‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 83 sur 130 · GH. VII. LE MONDE MATÉRIEL IMAGE DU MONDE INVISIBLE · texte numérisé non relu

GH. VII. LE MONDE MATÉRIEL IMAGE DU MONDE INVISIBLE

enfants peut comprendre la joie de Dieu à la vue de nos progrès et de notre amour.

Celui qui aime et comprend Tamour de Dieu, celui qui se sent capable de se sacrifier pour les autres, croit au sacrifice de Christ; celui qui fuit le mal, celui qui estime la douceur et l'humilité comprend combien Dieu est doux et humble de cœur. Notre cœur peut battre sur le sien, notre pensée s'envelopper de la sienne, notre amour se réchauffer à son amour, notre vie s'enrichir de sa vie. Dieu est un ami, un consolateur, un sauveur, un père. L'homme n'est plus un animal, une simple créature, il n'est pas un orphelin abandonné, mais un enfant chéri qui se réjouit de l'affection de son père, et qui sait que tous ses biens sont à son usage, toutes ses connaissances à sa disposition, qu'il n'a qu'à demander pour tout recevoir.

A Dieu soient honneur et gloire pour tout ce qu'il nous a donné !

Dans cette supposition la nature devient la source de toute notre instruction, car elle renferme toutes les sciences terrestres et divines; elle nous dévoile le passé, le présent et l'avenir. L'analogie est le principe qui a guidé l'auteur divin dans son œuvre; chaque objet est une parole illustrée qui révèle la pensée de Dieu. Toute cette nature se présente à nous pour nous enseigner les vérités qui nous sont nécessaires. L'étoile, l'herbe des champs, les lys, les moineaux, les corbeaux, les pierres, nous parlent du monde à venir. Les œuvres de Dieu deviennent ainsi, en dernière instance, la seule autorité spirituelle à laquelle l'homme doive se référer, quand il ne sait quelle interprétation donner à la parole divine.

Par cet admirable plan, Dieu a fondé la connaissance spirituelle sur les sciences terrestres; elle ne repose plus sur des articles de foi, mais sur des preuves matérielles et visibles. Si la science actuelle n'en sait encore rien, à elle la faute.

§ 2. Il n'y a pas de passage d'un monde à Vautre. Lun étant l'image de C autre ^ il y a répétition, non continuité,

La scolastique s'est imaginé que pour connsdtre les choses célestes il faut un raisonnement abstrait, une logique transcendante qui de théorème en théorème remonte jusqu'au ciel. Elle s'attendait à ce que les grands génies, par la force de leur

intelligence, s'élèveraient au-dessus de ce monde. Elle ressemblait à ces premiers hommes qui, en entassant des briques, voulurent atteindre jusqu'aux nues et jusqu'à Dieu*. Erreur vaine I Le ciel enveloppe la terre, et Ton cherchait au loin ce qu'on avait sous la main. Que les hommes cessent de vouloir s'élever au ciel: c'est le ciel qui doit s'abaisser sur la terre. Jamais^ par aucun effort de notre intelligence, nous ne pourrions connaître les choses du ciel, si Dieu n'en eût placé le reflet ici-bas.

Si même les hommes pouvaient monter au ciel, ils n'y apprendraient rien qu'ils ne puissent déjà connaître sur la terre. Aucun esprit, aucun ange ne saurait leur expliquer autre chose que ce qu'ils peuvent étudier avec la plus grande facilité dans la nature. Ce qui leur serait caché sur la terre le serait aussi au ciel. Là-haut pas plus qu'ici, ils ne verront une âme, une intelligence, une pensée. Ce qu'ils ne comprennent pas sur la terre, ils ne le comprendraient pas non plus dans le monde spirituel. D ne serait donc d'aucune utilité pour l'homme de monter au ciel, il ne pourrait pas par là étendre ses connaissances d'un seul iota.

Les hommes, s'étant imaginé qu'il existe une chaîne de raisonnements entre la terre et le ciel, ont cherché un passage de l'une à l'autre. C'est une pure illusion. Entre le type et l'archétype, le portrait et l'original, il n'y a pas de passage ; l'un ne fait pas partie de l'autre. Il faut donc abandonner toute idée de ce genre.

S'il y avait un passage de la terre au ciel, nous serions dans le même embarras où les philosophes se sont trouvés quand ils ont essayé de fixer les limites entre le monde matériel et le monde spirituel. Nous ne pourrions déterminer où finit la terre et où commence le ciel, ce qui appartient à la terre et ce qui appartient au ciel, ce qui est mortel et ce qui est immortel, ce qui est type et ce qui est archétype. S'il y avait passage de la terre au ciel, la terre deviendrait une partie du ciel et ne pourrait plus en être l'image; toutes les lois d'analogie cesseraient; les choses visibles ne nous enseigneraient plus les choses invisibles, et rhomme ne serait plus à l'image de son Dieu. Il en résulterait une effroyable confusion de toutes les idées.

^) La légende des Titans n'est qu'une réminiscence de l'histoire de la Tour de Babel.

CH. VIII. LA SUBSTANCaS SPIRITOELLB - | 1

Nous combattons donc de toutes nos forces cette chimère d'un passage de la terre au ciel ; il n'y a pas plus de passage 'entre les deux qu'entre un portrait et Foriginal, le miroir et la personne qu'il réfléchit. Il n'y a qu'une répétition de l'un à l'autre. Les lois, les proportions restent les mômes, ce n'est que l'élément qui change.

Ceci une fois compris, nous n'avons plus qu'à appliquer au inonde spirituel notre analyse du monde visible. Sans doute, <iuelques personnes penseront que dans une tentative semblable il reste encore une grande marge à l'imagination ; mais nous ferons ici les remarques suivantes :

1^ Chacun peut vérifier si ce que nous disons du monde spirituel est vrai, puisque nous nous appuyons exclusivement sur les lois de la nature, et que ces lois sont accessibles à tout le monde.

2^ Gomme preuve de la justesse de nos déductions, il faut que les choses spirituelles soient les unes à l'égard des autres dans les mêmes rapports que les choses terrestres le sont entre elles.

3^ n faut, de plus, que cette construction explique avec une précision mathématique la parole divine et les vérités chrétiennes. Un système qui peut satisfaire à ces nombreuses conditions ne saurait être faux dans ses points principaux.

Page 1