LAME DE DIEU
L'âme de l'homme étant formée à l'image de celle de son Créateur, nous pouvons appliquer à l'âme de Dieu les lois dont nous avons reconnu l'existence pour l'âme humaine. Etant persuadé que le Souverain n'a rien négligé pour rendre la ressemblance absolue entre le tj^pe et l'archétype, nous appliquons avec une confiance entière les lois de l'analogie au divin original. Si le portrait que Dieu nous a présenté de son âme pouvait en un point quelconque nous faire défaut, Dieu nous aurait sciemment trompés, ce qui est impossible à admettre.
Une des lois les plus saillantes que nous ayons signalées
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pour l'âme est celle de sa mortalité, c'est-à-dire la possibilité de mourir si elle ne remplit pas les conditions auxquelles sa vie est attachée. Nous avons vu en conséquence que plus une vie est élevée, plus elle est fragile et dépendante. Ainsi Dieu et le Seigneur Jésus, possédant les vies les plus élevées, ont aussi les vies les plus fragiles et les plus dépendantes.
Nous avons déjà démontré ce qui constitue la fragilité de la vie, et nous avons vu pourquoi Thomme, Tètre le plus élevé sur la terre, a nécessairement la vie la plus fragile. A cet égard tous les hommes ne sont pas égaux. Il y a une grande différence de vitalité entre les divers individus et les divers peuples. La vie morale d'un sauvage est bien moins fragile que celle d'un homme civilisé, et la vie morale d'un enfant est infiniment moins fragile que celle d'un homme d'âge mûr. Par exemple, si un enfant d'un an prend quelque chose qui ne lui appartient pas, il n'est pas dégradé pour la vie; mais si un homme de trente ans vole, un tel acte le dégrade à tout jamais aux yeux de ses semblables. Ainsi une faute morale qui tue un homme d'un certain âge passe inaperçue chez un enfant. Il en est de même des peuples. Un acte qui ne dégraderait pas un peuple sauvage peut causer la mort d'un peuple civilisé. Car la mort d'un peuple n'est jamais une nécessité, elle est toujours un effet de son immoralité. Toutes ces vérités sont illustrées de mille manières, premièrement dans l'histoire de l'humanité, puis dans la vie de chaque individu.
Or, l'homme possédant dans ce monde la vie la plus fragile, Dieu, dont il est l'image, doit posséder dans le monde invisible la vie la plus fragile qui existe. Nous avons ainsi une même loi pour le ciel et pour la terre. Les êtres les moins doués dans le monde supérieur sont ceux dont la vie est la moins mortelle; les êtres les plus élevés sont ceux dont la vie est la plus fragile. Mais il ne faut pas oublier que la fragilité de la vie n'implique pas la nécessité de mourir, attendu que chacun dispose de sa propre vie. Les forces grandissent avec l'élévation, ou plutôt l'élévation n'est qu'un résultat de la croissance des forces.
Une fois que nous aurons saisi cette profonde vérité que la vie de tout être libre est attachée à des lois morales, et que la mort n'est que la conséquence de la transgression de ces lois, nous comprendrons que plus un être est élevé moralement, plus aussi pour lui une transgression devient mortelle. Oui, si Dieu agissait en contravention avec les lois de vertu qu'il a établies.
même sur le point le plus insignifiant, s'il oubliait un seul moment ses devoirs envers ses enfants, sa clémence ou sa justice, cette transgression entraînerait infailliblement la mort de son âme, et par conséquent la mort de tous les autres êtres. Pour Dieu, comme pour tout être créé, cette loi demeure immuable : Vâme qui pèche mourra! Mais, comme il est impossible, vu Texcellence de la morale de Dieu, qu'il se laisse jamais entraîner à aucun acte coupable, sa vie est nécessairement éternelle. Ainsi l'éternité de la vie de Dieu est attachée à sa sainteté autant que Téternité de la vie des esprits est attachée à leur innocence. Et s'il a fait dépendre l'immortalité terrestre des hommes de leur innocence, c'est précisément afin qu'ils fussent en cela l'image de leur Père céleste. Si la vie de Dieu ne dépendait pas de sa sainteté, jamais il n'aurait institué une pareille loi pour les hommes, qui ne sont que le reflet de leur Créateur, le reflet ne pouvant jamais rendre autre chose que ce que l'original met en évidence.
