‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 93 sur 130 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Dites, ô peuples japhétiques. vous qui aimez la lumière de ce monde et en haïssez les ténèbres, pourquoi n'aimez-vous pas de même la lumière du monde spirituel et n'en haïssez-vous pas les mystères ou les ténèbres?

Vous qui possédez depuis près de trois mille ans la clef des connaissances terrestres, pourquoi ne possédez-vous pas aussi celle des connaissances célestes? Pourquoi toutes les idées que vous vous êtes formées du ciel sont-elles le rebours des lois que vous connaissez ici-bas?

Vous n'aviez, pour la conception des choses du monde à venir, que le choix entre deux cas : vous les représenter analogues «aux choses terrestres ou ne leur ressemblant pas. Pourquoi avez- vous toujours choisi cette dernière forme plutôt que la première ? Quel droit aviez-vous de supposer que Dieu est sur la terre autre qu'il n'est au ciel ; que les lois qu'il a établies dans ce monde doivent être renversées dans l'autre ; que ce qui est bon, raisonnable, juste et naturel ici-bas doit être insensé, injuste et surnaturel au ciel? Répondez 1 D'où vient qua

VOUS avez augmenté vos connaissances terrestres de génération en génération, et que vous n'avez su augmenter d'un iota les connaissances célestes que vous avez héritées il y a deux mille ans de votre frère Sem?

Plus vos connaissances des choses terrestres se sont augmentées , plus vos connaissances des choses célestes se sont faussées, ainsi vous êtes arrivés à croire que ce qui est périssable sur la terre est impérissable au ciel, et que ce. qui est absurde sur la terre est sensé au ciel. Est-il étonnant, après cela, que votre intelligence confondue se soit embrouillée dans un dédale de contradictions insolubles, que vous vous soyez accoutumés à croire que le chaos qui est dans votre tète existe réellement dans le monde spirituel, et que les choses divines sont inaccessibles à l'intelligence du chrétien? Finalement cet état de mystères et de ténèbres vous a paru naturel et vous lui avez donné le nom de lumière, tandis que la lumière vous a paru contre-nature et que vous l'avez appelée ténèbres. Ainsi l'habitude a transformé pour vous l'erreur en vérité et la vérité en erreur.

Si l'on examine la source des diverses erreurs qui régnent dans le monde, on verra qu'elles se fondent sur une fausse application de l'analogie. Sciemment ou à notre insu, nous appliquons, par voie de similitude ou de dissimilitude, l'analogie à toutes choses; impossible d'éviter l'analogie, car sans elle on ne saurait porter aucun jugement. Dans le chapitre VI du livre second (page 310) on a vu que l'imagination humaine, incapable de créer une pensée originale, doit se borner à mélanger les idées que lui présente la nature. Ce mélange ne se fait que par l'analogie, et il produit à l'égard de la vérité trois catégories de nouvelles pensées :

1® Celles qui suivent rigoureusement les lois de l'analogie et qui sont la vérité absolue.

2^ Celles qui se forment en contravention aux lois de l'analogie et qui sont proportionnellement entachées d'erreurs.

3® Celles qui se forment par négation de l'analogie. Son absolue négation est une cessation complète de toute pensée.

Ainsi les chrétiens admettent par analogie un autre monde, des êtres supérieurs et un Etre suprême. Les matérialistes nient dans ce cas toute analogie ; l'autre monde n'existe pas pour eux. Il en est de même pour tout ce qui nous entoure; la négation de toute analogie est la cessation de la pensée même

Les chrétiens, comme nous venons de le remarquer, admettent par similitude un autre monde et un Auteur de toutes choses; miais plus loin ils se représentent les choses par dissimilitude. Tout en admettant par façon de parler que l'homme est à rimage de Dieu, ils se le représentent néanmoins juste à l'inverse de ce qu'est le Créateur. Ils disent, par exemple : Dieu est sans passion, immortel, sans devoir, sans lien, sans corps, sans âme, sans douleur, etc., tandis que l'homme a des passions, est mortel, a des devoirs, est lié, possède un corps et une âme, est exposé à la douleur, etc. En quoi l'homme est-il donc semblable à Dieu? C'est ce qu'ils ne peuvent expliquer, à moins de supposer une ressemblance spirituelle ou intellectuelle ; mais c'est précisément à cet égard qu'il Test le moins, car il craint la pensée, et s'imagine en conséquence que c'est un péché de vouloir sonder les pensées de Dieu.

Nous n'admettons qu'une seule différence entre l'homme et Dieu : c'est que l'homme est pécheur et que Dieu est saint. En tout autre point l'homme est l'image du Créateur, et le monde qu'il habite est l'image de l'univers invisible.

Tout homme, ayant le sentiment instinctif de son péché et de la différence qui existe sous ce rapport entre lui et Dieu, cherche à se rendre compte de cette différence en supposant qu'elle provient de sa constitution. Il se représente donc Dieu et les choses spirituelles par voie de dissimilitude cherchant à rejeter la cause de son mal sur sa nature et finalement sur Dieu, au lieu de reconnaître qu'elle gît uniquement dans sa volonté. Les chrétiens, par exemple, dépeignent les choses spirituelles comme opposées aux choses terrestres. Ils n'ont point reconnu toute rétendue de la perversité de leur cœur.

Ainsi toute conclusion contre les lois de l'analogie, toute représentation que nous nous formons de Dieu et des choses spirituelles par dissimilitude, n'est qu'une suite naturelle de notre amour pour le mal et de notre goût pour ce qui est impur et faux. C'est un témoignage de notre hypocrisie et de la perfidie de notre âme.

Chaque conclusion devant se former ainsi par similitude ou par dissimilitude, par ressemblance ou par dissemblance, on ne peut donc échapper à l'analogie, et toutes les erreurs ne sont que le résultat d'une fausse application de ses lois. Les notions mêmes les plus erronées se fondent en définitive sur des vérités, mais

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comme ces vérités ont été groupées sans observer les règles de l'analogie, on ne pouvait en tirer que des conclusions fausses. L'homme étant impuissant à inventer une idée et ne possédant que la faculté de combiner celles que lui présente notre monde, il ne peut imaginer une seule erreur qui soit primitive dans toutes ses parties. Sans doute dans le monde civilisé on use abondamment du droit de mélanger les idées, mais dans ce mélange, qui est du choix de chacun, loin de procéder avec droiture, avec l'intention de connaître la vérité, on rassemble perfidement un certain nombre d'idées incohérentes, et l'on cherche à en tirer les conclusions les plus favorables à notre orgueil, et par conséquent les plus défavorables pour la vérité et pour Dieu. La raison devient ainsi la servante du cœur, on lui donne pour tâche de nous disculper de toute condamnation et de nous exalter le plus possible. Cette opération se fait à notre insu, tout aussi bien que la digestion et la circulation du sang.

Les pensées d'un homme forment un ensemble infini dans ses détails, car l'organisme de l'intelligence est beaucoup plus compliqué que celui du corps, étant plus important ; il est dès lors infiniment plus difficile à connaître. Aussi l'anatomie de l'intelligence estrelle inconnue en comparaison de celle du corps, et l'on ignore encore la diététique de sa vie et la diagnostique de ses erreurs.

Nous observerons, en passant, que pour la philosophie allemande ou française le spirituel est au contraire plus simple que le matériel. Pourquoi n'a-trelle pas su analyser le spirituel avant le matériel? L'analyse du plus simple doit pourtant se faire plus facilement que celle du plus compliqué.

La pensée la plus insignifiante que nous énonçons repose toujours sur un assemblage de diverses pensées fondamentales, lequel ne se révèle qu'à une analyse approfondie. La dissection de la pensée étant une opération longue et pénible, et surtout humiliante pour notre orgueil, personne ne se rend compte des éléments sur lesquels il appuie ses plus simples raisonnements. Nous remuons les idées sans plus réfléchir au jeu fondamental des vérités élémentaires qui ont servi à les faire naître qu'un maçon ne pense au jeu de niuscles qui lui est nécessaire pour soulever les pierres qu'il emploie pour bâtir. La plus pauvre pensée exige déjà une organisation fort compliquée, mais, notez-le, une organisation dont nous-mêmes, avec la société qui nous entoure, avons été les seuls auteurs. Dieu nous a présenté

les matériaux bruts, c'est nous qui devons les assembler en organisme vivant. C'est ainsi qu'il fait croître le blé indispensable à la vie, mais il ne laboure pas, il n'ensemence pas, il ne fait aucun des travaux qui le préparent pour la nourriture de l'homme; c'est l'homme lui-même qui doit faire ce travail.

