‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 97 sur 130 · CH. XIV. LA SUBSTANCE DIVINE · texte numérisé non relu

CH. XIV. LA SUBSTANCE DIVINE

nir ail inonde divin ou au royaume de Dieu. Nous recevons ce don du Saint-Esprit premièrement de Dieu, qui nous engendre, puis de Christ, qui dans le ciel rompra son corps et donnera à chacun une partie de sa chair. C'est pour figurer ou typifier cette vérité qu'Eve a été formée d'une côte d'Adam. « Ma chair, dit le Seigneur Jésus, est une véritable nourriture et mon sang un véritable breuvage (Jean VI, 55) ; > or la chair dont il parle ici, c'est le Saint-Esprit, c'est le corps qu'il avait comme Dieu et qui est le pain descendu du ciel. La chair terrestre du Sauveur n'est pas descendue du ciel et ne peut être le pain céleste qui nourrit l'âme divine ; cette chair ne pourrait servir tout au plus qu'à nourrir notre corps terrestre, mais elle ne peut avoir aucune influence sur un monde plus élevé. Cette nourriture d'en-haut, ce vrai pain du ciel, pris exclusivement du corps divin de Christ, doit avoir un effet purement divin, et par son moyen la nouvelle âme, ou l'âme divine, doit croître en stature devant Dieu selon les mêmes lois de croissance qui président à la vie terrestre.

La fonction que nous assignons au Saint-Esprit se justifie par l'Ecriture; il est toujours représenté sous une forme matérielle. Dans l'ancienne alliance il est figuré par une lampe, par l'huile qui servait à oindre les prophètes et les rois, dans le Nouveau Testament par un pigeon qui descend sur Christ et par des langues de feu qui se posent sur les apôtres, tandis qu'il n'est jamais donné une image de l'âme de Christ ou de celle de Dieu.

Le sacrifice de l'agneau pascal, type de la mort de Christ, avait été institué en commémoration de la délivrance des Israélites et de leur sortie d'Egypte. Mais, jusqu'à ce jour, ils n'ont vu dans cette institution qu'une cérémonie en souvenir de leur délivrance miraculeuse. Ds ne comprennent pas que, comme ils sont une image de l'Eglise, Dieu répétera en grand pour l'humanité ce qu'il a fait en petit pour son peuple.

Les chrétiens qui ont reçu l'intelligence de la parole divine savent à présent que l'agneau pascal chez les Juifs figurait quelque chose de bien plus excellent que la délivrance d'E~ gypte, dont il devait à la vérité perpétuer le souvenir pour le peuple élu. Il en est de même pour la Sainte-Cène : elle a été instituée en commémoration de la mort de Christ. C'est la seule chose que les chrétiens y voient actuellement; mais ce qu'elle figure pour l'avenir est bien plus grand encore, car elle an-

nonce que le corps spirituel de Christ sera rompu au ciel et qu'il en sera pris une partie pour former l'Eglise. Chaque fidèle est donc destiné à recevoir une portion de cet Esprit et à devenir de la môme chair et du même sang que Christ. Alors toutes les choses spirituelles seront accomplies ; mais jusqu'à ce moment solennel l'image devra subsister.

Ainsi, dans la célébration de la communion, les chrétiens doivent annoncer la mort terrestre du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne accomplir la prophétie que cette image présente, c'està-dire jusqu'à ce qu'il vienne paiiager entre eux une partie du Saint-Esprit dont son corps est composé. L'analogie que présente la communion est celle-ci : comme ce pain que vous prenez est rompu pour nourrir votre corps matériel, de même le corps spirituel de Christ sera rompu pour nourrir votre corps divin. Avant de recevoir cette plénitude des promesses de Christ, nous devons être engendrés de Dieu, ou, ce qui re\'ient au même, recevoir du Père céleste le germe d'une nouvelle vie.

La croyance de beaucoup de chrétiens que le Saint-Esprit est attaché au pain, au vin, à une hostie ou à l'acte de la communion est aussi contraire aux lois de la nature qu'au simple bon sens. Le moment où Dieu nous donne son Saint-Esprit et le canal par lequel il nous l'envoie sont ordinairement inconnus; de plus ils varient suivant les individus. Il se peut que Dieu choisisse le moment où l'on s'approche de la table de la sainte Cène, mais nous n'avons pas encore rencontré de chrétiens qui datent leur réveil de l'heure de la communion. Au conti-aire, on observe souvent que le jour où ils ont participé à la Cène les chrétiens sont plus irritables et plus orgueilleux que les autres jours. La communion n'est donc pas une institution destinée à servir de canal pour nous donner le Saint-Esprit; elle est une simple image qui, comme une lettre écrite, doit nous rappeler le souvenir de quelque chose de passé et nous annoncer une chose à venir. Il serait bien plus logique de vouloir acquérir le Saint-Esprit en avalant quelques feuilles arrachées à la Bible que de supposer qu'on peut le recevoir par le pain ou l'hostie de la communion.

