‹ L'univers visible et invisible; ou, Le plan de la création. Essai de philosophieChapitre 99 sur 130 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Le Seigneur dit à ses disciples (Matth. XIII, 11, et Marc IV. 11) : « Il vous est donné de connaître les mystères du royaume des cieux, mais à ceux du dehors, il ne leur est point donné de les connaître. — A celui qui a, il lui sera donné et il aura encore davantage ; mais à celui qui n'a rien , cela même qu'il a lui sera ôté. > Deux choses distinguent les disciples de Christ: premièrement la connaissance, puis les actions. Avant d'agir, il faut connaître. Recherchez donc la connaissance afin qu'elle vous soit donnée, et que l'ayant reçue vous puissiez agir. Celui qui ne cherche pas reçoit peu, et s'il n'en fait pas usage, ce peu même lui sera ôté.

Quand on prétend qu'il est présomptueux à l'homme de chercher à comprendre les mystères du royaume des cieux, on tient le langage de la paresse et de l'ignorance. Christ nous les aurait-il fait connaître pour que nous ne les connussions pas? Que le chrétien ne se laisse donc pas effrayer par le sujet que nous allons aborder, se rappelant que Dieu veut que nous le connaissions. Ceux qui croient que c'est un péché d'examiner si les dogmes enseignés par les Eglises sont conformes aux témoignages de la nature et de la Bible font mieux de poser ce volume. Nous ne voulons pas leur laisser faire quelque chose qu'ils croient mauvais. Si l'ignorance leur convient mieux que l'étude

et la connaissance, nous ne pouvons changer leur nature. Mal. heureusement le nombre de ces gens est considérable ; ils se nomment Légion.

Le dogme de la trinité, tel qu'il est formulé par les diverses Eglises, ne se trouve énoncé nulle part dans la Bible. Il est le fruit des hypothèses des siècles passés. Nulle part le Saint- Esprit ne figure comme une personnalité semblable à Dieu ou à Christ. Le Sauveur dit : « Moi et mon Père nous sommes un. > Le Saint-Esprit est exclu de cette unité.

Ecoutons premièrement ce que nous dit la nature. L'homme étant à l'image de Dieu, il est nécessaire que les personnes de la Divinité aient leurs types en lui , d'une part par rapport au nombre, de l'autre par rapport à leur construction et à leur nature. Si donc il y a trois personnes dans la Divinité, chacune est composée, de même que l'homme, d'un corps et d'une âme. Ainsi il faut que le Père ait un corps et une âme, le Fils un corps et une âme, et le Saint- Esprit un corps et une âme. Ils doivent différer entre eux par la nature de leurs âmes , non par la nature de leur substance, car dans chaque monde il n'y a qu'une espèce de substance. Si le Saint-Esprit était une personne, tous ceux qui reçoivent le Saint-Esprit devraient recevoir une partie de son corps, vu que l'âme n'est pas divisible. Dans ce cas, ce serait le corps du SaintrEsprit qui serait rompu pour nous, non celui de Christ, et la communion instituée par Christ ne s'appliquerait pas à lui, mais au Saint-Esprit. Christ s'attribuerait ainsi un honneur qui ne lui appartiendrait pas, et serait l'objet d'une reconnaissance qu"il ne mériterait pas. Sa mort ici-bas n'aurait pas de portée pour le ciel et ne pourrait être le type du sacrifice spirituel. Or, comme nous ne pouvons admettre que le Seigneur Jésus puisse nous tromper à cet égard, nous sommes forcés d'accepter le Sain^Esprit comme quelque chose qui appartient à Christ, ou comme le corps de Christ, non comme une troisième personne.

Christ n'adresse jamais une prière au Saint-Esprit; il ne parle jamais à quelqu'un d'autre qu'à Dieu. Ainsi à l'époque 011 Christ était sur la terre, il n'existait au ciel qu'une seule personne, Dieu le Père. Christ en s'adressant à Dieu n'emploie que la forme du singulier, comme s'il n'y avait au ciel qu'une seule personne. Il ignore complètement la personnalité du Saint- Esprit. Au contraire, il emploie toujours la forme du pluriel

quand il parle de son Père et de lui-même, (Voir par exemple Jean X, 30 ; XVII, 11, 21, 22.) « Moi et mon Père nous sommes un. » Si le Saint-Esprit était une personne, Jésus devrait dire: ♦ Moi, mon Père et le Saint-Esprit, nous sommes un. > Mais jamais il ne fait allusion au Saint-Esprit dans ce sens, car il le représente comme appartenant en commun au Père et à lui.