Il en est de même pour la pensée. La nature nous présente, pour ainsi dh'e, la pensée brute. C'est à l'homme de l'organiser et de la travailler. Il est obligé d'amasser lui-même le trésor de ses connaissances. Si Dieu nous avait présenté dans la nature une seule pensée fausse, une seule image qui ne fût pas rigoureusement et mathématiquement exacte, il nous aurait Induit sciemment en erreur. Dans ce cas, nous serions abandonnés sans défense à la merci du mal, car nous ne posséderions aucun moyen de distinguer le vrai du faux. Si Dieu nous avait trompé une seule fois, nous serions en droit de toujours douter de sa parole, car celui qui nous induit en erreur une fois peut le faire une seconde, une troisième fois, et toute confiance cesse. Dieu s'exposerait-il à cette honte? Comment lui, qui est la vérité même, pourrait-il nous présenter quelque chose de faux? Quel but aurait-il en agissant de la sorte à l'égard de ses créatures ? Il faut donc admettre que toutes les idées qui nous sont présentées dans la nature sont d'une vérité mathématique, absolue.

Ainsi toutes les erreurs qui existent sur la terre sont d'invention humaine. Elles sont un composé de vérités juxtaposées en contradiction avec les lois de l'analogie, et le fruit d'une intention positive de produire le mensonge. La nature nous présentant la vérité absolue, l'erreur est une chose artificielle, le fruit d'une combinaison, tout aussi bien qu'une machine. Toutes les erreurs sont autant de tableaux où l'artiste s'est exercé à couvrir sa toile des êtres les plus grotesques qu'il pût imaginer. Mais comme un artiste doit toujours revenir aux formes fondamentales de la nature, arbres, eaux, montagnes, animaux, etc., de même toute erreur doit s'appuyer sur des idées vraies, qu'il est possible de déterminer par l'analyse. Seulement l'homme les déplace de leur position naturelle, en arrache des membres, puis cherche à les reproduire dans des conditions indues. Il peuple ainsi son imagination d'organismes monstrueux et malfaisants, au point que ce qui est contre nature lui parait naturel, et ce qui est naturel contre nature. De même le vrai lui paraît faux, et le faux vrai.

Si Ton se demande pourquoi Thomme fait ces mélanges impropres, tandis qu'il a la vérité à sa portée, on doit répondre, hélas ! que c'est par goût. Etant méchant, il aime mieux le mensonge que la vérité, parce que la vérité lui reproche sa conduite et qu'il hait d'être blâmé. Dieu ne lui a présenté que la vérité; c'est lui-même qui crée Terreur. L'une le condamne, Tautre le flatte; peut-on ne pas deviner vers laquelle il se tourne? L'orgueil est toujours le mobile secret qui enchaîne sa raison.

M. Ch. Secrétan dit*): « L'homme est un problème pour lui- * même : un problème fort compliqué, insoluble aussi long- » temps qu'on n'a pas saisi les rapports des hommes entre eux, » les rapports de l'humanité avec le milieu qui l'entoure, et la » cause dont elle procède. Pour reconnaître l'harmonie entre

> le christianisme et la raison, il faut que la raison se com-

> prenne elle-même, et le christianisme lui est nécessaire pour ^ cela. Ce cercle est inévitable. Le secret de la raison, je vous

> le dirai, c'est qu'elle est malade, mais elle est trop vaine

> pour l'avouer : l'orgueil même est son mal, voilà le fond de » raflfaire ! >

C'est le langage du philosophe. Ceux qui partent du point de vue purement religieux reconnaissent la même vérité, mais l'expriment en d'autres termes: ils parlent de l'orgueil du coeur. Le cœur, dans le sens biblique, c'est l'âme, que M, Secrétan personnifie ici par sa faculté la plus noble, l'intelligence ou la raison.

Toute erreur étant une infraction aux lois de l'analogie, il s'ensuit qu'elles sont les seules bases de la vérité et de la raison. C'est ce que nous avons signalé dans le chapitre sur ce sujet, page 64. L'étude des lois de l'analogie devient, en conséquence, indispensable à tout homme qui veut éviter Terreur et s'attacher à la vérité. Mais ce n'est pas un travail facile. Dfaut changer ses goûts, sa manière de penser et de voir. L'atmosphère d'erreur qui nous entoure est si dense que la lumière ne la pénètre qu'avec peine. L'abus constant que les hommes ont fait de Tansïlogie, en l'appliquant mal, puis en s'en servant pour voiler la vérité. Ta tout à fait discréditée; mais peut-on accuser la vérité des mensonges qu'on fait passer sous son nom? ne seraitce pas la pire des hypocrisies ?

^) La Raisofi et le Christianisme, par Gh. Secrétan, p. 280. Lausanne.

Le faux mélange d'idées et l'ignorance des lois de l'analogie dans lesquels les hommes se sont plu, ont fait que leurs pro. près instincts sont devenus pour eux une source d'erreurs. A l'instar des animaux, ils les ont suivis sans discernement et adoptés comme règle de conduite là où ils ne devaient pas le faire. Comme toutes les autres choses, les instincts nous ont été donnés pour nous servir, mais nous les employons au mal au lieu de les faire servir au bien. Par exemple, Dieu a déposé dans le cœur de tous les hommes un sentiment profond de leur grande destinée : ils doivent en effet devenir fils de Dieu; c'est la position la plus haute qui puisse se concevoir. Mais l'homme interprète à faux ce sentiment; il l'applique uniquement à cette terre au lieu de l'appliquer au ciel. Chacun s'imagine qu'il est destiné à être supérieur à ses frères, que son intelligence, sa sagesse, son jugement valent plus que ceux d'autrui. Aussi chacun trouve- t-il qu'on ne lui accorde pas l'honneur qui lui «st dû. Qui ne désire une augmentation d'estime, sans que pour cela il lui vienne à l'idée de grandir proportionnellement en vertu pour la mériter? Ainsi, trouvant qu'on est injuste à notre égard, nous nous croyons en général justifiés de l'être à l'égard des autres.

Ce même sentiment nourrit au fond du cœur de chacun le secret espoir qu'il obtiendra le gros lot à la loterie, ou qu'il sera spécialement heureux ici-bas. Quand plus tard, cette attente a été déçue, chacun croit que la Providence ou le sort l'a maltraité. Quel est le jeune homme qui ne se fasse des illusions de ce genre et qui n'attende de la fortune des faveurs toutes spéciales? C'est ce même sentiment de prédestination qui a conduit beaucoup de grands hommes et qui est le mobile secret de tant d'entreprises hasardeuses.

Les femmes partagent cet instinct, et, comme d'ordinaire elles réfléchissent moins et sont moins accoutumées à raisonner leurs impressions, elles s'en laissent dominer plus que les hommes. Ainsi l'espoir de gagner à la loterie exerce plus d'influence sur la femme que sur l'homme, car ce dernier compte davantage sur sa force et son travail, le sexe faible davantage sur la bonne chance. L'un sent la nécessité de se créer une fortune, l'autre l'attend du hasard.

Nous passerons en revue quelques-unes des erreurs les plus répandues, pour montrer la manière dont on pèche contre l'analogie. L'usage du chapelet introduit chez les bouddhistes.

les mahométans et chez les chrétiens de diverses Eglises, repose sur le raisonnement suivant. Appliquant par instinct à leurs prières les lois de la nature inanimée ou de la matière, ils disent, sans toutefois s'en rendre compte : Une prière a telle valeur, donc cent prières vaudront cent fois autant. Ceux qui raisonnent ainsi identifient par là leurs prières avec une poignée de matière. Reconnaissant instinctivement qu'elles sont sans vie, ils sont poussés à leur appliquer les lois de la matière au lieu de celles de la vie. Car la vie s'estime par la qualité, tandis que la matière s'estime par la quantité. L'erreur de ce raisonnement est évidente. Un bonjour répété cent fois n'a pas cent fois plus de valeur que ce souhait prononcé une seule fois. Il est impossible d'appliquer à quelque chose d'intellectuel les lois de la substance, dont la valeur s'estime par le nombre. La même loi existe pour toutes les choses intellectuelles ; on ne peut absolument pas leur appliquer les lois de la substance sans les dégrader et leur ôter leur caractère spécial de vie. Celui qui le fait prouve qu'il accomplit une œuvre purement matérielle, une œuvre qui ne se mesure que par la quantité, comme de piocher la terre, où cent coups de bêche valent cent fois plus qu'un seul coup.

L'emploi du chapelet et les fausses idées qui s'y rattachent proviennent donc d'un usage impropre de l'analogie; on applique à ce qui devrait être spirituel les lois de Isw matière. Mais cette erreur à son tour est fondée sur un sentiment juste, qui pousse à n'appliquer à une chose morte que les lois de la mort.

L'analyse donne les vérités suivantes comme bases de l'instinct qui guident les diverses croyances dans l'emploi d'un compteur pour leurs prières :

1^ La matière (dans les limites ordinaires) s'estime selon le le nombre ou la quantité.

2® Aux choses sans vie il faut appliquer les lois de la matière ou de la mort.

8^ Nos prières sont sans vie, donc il faut leur appliquer les lois des choses inanimées ou de la matière, et non celles des êtres animés.

