NÉCESSITÉ DE SA MORT. DON D'UNE NOUVELLE AME
Qaiconque s'éldre lera abaissé, «t qaIconq[ne 8*aboi9Be sera éleré. Lac XYI, H.
Qui se croit bon sera troiiTé mauTab. et ((oi se croit maarais sera trou Té bon.
Pour déterminer la position de l'homme à l'égard de son Créateur, il ne faut pas consulter le sentiment humain, mais celui de Dieu. Autrement Thomme serait en même temps juge et partie, et son jugement serait nécessairement faux. Les passages suivants de TEcriture nous révèlent ce que Dieu pense à cet égard :
Genèse VI, 5. < Toute l'imagination des pensées du cœur de rhomme n'est que mal en tout temps.» — Genèse VIII, 21. « L'imagination du cœur de l'homme est mauvaise dès sa jeunesse. > — Jér. XVII, 9. « Le cœur est rusé et désespérément malin par dessus toutes choses ; qui peut le connaître ?» — Jean XV, 24. « Ils ont haï et moi et mon Père. »
Nous ne multiplierons pas les passages pour appuyer cette vérité au point de vue biblique; ceux que nous avons cités suffiront. Dieu ayant déclaré que le cœur de l'homme est tellement pervers qu'il n'est pas en son pouvoir de l'améliorer, il ne lui reste rien autre à faire que de détruire l'ancien cœur et de lui en donner un nouveau. Or, dans le langage biblique, le cœur c'est la partie la plus profonde de nos sentiments, les goûts, les passions, les pensées de l'homme, toutes les choses qui ne gisent que dans l'âme. Ainsi quand on dit: De l'abondance du cœur la bouche parle, un cœur stupide, etc., — on entend par le «cœur > la profondeur de l'âme. Car l'organe du cœur, qui fait circuler le sang, n'a ni pensées, ni passions, et est incapable d'aucun désir. L'idée de placer les sentiments dans le cœur et l'intelligence dans l'âme n'est que le fruit de l'ignorance des peuples japhétiques; ils s'imaginent qu'il faut
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être en quelque sorte idiot pour recevoir les choses divines. Ils se caractérisent ainsi eux-mêmes. L'abus dans lequel ils tombent toujours à propos de l'intelligence leur fait croire qu'elle est ennemie des choses divines, comme l'abus qu'ils font de leurs facultés les porte à supposer que les fortes et grandes facultés, qui produisent les passions, sont mauvaises.
L'idée que l'intelligence est ennemie des vérités chrétiennes suffit pour démontrer la perversité de la nature humaine; cai% en nous conformant en ce point au sens usuel du mot cœur, nous disons que ce n'est pas l'intelligence, mais le cœur ou le sentiment qui repousse la vérité et qui force l'intelligence à la combattre. L'intelligence chez les Japhétites est la servante du cœur; elle ne domine pas, elle sert.
Les Japhétites ne sont donc pas des êtres pensants dans le sens que ce mot a pour Dieu, mais seulement des êtres capables de penser. Ainsi nous n'appelons pas les animaux des êtres pensants, lors même qu'on ne peut leur refuser la faculté de concevoir quelques idées élémentaires. Le sens qu'on attache au terme d'être pensant varie pour chaque individu selon son degré de capacité. Celui qui se sert de ce terme ne désigne communément par là qu'un individu dont les facultés se rapprochent des siennes, et qui est capable d'entrer dans ses vues et de comprendre ses pensées. Ainsi pour Dieu l'expression € être pensant» désigne celui qui peut sympathiser avec lui, entrer dans ses vues et ses pensées. Celui qui prétend qu'on ne peut comprendre Dieu, ni les choses spirituelles, se classe évidemment devant le Très-Haut parmi les êtres non-pensants. Il est même fier de son ignorance, s'imaginant qu'elle est agréable à Dieu, et il prétend dans son orgueil que c'est un péché de penser ou de chercher à comprendre les mystères divins. En outre il ne peut admettre que d'autres hommes soient plus intelligents que lui; ce serait reconnaître sa culpabilité. Chacun du reste croit qu'il possède dans les choses spirituelles tout juste le degré d'intelligence qui est nécessaire; tout ce qui est au delà lui paraît mauvais. Pour entrer dans la pensée d'une autre personne, il faut être intellectuellement de son rang. Si un animal comprenait les pensées d'un homme, il ne serait plus un animal.
Nous l'avons déjà vu, l'âme qui pèche est vouée à la mort, et comme tout homme a péché, tous les hommes doivent mourir. Il n'y a personne qui puisse garantir son âme du sépulcre. La
mort du Christ a confirmé la mort de notre âme, bien loin de sauver celle-ci. Uhomme serait donc sans âme dans l'autre monde, si Dieu ne lui en donnait une nouvelle. Cette nouvelle âme doit être assez forte pour pouvoir résister à toutes les tentations du monde spirituel, bien plus puissantes que celles de ce mondeci. C'est à cette seule condition que nous pouvons éviter une seconde mort. Car Fâme qui pèche mourra: cette loi existe dans l'autre monde tout aussi bien que dans celui-ci. Dieu offre à tous les hommes cette nouvelle âme, qui est son Saint-Esprit, mais tous ne l'acceptent pas. Ceux qui la repoussent se privent par là de toute vie organique. Ils rentrent dans l'empire inorganique du monde spirituel, et sont désignés dans la parole de Dieu comme ayant perdu leur âme.
La mortalité de l'âme matérielle et de l'âme spirituelle, puis l'analogie entre les choses terrestres et les choses divines, voilà le fond sur lequel reposent tous les enseignements de la Bible. Ils aboutissent tous à démontrer que le but de la venue de Christ est de nous procurer une nouvelle âme. Sans le Saint- Esprit nul ne verra Dieu. Toutes ces choses, que nous esquissons ici à grands traits, sont infinies dans leurs détails, car l'organisation du monde spirituel est aussi supérieure à celle de cette terre que Torganisation de l'homme est supérieure à celle d'une plante. Quant aux détails, il nous est aussi impossible d'y toucher, vu l'espace qui nous est assigné, que de décrire en quelques lignes les plantes et les animaux de la terre.