L'homme, à l'image de Dieu le Père et de Dieu le Fils, est d'une construiîtion symétrique binaire, c'est-à-dire que tous ses organes sont doubles, lors même que quelques-uns paraissent uniques. Il s'ensuit qu'il représente une dualité, non une tri nité. Or si le Saint-Esprit était une personne, l'homme, pour pouvoir être l'image de Dieu ou de la trinité, devrait avoir tous ses organes triples, non doubles. Quelques personnes ont cru voir dans la construction de Thomme en corps, âme et esprit l'image de la trinité. Mais, pour que cette image eût la moindre valeur, il faudrait que les trois personnes de la Divinité fussent, les unes à l'égard des autres, dans les mêmes rapports que le sont le corps, l'âme et l'esprit; ce qui n'est pas admissible, puisque l'esprit est d'un autre monde que le corps et l'âme. Ainsi une des personnes de la Divinité devrait appartenir dans le ciel à un monde différent des autres, ce qui n'est pas possible. Nous avons vu, au contraire (Gh. X, pi. 14, N<»3), ce que cette construction de l'homme signifie. Le rang inférieur qu'occupe le corps figure la position de l'Eglise dans la hiérarchie divine, non celle du Saint-Esprit; car le Saint-Esprit procédant de Dieu est du même monde que lui et ne peut appartenir à un monde inférieur.

La position du Saint-Esprit à l'égard de Christ est clairement définie par les noms que le Seigneur lui donne. Il l'appelle (Jean VI, 46 à 63) sa chair, son sang, le pain vivant descendu du ciel; plus loin il dit que c'est l'Esprit qui fait vivre. Donc son corps spirituel, sa chair, son sang, le vrai pain céleste et le Saint-Esprit sont une seule et même chose. Ses disciples interprétant ses paroles à la manière des luthériens, ou des catholiques grecs et romains, le Seigneur leur répond que la chair visible ne sert à rien, que ses paroles ne font allusion qu'à l'Esprit, c'est-à-dire au Saint-Esprit qui en beaucoup d'occasions est nommé par Christ simplement Esprit.

Par ces raisons et plusieurs autres que nous ne mentionnons pas ici, nous sommes arrivé à la conclusion que le Saint-Esprit est Dieu lui-même, c'est-à-dire son corps, et non une troi-

sième personne. Il est une émanation directe de la Divinité; il constitue sa substance, sa matière. Nous ne croyons pas non plus que le baptême extérieur au nom de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit soit une preuve contre la supposition que nous venons d'énoncer ; car le vrai baptême, le baptême intérieur, est le don même du Saint-Esprit, qui, procédant du Père et du Fils, est donné de leur part. Ce n'est que le baptême extérieur (sans valeur intérieure) qui est administré au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Si le Saint-Esprit était une troisième personne de la Divinité, il ne pourrait être donné par d'autres, et le don du Saint-Esprit au nom du Père et du Fils ne serait pas justifié. La parole de Dieu ne pai'le du Saint-Esprit que comme d'une émanation de Dieu, tandis que le rapport entre Dieu et le Seigneur est caractérisé très clairement comme celui de Père et de Fils. De plus, dès qu'on admet que le Saint-Esprit est une personne, il faudrait, pour être logique, nous reconnaître comme enfants du Saint-Esprit et non de Dieu. On renverse tout l'ordre de la nature en supposant que le Saint- Esprit peut engendrer au nom de Dieu. La nature nous enseigne que, pour être engendré, il faut être de la même substance que le père qui engendre. Or, si la substance de Dieu n'est pas le Saint-Esprit, nous ne pouvons être enfants de Dieu, à moins de recevoir en sus du Saint-Esprit la substance divine. Mais rien ne justifie cette double origine; nous ne pouvons, dans l'enceinte d'un même monde, être engendrés par deux pères; cela est contre les lois de la nature.

Quelques chrétiens partent du principe que le Saint-Esprit, étant une personne, ne se donne pas réellement, mais qu'il se contente d'exercer une influence sur les cœurs des élus, ainsi qu'un homme exerce de l'influence sur son ami. Ces personnes n'ont aucune idée des lois qui constituent la régénération ou la nouvelle naissance. Ces lois demandent impérieusement que l'enfant reçoive une partie de la substance du père. Si nous n'avons pas la substance de Dieu, nous ne pouvons jamais et à aucune condition être ses enfants.

