestes, si l'homme est l'image de Dieu, rien ne saurait nous être forcément caché, nous pouvons tout étudier, tout connaître, les choses profondes de la nature, celles de l'homme et celles de Dieu. Le mystère est banni, les ténèbres font place à la lumière, et la terre se remplira de la

connaissance de TEternel comme le fond de la mer est couvert par les eaux.

Semblable à une goutte de rosée qui reflète le firmament terrestre, cette terre reflétera le firmament céleste. L'image que Dieu présente dans une goutte de rosée, ne peut-il pas la reproduire en grand sur toute la terre ? La supposition que le monde visible est l'image du monde invisible est la seule qui honore Dieu, qui rende gloire à un Père tendre et miséricordieux, et qui réponde aux besoins de notre cœur. Un père qui prive volontairement son fils de toute instruction est regardé comme un être dénaturé, et la loi le punit. Admettre que les choses terrestres ne sont pas Timage exacte et parfaite des célestes, c'est supposer que Thomme a été privé de toute instruction sur le monde à venir, et que le Père céleste nous laisse dans une ignorance absolue sur ce qu'il nous importe le plus de connaître. Un pareil Dieu serait déclaré coupable par la justice humaine. Nous repoussons donc avec horreur cette supposition.

Concluons. Les deux premiers cas sont inadmissibles, parce qu'on ne saurait les concilier avec la dignité de l'Etre suprême; le troisième cas est le seul que la raison et la conscience puissent admettre. Ainsi le monde visible est l'image exacte et parfaite de l'univers invisible.

Alors tout est lumière, la terre est l'image des choses célestes, l'homme l'image de son Créateur. Christ est formellement le Fils de Dieu, ses rapports avec son Père céleste sont les mêmes que ceux d'un fils et d'un père terrestres. Toutes ses promesses doivent se prendre à la lettre; il est notre Sauveur, nous participons à tous ses biens. Notre Père céleste n'a plus de secrets, plus de mystères pour ses enfants. Il les invite à rechercher la lumière; et à ceux qui manquent d'intelligence il en donnera, s'ils la demandent.

Ce que nous avons acquis de biens spirituels ici-bas nous accompagnera au ciel. Nous n'avons pas besoin de changer nos idées morales, car elles ont cours au ciel comme sur la terre. Nous n'avons pas besoin de changer notre logique, car il n'y a qu'une logique pour le ciel et pour la terre. Ce que Dieu punit ici-bas, il le punira au ciel, et ce qu'il récompense ici-bas, il le récompensera aussi au ciel. L'homme, étant à l'image de Dieu, peut comprendre le cœur de Dieu. Le père qui souffre pour son enfant peut comprendre la douleur du Père céleste pour les siens; le père qui se réjouit de l'affection et des progrès de ses

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