Après avoir cité le témoignage de la Bible quant à la perversité de l'âme humaine et à la nécessité de recevoir une nouvelle âme, voyons quelle lumière l'analyse des faits jettera sur ce sujet.
Rien au monde n'est plus difficile que de persuader à un homme qu'il a un mauvais cœur; le raisonnement n'a aucune prise sur lui. Seule la voix de Dieu, lui parlant par la conscience, est capable de l'éclairer sur ce sujet. Il est plus aisé à un mort de réveiller un autre mort qu'il ne l'est à un homme de persuader un autre homme qu'il est méchant. L'homme ne peut se reconnaître mauvais parce qu'il se juge toujours au point de vue humain ; il s'imagine que, s'il est serviable envers ses semblables, il doit être bon aux yeux de Dieu. Il oublie ainsi que le souverain Juge a un autre point de vue que lui. Pour faire comprendre cette vérité, prenons un exemple chez les animaux. Un lion peut être bon pour ses petits ou pour d'au-
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très lions, mais cela ne signifie pas qu'il soit bon pour les agneaux ou pour rhomme. De même un homme peut être bon à l'égard de ses enfants, de sa famille ou de son pays, et néanmoins être très mauvais aux yeux de Dieu. D'après notre définition du mot «bon», un homme est bon aux yeux des hommes quand il fait plus qu'on n'a le droit d'attendre de lui ; de même pour être bon aux yeux du souverain Juge, il faut qu'il fasse plus que ce que Dieu lui a commandé. Or comme personne ne fait au delà de ce qui est demandé de lui, et n'accomplit pas même les commandements de Dieu, tous les hommes sont méchants à ses yeux.
A cet égard l'illusion des hommes est étrange. Ils reconnaissent que leur manière de juger varie constamment d'un individu à l'autre, selon que leur intérêt personnel les y pousse. Ils doivent donc savoir qu'ils en agissent de même envers Dieu, et qu'à son égard leur jugement est encore beaucoup plus injuste qu'envers leurs semblables, parce qu'ils craignent plus l'œil des hommes que celui de Dieu : les premiers se défendent et se vengent, tandis que Dieu ne le fait pas. L'homme pourrait parfaitement se rendre compte, par le moyen de l'analogie, de la différence de jugement qui existe entre lui et son Créateur; il peut avec la même facilité connaître le point de vue de Dieu, mais il ne s'en soucie pas, parce que cette connaissance le condamnerait. Il cherche à se persuader qu'il est meilleur qu'il ne l'est, et que c'est une présomption de comprendre la vérité, un péché de reconnaître sa culpabilité. Les ténèbres lui sont plus douces que la lumière.
La grande divergence qui existe entre le jugement de l'homme et celui de Dieu peut se mesurer par le fait que ce qui est en honneur devant les hommes est en abomination devant Dieu. EIxaminons ce que les hommes honorent, estiment, aiment. Ce senties grandeurs, les richesses et les biens de cette terre; ce sont encore les rois, les puissants qui ont gagné des batailles, conquis des provinces et subjugué les hommes, ceux qui ont acquis une grande mesure de connaissances terrestres et accumulé de grandes richesses. Eh bien, aux yeux de Dieu, ils sont vils, ignorants et pauvres, l'écume de l'humanité. Leur sagesse «st folie, leur prudence est leur ruine, car elles ne se portent que sur les choses terrestres. La terre et ses possessions absorbent toutes leurs pensées, ils méprisent les biens spirituels. Os sont riches en vertus terrestres, pauvres en vertus célestes»
C'est d'eux que Christ a dit ; « Je te rends grâces, ô mon Père, de ce que tu âs caché ces choses aux sages et aux intelligents de ce monde, et de ce que tu les as révélées aux petits enfants du royaume des cieux. >
Bien que le jugement de Dieu soit totalement diflférentde celui des hommes, sa manière de juger ne diffère point de la leur, car l'homme étant sur la terre l'image de ce que Dieu est dans les cieux, il juge des choses terrestres comme Dieu juge des célestes. Si l'homme estime et honore ceux qui acquièrent des connaissances et des biens terrestres, Dieu estime et honore ceux qui acquièrent des connaissances et des biens célestes. Ainsi la manière de juger de Dieu est absolument identique à celle de l'homme ; l'élément seul sur lequel ce jugement s'exerce est différent. Nous arrivons ici de nouveau à l'analogie, principe deja construction de toutes choses. Elle donne comme résultante cette vérité fondamentale si souvent répétée : les lois restent invariables, les éléments seuls changent.
Dieu n'a rien caché à l'homme, ni sa manière de juger, ni ses sentiments, ni sa manière d'agir, ni même les lois d'après lesquelles il juge.
L'ignorance de l'homme à cet égard, comme à tous les autres, n'est donc que le fruit de son hypocrisie et de sa haine pour la vérité. Il peut savoir, mais il ne veut pas; c'est là son crime, mais il le nie en disant; «Je voudrais et je ne puis. »
En général plus un homme est élevé en rang dans ce monde, moins ses idées sont claires sur ce qui est bien ou mal, honorable ou vil, vertu ou vice, La société condamne un homme qui vole un morceau de pain pour apaiser sa faim ou celle de ses enfants, tandis qu'un roi qui vole une province est loué et considéré comme un bienfaiteur; on présente son exemple comme un modèle à suivre aux jeunes princes qui pourront lui succéder, et on cherche à enflammer leur convoitise pour qu'ils deviennent ses imitateurs. Les empereurs allemands se donnaient le titre de Mehrer des Reiches (agrandisseur de l'empire), et ils appelaient leur empire fondé sur la force le « saint empii'e», comme si la force et la violence étaient des choses saintes. Ainsi les idées de justice et d'équité sont beaucoup moins développées dans les hautes régions de la société que dans les moins élevées ; en d'autres termes, aux yeux de Dieu les grands sont beaucoup plus immoraux que les petits, et un péager ou un
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voleur de grand chemin est moins coupable qu'un voleur de provinces.