Voilà trois vérités incontestables, dont le résultat est une erreur ; cependant elle ne mérite ce nom que par rapport au bien, non par rapport au mal.

Nous prions les penseurs de remarquer spécialement ce phénomène. Dans ce cas, l'erreur est vraie, rigoureusement, matbé-

matiquement vraie, mais seulement pour le mal, non pour le bien. De plus, l'analogie est aussi correctement employée que les circonstances le permettent ; cai- appliquer à des prières sans vie les lois de la vie, ce serait contre toutes les règles de l'analogie. On voit par cet exemple que Tanalogie guide instinctivement toutes les intelligences, mais qu'elle donne pour le mal d'autres résultats que pour le bien. Il existe ainsi pour les hommes deux vérités, Tune pour les méchants, l'autre pour les bons. Ce qui est vrai pour l'un ne l'est pas pour l'autre, et viceversâ. L'un se croit un animal, il a raison : un autre ne se croit pas un animal, il a encore raison.

D est important, dans l'analyse, de ne pas oublier le double rôle que joue l'analogie, car elle donne des résultats diamétralement opposés selon que celui qui l'applique est bon ou mauvais. C'est précisément par ces résultats différents qu'elle trahit ce qui estau fond du cœur de chaque homme, etqu'ellerévèle le secret de toutes les pensées à celui qui, ayant passé du mal au bien, a la liberté de comparer le raisonnement de l'un avec celui de l'autre. L'homme qui ne connaît que le raisonnement du mal est évidemment incapable de juger de celui du bien; il n'a pas la liberté de juger autre chose que ce qu'il sent.

Les bouddhistes, les mahométans et leurs congénères, ainsi que les Eglises semi-chrétiennes qui emploient encore le chapelet, n'avaient que le choix entre les lois de la vie et celles de la mort pour les appliquer à leurs prières. S'ils ont choisi les dernières, c'est par analogie, par instinct, sans qu'ils se rendissent compte de leur manière de raisonner. S'ils avaient agi autrement, ils auraient commis une faute bien plus grande encore ; car, dans ce cas, l'erreur d'appliquer à la mort les lois de la vie se fût cachée sous les dehors de la vérité, et aucun homme , quelque intelligent qu'il fût, n'eût été capable de reconnaître et encore moins de démontrer la présence du mal au fond de ces cœurs. Si l'erreur pouvait revêtir les formes de la vérité, nous ne saurions absolument plus distinguer l'une de l'autre ; et si un mort pouvait agir comme un vivant, il n'y aurait plus moyen de le reconnaître. Il vaut donc beaucoup mieux, pour ceux dont les prières sont sans vie, qu'ils continuent à employer le chapelet, car ils manifestent par là ce qu'ils sont, et si l'on reconnaît ce qui leur manque, on peut aussi employer les remèdes convenables.

Ceux qui réfléchissent comprendront que combattre l'erreur,

dcans ce cas particulier comme en général, ne sert à rien ; on ne fait que rendre un homme plus hypocrite. Le seul remède efficace est d'infuser une nouvelle vie. Alors seulement le mal se guérit et Terreur disparait. Celui dont les prières deviennent vivantes ne pensera plus à leur appliquer les lois de la mort et jettera son chapelet au rebut. Désirer que les symptômes d'une maladie disparaissent sans que la source du mal se guérisse est une chose insensée. Le médecin qui combattrait les symptômes, sans attaquer le mal même, serait un bien mauvais médecin. Il en çst de même dans les choses spirituelles; vouloir faire disparaître les symptômes sans remédier au mal qui leur a donné naissance témoigne de l'ignorance de celui qui ressaye.

Les erreurs sont donc des symptômes nécessaires pour reconnaître le mal; elles en sont les manifestations, mais ne constituent pas le mal lui-même ; il est beaucoup plus profond. Elles sont nécessaires aussi longtemps que le mal est là. Dès que la cause du mal cessera, elles disparaîtront d'elles-mêmes. Comment pourrait-on reconnaître la présence du mal sans les erreurs qui en sont le signe extérieur? Aussi Dieu a-t-il arrangé ce monde de telle sorte que toutes les créatures se trahissent spirituellement par leur apparence, leur forme, leur voix et leur langage. On doit pouvoir les distinguer tout aussi clairement que les objets matériels. Rien ne doit être caché à Thomme spirituel, ni échapper à son observation. Pour lui point de mystères, point de ténèbres ; il doit tout connaître, tout voir, tout sonder.

Celui qui a la connaissance discerne les esprits les uns des autres avec la même facilité qu'on distingue les diverses races d'animaux. Car plus une position est élevée, plus l'individualité se prononce et les qualités varient. Or, si les diverses espèces d'animaux se distinguent à première vue d'après leur forme extérieure et même au son de leur voix, combien plus facilement ne distinguera-t-on pas un esprit d'un autre à la plus simple pensée qu'il émettra?

Si donc l'homme spirituel doit connaître la pensée de Christ (1 Cor. II, 15, 16), à plus forte raison doit-il discerner les esprits. Cette connaissance ne présente point des difficultés insurmontables comme on se l'est imaginé; car ce qui est dans l'homme se trahit par sa manière de penser. L'hypocrisie ne peut ici rien cacher; elle ne saurait comment s'y pren-

dre pour imiter la vérité, pas plus qu'un ignorant ne saurait écrire comme un savant, ou celui qui ne connaît pas une langue faire semblant de la parler. L'homme spirituel pourra donc classer les esprits avec la même sécurité qu'un naturaliste classe les animaux; car chacun porte écrit sur son front ce qu'il est, ce qu'il pense et ce qu'il fait ; l'instinct de chacun le pousse à se placer là où il appartient; il le fait sans s'en douter, il n'a pas même la faculté d'en agir autrement. Ainsi l'homme animal se place instinctivement parmi les animaux ; celui qui est mort spirituellement se place, lui et ses œuvres, parmi les morts et leur applique les lois de la mort, c'est-à-dire celles de la matière.

Dieu a arrangé les choses spirituelles de la même façon que les matérielles, et les esprits se trahissent par leur manière de penser, de parler et d'agir, absolument comme les animaux se font reconnaître par leurs formes, leur voix et leurs allures. Tout mal caché dans l'intérieur de l'homme se trahit par quelque erreur, et toute erreur est le symptôme, la manifestation d'un mal particulier.

Chaque homme, à moins qu'il ne soit d'une dépravation absolue, retient toujours une certaine'quantité de vérité ou de lumière, qui correspond exactement à sa valeur morale. Il est incapable d'accepter aucune vérité au-delà de cette mesure, parce que cela lui serait désagréable. 11 s'en défend comme d'une trop vive lumière ou d'une trop forte chaleur. Donner à cet homme plus de lumière qu'il n'en peut employer, c'est lui faire le même tort que si l'on découvre le grain de blé qui a commencé à germer, pour l'exposer à l'air et aux rayons ardents du soleil. Un cœur qui commence à germer spirituellement ne supporte pas la vérité; aussi Dieu, dans sa sagesse, lui a donné l'instinct de la repousser, comme une chose nuisible. L'obscurité et Terreur sont aussi nécessaires à la prospérité de ce germe qu'il est nécessaire pour un grain de blé d'être recouvert de terre pour croître ; plus tard cependant, quand il sortira de terre, il acceptera la lumière comme le fait une jeune plante, mais alors encore il demandera le doux soleil du printemps et non les ardents rayons de l'été.

Le monde spirituel présente les mêmes phénomènes de cause et d'effet que le monde matériel, phénomènes aussi palpitants d'intérêt et de vie comme ceux que nous offrent les plantes et les fleurs. Que dis-je? Ils sont mille fois plus intéressants, car il

s'agit d'esprits, non d6 plantes; il s'agit de vies éternelles d'une valeur et d'une portée infinies, non de chétifs végétaux dont la vie et la mort sont, après tout, de peu d'importance. Le laboureur qui sème, plante, arrose et prend intérêt à son travail condamne ceux qui, appartenant au royaume de Dieu, ne font pas la même chose pour le monde des esprits. Mais> hélas î les enfants de ce monde sont plus sages que ceux de la lumière, et ils se donnent plus de peine pour apprendre à connaître les lois de leur monde que les enfants du royaume de Dieu ne s'en donnent pour apprendre à connaître les lois du monde spirituel.