La mort du Christ nous délivre de l'esclavage de ce monde, comme la mort et le sang de l'agneau pascal ont délivré les Israélites de l'esclavage d'Egypte. Mais la chair spirituelle du Christ nous fait entrer dans le royaume de Dieu, de même que

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la chair de Tagneau pascal devait donner aux Israélites la force de se mettre en route pour la terre promise. Supposer que l'Esprit de Dieu est attaché à la matière ou à la substance d'une hostie, c'est une absurdité dont des Japhétites seuls peuvent se rendre coupables. Si notre esprit même n'est pas attaché îi la matière, mais à l'âme, comment l'Esprit de Dieu peut-il être attaché à la matière ou en dépendre en aucune façon ?

Un type ne peut être aboli que quand l'archétype paraît ; si la communion n'était pas un type, elle devrait durer éternellement. Tant que l'homme est sur la terre, toutes ses actions sont typiques et ne sont jamais la réalité. Admettre que la communion n'est que la simple commémoration d'un événement passé, et qu'elle ne figure pas quelque chose de plus grand pour l'avenir, c'est supposer que tout est accompli, même pour le ciel. C'est prendre l'image pour la réalité.

En devenant homme, le Christ a pris un corps et une âme d'homme. Ainsi, par l'acte de son incarnation, il est devenu un. avec le corps humanitaire et se trouve chargé de tous les devoirs qui incombent à l'humanité. Il est ainsi devenu responsable de toutes ses dettes et copropriétaire de ses richesses. Si Christ en naissant n'avait pas hérité, comme tout homme, le péché originel, jamais plus tard il n'aurait pu se charger de nos péchés, aucune loi ne lui en eût accordé le pouvoir ; et s'il n'avait pas hérité nos péchés, comment serions-nous capables d'hériter sa justice ? Oui, si le Christ n'a pu hériter le fruit du travail d'Adam, qui était son père selon la chair, par quelle loi hériterions-nous le fruit du travail du Christ, qui n'est que notre frère selon la chair? En supprimant les droits d'héritage de Christ à l'égard d'Adam , on supprime en même temps nos droits d'héritage à l'égard de Christ.

C'est en naissant qu'on acquiert des droits ; en mourant on les perd et ils passent en d'autres mains. Par sa naissance dans retable de Bethléhem Christ s'est chargé de nos péchés et il a accepté l'héritage d'Adam. En mourant, il nous a légué sa justice, fruit de son travail, que nous héritons en vertu des mêmes lois qui font d'un fils l'héritier légitime des biens terrestres de son père. C'est renverser l'ordre des choses que de supposer que Christ s'est chargé à Gethsémané ou sur la croix de nos péchés, et que sa naissance nous a procuré des biens célestes. On n'apporte aucun bien en naissant, et en mouranton abandonnele bien

qu'on possède. De même en naissant dans l'autre monde nous n'y apportons aucun bien, mais nous y acquérons des droits. Il est inconcevable que les lois les plus simples du salut aient été interprétées d'une manière si contraire au bon sens et aux lois naturelles, que Dieu a établies et dont il a donné Tinstinct à tous les peuples. Dans toute cette organisation il n'y a pas le moindre mystère. L'homme a admis des choses absurdes, contraires au sens légitime de la parole divine; puis il a dit : <^ On ne peut les comprendre ; ce sont des vérités cachées. » Gomme si le Père céleste enseignait à ses enfants ce qu'ils ne peuvent comprendre ! Ainsi tout mystère est le fruit de l'aveuglement humain.

Dieu est lumière, et il a arrangé ses lois de salut avec une telle clarté, une telle simplicité qu'un jeune enfant peut en comprendre le mécanisme. Si les hommes ne voient pas, c'e>t qu'ils ne veulent pas voir; Dieu n'a jamais caché sa lumière. Dieu est lumière : ceux qui s'approchent de lui ne peuvent qu'en être éclairés , ils le voient et le comprennent. Celui qui dit qu'il ne le voit pas et ne le comprend pas témoigne par là qu'il n'est pas dans sa lumière. Combien de temps faudrat-il pour que la masse des hommes comprenne des vérités aussi simples?

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