Ce même phénomène se répète partout. Tel marchand qui serait trop moral pour voler du fruit dans le jardin de son voisin, ou pour prendre une pièce de cinq francs dans la poche d'un de ses anais, ne dédaignera pas de voler les biens d'une pauvre veuve, en la persuadant delesluicéderpourlequart de leur valeur. De même, tel avocat, qui ne falsifierait pas un papier pour la valeur d'un franc, se laissera tenter pour partager une fortune avec un homme impie en défendant une mauvaise cause. Tel jeune homme, qui aurait horreur d'acheter une chose volée, ne se fera aucun scrupule de briguer la main d*une jeune fille riche, lors même qu'il sait que le père a acquis ces richesses par usure et par fraude.
A mesure qu'on est élevé dans la société, les idées sur le tien et le mien deviennent moins distinctes. Les princes, les ministres, les gouvernements en général ne se font pas le moindre scrupule de taxer le peuple autant qu'il leur est possible sans exciter de révoltes. Ils ne se font pas la moindre conscience d'employer contrairement à la volonté de la masse de la population les fonds ainsi pi-élevés, comme si ceux qui payent les impôts n'étaient plus en droit de disposer de leur argent. C'est là le caractère du voleur, qui, après avoir enlevé l'argent, croit en être le légitime propriétiiire.
Si un gouvernement était l'ami du peuple, il considérerait le peuple comme seul propriétaire de l'argent, et se ferait un cas de conscience de dépenser les deniers publics autrement que selon la volonté de ceux auxquels ils appartiennent.
Quand nous avançons que les grands violent plus que les petits les lois de la moralité, nous ne nions nullement qu'il n'y ait d'honorables exceptions à cette règle. Ainsi tel prince, tel prêtre, tel riche est meilleur que tel homme de basse classe ; ce que nous disons ne s'applique qu'à la somme des individus. C'est aussi dans ce sens qu'il faut comprendre certaines paroles du Christ. Selon lui les péagers et les gens de mauvaise vie devancent les pharisiens et les sadducéens dans le chemin du royaume descieux. Gela veut dire que les voleurs de grands chemins et les femmes de mauvaise vie sont préférables aux gens respectés de la société et aux prêtres. Faisons observer <|ue les pharisiens étaient des laïques, les sadducéens des prêtres.
En parlant de la culpabilité des diverses classes de la société devant le tribunal de la justice divine, nous devons rappeler quel est le point de vue de Dieu par opposition à notre point de vue. C'est en eflfet dans l'incapacité de sortir de notre point de vue ordinaire que git la difficulté de nous rendre compte des impressions du souverain Juge. Cette difficulté ne provient pas d'un défaut de notre intelligence ou de l'impuissance de nos facultés, mais uniquement de notre mauvaise volonté. L'enfant le plus borné a Tintelligence nécessaire pour comprendre les choses spirituelles, car elles se comprennent aussi facilement que les terrestres; celui qui a les facultés nécessaires pour saisir les unes peut également saisir les autres. C'est le Touloir, non le pouvoir, qui fait défaut.
Nous l'avons vu, la diiférence entre l'animal et l'homme consiste en ce que l'animal ne possède pas la substance du monde spirituel. Ce qui fait la diiférence entre l'homme naturel et Dieu, c'est que l'homme ne possède pas la substance du monde divin. Ainsi Dieu appartient à un monde plus élevé que l'homme, comme l'homme est d'un monde plus élevé que l'animal. L'animal est donc à l'homme ce que l'homme est à Dieu; cela revient à cette ancienne vérité : l'homme sur la terre est l'image de Dieu au ciel. Or l'homme juge les animaux non au point de vue des animaux, mais à son point de vue particulier; il les estime selon le degré d'utilité qu'ils présentent. Ainsi il décide que tel animal sera sacrifié, tel autre conservé, non en considération de la vie plus ou moins pure que l'animal aura menée, mais uniquement d'après son propre intérêt. La vie individuelle n'a donc rien à signifier ici, la question d'utilité est seule considérée.
il en est de même pour Dieu. La vie qu'un homme a menée sur la terre n'a rien à signifier; tout tourne dans l'autre monde autour d'une question d'intérêt. Ceux que Dieu pourra employer plus tard dans l'accomplissement de ses plans pour le bien général seront acceptés ; ceux qu'il ne pourra pas employer seront rejetés. La vie individuelle de l'homme n'ayant rien à signifier dans la question fondamentale du jugement de Dieu, tous les hommes sont également coupables devant lui; mais dès qu'il leur offre ses dons, cette position change. Les uns acceptent ces dons offerts libéralement à tous, les autres les refusent. Les uns, entrant dans les plans de Dieu, se laissent transformer en de nouvelles créatures et peuvent, sous
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cette nouvelle forme, être utiles à Dieu; ils sont donc acceptés. Les autres refusent, restent inutiles pour Dieu et sont rejetés. Ceux qui acceptent ces dons sont sanctifiés aux yeux de Dieu^ ceux qui les refusent sont coupables. Voilà ce qui constitue la sainteté ou la culpabilité des hommes aux yeux du Tout-Puissant. Or les petits acceptent les dons de Dieu beaucoup plus volontiers que les grands, car ceux-ci, se trouvant déjà riches des biens de ce monde, pensent moins aux richesses célestes. C'est ce qu'exprime Jésus-Christ (Luc XIV, 16.) dans la parabole de de rbomme qui fit un grand souper. Ce festin fut refusé par les riches, les pauvres seuls y assistèrent. Ainsi les petits sont moins coupables que les grands et peuvent se convertir plus facilement.