Revenons aux diverses erreurs dont les hommes se sont rendus coupables. Les Chamites et les Japhétites ont toujours eu la tendance d'identifier Dieu avec la matière, et ils ont adoré des animaux, du bois, des pierres, les étoiles, la lune et le soleil, comme si c'étaient des dieux. Au moyen âge, le peuple attribuait aux reliques et aux images une vertu divine et le pouvoir d'opérer des miracles. Beaucoup de personnes croient encore à l'efficacité des reliques, des amulettes, de l'eau, du sel et du pain bénits. C'est attribuer à des ossements morts, à des œuvres humaines, la puissance de l'Esprit de Dieu. C'est adorer l'homme que d'élever ses œuvres à cette hauteur. La faute commise contre l'analogie est tout aussi évidente que dans le premier cas; le résultat final est le même. L'instinct de ces gens-là les pousse à adorer, et parce qu'ils sont morts spirituellement ils ne peuvent adorer que la mort. L'ignorance les fait errer, mais ici, comme dans le cas précédent, leur instinct les guide dans l'adoption de ce qui est vrai à leur égard. S'ils honoraient Dieu extérieurement au lieu des reliques et des saints, sans changer de cœur, leur erreur serait plus grande encore; ils mentiraient.

La plus coupable des idolâtries qui aient jamais existé dans le monde règne encore de nos jours dans un grand nombre d'Eglises chrétiennes. La masse du peuple croit, par exemple, que Dieu entre dans un peu de farine qu'une servante a pétrie ou qu'un ouvrier a façonnée en hostie, du moment où le prêtre a béni ce pain. La faute commise conti'e l'analogie est aussi évidente que dans les cas précédents. Cette farine est sans aucune vie ; et n'étant plus capable de contenir une vie végétale, elle peut encore moins contenir une vie animale, bien moins encore une vie spirituelle. En outre l'homme, ne possé-

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<lant pas la puissance de faire entrer la moindre vie dans cette farine, peut d'autant moins y enfermer, par une formule de bénédiction, le Créateur de toutes choses. Christ n'occupant d'ailleurs aucune place dans l'espace, il ne peut entrer dans une hostie ; il peut sans doute occuper une place dans Tesprit, mais s'il y entre, ce n'est certes pas par la bouche, ni en compagnie d'un peu de pâte.

Le matériel ne peut produire le spirituel, ni l'inférieur le supérieur. Le pain ne peut produire une substance spirituelle, ni ce qui est destiné pour le ventre nourrir l'esprit. Après la bénédiction du prêtre le pain reste ce qu'il était auparavant, il s'en va dans l'estomac où il est digéré comme toute autre nourriture. La bénédiction de tous les prêtres catholiques, apostoliques, grecs, anglicans et luthériens réunis ne peut pas faire dévier cette farine de sa route ordinaire dans le corps ; comment pourrait-elle lui faire produire quelque chose de spirituel * ? L'idée que Christ descend dans une hostie ou que son Esprit est attaché à un morceau de pain est tout simplement une adoration de la matière et de la puissance humaine; on s'imagine que, par une force semblable à celle de la nécromancie, le prêtre a le pouvoir de changer la nature des substances ou de leurs eflfets. Rien dans toute l'histoire du paganisme n'est aussi dégradant et aussi honteux. Un pauvre nègre, considérant le palmier qui le nourrit comme son dieu ou le soleil comme le père de toute vie, est mille fois plus excusable que ces Japhétites qui croient pouvoir enfermer Dieu dans un peu de pâte cuite au four. Ils adorent cette hostie, ils adorent la matière, ils adorent la mort f C'est leur instinct qui les y pousse, et cela par la raison signalée plus haut.

Les Juifs et les Arabes, races sémitiques, se sont abstenus depuis bien des siècles de ce genre de fétichisme. Si l'on considère le faible degré de lumières qu'ils possèdent, on reconnaîtra qu'ils sont en général moins matériels que les peuples japhétiques; aussi sont-ils destinés à de plus grandes choses.

Les Indous croient que, s'ils se plongent dans le Gange, leurs péchés leur seront paMonnés. De même, un grand nombre de chrétiens croient qu'en arrosant un enfant d'un peu d'eau, puis en murmurant une formule, on peut lui procurer l'entrée du ciel. Ces deux idées sont identiques, car elles sont

*) 2wingli, qui combattait cette erreur avec énergie, a été pour cela traité de démon par Luther.

Tune et Tautre une corruption de cette vérité fondamentale : sans pureté de cœur on ne peut voir Dieu (Math. V, 8). Mais à ridée de cœur ou d'âme on substitue celle de corps ; comme si la loi disait : sans la pureté du corps on ne peut voir Dieu. Tous les Japhétftes ont la tendance de mettre la matière à la place de l'esprit et de créer ainsi des formules monstrueuses. La faute commise contre l'analogie est de confondre le matériel et le spirituel, en supposant qu'une opération matérielle peut produire une transformation spirituelle. C'est comme si Ton admettait qu'en arrosant une plante on peut la transformer en animal. Ce qui est absurde pour ce monde l'est aussi pour le monde spirituel. Le baptême qui sauve est celui qui est administré par Dieu seul : c'est le don du Saint-Esprit. En revanche le baptême donné aux petits enfants est une simple ablution favorable à la santé; c'est une image qui a rapport à notre corps et qui n'a pas plus de ressemblance avec la réalité qu'un temple bâti par la main des hommes n'a de rapport avec l'Eglise vivante de Christ, le vrai temple de Dieu. Mais les Japhétites, toujours enclins à s'adorer, attribuent à leurs actions et à teur baptême la même valeur qu'à l'action ou au baptême de Dieu. Ils oublient que l'homme animal est non l'égal, mais l'image de Dieu, et que ce qu'ils font de leurs mains ne peut avoir qu'une valeur terrestre. En croyant qu'une ablution matérielle peut laver les péchés, les Indous sont certes mille fois plus excusables que les Eglises chrétiennes qui pensent qu'un peu d'eau ou qu'un baptême peut assurer le ciel à un enfant.

Le matérialisme n'est qu'un extrême fétichisme : c'est une adoration de la matière poussée aux dernières conséquences. La raison en est la même que dans les cas précédents; nous n'avons pas besoin d'en renouveler l'analyse. Ceux qui professent ces doctrines se croient dispensés de tout devoir envers des êtres qui les ont engendrés. Ainsi ils mangent sans scrupule les animaux dont ils prétendent descendre et qu'ils considèrent comme leurs frères. Les matérialistes sentent qu'ils ne sont ni libres ni pensants, voilà pourquoi ils sont obligés de se considérer comme des animaux aussi peu intelligents que des molécules. Ne pouvant inventer d'autres formes pour s'y assimiler, ils leur disent : Vous êtes nos frères et vous nous avez engendrés.

Le panthéisme est un phénomène identique au matérialisme et provient des mêmes causes. Les personnes qui penchent

vers ce système n'admettent pas pour Dieu les mêmes distinctions que pour Thomme. Par exemple, elles ne reconnaissent pas qu'on peut distinguer entre Tœuvre que Dieu a créée et l'enfant qull a engendré, ainsi que cela se fait si aisément pour les hommes. C'est abaisser Dieu au niveau d'un des éléments du règne minéral ; car chez ceux-ci la génération et l'action se confondent. Elles donnent ainsi à Dieu le caractère et les qualités de la matière ou d'une pierre, et non ceux de la vie telle qu'ils la connaissent chez l'homme. La faute contre l'analogie est ici aussi évidente que dans les cas précédents.

On a l'habitude de parler de plusieurs espèces d'Eglises (Eglise d'Etat, Eglise catholique-romaine. Eglises grecque, anglicane, luthérienne, réformée, etc.) Mais au fait il n'y a qu'une seule Eglise ; elle est invisible et se compose de ceux que Dieu a élus et qui ont reçu le don du Saint-Esprit. Toutes ces Eglises visibles ne sont que des images delà véritable Eglise, et n'ont pas plus de rapport avec elle qu'une statue représentant Dieu n'a de rapport avec l'Etre suprême. Mais cette représentation peut être bonne ou mauvaise, selon la capacité des constructeurs; cela est évident. L'erreur gît dans une confusion de l'image visible avec la réalité invisible. Cette illusion entraine après elle une somme effroyable de fausses conclusions, qui sont autant de péchés contre le bon sens et la logique. C'est une idolâtrie. On prend une statue en pierre sans vie, faite par la main des hommes, pour l'Eve spirituelle engendrée de Dieu.

Ne pouvant se fonder sur la raison, les fausses Eglises sont forcées d'enseigner des mystères et demandent qu'on les croie aveuglément. Elles prétendent avoir reçu une autorité directe de Dieu, admettant que ceux qu'elles consacrent pour leur service on t^' spécialement été choisis par Dieu. Elles s'appuient aussi, quand elles le peuvent, sur Tautorité civile, et parlent le langage des grands de la terre et des princes de ce monde, comme si elles avaient autorité sur les âmes. Ainsi toute Eglise régnante ou hiérarchique, usant d'autorité sur les hommes, appartient à la grande famille des antechrisfs, car ante^ en latin, veut dire « avant », et caractérise ici une Eglise ou une puissance qui règne avant la venue de Christ. Antichrist (grec) veut dire celui qui règne à la place de Christ, comme vice- Christ; il a de plus le sens d'être opposé à Christ. Ainsi toutes les Eglises et toutes les puissances qui régnent avant Christ, ou qui prétendent régner à sa place, sont des antechrists.

