DIEU OBSERVE LUI-MÊME LES LOIS QU'IL A IMPOSÉES A SES CRÉATURES
Le Père oélvte aime tes enltats oomme 1
« Soyez parfaits, comme votre Père qui est dans les cieux est parfait » : cette parole retentit au fond du cœur de tous les enfants de Dieu. Oui, soyez parfaits, saints, justes, charitables, doux et humbles comme notre Seigneur Jésus; telle est la recommandation constante des apôtres. Mais pour que cette parole ait une valeur quelconque, il faut que Dieu agisse comme un homme parfait, car nous ne saurions agir qu'à la façon humaine, ni imiter une manière de faire que nous ne concevrions pas. Nous ne saurions non plus juger contrairement à ce qui est juste, bon et sensé sur la terre, sans insulter aux lois que Dieu a établies dans la nature comme bases de notre raison. L'homme ne saurait être double : il ne peut pas avoir deux mesures de vice et de vertu, de mensonge et de vérité. Il faut donc qu'il applique aux choses et aux êtres célestes les notions de vérité et de justice qu'il a acquises sur cette terre. Il n'a absolument pas le choix, il ne peut en agir autrement sans renoncer à sa raison. Si donc la Bible recommande aux hommes d'être semblables à Dieu, elle doit admettre que Dieu n'agit pas autrement que ne le ferait un 'homme innocent et saint, et de plus que les pensées et les devoirs de Dieu ne sont pas différents au ciel de ceux d'un homme parfait sur la terre. — Se fondant sur ce principe simple et clair, Christ a pu dire (Jean XIV, 9): -« Celui qui m'a vu a vu Dieu. » Cette assertion serait fausse, si Christ n'était pas sur la terre l'image de ce qu'est Dieu au
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ciel, sll n'était pas guidé sur la terre absolument par les mêmes eoDsidérations qui guidant Dieu au ciel. Dieu agit donc au cîel à la façon humaine, sauf le péché.
Ainsi Dieu n'a pu imposer à Thomme, qui est son image, d'autres lois que celles qu'il observe lui-môme. S'il n'en était pas ainsi, l'homme ne serait pas un reflet de son Dieu; il ne pourrait jamais comprendre ni ses pensées, ni ses sentiments, ni ses actions, encore moins suivre son exemple. Ce n'est donc pds une faute de croire que l'homme est à l'image de Dieu, mais bien d'admettre que Dieu est pécheur comme l'homme. Or c'est ce qu'ont fait toutes les religions, depuis celles des Grecs, dont les dieux étaient des monstres, jusqu'aux Eglises d'Etat attribuant à Dieu une manière d'agir qui serait dégradante pour un homme.
Le premier et le plus important des commandements donnés aux hommes est le suivant : « Ecoute, Israël, tu aimeras l'Eternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. Le second, qui lui est semblable, est : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Or Dieu ne demande pas plus qu'il ne donne ; s'il a commandé aux hommes de l'aimer de tout leur cœur, de toute leur âme et de toute leur pensée, c'est parce qu'il les aime ainsi. Nous voyons aussi que les parents aiment leurs enfants plus que les enfants n'aiment leurs parents. La douleur d'une mère à la mort de son jeune enfant est incomparablement plus grande que celle de l'enfant à la mort de sa mère. Ainsi l'amour de Dieu pour nous est infiniment plus grand que celui qu'il réclame de nous, et à plus forte raison que celui que nous lui accordons. Christ nous aime comme il a été aimé de son Père. Etant devenu homme, il est devenu notre prochain et il a accompli la loi qui dit : « Tu aimeras ton prochain comme toimême. » Que cet amour glorieux, insondable, puisse trouver des cœurs reconnaissants 1
Dans la nouvelle alliance, il est ordonné qu'un homme n'ait qu'une épouse. C'est une figure qui nous enseigne que Christ n'aura qu'une Eglise, et que cette Eglise ne se composera que d'un seul sang et d'une seule chair. Ainsi il ne peut exister dans les autres astres des êtres comme nous, car sans cela il faudrait qu'ils fussent sauvés comme nous, et Christ aurait ainsi plusieurs Eglises, c'est*à-dire plusieurs épouses, ce qui serait contraire à sa loi.
Christ recommande de ne pas se venger, de ne pas résister. C'est aussi ce qu*il fait; il ne résiste pas à ceux qui s'arrogent l'honneur qui lui app?irtient, qui, par exemple, s'attribuent le bien que leur conscience leur dit de faire ; il ne se venge pas non plus de notre ingratitude et de notre injustice.