Il est naturel aussi que ceux qui désirent le plus ardemment les biens de ce monde fassent le plus d'eflforts pour les acquérir. Aussi les grands et les riches se recrutent ordinairement parmi ceux qui désirent le plus les biens terrestres, c'est-à-dire qui estiment le moins les biens spirituels. Est-il étonnant après cela que, comme classe, les grands et les riches soient moins accessibles aux vérités spirituelles que les pauvres et les chétifs? Nombre de gens qui auraient pu arriver à une position considérable, s'ils s'étaient voués entièrement à ce monde, y ont renoncé pour pouvoir entrer au service de leur Sauveur. Us se sont volontairement placés au rang des petits. A eux l'amour de Dieu et l'avenir!
Nous venons de constater que les grands de la terre sont plus éloignés de Dieu que les petits. Ce fait est reconnu à première vue par celui qui considère l'ensemble des institutions humaines. Un peuple agit vis-à-vis d'un autre peuple selon des principes qui attireraient l'exécration générale, s'ils étaient mis en vigueur d'homme à homme. Ainsi un individu, dans son cercle restreint, observe beaucoup mieux qu'un peuple les lois de la moralité.
Voyez encore les gouvernements. Un gouvernement moral ou chrétien est une chose impossible ; qu'il soit autocratique,, constitutionnel ou républicain, peu importe. En effet, comment admettre qu'un gouvernement puisse être humble , s'abstenir de punir celui qui l'insulte, rendre le bien pour le mal ou aimer les autres peuples comme le sien? Pourtant ces choses sont nécessaires pour être chrétiens. Or, comme personne ne croit qu'un pareil gouvernement puisse jamais exister, personne
n^admet qu'un gouvernement puisse être réellement chrétien. Ainsi, à son insu, le public reçoit cet axiome : Plus les hommes sont élevés en rang, plus ils sont forcés d'être antichrétiens, c'est-à-dire ennemis de Dieu.
Personne n'est plus hypocrite en matière religieuse que les princes, personne n'apostasie aussi facilement qu'eux. Ils font de la religion une affaire d'Etat, un moyen de dominer les peuples. Ils voudraient pouvoir remplacer le culte de Dieu par celui de leur personne; ils demandent qu'on leur obéisse plutôt qu'à Dieu. Ils punissent ceux qui ne le font pas et persécutent ceux qui, plus intelligents qu'eux, se permettent de blâmer leurs actions impies. Ils se posent comme tout-bons, tout-sages, tout-intelligents, comme les élus de Dieu ayant le droit de dominer sur les consciences et de vivre aux dépens de leurs frères.
Sans doute ils senties élus de Dieu, mais pas autrement que le reste des hommes, qui sont des instruments dans la main de Celui qui dirige toutes choses. Dieu a dans son économie des vases de toutes espèces, les uns pour des usages honorables, les autres pour des usages vils. Eh bien, les emplois les plus vils sont remis aux princes, et le terme de Prince de ce monde, est pour la Bible synoyme de tout ce qu'il y a de plus impur et de plus mauvais. L'Apocalypse désigne tous ceux qui portent des couronnes terrestres comme couverts de noms de blasphème, comme ennemis de Dieu et amis de la fausse Eglise, de la Prostituée qui enseigne des mystères.
La facilité avec laquelle les princes apostasient est étonnante. Le feu roi des Belges, pour monter sur un trône, a dû renouveler l'assurance que ses enfants deviendraient catholiques. Un Turc qui accepterait un trône à la condition que ses enfants devinssent chrétiens ne s'exposerait-il pas au mépris de toute «a nation? Chez les protestants on a trouvé cette action d'un prince de Gobourg toute naturelle, tant on a peu l'idée qu'un prince puisse avoir des sentiments moraux et religieux. Sous ce rapport les princesses protestantes se donnent en spectacle au monde. Les princes de la famille impériale de Russie sont toujours obligés de choisir leurs femmes parmi les princesses protestantes, parce que les princesses catholiques auraient honte d'apostasier. Cette honte est acceptée par les princesses protestantes; elles consentent à passer par la formalité d'une instruction religieuse, donnée par quelque prêtre ignorant, puis à abjurer leurs anciennes croyances, et finalement à pratiquer
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les mômeries d'une Eglise où il n'y a ni intelligence ni vie. Elles deviennent ainsi un objet de pitié pour tout homme pensant. Des phénomènes de ce genre se répètent malheureusement tous les jours et sous toutes les formes.
Est-il étonnant après cela qu'aux yeux des populations catholiques les protestants aient peu de religion? Pourtant l'injustice de cette opinion est évidente. C'est juger le protestantisme par ceux qui sont le moins protestants, c'est-à-dire qui ne protestent en aucune façon contre des formes extérieures sans vie; c'est juger l'Eglise protestante par ses membres les plus vils, ceux qui précisément ont renié tout principe protestant.
La moindre réflexion le fera comprendre. Ceux qui demandent de semblables abjurations et qui consentent à vivre avec les personnes qui en sont capables ne sauraient avoir eux-mêmes aucune religion. Celui qui n'a pas horreur de l'hypocrisie est lui-même hypocrite, et celui qui offre à un autre un avantage ou une récompense s'il change de religion est sans religion lui-même, car il le pousse à commettre le plus grand de tous les péchés, celui de l'hypocrisie spirituelle. Ces gens-là sont aux yeux de Dieu le rebut de l'humanité.
n faut être aussi sans religion et sans connaissances spirituelles pour se figurer qu'on peut changer les convictions par la force. Ainsi, en se permettant la violence pour propager leurs croyances, certaines Eglises soi-disant chrétiennes prouvent qu'elles sont encore dans les ténèbres du paganisme et ne sont chrétiennes que de nom. L'esprit leur manque, ce sont des corps sans âmes ; elles sont mortes. Quand on convertit comme Gharlemagne a converti les Saxons, ou à la façon de Tinquisition, ou par des dragonnades et des croisades, ou comme les empereurs de Russie qui, à la pointe de la baïonnette, forcent des communes polonaises catholiques à devenir grecques, il ne peut y avoir aucune trace de connaissance spirituelle ni chez celui qui convertit, ni chez ceux qui sont convertis.