La difficulté que beaucoup de personnes éprouveront à admettre nos assertions provient de ce que, pour elles, l'immortalité dépend d'une force intérieure, semblable à l'attraction ou à la répulsion. Voilà l'erreur. L'existence de ces forces ne dépend d'aucune condition, elles vivent pour ainsi dire par elles-mêmes, tandis que la vie de tout être libre est attachée à des lois, et n'existe qu'à la condition de ne pas les enfreindre d'un iota. Ainsi dans l'autre monde un esprit peut se suicider comme quelques hommes le font ici-bas. On le comprend, si un esprit commetr tait les mêmes mauvaises actions qu'un homme, il serait beaucoup plus coupable que celui-ci. Par la même raison, si Dieu commettait les fautes dont le meilleur des hommes se rend encore coupable, cela le dégraderait mille fois plus aux yeux de tous les êtres célestes. Donc la vie morale de Dieu est, dans ce sens, beaucoup plus fragile que celle de l'homme.
A côté de la grande loi à laquelle tous les êtres libres sont soumis (plus une vie est élevée, plus elle est fragile), il en existe une autre qui en contrebalance l'effet. Elle se formule ainsi : Plu^ une vie est élevée^ plus elle est intelligente et puissante pour résister à tout ce qui peut lui nuire. Cette loi est exprimée dans la Bible par ces simples mots : A celui qui a, on lui donnera encore, mais à celui qui n'a pas, on lui ôtera même ce qu'il a. > Ainsi plus un homme a de force, plus cette force s'accroît, et moins la tentation a de prise sur lui, par consé-
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quent, moins il est exposé à la mort. En revanche, il y a une clémence et une compensation providentielles dans cette autre loi : Plies un être est faible, moins sa vie est fragile, et moins une blessure peut lui nuire. Mais le fort qui peut menacer la vie des autres doit lui-même avoir une vie fragile, pour qu'il n'abuse pas de sa force. Dans toute l'organisation de ce monde on peut reconnaître ces lois. Ainsi plus on est riche, plus il est facile d'augmenter ses richesses ; plus on est intelligent, plus on recherche l'intelligence ; plus on est fort, plus il est facile de se préserver de tout danger. De même, plus on est pauvre, plus il est facile de perdre tout ce qu'on a; plus on est borné, moins on recherche la sagesse et moins on l'estime ; et plus on est faible, plus on court de dangers. Il faudrait des volumes pour poursuivre l'effet de ces lois dans tous leurs détails. Aussi devons-nous nous borner, comme pour toutes les auti-es lois, à les signaler purement et simplement.
Plus un homme est moralement élevé, plus le sentiment de ses devoirs a de force sur lui. Autant un père et une mère sont nobles et affectueux, autant ils se considèrent comme liés par les devoirs qui leur incombent à l'égard de leurs enfants. Ainsi plus un homme est vertueux, plus il dépend moralement des autres ; moins il est noble, moins il se sent dépendant. Il en est de même de Dieu dans le sens où nous venons d'employer les mots de « lier > et de « dépendance. » Le Père céleste est l'êti'e le plus lié et le plus dépendant qui existe; il est aussi celui qui est le plus soumis aux autres et sur lequel les hommes exercent le plus de pouvoir. Christ ne fait rien sans consulter son Eglise, il a tout mis à sa disposition; comme Dieu lui a donné toutes choses, de même il a donné tout ce qu'il possède à son Eglise.
Dieu aimant ses enfants plus qu'un père terrestre ne peut aimer les siens, il doit aussi souffrir infiniment plus de leur désobéissance. Nous ne concevons donc pas qu'on puisse représenter Dieu comme jouissant au ciel d'une béatitude sans trouble et sans douleur. Nulle part la parole divine ne donne lieu à une pareille supposition, tandis qu'elle parle souvent de la douleur de Dieu.
Nous n'avons pas cru devoir entrer dans plus de détails sur la nature de l'âme de Dieu. Nous nous sommes borné au développement d'une seule de ses analogies avec celle de l'homme, savoir sa mortalité. Cette seule loi, dont l'application à Dieu
paraît la plus invraisemblable, suffit pour démontrer comment les choses terrestres révèlent les choses célestes, et comment les lois de l'âme sont les mêmes pour Dieu et pour Thomme. Toutes les autres lois concernant Tâme humaine s'appliquent également à Tâme de Dieu. Pour les connaître, il suffit de consulter le miroir que Dieu nous présente de sa personne; seulement il faut être d'une exactitude rigoureuse dans l'application de l'analogie. Nous rappelons encore que la Bible parle souvent de l'âme de Dieu. Voir Esaïe I, 14 (Mon âme abhorre vos nouvelles lunes et vos jours de fête) ; XLII, 1 ; Jér. XIIL 17; Matth. XII, 18; etc., etc.