On s*imagine souvent qu'après notre mort Tâme entre daus un purgatoire pour expier ses péchés. Mais lequel de nous croit pouvoir payer par une douleur la somme qu'il doit à son voisin? Or, si la douleur est incapable d'eflfacer une dette terrestre, comment pourrait-elle effacer une dette spirituelle ? C'est pécher contre la logique que d'admettre pour le ciel des lois qui sont contre nature sur la terre. Aucune douleur, quelque grande qu'elle soit, n'est capable de nous purifier d'un seul péché. Par la même raison, aucun prêtre ne peut absoudre le pécheur ; car, s'il n'a pas reçu de Dieu la puissance d'annuler une seule dette terrestre, comment annulerait-il une dette spirituelle? Celui qui ne peut faire le moins ne saurait faire le plus.

Certains prêtres prétendent qu'il faut faire ce qu'ils disent, et que, s'il y a erreur, dans leurs enseignements, ils en porteront seuls la responsabilité. Le devoir de leurs subordonnés est d'obéir. C'est une imposture. Si un homme fait une imprudence qui lui coûte la vie terrestre, aucun prêtre ne peut donner sa vie en garantie pour celle de cet homme; la loi de la nature n'admet pas de substitution. Il en est de même pour la loi morale : un homme ne peut être le substitut d'un autre. Ainsi un prêtre ne peut prendre sur lui la responsabilité de l'âme d'un autre homme, et celui qui est assez aveugle pour se confier en lui en portera la peine. Si un aveugle se laisse guider par un autre aveugle^ ils tomberont tous deux dans la fosse. La mort du Christ ne nous a pas délivrés de la mort matérielle, au contraire, elle l'a scellée; car elle demande impérieusement la mort du vieil homme. Pour nous délivrer de la mort spirituelle, il faut une nouvelle œuvre du Christ, œuvre que la grande majorité des chrétiens ignorent, comme ils ignorent toutes les lois spirituelles. Si le sacrifice de Jésus-Christ n'est pas à même de nous délivrer de la mort matérielle, il nous délivrera encore moins de la mort spirituelle, et la prétention d'un prêtre de faire ce que Christ ne peut pas est monstrueuse et impie au delà de toute conception. Aucun argent, aucune dispense, aucune absolution n'a le moindre effet pour l'autre monde ; ceux qui s'y fient sont coupables comme ceux qui les donnent. Ds en porteront la peine, aussi bien que les hommes qui se fient aux amulettes souffriront de leur ignorance. Aucun prêtre ne peut réellement se charger des suites d'une fausse confiance en lui.

CH. Xn. ANALYSE DE DIVERSES ERREURS 377

Beaucoup d'hommes refusent de croire que le Seigneur a souflfert pour nous et qu'il a payé notre dette envers Dieu, et pourtant ils reconnaissent l'existence de ces lois pour la terre. Ils voient, par exemple, qu'un homme peut hériter de son père, qu'un frère peut cautionner son frère ; pourquoi donc ne pas admettre ces lois à l'égard de Dieu? Le Souverain serait-il moins puissant qu'un homme et son œuvre moins efficace ? Ou Christ serait-il incapable de faire le même bien que les hommes se font les uns aux autres ? Ainsi, dans ce cas, les incrédules refusent d'accepter pour le ciel les lois de la terre, ils se refusent à l'analogie. — Par rapport à ce que nous avons dit au paragraphe précédent, nous remarquerons que le fait d'avoir notre dette acquittée par quelqu'un ne nous empêche ni de mourir ni d'être malades. L'image terrestre indique donc par analogie que l'acquittement de notre dette par Christ ne nous sauve ni de la mort ni de la maladie, et ne nous empêche point de contracter de nouvelles dettes. Pour nous donner la vie il faut un acte de génération, non de mort.

Beaucoup de chrétiens s'efforcent de devenir saints. C'est un sentiment de l'ancienne alliance. En effet, ce ne sont que les Juifs, les païens ou les Eglises semi-païennes qui ont des saints. Celui qui a réellement saisi la plénitude du salut en Christ sait qu'il ne peut rien ajouter à la sainteté qu'il a héritée ; il ne cherche donc pas à augmenter sa sainteté, parce qu'il a reçu celle de Christ, à laquelle on ne peut rien ajouter. Un tel homme ne fera plus le bien pour la récompense, ni pour être saint, mais par amour pour son Sauveur. Celui qui cherche à augmenter sa sainteté travaille pour lui-même, il est sous la loi et ne connaît pas la grâce que Christ a offerte aux pécheurs. Il veut se créer un mérite devant Dieu, afin de recevoir de lui une récompense éternelle. Mais Dieu accorde ses dons gratuitement, il ne les vend pas. — Paul dit que si un homme donnait tous ses biens aux pauvres et qu'il livrât même son corps pour être brûlé, cela ne lui servirait à rien, s'il n'a pas la charité.

La généralité des chrétiens admettent que nos péchés terrestres ne nous sont pardonnes qu'au moment où nous recevons la foi. Ce ne peut être le cas, vu que, l'humanité étant un seul corps, tous les hommes sont membres les uns des autres. Il n'est donc pas possible à Dieu de pardonner à un seul sans pardonner à tous. Si la main d'un homme vole, vous ne pouvez

punir la main sans punir le reste du corps, ni lui pardonner sans pardonner au reste du corps. Or Thumanité est un seul corps. En devenant membre de Thumanité, Christ s'est chargé, dès le moment de sa naissance, de la dette du corps avec lequel il s'est identifié. Puis, comme membre de l'humanité, il a payé par son travail la dette qu'elle avait contractée envers son Créateur. Car le fruit du travail de Christ représente des richesses spirituelles, comme le fruit du travail des hommes représente des richesses temporelles.

Si le péché d'une seule des cellules du corps humanitaire était resté non pardonné, personne, pas même Christ, ne pourrait se présenter devant la face de Dieu. C'est ce fait que Christ exprime dans la parabole du champ et du trésor (Matth. XIII, 44). L'homme qui a trouvé un trésor, c'est Christ, et il a dû acquérir tout le champ, c'est-à-dire le monde entier, pour obtenir le trésor; mais il n'emporte que le trésor, qui est son Eglise. Le champ est de nouveau abandonné. Si Christ eût enlevé le trésor sans avoir acquis préalablement le champ, il eût commis une action illégale. Ainsi Christ a dû acquérir le champ entier, qui est le monde; pour l'obtenir, il a dû donner tout ce qu'il possédait. Il a donc payé la dette de tous les hommes, mais l'Eglise seule en récolte le fruit.

On ne peut pas dire en toute vérité à quelqu'un : « Crois qu'il y a une lumière sur la table, > si la lumière ne s'y trouve pas réellement au moment où on lui parle. C'est une inconséquence coupable que de demander à une personne de croire à quelque chose qui n'existe pas en réalité, mais qui deviendra vrai après coup, si elle y croit. C'est faire dépendre la vérité de la foi ou du caprice de l'homme, et non des faits, ce qui est une absurdité. Aussi pour qu'on puisse dire à quelqu'un: « Crois que tes péchés te sont pardonnes, > il faut que le pardon lui ait été accordé avant qu'il crût. L'incrédulité de l'homme ne peut pas changer un fait. 11 est donc illogique et choquant de dire, comme le font l'Eglise anglicane et plusieurs autres Eglises protestantes : « Le Tout-Puissant pardonne et remet les trangressions à tous ceux qui se repentent véritablement et qui croient avec sincérité à son saint Evangile. > (Rémission des péchés. Liturgie anglicane.)

On s'étonne de voir à quelles extravagances les Eglises chrétiennes se sont portées, en s'imaginant que le salut dépend de dogmes et non pas de faits ou de lois que rien ne peut changer.

Elles se sont figuré que si un homme croit à tels et tels dogmes il sera sauvé. Mais la personne qui ferait une pareille chose pour ce monde ne seraitelle pas considérée comme insensée? Si un homme s'imagine qu'il croîtra du blé dans son champ, le blé croitra-t-il sans avoir été semé ? U en est de même pour le monde spirituel. Le salut dépend de faits, et non de croyances. Or, comme Dieu ne peut accorder le pardon à un seul membre sans l'accorder à tout le corps, il est nécessaire que les péchés de tous les hommes soient couverts avant qu'un seul puisse en profiter.

Ainsi, avant que nous ayons commis un seul péché, avant même que nous ayons fait notre apparition dans le monde, Christ a déjà payé nos dettes et effacé nos péchés. Cette même loi se répète dans toute la nature.