Du reste l'homme est toujours le même ; qu'il ait en mains la puissance matérielle ou la puissance spirituelle, qu'il possède des sciences ou des richesses, il en abuse toujours et les emploie pour combattre la vérité. Aucune classe ne comprend moins les œuvres de Dieu et les enseignements qu'il nous présente dans la nature que celle des hommes de science. Aucune classe ne comprend moins les voies, les plans et les actions de Dieu que celle des théologiens, car entre toutes elle demande
la foi la plus aveugle aux doctrines qu'elle enseigne ; cela revient à dire qu'elle est plus que toute autre entourée de ténèbres et comprend Dieu moins que toute autre.
Tels sont les hommes. Ceux qui ont la puissance temporelle en mains sont l'élément le plus antichrétien d'un Etat; ceux qui possèdent la clef des sciences sont les plus stupides pour comprendre les œuvres du Créateur, et ceux qui croient posséder des droits sur la conscience des hommes, qui se disent administrateurs des biens <îélestes, sont les ennemis les plus implacables de tout progrès religieux, de toute lumière spirituelle. Ce sont ces trois grandes puissances qui, de nos jours comme au temps du Christ, sont conjurées contre le règne de Dieu. Au temps du Christ la puissance gouvernementale était représentée par Pilate et les hérodiens, la puissance scientifique par les pharisiens, qui étaient laïques, et la théologie pailes sadducéens, qui étaient prêtres.
Si, après avoir demandé quels sont les hommes les plus honorés sur la terre, nous voulons savoir quels sont les plus méprisés, on verra que ce sont ceux qui ont violé non les lois de Dieu, mais les lois communes de la société, puisles pauvres, les chétifs, ceux qui se laissent fouler, ceux qui travaillent pour les autres au lieu de travailler pour eux-mêmes. Eh bien, ce sont précisément ces derniers qui sont le plus en honneur devant Dieu. Ainsi cette parole, si souvent répétée par Jésus-Christ, se vérifiera un jour : < Les premiers seront les derniers et les derniers les premiers. > Heureux celui qui choisit sa part avec les petits, non avec les grands de la terre, et qui craint plus de violer la loi divine quelaloi humaine! Heureux celui qui comprend cette parole profonde d'un Dieu humble, ayant lui-même fait ce qu'il nous recommande de faire : < Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé ! » Oui, celui qui se croit le plus mauvais, qui se met à la dernière place, est le meilleur aux yeux de Dieu ; et celui qui se croit le meilleur, qui se met à la première place, est le plus mauvais.
Comme preuves de la dégradation absolue du cœur de l'homme, nous citerons les points suivants :
1® Le témoignage de Dieu.
2® Le témoignage de la conscience, quand elle est réveillée.
S^ Le fait qu'aucun homme n'accomplit ses devoirs envers ses frères et encore moins envers Dieu.
i^ Le mal qui existe dans le monde: la jalousie, la haine,
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rimmoralité, les guerres, Toppression, la fraude, l'injustice et la mort qui s'attache à l'homme et à ses œuvres.
5^ L'ignorance et l'erreur qui existent dans le monde. — L'homme qui erre n'est pas sincère. S'il se trompe, c'est que le mal lui est plus agréable que le bien. A-t-on jamais vu un homme prendre les ténèbres pour la lumière et la lumière pour les ténèbres ? De même jamais les honnnes n'ont confondu la lumière spirituelle avec les ténèbres spirituelles. S'il choisissent l'une de préférence à l'autre, c'est par amour pour le mal et par haine pour le bien, non point par aveuglement. En effet, la lumière spirituelle est plus éclatante que la lumière matérielle, et les ténèbres spirituelles sont plus profondes que les ténèbres matérielles. Du reste les hommes témoignent contre euxmêmes, car ils se disent voyants; ils sont donc sans excuse, si, tout en voyant, ils préfèrent les ténèbres. L'homme aime ses vieilles erreurs et ne les quitte pas volontiers. Celui qui a connu tout ce qui est dans le cœur de l'homme dit, par rapport à cet amour pour les vieilles croyances (Luc V, 39) : « après avoir bu du vin vieux, personne ne veut du nouveau; car il dit : < Le vieux est meilleur. > Ainsi celui qui est pénétré des vieilles erreurs ne peut accepter de nouvelles vérités.
6^ L'homme estime l'argent et l'or, le rang et la puissance plus que ses semblables. Un père choisit pour sa fille le mari le plus riche ; c'est la vendre au plus offrant. Ne considérer dans un mariage que la fortune, c'est estimer les richesses plus que la moralité et la matière plus que l'homme. C'est du matérialisme.
1^ Les hommes sont esclaves du mal et esclaves les uns des autres. Ils jurent fidélité à leur gouvernement et fidélité au drapeau. Ils jurent par conséquent que, si leur gouvernement ou leur prince fait une guerre injuste, ils aideront au vol et au meurtre, et feront à leurs frères opprimés autant de mal qu'ils le pourront ; et quand ils auront accompli fidèlement cette tâche inique, ils seront honorés et décorés pour leur métier de bourreau.
En prêtant serment de fidélité à un prince ou à un gouvernement, on s'engage à l'aider quand il cherchera à augmenter ses revenus et ses moyens de despotisme, quand il opprimera la presse et foulera aux pieds ceux qui disent la vérité. Si les hommes avaient de la conscience, ils sauraient qu'on doit plutôt obéir à Dieu qu'à l'homme, et ils reconnaîtraient que le der-
nier des employés est responsable du mal que le gouvernement fait par ses mains comme s'il l'avait fait de son propre chef. Le receleur est coupable à l'égal du voleur et celui qui honore le mal est aussi mauvais que s'il l'avait commis.
8® L'impiété des hommes est surtout saillante en politique. Les peuples agissent les uns envers les autres comme des brutes. La politique est dégradante et immorale, ne cherchant que l'intérêt national aux dépens des autres peuples ; elle est sans foi ni loi, sans intelligence ni conscience. Un peuple considère les autres peuples comme sa proie légitime et se réjouit quand il peut lui voler une partie de son territoire. La plupart des individus ne voient pas qu'en aidant leurs gouvernements à écraser un peuple voisin ils attirent sur eux-mêmes la misère et la ruine. Car comme nous aurons fait aux autres, ainsi il nous sera rendu. C'est la loi de Dieu.