Christ a recommandé de donner tous ses biens aux pauvre?^, et il le fait lui-môme. Ainsi il donne à ses élus son ciel, sa sagesse, sa position, ses trésors, sa puissance, sa gloire, son amour, son nom et même sa justice. Or sa justice est la dernière chose qu'un homme cède; car quel est l'homme qui abandonne de plein gré à quelqu'un d'autre l'honneur et le mérite qui lui sont dûs? Et où est l'homme qui ne cherche pas à augmenter son mérite plutôt qu'à le diminuer? Mais tel est le tendre amour et la profonde humilité de Christ, qu'il cherche à diminuer son mérite autant que possible pour augmenter celui de ses frères. Il dit à ses disciples : « Je vous donne ma gloire »; or, pour posséder la gloire de Christ, il faut premièrement que nous acquerrions son mérite, qui seul peut nous procurer sa gloire ; sans cette condition nous la posséderions illégalement.
Dieu veut que l'homme soit juste, parce que lui-même exerce la justice. La justice de Di^u ne demande pas qu'il se venge des injures qu'il aura reçues, car justice et vengeance sont deux choses différentes: ces idées ne sont identiques que pour les gouvernants. La justice demande simplement que le Tout- Puissant empêche le fort de tyranniser le faible, le savant d'abuser de l'ignorant et l'homme intelligent de celui qui est simple. Dieu ne prend aucun plaisir à la souffrance de ses créatures, et n'exercera d'autre justice contre les méchants que de les empêcher de tourmenter les bons.
Néanmoins les méchants ne peuvent goûter aucun bonheur, aucune paix; car là où il n'y a pas d'amour et de reconnaissance, il n'y a point de contentement ni de repos. Or, comme Dieu ne peut forcer aucun homme à l'aimer et à être reconnaissant, ou à s'attacher à la justice et à haïr l'iniquité, il n'est pas en son pouvoir de rendre les méchants heureux. Dans l'autre monde, chacun aura la mesure de bonheur et de joie dont il sera capable, et cette mesure dépendra de ses facultés morales. Il y aura ainsi différents degrés de malheur, selon la perversité des divers individus.
Il est dit : « Ne portez pas un faux témoignage ; » et Dieu ne porte jamais de faux témoignage, il est la vérité même. Donc
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son œuvre et sa parole sont des vérités mathématiques, et non des vérités voilées sous un manteau poétique, comme beaucoup de gens se Timaginent,
D est aussi dit que l'enfant doit honorer ses parents. Christ observe cette loi, car il honore son Père et fait sa volonté. Dieu remplit auprès de ses enfants les mêmes devoirs qu'un père terrestre auprès des siens. Dieu a créé les relations terrestres de père et de fils afin qu'elles fussent l'image de sa position à l'égard des chrétiens.
Dieu nous recommande encore d'être humbles, de nous met* tre à la dernière place , d'élever nos frères au-dessus de nous, AU lieu de chercher à nous élever au-dessus d'eux. Nous devons faire ces choses parce que Dieu les a faites à notre égard. Ainsi l'Etemel tout-puissant, le Saint des saints, le Roi des rois, est l'être le plus humble qui existe ; il s'est abaissé le plus profondément possible au-dessous de toutes ses créatures. Aucun ^tre ne s'estime aussi peu que Dieu, aucun ne s'abaisse audessous de ses frères autant que Dieu le fait à notre égard, aucun n'honore Dieu autant que Dieu honore l'homme. Christ l'humble des humbles, le doux, le charitable, le généreux par excellence, a donné tous ses biens et même sa vie pour nous sauver et nous enrichir. Pourquoi y a-t-il tant d'hommes qui méconnaissent un amour et une humilité si sublimes? Parce qu'étant eux-mêmes dénués de tout sentiment analogue ils ne peuvent en concevoir l'existence chez un autre être, soit homme, soit Dieu; car nous ne pouvons comprendre ce que nous ne sentons pas.
Dieu s'appelle l'alpha et Toméga, le premier et le dernier ; <5e qui veut dire qu'il est le plus grand et le plus petit, le plus puissant et le plus faible, le plus honoré et le plus méprisé, le plus indépendant et le moins indépendant. Christ est placé au ^iel à la droite de Dieu et couvert de gloire; mais il y est aussi chaussé et ceint comme un serviteur, servant ses élus qui sont assis à table, tandis qu'il se tient debout derrière eux. Dans l'Apocalypse, il est dit que les anciens se jettent la face contre terre devant Christ, mais il se présente à eux comme un pauvre agneau mis à mort. Cette forme indique qu'il s'est abaissé au-dessous des hommesjusqu'à prendre le rang d'animal. Puissions-nous imiter une humilité d'une profondeur telle que l'homme n'en a pas eu la moindre conception!
