‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 96 sur 130 · CM. XIV. LA SUBSTANCE DIVINE · texte numérisé non relu

CM. XIV. LA SUBSTANCE DIVINE

pour rhomme: car les lois restent toujours identiques, les éléments changeant seuls. 11 ne faut cependant pas oublier que, malgré Tanalogie avec son Créateur, l'homme porte en son corps les conséquences du péché et qu*il n*est qu'une figure passagère.

Il est essentiel, pour ne pas errer dans l'interprétation des types, de se rappeler la différence qui existe entre identité et analogie. Pour prendre un exemple, la substance du corps terrestre occupe une place dans l'espace ; donc la substance du corps de Dieu occupe aussi une place : — voilà ce que nous enseigne l'analogie. Ensuite se pose la question : « Dans quel espace Dieu occupe-t-il une place? > Ce ne peut être dans l'espace terrestre, sans quoi il y aurait non analogie, mais identité absolue entre la substance de Dieu et celle de l'homme.

Si Ton réduit la formule qui s'applique ici à son terme le plus simple, on aura pour résultat: La substance terrestre est à f espace terrestre ce qu'est la substance divine à V espace divin. Or nous savons que, si dans une équation deux termes sont égaux, les deux autres le sont aussi. Si dans cette équation on fait le second et le quatrième terme égaux, en disant que l'espace terrestre est identique à l'espace divin, on est obligé de conclure que la substance terrestre est égale à la substance divine. Cette conclusion étant absurde, les prémisses le sont nécessairement aussi. Donc l'espace qu'occupe le corps de Dieu est seulement analogue, non identique, à l'espace qu'occupe le corps terrestre.

Mais qu'est-ce que cet espace divin ? Ce ne peut être que le royaume de Dieu, c'est-à-dire les âmes de ses enfants, qui, ainsi que nous l'avons vu, forment en premier lieu les molécules du monde spirituel ; passant ensuite par une seconde naissance, elles entrent dans le monde divin et deviennent l'espace divin dans lequel Dieu domine. Ainsi la place que la substance divine occupe dans les âmes est analogue dans ses lois à l'espace qu'occupent les corps terrestres. La présence de cette substance en exclut toute autre, et si sa place était occupée par quelque autre objet, Dieu en serait exclu. Une âme où la place de Dieu serait occupée par un autre être n'appartiendrait plus au royaume divin. En conséquence, l'expression de < royaume de Dieu » ne désigne pas, comme beaucoup de personnes se l'imaginent, une étendue dans l'espace, mais l'assem-

blée des saints, Dieu n'exerçant pas son empire sur des choses mortes, mais sur des êtres vivants K

La forme élémentaire de cet ouvrage nous oblige à passer sous silence beaucoup de questions auxquelles nous aurions aimé à toucher. La nature auguste du sujet que nous traitons dans ce chapitre nous engage aussi à ne pas entrer dans plus de détails ; nous craindrions de n'êti'e pas compris ou d'être mal compris. Nous nous bornerons donc à exposer ce que la simple analogie enseigne.

Après un examen attentif des lois de la nature et de la parole de Dieu, nous sommes arrivé à la conclusion que la substance divine, qui forme le corps de Dieu, n'est autre que le Saint-Esprit. Dieu serait donc composé de Saint-Esprit et d'une âme, comme l'homme est composé d'un corps et d'une âme. Un rapport semblable existe pour Christ : il se compose de Saint- Esprit et d'une âme.

Ce qui distingue le Fils du Père, c'est son âme, non son corps, qui, par analogie avec l'homme, doit être de substance identique avec celui de son Père. Telles que sont la dissemblance et la ressemblance entre un père et un fils terrestres, telles sont aussi la dissemblance et la ressemblance entre le Père céleste et le Fils céleste; la relation terrestre est Texacte image de la réalité divine. Le corps du Fils doit être tiré du corps du Père; la substance du corps est donc identique, puisque Dieu n'a pas créé la substance du Fils, mais l'a prise en luimême. Le Fils au contraire a le pouvoir de créer sa propre âme car Dieu lui a do?mé la puissance d'avoir la vie en luimême (Jean V, 6), c'est-à-dire d'êti'e soi-même l'auteur de son âme.

La substance terrestre étant divisible, il doit en être de même de la substance divine ; non seulement elle occupe une place dans les cœurs des élus, mais chacun peut en recevoir une part plus ou moins grande selon le degré de sa stature divine. Cette substance divine que doit recevoir chaque enfantde Dieu, c'est le don du Saint-Esprit, sans lequel personne ne peut apparte-

*) La distinction entre régner sur respace et régner sur les hommes a été faite à l'occasion du couronnement de Louis-Philippe. Ce monarque a dû prendre le titre de «roi des Français» au lieu de celui de «roi de France»»; le parlement a cru rabaisser par là sa royauté. C'était une singulière erreur, montrant qu'on estimait l'espace de terrain qui se nomme la France plus que tous les Français ensemble. Quel matérialisme I

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