9<> L'homme est esclave du sol où il est né ; on ne lui permet pas de renoncer à sa nationalité au cas où elle ne lui conviendrait plus. Son gouvernement croit avoir des droits sur lui tant qu'il vit, ce qui n'est qu'un servage (1).
lO*' Les hommes méprisent un Dieu humble, parce qu'ils ne connaissent pas l'humilité et qu'elle leur parait un opprobre.
11^ Les hommes admettent que le Père céleste leur a refusé la connaissance du monde invisible. Celui qui revêt les plantes et les animaux, ne revêtira-t-il pas les hommes? Celui qui a donné si amplement la lumière et la nourriture temporelles, refuserait-il la lumière et la nourriture spirituelles? Celui qui a créé toutes les choses de ce monde pour être comprises, n'en ferait-il pas de même pour le monde spirituel? — 0 gens de peu de foi I
12^ On honore les faux prophètes et ceux qui mentent au nom de Dieu. On les choisit comme prêtres, puis on s'attend à ce qu'ils disent non la vérité, mais des choses agréables à en-
*) Les lois adoptées dernièrement dans le congrès des Etats-Unis ont fait brèche à ce principe : elles admettent qu'un homme peut changer de nationa- Uté. L'Etat s'engage à protéger ses nouveaux citoyens contre les réclamations des nations étrangères. C'est un grand progrès pour l'humanité. Les conséquences logiques de cet acte sont d'une immense portée. Si un individu peut au moyen d'une simple déclaration changer de nationalité, à plus forte raison un nombre quelconque d'individus, ou môme une province doit-elle pouvoir user du môme droit ; car les droits de tout le corps ne sont que la somme des droits de ses membres.
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tendre. S'ils ne le font pas, on les prive de leur emploi ; s'ils le font, on les considère comme des envoyés de Dieu. D'accord avec la grande masse, tous les prêtres des fausses religions et des fausses Eglises se croient les élus de Dieu, étant les élus des hommes, et s'imaginent qu'en vertu de leur charge ils peuvent dominer sur les consciences. Mais quand le jugement de Dieu est-il le même que celui des hommes? ou quand une élection faite par les hommes équivaut-elle à celle de Dieu? Aucun des prophètes ou des apôtres a-t-il été élu par les hommes ? Nous rappelons ici que la vraie Eglise du Christ n'a pas de prêtres^ tous ses membres étant sacrificateurs. Les Eglises élevées de mains d'homme peuvent seules posséder des prêtres.
13® Tout homme qui désire être plus riche que ses frères et convoite ce qu'il voit est voleur en pensée. Et devant ce tribunal qui n'est voleur ?
là? Tout homme qui hait son frère est meurtrier. Et qui n'est meurtrier devant cette loi ?
150 Tout homme qui voit d'un œil indifférent l'injustice et l'oppression est un vil esclave, méritant de subir lui-même l'oppression qu'il voit exercer à l'égard des autres.
1&» Tout homme qui s'est uni en secret à une femme est adultère s'il en épouse une autre. La femme qui épouse un pareil homme vit également dans l'adultère.
17® Tout homme qui ne rend pas à Dieu et à ses semblables les égards qu'il réclame pour lui-même est un voleur à l'égard de Dieu et de ses frères. Il demande plus qu'il ne donne.
18*» Tout homme qui ne recherche pas la vérité est ennemi de la vérité et de la lumière.
19® Les hommes méprisent ceux qui se laissent influencer par des présents^ et pourtant ils croient qu'on peut acheter Dieu et sa faveur avec de l'or et de l'argent.
200 Les hommes n'accordent pas à Dieu la même justice qu'ils s'accordent entre eux ; ils n'ont pas autant de confiance en lui qu'en leurs semblables. Un auteur païen a dit : « On trouve encore des hommes justes à l'égard de leurs semblables, mais nul ne l'est à Tégard de Dieu. > (Sénèque.)
21*» « Vous serez bienheureux, dit le Seigneur Jésus (Matth. V, 11 et Luc VI, 26), quand on vous aura injuriés etpersécutés, et quand, à cause de moi, on aura dit faussement contre vous toute sorte de mal. Mais malheur à vousl quand tout le monde
dira du bien de vous, car c'est ainsi que leurs pères faisaient aux faux prophètes. » Ainsi les hommes disent du mal de Dieu et du bien de ceux qui commettent Tiniquité. Ils accusent Dieu de tous les péchés imaginables et lui attribuent une manière d*agir telle que, s'ils s'en rendaient eux-mêmes coupables, ils seraient dégradés à leurs propres yeux. Ils disent que Dieu demande aux hommes de croire , sous peine d'une damnation éternelle, à des choses qu'ils ne peuvent comprendre; ce serait comme si un père disait à son fils : « Crois que le soleil existe et qu'en même temps il n'existe pas, sinon je t'assommerai ou t'enfermerai pour toute ta vie. > Ne penserait-on pas qu'un pareil hommeaperdula raison? Etcependantl'homme a l'audace d'accuser son Créateur d'une conduite semblable, et de le placer par là au-dessous de l'être le plus méprisable de la terre. Ainsi l'Eglise anglicane déclare que pour être sauvé il faut croire une série d'absurdités qu'elle élève en dogmes, et qui sont une insulte à la majesté de Dieu comme au simple bon sens. Elle déclare, par exemple, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont des personnes diflférentes, que chacun en particulier est Dieu, et que cependant il n'y a pas trois dieux, mais un seul. C'est imposer une croyance contraire au bon sens, et attacher la vie et le bonheur éternels à une absurdité. Quelle présomption de la part des hommes d'émettre des dogmes pareils et de prétendre que le salut éternel y est attaché ! Peut-on concevoir que ceux qui prêchent ces choses et les entendent prêcher ne se soient jamais donné la peine de réfléchir à la culpabilité de pareilles assertions et à la folie de pareils dogmes I Qui ne s'indignerait en voyant un père, savant lui-même, né- . gliger complètement l'éducation de ses enfants, et les laisser grandir sans leur apprendre la moindre des choses ? Eh ! bien, les hommes accusent Dieu de cette injustice, en disant que lui, qui possède toutes les connaissances spirituelles, il ne les a point révélées aux hommes et qu*il nous a laissés sans instruction sur les lois du monde spirituel. Les hommes, quand ils le peuvent, font une chose à deux fins, mais ils ne croient pas possible que Dieu ait créé la nature de façon à ce qu'elle nous instruise aussi bien qu'elle nous nourrit. C'est supposer que Dieu n'est pas aussi intelligent qu'un homme. A la vérité les chrétiens reconnaissent que Dieu a révélé dans sa parole ce qui est nécessaire au salut; mais aurait-il laissé dans une ignorance absolue tous les hommes qui ont vécu avant la vanne du
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Christ ? Ainsi les chrétiens, aussi bien que les incrédules, accusent Dieu d'actions qu'ils auraient horreur de commettre.