La doctrine de la trinité, comme elle se trouve formulée en général dans les Eglises protestantes et en particulier dans la confession de foi de l'Eglise anglicane, est une pure invention humaine que la parole divine ne justifie en aucune manière. Cette formule contient, entre autres , les affirmations suivantes : c Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est

> Dieu, et cepeiidant il n'y a pas trois Dieux, mais un seul » Dieu. Celui qui ne croira pas fidèlement cela ne pourra être

> sauvé. »

Dieu n'a jamais fait dépendre le salut de Thomme d'une croyance, moins encore de quelque chose qu'on ne peut comprendre. C'est un vrai blasphème que de soutenir une pareille assertion. Gomment les hommes ont-ils l'audace de poser ainsi de nouvelles formules pour le salut des âmes? Depuis des siècles la nation anglaise, absorbée par les soucis et les soins de la vie matérielle, ne se donne pas le loisir d'examiner les questions religieuses les plus simples. Son Livre de prière actuellement en usage porte encore les traces de l'ignorance et de la barbarie des siècles passés, et par adoration pour Thomme on ne veut rien y changer. La confession de foi de l'Eglise anglicane ne mentionne qu'une seule des conditions que Christ a posées pour le salut éternel, tandis qu'elle énumère une liste de conditions d'invention humaine, vides de sens et insultantes pour la bonté et la sainteté du Père céleste.

Les conditions que le Seigneur a posées pour le salut des âmes sont attachées à des faits, non à des dogmes tels que les formulent les Eglises d'Etat. Il demande d'abord que nous reconnaissions notre culpabilité, que nous renoncions à nousmêmes pour le suivre et que nous soyons nés de nouveau. Car celui qui n'est pas né de nouveau ne peut pas travailler pour le royaume de Dieu ; il est aux yeux de Dieu comme s'il n'était pas né, et celui qui n'est pa^ encore né n'est pas capable de penser ou de travailler.

Après sa naissance, à laquelle il ne peut contribuer en rien, le devoir du chrétien est de grandir, puis de travailler pour entretenir sa vie spirituelle. Ce sont là le combat et les fatigues de la vie. Celui qui ne travaille pas demeure en arrière, sa croissance s'arrête, il reste chétif et misérable. La vie demande en premier la nourriture, puis elle impose la nécessité de travailler pour son entretien, et pour pouvoir travailler il faut la lumière. Le chrétien nouveau-né est comme un enfant; ses facultés, son intelligence, ses forces dorment longtemps encore. Quant à ceux qui ne sont pas encore nés de nouveau, non seulement ils ne peuvent rien faire pour se procurer cette naissance, mais ils ne peuvent demander ni nourriture ni lumière, et n'accomplissent aucun travail.

Le Saint-Esprit étant la substance même de Dieu, cette subs-

tance ne peut être donnée que par Dieu seul, au moment et de la manière qu'il lui plaît. Il est impossible d'admettre que Dieu fasse dépendre le don de son Saint-Esprit de Tacte visible de la communion. C'est un matérialisme effroyable de supposer que l'homme ait la puissance de faire entrer Dieu dans un morceau de pain ou une hostie. S'il n'a pas le pouvoir d'y faire entrer un de ses semblables, comment pourrait-il y faire entrer un ange ou Dieu ? Jamais les païens n'ont inventé quelque chose d'aussi insultant pour la majesté divine et d'aussi révoltant pour le sens commun. En conséquence, nous ne pouvons admettre que la communion ni le baptême soient des sacrements ; ce sont simplement des images. Il n'existe donc pas de sacrements, et l'homme n'a pas le pouvoir de faire des sortilèges ou des miracles. Tout ce que l'homme fait est humain et ne peut avoir de portée pour l'autre monde.

Les catholiques admettent sept sacrements. Les pi-otestants, en général, en admettent encore deux. Lors delà Réformation, ils n'ont pas eu l'intelligence de rompre complètement avec les superstitions du moyen âge, et ils se sont imaginé que les prêtres conservaient une puissance surnaturelle. Car croire au sacrement, c'est croire au sortilège et à une puissance inexplicable de l'homme. La communion est simplement une commémoration, ainsi que Zwingli l'a déjà exposé, et le baptême une simple ablution qui ne peut avoir aucune influence sur le monde spirituel. L'Esprit seul peut engendrer l'esprit ; il faut le baptême de Dieu pour produire un effet sur le monde spirituel, et il faut le don du Saint-Esprit pour créer une véritable communion avec Christ.

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