CHAPITRE VIII
CONSTRUCTION DE L'UNIVERS INVISIBLE $1. La substance spirituelle.
Nous avons reconnu ces trois grandes vérités :
1® Toutes nos idées se tirent du monde matériel.
2^ Nous ne pouvons concevoir les choses spirituelles que par leurs analogies avec les choses terrestres.
3* L'univers visible est l'image parfaite de l'univers invisible. En conséquence notre monde n'est qu'un reflet visible, un écho audible^ une forme tangible du monde des esprits, et il
nous en révèle la construction avec une précision mathématique. Ce précieux livre de la nature illustre toutes les vérités qu'il enseigne, ses instructions sont ainsi mises à la portée des capacités les plus faibles, et ce qu*il enseigne est la vérité même, car il n'a été falsifié par aucune main humaine. La voie une fois ouverte, quelle jouissance pour celui dont les aspirations s'élèvent au-dessus des biens passagers de cette terre que de pénétrer enfin dans les régions inconnues d'un monde nouveau, et de voir ce qu'il croyait éternellement caché aux pauvres mortels I Avec quel intérêt ne considèrera-t-il pas dorénavant ces œuvres du Père céleste, sachant que ce sont des écrits destinés à lui enseigner toutes choses, à lui dévoiler le passé comme l'avenir I
Nous l'avons vu, tous les objets découverts jusqu'à présent se composent de deux classes d'archées ou principes, de l'archée matérielle unique et des archées vitales multiples; or, d'après les lois d'analogie que nous venons de citer, il doit en être de même dans l'autre monde. Tous les objets qui s'y trouvent se composent semblablement de deux genres d'archées : l'archée matérielle, dont la substance est unique, et les archées vitales, qui sont multiples. Ainsi la construction du monde spirituel sera, quant aux lois^ identique à celle du monde teiTestre ; il n'y aura de différence que dans les éléments.
Le monde spirituel n'ayant qu'une espèce de substance, les règnes que renfermera ce monde-là se distingueront entre eux par la diversité des vies.
La différence d'un monde à un autre monde doit être plus considérable que celle d'un règne à l'autre. Or, comme la différence entre les règnes git uniquement dans les vies, la différence d'un monde à un autre doit être plus profonde, sinon le monde spirituel ne serait plus qu'une continuation des règnes du monde matériel. Il faut donc chercher la différence d'un monde à un autre non plus dans les vies^ mais dans les substances. En effet, si la substance du monde spirituel n'était pas foncièrement autre que celle du monde matériel, elle serait saisissable pour nos sens ou pour nos instruments. Le monde spirituel aura donc sa substance spirituelle, aussi bien que le monde matériel a sa substance matérielle. De plus , si la substance des deux mondes était identique , les corps des esprits devraient être composés» comme les nôtres, de substances matérielles, et ils occuperaient en consé-
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quence une place dans l'espace. Dans ce cas, ces corps seraient soumis à la même organisation que les nôtres; lisseraient attirés par tous les astres en raison inverse du carré des distances, ils se composeraient d'azote^ de carbone, d'hydrogène> d'oxygène ou d'éther, etc. : hypothèse qu'il faut absolument rejeter, vu qu'elle n'a pas la moindre preuve en sa faveur.
Nous admettons conséquemment qu'il existe une différence de substance entre les mondes matériel et spirituel, et que chaque monde a sa substance particulière qui ne peut ni se transformer, ni passer de l'un à l'autre.
Nous le répétons, s'il y avait identité de substance, le monde spirituel ne serait qu'un cinquième règne du monde matériel, et ce cinquième règne, devant être le plus éthérique de tous, occuperait la dernière place dans Tordre de la nature: supposition inadmissible. Donc l'idée qu'il peut y avoir identité de substance entre le monde matériel et le monde spirituel est tout simplement absurde. La croyance que la substance du corps spirituel est tirée des substances les plus éthérées du monde matériel est pourtant très ancienne. On croit généralement qu'au jour de la résurrection la poussière de nos corps sortira des tombeaux; c'est ce qu'on appelle communément la résurrection de la chair. La confession de foi de l'Eglise anglicane s'exprime à ce sujet en ces termes : < Les hommes ressusciteront avec leurs corps.» Cette idée, adoptée par tous les peuples païens, s'est perpétuée, comme on le voit, jusqu'à nos jours.
Le christianisme japhétique y a peu retranché. À la vérité, il ne l'accepte plus sous la forme grossière qu'elle revêtait autrefois. Il n'admet pas, comme les Grecs et presque tous les peuples sauvages, que les instruments et les animaux qu'on plaçait dans le tombeau ou qu'on tuait pour les morts puissent ressusciter avec lui; cependant, pour le point essentiel (la résurrection du cadavre), les idées dominantes sont les mêmes aujourd'hui qu'il y a quatre mille ans, tant les hommes ont peu fait de progrès. Or la croyance qu'une partie quelconque de notre corps matériel puisse ressusciter n'a pu prévaloir si longtemps que par une ignorance absolue des lois de la nature. En effet une substance matérielle ne saurait être animée par une vie spirituelle, pas plus que le corps d'une plante ne peut être animé par l'àme d'un animal. Supposer qu'une partie de notre corps peut entrer dans le monde spirituel, cela revient au fond à nier l'existence d'un monde supérieur; car, en faisant entrer
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la substance matérielle comme élément dans le monde spiritael, on rabaisse le monde spirituel au rang d'un règne du monde matériel, l'identité de substance entraînant la nécessité d'une identité de monde. On ôte ainsi au monde spirituel son caractère de monde indépendant, et on le subordonne au monde matériel. C'est transformer la réalité en image et donner à l'image l'importance de la réalité.
Croire que nous pouvons posséder dans l'autre monde un corps de substance matérielle, éthérée, est une pure cbimère ; car l'éther ne se compose que de molécules qui se repoussent avec une violence extrême. Ces molécules ne pouvant demeurer dans un état d'attouchement que par une pression considérable^ l'existence d'un corps de cette nature est impossible, car il serait impuissant à servir à une organisation quelconque. Or douer les esprits d'un corps non organisé serait les vouer à la mort et à la plus épouvantable dégradation. U faut se rappeler en outre que l'éther est la forme la plus abjecte de la matière; sa force dominante est celle de la répulsion, type dans le monde spirituel de la haine et du mal. Donc vouloir en former un corps spirituel serait le comble de l'inconséquence.
Après avoir reconnu que chaque monde doit posséder sa subs* tance particulière, et que dans l'enceinte d'un même monde il n'existe jamais qu'une substance, nous arrivons à cette loi universelle : La différence de la substance détermine les mondes» la différence et le nombre des vies déterminent les ré* gnes, — les lois générales restant d'ailleurs identiques pour tous les mondes.
Mais il ne nous suffit pas de savoir que le monde spirituel a une substance particulière, il faut encore que nous puissions l'isoler et l'analyser pour déterminer sa nature; chaque homme possède sa quote-part de cette substance : c'est Vesprit immortel^ communément appelé « âme. > Cet esprit forme donc l'élément dont se compose le monde spirituel et chaque esprit représentera une molécule spirituelle. La substance primordiale dont elle se compose sera soumise dans le monde spirituel aux mêmes lois que la matière dans le monde matériel.
Les caractères de la substance ont déjà été indiqués page 53: — V Elle ne peut être annihilée, elle n'est ni altérable, ni destructible; ^ elle ne peut ni se reproduire, ni se multiplier; 3^ elle occupe un espace dans le monde spirituel, elle est corporelle, visible et palpable pour les sens spirituels; 4<^ elle est io-