Celui qui ne sait pas peindre ne peut faire des tableaux; celui qui ne connaît pas une langue ne peut la parler. Comment donc un homme pourrait-il produire quoi que ce soit de raisonnable ou d'utile pour le monde spirituel, s'il n'a pas de connaissances spirituelles. Et comment peut-il en avoir, si Dieu ne les a pas révélées dans ses œuvres? La Bible ne fait que répéter ce que la nature a dit aux premiers hommes ; mais ceux qui ne croient pas à la nature, comment croiront-ils à la Bible? Et celui qui ne croit pas aux choses terrestres que Dieu enseigne, comment acceptera-t-il les choses célestes (Jean II, 12) ? En toutes choses les Japhétites se sont refusés à l'évidence de la nature, ils se sont obstinément refusés à accorder au Créateur la même justice que leurs lois accordent aux hommes.
22<> Les hommes bâtissent des temples et les honorent parce qu'ils les ont faits, mais les œuvres de Dieu ne sont pas honorées, ou si elles le sont, c'est à l'exclusion de leur Auteur.
23® Les hommes croient que leur devoir est plus impérieux envers un gouvernement lemporel qu'envers Dieu. Ils admettent, comme nous l'avons montré précédemment, qu'il faut obéir aux hommes plutôt qu'à Dieu; cest estimer l'homme plus que Dieu.
24<> Les hommes honorent les grands conquérants, ceux qui volent, tuent et oppriment en grand, mais ils font peu de cas de l'humilité de Dieu qui s'est sacrifié pour les sauver. C'est honorer le mal plus que le bien, Satan plus que Dieu.
25* Les hommes puissants et influents s'arrogent les droits de Dieu, en voulant imposer leur volonté à la conscience de leurs frères. Ils demandent, comme pouvoir temporel ou comme prêtres, obéissance à leurs ordonnances, même quand elles sont contraires à la volonté divine. Or c'est au fruit qu'on doit juger l'arbre.
26<> Si un homme a plus de confiance en ses propres forces, ou en son argent, ou dans l'amour de son père ou de ses frères qu'en Dieu, il élève l'homme au-dessus de Dieu.
27^ Si un homme croit qu'il est au-dessous de sa dignité d'agir envers ses frères comme Dieu agit envers lui, il se place au-dessus de son Créateur.
28° Les hommes qui ne peuvent pas croire à un Dieu humble ne conçoivent pas un Dieu qui leur soit supérieur en vertu.
29<> Les hommes disentqu'un mariage célébré dans une église bâtie par les hommes, en présence des hommes, est plus saint et lie plus qu'une union conclue en secret et dont Dieu seul a été témoin. C'est mettre plus de valeur à la présence de l'homme qu'à celle de Dieu. C'est cette même idolâtrie de Thomme qui poussait les pharisiens à croire que l'or qu'ils apportaient au temple avait plus de valeur que le temple, et l'offrande mise sur l'autel plus de valeur que l'autel. Toutes les Eglises d'Etat reposent sur ce principe orgueilleux et idolâtre ; étant fondées et protégées par les hommes, elles leur paraissent saintes.
30° Les hommes s'attribuent le bien que leur conscience leur dit de faire. C'est prendre pour soi la gloire et le mérite de Dieu, c'est voler Dieu.
21^ Les Indous, les Turcs et les Arabes croient que les fous sont inspirés de Dieu ; c'est croire que la folie vient de Dieu. Les chrétiens font la même chose, quand ils disent que Dieu demande de nous des choses que l'intelligence humaine rejette.
Nous le voyons, si les hommes honorent Dieu de leurs lèvres, ils ne le font ni en pensée ni en action. Qui ne s'indignerait si on lui disait qu'il se place au-dessus de Dieu? Cependant, au jour où le mobile secret de toutes nos actions et de toutes nos pensées sera mis à nu, il ne se trouvera pas une créature humaine qui ait été exempte d'un orgueil si coupable. En général, les hommes ne veulent pas se donner la peine de réfléchir. S'ils voulaient un peu considérer quelles sont les impressions de Dieu, ils pourraient tout de suite connaître la vérité et comprendre combien il est douloureux pour un Père si tendre d'être complètement méconnu par ses enfants.
Dieu, dans son amour, ne demande pas d'autre justice de la part des hommes que celle qu'ils s'accordent entre eux. Dieu ne réclamé pas plus de foi en ses témoignages que les hommes n'en accordent aux témoignages humains. C'est sur cette justice de la loi humaine que s'appuie le Christ , quand il dit que le témoignage de deux hommes est digne de foi. U invoque cette loi humaine pour sa justification, et pour faire sentir aux Juifs qu'ils pèchent contre la simple justice humaine, s'ils ne se donnent pas la peine d'examiner les témoignages que le Père et lui rendent à la vérité. Mais quelle réponse Jésus reçoit-il à l'appel qu'il fait à la justice? On ramasse des pierres pour le lapider! Sous tous les ch-
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mats et dans toutes les positions, le cœur de l'homme est le même; aucun d'entre nous n'accorde à Dieu la justice que nous accordons à nos frères ou que nous réclamons pour nous.