Les remèdes pour tous les maux ont été préparés longtemps avant qu'il y eût un homme sur la terre. De même, une mère prépare tout ce qui est nécessaire pour la réception de son enfant avant qu'il vienne au monde. Dieu n'est pas moins prévoyant que l'homme, et ce qu'il a fait pour le mal physique, il Ta fait aussi pour le mal moral. Il a donc préparé un remède moral avant que la terre fut créée. Voilà pourquoi il est dit de l'Agneau qui ôte le péché du monde qu'il a été sacrifié dès la fondation du monde. La dette de chaque homme étant déjà payée avant qu'il vienne au monde, le prêtre est en révolte contre les lois de la nature et contre la sagesse de Dieu, quand il dit qu'il peut pardonner les péchés ou qu'il est chargé par Dieu d'annoncer le pardon à ceux qui croient, comme cela se fait dans tant d'Eglises.

La grande erreur où sont tombées toutes les Eglises, spécialement l'Eglise catholique, c'est de croire que le pardon de nos péchés suffit pour nous procurer l'entrée du ciel. Le pardon de nos péchés ne nous sert que pour ce monde, pas au delà. Pour entrer dans un monde supérieur, il faut recevoir la substance qui appartient à ce monde -là ; ce qui est un don indépendant de celui du pardon des péchés. Ceux qui n'ont pas reçu le don de la substance divine, ou le SaintrEsprit, recommencent à pécher dans l'autre monde et le pardon qu'ils ont obtenu pour celui-ci ne leur sert plus à rien. Le Seigneur nous dit que tous les péchés terrestres se pardonnent, mais non le péché contre le Saint-Esprit, parce que les premiers appartiennent à la terre, tandis que le second appartient au monde spi-

rituel et que le sacrifice de Christ ne s'y étend pas. C'est ce qui nous paraît ressortir des lois générales de la nature.

Les hommes croient que s'ils participent à une guerre injuste ils ne sont pas coupables, parce qu'ils y ont été forcés par l'autorité de leur pays. De môme ils se croient innocents s'ils prêtent la main à un acte tyrannique de leur gouvernement. Que nous enseigne l'analogie à cet égard? Si deux hommes se réunissent pour piller une maison, tous deux sont coupables devant la loi humaine, comme si chacun avait commis ce vol isolément. La culpabilité ne se partage pas, et n'est point diminuée par le nombre des complices, La justice n'inflige pas à chacun de ces deux coupables une moindre punition que s'il n'y en avait eu qu'un seul. Dans ce cas chaque individu est considéré comme aussi responsable que s'il avait été seul ; le nombre des associés ne diminue pas la grandeur de leur faute. Il en est de même pour 3, 4, 1000, 10,000 ou 100,000 voleurs : chacun est punissable devant la justice humaine et divine comme s'il avait été seul.

Si cent mille soldats participent à une guerre injuste, chacun est coupable devant Dieu comme s'il avait commis à lui seul tous les meurtres et tous les dégâts faits en pays ennemi. Qu'il ait été forcé par son gouvernement, ce n'est pas une excuse devant Dieu ; il ne doit pas obéir à l'homme plutôt qu'à Dieu, qui a dit : « Tu ne tueras point. Tu ne déroberas point. > Il en est de même pour tout employé d'un gouvernement, depuis le plus haut fonctionnaire jusqu'au dernier gendarme et au plus insignifiant geôlier. Chaque homme est responsable de toutes les actions auxquelles il participe comme employé du gouvernement. Or, comme aucun gouvernement ne peut être chrétien, il sera difficile pour les employés de l'être.

Toutes les erreurs des peuples japhétiques se résument en un mot : matérialisme. L'adoration de la matière est dans leur chair et leur sang. C'est une seconde nature ; ils sont, pour ainsi dire^ matérialistes nés. Tous ils vouent à la substance matérielle, à sa possession, à l'or et à l'argent, un vrai culte. Les plus ignorants du peuple s'agenouillent devant des idoles, des images, des reliques, des croix, du pain, du vin, des hosties ou devant leurs semblables. Ceux qui se croient plus intelligents s'inclinent et se découvrent devant l'objet de leur convoitise et de leur adoration. Ils témoignent par là qu'ils en reconnaissent l'autorité et la loi. Celui qui possède beaucoup de

substance matérielle est partout honoré, on le salue dans les rues, on lui parle avec respect, on Técoute avec déférence et on lui dit : < Assieds-toi ici honorablement. > Celui qui n'en possède pas est méprisé, nul ne le salue ni ne Técoute, nul ne l'honore ; les meilleurs d'entre les Japhélites croient faire beaucoup s'ils lui accordent en passant un signe de tête familier. S'il entre dans une assemblée, on lui assigne la place la moins honorable. Cette différence que Ton fait entre le riche et le pauvre n'est due qu'à l'honneur qu'on rend à la substance matérielle. C'est elle qui fait l'homme et constitue sa valeur; la matière est l'idole que la grande masse des hommes adorent. Existe-il un seul être sur la terre qui ne brûle de l'encens sur l'autel deMammon, qui ne fasse absolument aucune différence entre le prince, le riche, le puissant et le pauvre, et qui rende à chacun le même degré d'honneur ?

Le culte rendu aux richesses étant une idolâtrie, saint Jacques condamne la différence qu'on fait entre le pauvre et le riche comme une mauvaise pensée etcomme le fruit d'un jugement inique. « Ecoutez, dit-il. Dieu n'a-t-il pas élu les pauvres de ce monde, riches en foi et héritiers du royaume qu'il a promis à ceux qui l'aiment? Mais vous, vous avez déshonoré le pauvre. Ne sont-ce pas les riches qui vous oppriment et qui blasphèment le beau nom invoqué sur vous? Si vous accomplissez la loi royale, selon l'Ecriture : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », vous faites bien; mais si vous avez égard à l'apparence des personnes, vous commettez un péché. > (Jacq. II, 4, 5.)

Ainsi la différence que les hommes font entre celui qui possède et celui qui ne possède pas est une insulte à Dieu, un mépris de l'esprit et des choses spirituelles, une adoration de la matière. Désirer des richesses afin d'être considéré, cela montre que nous estimons la matière plus que l'esprit, et l'honneur qui vient d'hommes insensés plus que la gloire qui vient de Dieu.

L'honneur qu'on offre aux princes et aux rois n'est rendu qu'à la substance matérielle, parce qu'ils sont censés posséder plus que tous les autres hommes de leur pays, et qu'ils peuvent le plus facilement ajouter à ce qu'ils possèdent déjà la substance de leurs frères et en user selon leur volonté. Beaucoup de gens s'imaginent qu'Us pourraient faire du bien s'ils

avaient de l'argent. Considérer ainsi le bien comme lié à la matière, voilà une idée purement japhétique. Ce n'est pas faire du bien que de donner un petit morceau de notre veau d'or. Le bien ne se mesure pas par le poids ; il est le fruit des sentiments moraux. Quand Christ regardait comment on donnait l'argent dans le tronc (Marc XII, 21), il vit une pauvre veuve qui y jetait deux pites, et il fit observer à ses disciples que cette femme avait plus mis que tous les autres ensemble. Ce n'est pas une métamophore, comme on pourrait le penser, mais une vérité mathématique, difficile à comprendre pour un Japhétite. L'influence de la pite de la veuve dure encore, tandis que tout l'argent des riches, qui ont donné en même temps qu'elle, a disparu depuis longtemps. Chez les Japhétites toute différence de rang ne tient absolument qu'à la substance. Ce qui fait le maitre et le valet, le noble et le roturier, le seigneur et le serf, c'est la différence de possession et dans l'origine l'inégalité des forces, le plus fort ayant subjugué le plus faible et l'ayant forcé de devenir son esclave. Conservateurs ou radicaux, aristocrates ou révolutionnaires, tous reconnaissent également la loi du matérialisme ou de la possession. L'un veut retenir ce qu'il a accumulé, l'autre veut le lui arracher; la dispute a pour unique sujet la possession, et dans ce combat les pauvres montrent plus de zèle et d'ardeur à conquérir que les riches n'en montrent à conserver. La victoire ne sera pas longtemps douteuse, puis les vainqueurs feront le même usage de leurs possessions que ceux qui les ont précédés.

Ainsi dans chaque pays la politique intérieure des partis ne tourne qu'autour de la possession et la politique extérieure n'a pas d'autre but. Comment en serait-il autrement chez une race dont les institutions sociales et politiques dépendent de la jouissance de la matière? Toutes ses idées sont imprégnées de matérialisme, tous ses sentiments en sont saturés. La matière compose sa chair et son sang, elle est la base absolue de l'ordre dans l'organisation de l'Etat. On inculque ces sentiments à l'enfant au berceau, et la vieillesse en mourant les recommande à la jeunesse. Bien des voix se sont élevées pour combattre ces erreurs ; Dieu n'a jamais laissé la vérité complètement s'éteindre ; moralistes, philosophes et chrétiens ont parlé tour à tour. Mais on ne les a pas écoutés.