Cet exemple d'humilité n'est ni suivi ni compris par le monde.
Les grande et les puissants de cette terre cherchent toujours à augmenter leur grandeur et leur puissance, mais aussi ce monde est sous la domination du Prince des ténèbres qui pousse ses enfants au mal. Les hommes honorent ceux qui ajoutent des provinces à leurs empires, qui gagnent des batailles, qui connaissent Tart de tuer en grand, d'écraser toute opposition, et qui savent tirer des peuples le plus d'impôts pour payer les frais d'une politique inique. Mais cela ne durera pas éternellement, car toutes les puissances de cette terre tomberont devant rOint de l'Eternel.
Cette opposition entre le règne de ce monde et le règne de Dieu se fait sentir dans toute sa force chez le peuple juif dans bon état actuel. Il attend un Messie qui serait l'incarnation du mal, un vrai prince de ce monde qui, semblable aux conquérants ordinaires, fonderait un empire terrestre sur la ruine des autres nations, leur donnerait une gloire et une prospérité toutes matérielles. C'est du matérialisme de la part des Juifs. Us ne peuvent accepter un Messie spirituel, un Sauveur doux et humble, l'incarnation du bien et de la vertu, parce qu'ils ne connaissent pas encore ces sentiments.
Quand le Seigneur dit de lui-même qu'il est la lumière, la porte et le chemin, il se place au-dessous des hommes, car la lumière est moins que celui qu'elle éclaire, la porte moins que celui qui y entre, et le chemin moins que celui qui le foule de ses pieds. Ainsi, dans ces nombreuses images, Christ s'est abaissé au-dessous de l'homme et il se sacrifie pour ceux qu'il aime. Suivons son exemple divin, afin de lui être semblables et de l'honorer à son tour comme, il le mérite.
Ceux qui annoncent l'Evangile parlent constamment de l'amour de Dieu, mais ils négligent de parler de son humilité, qui est plus admirable encore. On connaît beaucoup d'hommes qui se sont sacrifiés et se sacrifient pour acquérir des richesses passagères, des maisons et des champs, ou par amour pour une femme, pour leurs enfants, pour leur pays ou pour la vérité ; mais nul ne s'est sacrifié par humilité, afin d'élever les autres au-<lessu8 de soi. Un être vicieux a encore des êtres et des choses qu'il aime, mais il n'y a pas trace d'humilité chez lui. Les animaux mêmes peuvent mourir par amour et se sacrifient quelquefois pour leurs petits ou pour d'autres animaux, mais le sentiment de l'humilité leur est complètement inconnu. Ainsi rhumilité est plus que Tamour, et un Dieu humble est plua
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qu'un Diea qui aime. L'humilité impose de plus grands sacrifices que Tamour ; elle donne sans rien attendre en échange, tandis que l'amour s'attend à l'amour.
Un Dieu dépourvu d'humilité nous eût aimés comme nous pouvons aimer un animal ; sans humilité, aucune intimité n'eût pu exister entre le Créateur et ses créatures. Beaucoup d'hommes conçoivent que Dieu aime; mais qu'il puisse s'humilier au point de s'abaisser au-dessous d'eux, c'est ce qu'ils ne comprennent pas. Que ceux qui le sentent cherchent à imiter cet exemple, car l'humilité seule peut engendrer l'humilité. Soyons humbles comme notre Seigneur a été humble, alors nous serons semblables à Christ et nous propagerons son règne.
Ce que nous venons de dire suffira, nous l'espérons, pour prouver que Dieu observe toutes les lois qu'il a imposées aux hommes. S'y soumettant lui-même, il a commandé à l'homme, créé à son image, de s y soumettre aussi; mais, pour pouvoir le faire, il nous faut voir Dieu, comprendre son langage, connaître sa manière de penser et d'agir.
L'enfant de Dieu doit être un avec lui et se tenir continuellement en sa présence. Mais ceux qui ne voient pas Dieu et ne connaissent pas son langage, comment pourraient-ils suivre son exemple et comprendre ce qu'il dit ?
Ainsi en enseignant qu'on ne peut distinguer l'erreur de la vérité, et qu'il faut accepter la vérité sans la comprendre, on confesse qu'on est dans les ténèbres et qu'on ne voit ni ne comprend Dieu. On fait de la religion une espèce de sorcellerie, où certains dogmes produisent un effet magique, surnaturel, capable de préserver un homme de tout danger. L'effet naturel de l'abrutissement d'une race matérialiste est de croire que la possession du ciel et de Dieu dépend de quelques formules tracées de main d'homme et prèchées par une Eglise d'Etat.