Dieu demande qu'on interprète sa pai-ole par ses œuvres, et il fait toujours appel à la nature pour appuyer ses vérités; mais l'homme n'a jamais daigné lui accorder cette justice, tout en admettant que les paroles d'un homme ne peuvent se juger que par ses actions.
Dieu doit avoir horreur de ceux qui parlent en son nom quand il ne les a pas envoyés, mais les hommes ne s'en inquiètent pas. Ils s'assemblent et, parmi les individus qui veulent bien se prêter à un pareil rôle, ils en choisissent quelques-uns pour prêtres , d'autres pour prophètes et même pour remplaçants ou vicaires du Christ, puis ils leur disent : Vous êtes les élus de Dieu !
La justice humaine punit sévèrement celui qui fait quelque chose au nom d'un autre quand il n'en a pas été chargé. Elle met en prison ceux qui font une fausse signature ou de la fausse monnaie. Mais à l'égard de Dieu les hommes font le contraire : ils honorent ceux qui parlent faussement en son nom, et ils méprisent ou persécutent ceux que Dieu a réellement envoyés; ainsi ils n'accordent pas à Dieu la justice qu'ils exercent les uns à l'égard des autres. A les entendre parler, on dirait que Dieu ne sait pas s'aider lui-même, et qu'ils sont obligés de penser et d'agir pour lui. Ces malheureux semblent croire que, le Souverain n'ayant pas donné à la vérité, comme à la lumière, l'éclat nécessaire pour la distinguer de l'erreur ou des ténèbres, il est dans la nécessité d'appeler à son secours les princes et leurs armées de mercenaires, la police secrète, l'inquisition ou d'auti-es puissances ténébreuses, pour la faire adopter dans le monde et lui procurer une victoire définitive.
Pourquoi Dieu supporte-t-il de la part de ses créatures tant de folie et d'injustice, tandis qu'il suffirait d'un seul miracle pour les détromper? Il en agit ainsi parce qu'il est doux et humble de cœur et a horreur d'imposer sa volonté par la violence. Il recherche l'amour, non la crainte; il veut des enfants, non des esclaves.
La violence est exclusivement l'arme de Satan et des principautés de ce monde. Dieu n'est pas une puissance coërcitive ; il ne s'impose à personne, mais il attend jusqu'à ce qu'on le reçoive avec amour. Notre révolte ne lui fait pas suspendre le
cours de ses dons. Il ne serait d'aucune utilité pour les hommes d'être éclairés par un miracle spécial, après qu'ils ont repoussé tous les témoignages de la nature. Dieu ne fait rien par ostentation, il ne peut se contenter d'une adoration involontaire, fruit d'une persuasion imposée par des moyens surnaturels. L'amour qu'il demande doit naître de la reconnaissance, être ainsi un acte volontaire, réfléchi et prédéterminé.
Pour porter un jugement réellement impartial sur ce qu'est l'homme dans son état naturel, il faut se demander ce qu'il deviendrait si le Père céleste lui retirait son Saint-Esprit, ou la conscience qui est sa voix, parlant à notre cœur. Peut-on se figurer le degré d'abrutissement où le genre humain tomberait, s'il n'avait pas de conscience? La terre ne serait plus qu'un théâtre d'extorsions et de crimes. Les hommes se haïraient, se persécuteraient et s'extermineraient les uns les autres. Pires que des animaux, ils seraient toujours aux aguets pour se faire du mal et se dérober mutuellement le peu de biens qu'ils pourraient posséder. Voilà quel serait l'état naturel de l'homme, si Dieu l'abandonnait à lui-même.
Il ne peut donc avoir aucune prétention de posséder un atome de bien. Ce qu'il est actuellement n'est le fruit d'aucun effort de sa part, mais seulement l'effet des efforts continuels de Dieu agissant sur lui. Pourtant dans son aveuglement l'homme considère sa conscience comme quelque chose qui lui appartient, et son obéissance à sa conscience comme un mérite. Pauvre insensé! Une hache pourrait tout aussi bien considérer la main qui la manie comme sa propriété, et son action comme une gloire et une justice qu'elle s'est acquise par sa propre force. Tous deux sont des instruments, avec cette différence entre eux que l'homme possède une volonté qui peut se refuser à l'action, tandis que la hache est sans volonté.
En résumé, la conduite de l'homme démontre que son cœur est < désespérément malin. » C'est le seul jugement que l'homme, d'accord avec le souverain Juge, puisse prononcer sur luimême, car aucune puissance humaine ou divine ne peut changer cette âme. Depuis six mille ans que les hommes sont sur la terre et que Dieu leur parle par la conscience, par ses prophètes et par son Fils, le fond de leur cœur n'a pas changé. L'égoïsme est le même, la tendance au mal est la même, toutes leurs pensées ne se rapportent qu'à leur personne et à leurs
intérêts. Si Thuinanité a fait des progrès, si la civilisation a avancé, ce n'est qu'un vernis extérieur qui laisse le fond du cœur humain absolument tel qu'il était auti-efois. Un enfant né il y a cinq mille ans n'avait pas de plus mauvaises dispositions qu'un enfant qui naît aujourd'hui. Et si le cœur n'a pas changé d'un iota depuis le temps d'Adam, il n'y a pas d'espoir qu'il change à aucune époque à venir. Oui, certes, le cœur de l'homme est désespérément malin.
Or, si notre âme actuelle est incapable de résister aux tentations de ce monde, elle pourra encore moins résister aux tentations de l'autre monde, qui sont beaucoup plus fortes. Par conséquent, si même nous ne perdions pas notre âme par la mort, nous ne pourrions être à la hauteur des luttes du monde à venir qu'à la condition absolue de recevoir une âme nouvelle.