L'homme matériel ne peut apprécier que la matière. Sa religion ne sera autre chose qu'une adoration plus ou moins

subtile de la matière et de rhomme. Pour lui, la matière se transforme en esprit et un acte matériel aura de Tinfluence pour le monde spirituel. Il s'imagine, par exemple, que de se baigner dans une rivière effacera ses pécbés, que de manger un morceau de pain béni par un prêtre lui permettra de recevoir Dieu, ou que, s'il verse sur un enfant un peu d'eau accompagnée de quelques paroles, il lui ouvre les portes du royaume céleste.

Ainsi toutes les idées qui se rapportent à un autre monde sont plus ou moins colorées de matérialisme. Japhet est matérialiste, matérialiste jusqu'au fond de Tâme, matérialiste dans ses convictions, ses pensées, ses sentiments ; il est né et a été élevé sous cette influence, car il est destiné à être les muscles de l'humanité, à ne travailler et à ne manier que la matière ; il adore et divinise son propre ouvrage. La pensée n'est pas son domaine, elle appartient à son frère Sem, et il considère comme impie tout essai de l'aborder. C'est l'instinct que Dieu lui a donné, instinct correspondant à sa nature et à sa destination de ne faire qu'un ouvrage terrestre. C'est le sort qu'il s'est choisi ; toutefois Dieu dirige son travail pour le développement général de l'humanité.

Les erreurs de l'homme ne sont pas un effet du hasard ; il ne les choisit pas à l'aventure ; c'est son instinct qui le pousse à les accepter, absolument comme l'instinct pousse un animal à prendre la nourriture qui lui convient. Il n'appartient pas à l'homme de décider quels symptômes son corps manifestera quand une maladie se déclare ; il n'est pas davantage en son pouvoir de décider quelles erreurs il acceptera quand il est moralement malade. L'instinct de chacun le pousse à choisir le genre d'erreur qui convient le mieux à son état et qui trahit sa nature. Il ne peut faire autrement; son intelligence est liée comme celle de l'animal. C'est ainsi que les esprits se trahissent involontairement devant celui qui a acquis quelque connaissance de la diagnostique de l'âme. C'est là une des perfections des institutions divines. Il n'y a eu qu'un seul homme qui ait eu une parfaite liberté de pensée : c'est Christ. Tous les autres sont plus ou moins aveugles, selon leur état moral.

Nous le répétons, l'erreur est toujours une suite de la maladie de l'âme et se modifie avec elle; elle en est le symptôme extérieur, et l'on trouve chez l'une et l'autre les mêmes rela-

tiens de cause et d'effet que dans une question de mathématiques. Les problèmes à résoudre dans ce domaine ne sont pas faciles, nous l'avouons. Ils demandent une profonde analyse de rame, mais ils ne sont pas plus inaccessibles à Tintelligence humaine que les autres sciences terrestres. Car il n'existe rien dans ce monde qui, étant capable de réveiller la curiosité de l'homme, ne reçoive une réponse. Tout ce qui a des lois peut être découvert, calculé et prédit. S'il y avait sur la terre quelque chose de caché pour celui qui est l'image de Dieu, il y aurait également dans le ciel quelque chose de caché pour Dieu, ce qui est impossible. Mais rappelons-nous que Dieu respecte la liberté de l'homme ; il ne lui impose pas la connaissance contre sa volonté. Or l'homme ne veut pas connaître ; son ignorance est volontaire.

Du reste, ne l'oublions pas, rien de ce que l'homme fait ne se perd, pas même le mensonge, le péché et la superstition dont il est coupable. Dieu sait aussi bien employer ce fumier moral, dans le domaine moral, qu'un laboureur emploie le fumier terrestre pour ses champs. Si dans le monde supérieiu* le fumier ne se produisait pas de lui-môme, Dieu eût été dans la nécessité de construire notre monde de telle sorte qu'il ne s'y produisit aucun fumier; car le visible doit toujours rester l'image de l'invisible. Comprenons donc que même le matérialisme japhétique n'est pas une chose tout à fait perdue : il doit servir entre autres à faire voir que dans le monde invisible la possession des biens célestes produira une distinction de rangs comme la possession des biens terrestres en produit sur la terre. Les lois de notre économie font connaître celles de l'autre, et la stupidité des uns enseignei'a la sagesse aux autres.

Avant de quitter le triste chapitre des erreurs humaines, nous remarquerons qu'outre la perversité naturelle du cœur, l'iiyustice qui s'attache à toutes les Eglises d'Etat est la principale source de l'incrédulité de notre époque, ainsi que du mépris manifesté pour la parole de Dieu. Le public ignorant identifie la Bible avec la caste des prêtres. Les prêtres se disent élus de Dieu et installés dans leur emploi par Dieu, tandis qu'ils sont élus par les hommes et installés dans des emplois créés par les hommes. Ils s'appuient sur la Bible pour exercer leur autorité, pour enseigner des choses de leur invention qui sont contre tout bon sens, puis ils cherchent à justifier leurs assertions par une fausse application de la parole divine. Or

le peuple qui est sans intérêt pour les choses de Dieu, ne se donne pas la peine de véritier si la manière dont les prêtres interprètent en leur faveur le texte divin est conforme à la vérité. Les prêtres font naturellement tous leurs efforts pour empêcher une pareille étude. Us emploient tour à tour les menaces, puis les promesses pour dissuader les gens de penser, ; Vous ne sauriez, disent-ils au peuple, interpréter sainement la Bible ; il vous faut accepter aveuglément notre interprétation. Nous nous chargeons de toute responsabilité. Si vous ne le faites, vous êtes des damnés hérétiques qu'il faut extirper et que nous exclurons à tout jamais du ciel. Celui qui doute de notre interprétation est perdu dans ce monde et dans Tautre; tandis que celui qui nous croit sera sauvé, nous Tabsoudrons de ses péchés et lui procurerons une bonne place au ciel, où nous serons encore les maîtres. »

I^ plupart des hommes instruits se révoltent contre ces prétentions, et disent : « Puisque les prêtres mentent et s'appuient sur la Bible, celle-ci doit être un tissu de mensonges. > Ils admettent d'un côté que les prêtres se trompent et de l'autre qu'ils disent la vérité ; mais ils ne se donneraient pas la moindre peinepour examiner la question, parce qu'en vrais Japhétiques ils sont sans intérêt pour les choses divines. C'est ainsi que les Eglises d'Etat, spécialement l'Eglise grecque et l'Kglise catholique, sont la cause ostensible du mépris des hommes instruits . pour le texte de la Bible ; nous disons « ostensible », car en réalité ils repoussent la connaissance. L'autorité des prêtres catholiques est fondée uniquement sur la force, car les peuples ont persécuté et mis à mort ceux qui s'élevaient contre le clergé et prêchaient la liberté de conscience ; ils se sont donc imposés volontairement cet esclavage, ils en sont responsables et en porteront la peine. Des faits anîilogues, mais sur une échelle plus petite, se répètent dans l'Kglise anglicane, qui est semicatholique. Ils ont même leurs retentissements dans diverses Eglises d'Etat protestantes, toutefois à un degré bien moindre.

Ce que nous avons dit contre les Eglises d'Etat, et spécialement contre la caste des prêtres, n'implique en aucune façon que ces derniers soient déshonnêtes ou plus coupables que le reste des hommes. Leur responsabilité est partagée par toute la nation; car ils ne font que répéter ce qu'on leur a enseigné, et ce qu'on leur a enseigné est l'expression du niveau moral auquel le peuple se tient. Dans la caste des prêtres il y en a de

bons et de mauvais, comme dans tous les autres métiers, mais l'élévation personnelle de quelques individus imbus de leurs principes ne suffit pas pour tirer toute une nation de son erreur. Ils errent parce que tous errent ; et, tirant un avantage de cette erreur, ils la retiennent avec plus de ténacité que ceux qui n'en sentent que le désavantage.

Toutes les Eglises d*Etat ont adopté certaines formules dogmatiques auxquelles elles sont liées. Plus ou moins, selon leur degré de lumière, elles demandent que les hommes croient aveuglément à leur enseignement et elles prétendent que c'est là la volonté de Dieu et le fondement de la foi. — C'est une grave erreur, qui ne peut être reçue que par ceux qui veulent être trompés. Ces mêmes gens savent bien user de leur intelligence quand il s'agit des choses de ce monde ; pourquoi ne le font-ils pas pour les choses divines? Si un maître d'école enseignait des choses qu'il ne comprend pas, et si, quand les enfants lui feraient des questions embarrassantes, il répondait : < Vos parents veulent que vous me croyiez sans comprendre, car c'est un pédhé de vouloir comprendre ce que je dis , » souffrirait-on un pareil maître ? Certainement non ! Et pourtant les hommes le font pour leurs maîtres spirituels. Ils chassent ceux qui enseignent qu'il faut comprendre, et ils conservent ceux qui leur disent qu'il ne faut pas comprendre, mais qu'on doit accepter aveuglément la foi qu'ils prêchent. C'est à eux que s'applique cette parole du Christ: « Hypocrites! vous savez distinguer les choses terrestres ; pourquoi ne distinguez-vous pas aussi les choses célestes ? » Et ailleurs : « Pourquoi ne reconnaissez- vous pas par vous-mêmes la vérité ? > Ce ne sont pas là les enseignements des Eglises d'Etat et de l'orthodoxie. Si Christ venait aujourd'hui enseigner parmi nous, pas une Eglise d'Etat ne lui ouvrirait sa chaire; on le considérerait comme un ennemi de la vérité et on le chasserait du temple. On lui reprocherait de n'être pas consacré, de n'avoir pas fait ses examens, de ne pas prêcher les dogmes, et on l'accuserait de matérialisme. Heureusement le pouvoir des Eglises d'Etat diminue de jour en jour et leur chute est prochaine. Ce sera l'aurore d'une nouvelle époque, où régnera la liberté de pensée.

L'orthodoxie sur laquelle les Eglises d'Etat s'appuient est une chimère; elle ne représente que la somme des erreurs d'un peuple ; elle est une adoration de l'homme. Aucun orthodoxe ne saurait être dans la vérité; car la somme des vérités allant en

€U. Xn. ANALYSE DE DIVERSES ERREURS SS7

augmentant, ceux qui ne progressent pas peuvent seuls être orthodoxes. Le bon père de famille dont parle Christ (Matth. XIII, 52) tire de son trésor des choses vieilles et des choses nouvelles, il ne saurait donc être orthodoxe; du moment où il donne des choses nouvelles, il ne Test plus. Pour être orthodoxe, il ne faut tirer de son trésor que des choses vieilles.

La différence entre les Ëiglises grecque et catholique et les Eglises d'Etat protestantes, c'est que les premières sont plus conséquentes dans leurs erreurs que les secondes. Chez les premières, tout est mystère, c'est-à-dire ténèbres, l'intelligence est sévèrement bannie. Chez les secondes, une partie seulement de leurs croyances est mystère et ténèbres, une autre partie est lumière ; et on permet à la raison de se montrer par ci par là. «C'est précisément l'inconséquence; ou la raison est bonne, et il faut lui laisser une liberté entière, ou elle est mauvaise, et il faut la bannir comme chez les catholiques. Les mystères et les ténèbres ne peuvent supporter la lumière , ils disparaissent là où entre celle-ci. Aussi celui qui est dans la lumière ne peut enseigner des mystères ; les mystères ne s'attachent qu'aux ténèbres et en trahissent la présence. Mystère est le nom de l'Antéchrist et de la fausse Eglise ; mais les hypocrites disent que la lumière enseigne des mystères et les ténèbres la connaissance, et ils en concluent que ceux qui enseignent des mystères sont dans la vérité.

L'injustice des Eglises d'Etat est partout visible. Elles emploient la police pour forcer ceux qui ne croient pas à leurs dogmes à contribuer à leur entretien. Ainsi en Irlande il y a des communes catholiques qui sont forcées de salarier un pasteur anglican, lors même que la totalité de la population est catholique. Une telle injustice n'a pas de nom et imprime aux Eglises qui tolèrent une pareille chose une tache indélébile. De la part d'une Eglise protestante, une pareille conduite est mille fois pire que de la part d'une Eglise catholique. En Angleterre, une bonne partie de la population est dissidente; néanmoins on prélève sur elle les taxes nécessaires pour subvenir à l'entretien d'une Eglise opulente et oisive. Aucune Eglise réellement chrétienne ne saurait consentir à prélever sur des incrédules ou des gens qui pensent différemment les fonds nécessaires pour son maintien. Ainsi aucune Eglise d'Etat ne peut, comme telle, être d'un christianisme vivant. Il y a bon espoir que l'Eglise anglicane sera bientôt abolie en Ir-

lande ; ^) il faut espérer que dans la mère-patrie elle subira le même sort, ce ne sera qu'une juste rétribution pour son orgueil et ses oppressions.

Toute institution qui ne laisse pas à chacun une entière liberté sociale de professer la foi vers laquelle il se sent attiré est ennemie de la vérité ; car elle force les hommes à être hypocrites. De telles restrictions sont, par exemple, la nécessité de présenter un certificat de baptême, de communion ou de con-> fession pour obtenir les papiers nécessaires à un mariage, un permis de séjour ou un emploi. La coutume qui force les jeunes gens à communier avant d*être reçus dans le monde est aussi inique qulmpie. Un incrédule qui a le courage de confesser son incrédulité et qui refuse de participer à des actes témoignant d'une foi qu'il ne peut partager est bien plus respectable et agit plus dans l'esprit du christianisme que ces milliers d'êtres qui participent à des dévotions chrétiennes seulement parce que l'usage le demande. Ils sont même supérieurs en christianisme à ces soi-disant chrétiens qui veulent forcer les autres hommes à faire les hypocrites, en leur imposant par la force ou par des promesses la confession d'une foi qu'ils ne partagent pas. Que tous les gens de conscience se réveillent, qu'ils souffrent pour la vérité ! Qu'ils abolissent toute pression religieuse, toute Eglise d'Etat, et qu'ils ne justifient plus le mal par leur exemple et leur conduite '

Le lecteur se demandera peu^ôtre de quel droit nous avons appelé erreurs des opi/iions si généralement répandues, et mal des institutions si anciennes. Pourquoi serions-nous plutôt dans la vérité que tous les autres chrétiens ou philosophes? Car, se dit-on, chacun pense, comme vous, qu'il a raison et que les autres ont tort. Pourquoi soumettrions-nous notre intelligence à la vôtre et pourquoi en sauriez- vous plus que nous ? C'est la constante objection qu'on nous fait, et si on ne se prononce pas de la sorte, c'est du moins le fond de la pensée. Nous répondons en premier lieu : Beaucoup de vérités que nous avançons ont déjà été dites avant nous, mais on n y a fait aucune attention. Jamais une vérité spirituelle de quelque importance n'est reçue tout de suite, il faut qu'elle travaille un certain temps avant d'être acceptée. Et plus elle est grande et profonde, plus elle demande de temps pour germer et porter son fruit. En se-

*) Cette réforme a eu lieu. Edit.

€ond lieu, dans tout ce que nous avançons, nous n*avons jamais fait appel à la crédulité, et nous ne demandons pas que quelqu'un soumette son intelligence à la nôtre, mais seulement ^u'il se donne la peine d'examiner nos assertions. Nous nous appuyons sur des lois matérielles, simples, claires, dont chacun peut constater la réalité. Ces lois une fois constatées, les déductions en sont évidentes; chaque enfant peut les tirer. Que celui qui ne serait pas convaincu essaye de donner quelque chose d'autre ou de montrer notre erreur. La logique sur laquelle il s'appuiera, les résultats qu'il donnera seront la mesure de la valeur de son raisonnement. Ainsi toutes les discussions théologiques sont ramenées à des lois matérielles, visibles, palpables, à la portée de tout le monde ; l'analogie décidera toujours qui a raison et terminera promptement les discussions.

C'est donc aux œuvres de Dieu que nous faisons appel comme autorité, et non à notre intelligence ; c'est à elles que nous demandons qu'on se soumette, non à notre personne. Chacun doit examiner les lois de l'analogie et chacun est responsable de ce qu'il croit; qu'il adopte notre manière de voir ou celle d'un autre, il aura à en rendre compte. Car les connaissances spirituelles de chaque personne dépendent de son état moral. Par connaissances spirituelles il ne faut pas entendre les études théologiques qu'on fait à l'université; celles-ci n'ont rien de commun avec les connaissances morales que Dieu demande de l'homme.

Nous nous présentons devant le lecteur comme un homme auquel il est venu une nouvelle idée et qui la communique à ses semblables en les priant d'en examiner la valeur. Nous repoussons avec horreur la pensée qu'on accepte aveuglément ce que nous disons ; nous ne demandons pas de la crédulité, mais un travail intellectuel semblable à celui qui rend l'élève indépendant de son maître et qui le met à même de le dépasser. Celui-là seul qui est dans le vrai, sentant qu'il peut expliquer logiquement ce qu'il enseigne , demandera qu'on examine la vérité de ce qu'il dit. Celui au contraire qui se sent instinctivement dans le faux fera appel à la foi, non à l'intelligence des autres. Que ceux qui s'intéressent aux choses spirituelles s'assurent si nous avons la connaissance ; qu'ils lisent, qu'ils réfléchissent à ce que nous disons ; et si ce volume ne leur suffit pas, qu'ils nous questionnent plus spécialement pour s'assurer si nous sommes à même d'expliquer ce qui paraissait jusqu'ici

inexplicable. C*est sur la force de la logique que nous nous appuyons, et c'est en son nom que nous signalons comme erreurs tant de croyances généralement adoptées. Que les orthodoxes nous pardonnent, s'ils le peuvent, mais nous ne pouvons nous taire ; qu'ils nous réfutent et montrent par la nature que nous avons tort.

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