V. Rey, oavr. cité, p
2. En 1565, le roi Charles IX étant à Avignon, il lui fut adressé requête, au nom des docteurs agré^i^és, pour obtenir des nominations en cette Université, c attendu que tous ceux qui y viennent sont rëgnicoles tant de Dauphiné que de Provence ». En juin 1571, les docteurs agrégés envoient des lettres au légat de Bourbon à la cour de France pour obtenir des nominations aux bénéfices. A. V. D 36, f- 84 et 90.
distingué et surtout énergique, M. de Blauvac, prend en main TafFaire, se rend à Paris et appuyé d'ailleurs par le primicier, par nombre d'amis et par son frère, membre du conseil d'Etat, obtient qu'elle sera de nouveau examinée ^ Mais le chancelier Séguier, très formaliste, soulève « mille difficultés. » Le roi était mineur et la demande des Avignonais ayant été plusieurs fois rejetée, il était délicat de la faire trancher par la régente. D'ailleurs, quels étaient exactement les privilèges généraux sur lescpiels on se fondait? Pouvait-on du moins représenter les lettres du comte de Provence et roi de Sicile, Charles II, celles des rois de France depuis François I**? Y avait-il à Avignon des lectures publiques et gratuites, comme dans les Universités régnicoles? Y était-on en possession régulière du droit de (( doctorer »? Entin beaucoup d'étudiants étrangers suivaient les cours de TUniversité pontificale et y prenaient leurs grades : n'allait-on pas en « naturalisant » cette Université, c< ruiner le droit d'aubaine et celui de naturalité requis pour l'obtention des bénéfices de France? » — M. de Blauvac a réponse à tout et ses répliques sont péremptoires. On argue de la minorité du roi? mais ce n'est pas une « nouveauté » qu'on réclame. Outre que la requête des Avignonais n'a jamais été formellement rejetée, il s'agit seulement de reconnaître et continuer un état de choses qui dure depuis plusieurs siècles. Voici les lettres de Charles II, fondateur des privilèges universitaires (on se garde de partir de Boniface VIII, vrai créateur de l'Université, en raison de ses démêlés avec Philippe le Bel, dont le souvenir est encore vivant). Les rois n'ont-ils pas hérité de ce prince? Veut-on des listes de docteurs? Toute l'Europe chrétienne peut en dresser; — des témoignages sur la régularité des lectures ? Un acte public
1. Délib. du Collège des docteurs des 6 et 21 nov. 1650, relatives à la mission de M. de Blauvac à Paris et aux dépenses qu'elle entraîna. A. V. D 30, ^ 27.
de notoriété prouve qu'Avignon possède des « professeurs publics en toutes sciences » ; de plus, sept collèges, dans lesquels « les sujets de Sa Majesté possèdent un très grand nombre déplaces », alimentent ses auditoires. L'argument des étudiants étrangers est spécieux; mais l'Université ne réclame rien pour eux; seuls obtiendront la « naturalité » les Français sujets du roi et les citoyens d'Avignon et du Comtat; aux autres on appliquera le droit commun. Ce « tempérament est trouvé bon » et le chancelier se déclare convaincu ^ Les lettres sont expédiées en juillet 1650 et enregistrées à Paris le 13 août, à Aix le 9 novembre, puis successivement à Dijon, Grenoble et Toulouse.
Elles prenaient soin de rappeler les précédents, lettres patentes de Charles II, arrêts de confirmation de Henri III, de Louis XIII et de Louis XIV lui-même ; elles déduisaient des privilèges généraux accordés aux Comtadins les droits accordés au corps universitaire, lequel formait « une notable et la plus saine partie de la ville d'Avignon », comme avait dit M. de Blauvac ; et c'est en tant que régnicoles que les gradués d'Avignon, français ou habitants du Comtat, devaient être reçus et admis en toutes villes, cours et Universités du royaume et jouir de tous les privilèges, honneurs et prérogatives, prééminences et libertés, tant entre séculiers que réguliers, attribués aux docteurs, gradués, suppôts et écoliers des plus fameuses Universités du royaume, tout ainsi que s'ils eussent pris leurs degrés dans lesdites Universités, sans être tenus de subir aucun examen que ceux passés en l'Université d'Avignon, pourvu toutefois qu'ils fussent naturels français ou natifs de la ville d'Avignon et du Comtat et que lesdits pri-
1. Assemblée du Collège des docteurs du 6 oct. 1650. A. V. D 30, f^" 22 et suivants.
vilèges n'eiissent pas été révoqués par lettres patentes, arrêts ou règlements * .
Dès le 6 octobre 1650, M. de Blauvac, dans une assemblée du Collège des docteurs, rendait compte de sa mission et recevait les remerciements réitérés de ses confrères. Après quoi, lecture des lettres était faite par le bedeau, <c tous les docteurs s'étant levés et ayant ôté leur chapeau. » Et la lecture étant finie, tous criaient : Vive le Pape et le Roi ! et décidaient que les Français qui viendraient prendre leurs degrés à Avignon devraient jurer fidélité au roi de France, entre les mains du primicier. Tous les ans, le lendemain des Rois et aux autres grandes fêtes, on ferait prier Dieu pour Sa Majesté. Enfin, à la prochaine rentrée des classes, en présence de toutes les Facultés et de Tarchevêque à ce spéct^ement invité, M. Crozet, docteur agrégé et fils d'un régent ordinaire, prononcerait « le panégyrique et remerciement public » du roi, en mémoire de la protection éclatante dont il venait de couvrir TUniversité avignonaise *.
Les Universités rivales dWvignon ne se résignèrent pas à cette victoire qui, à plus d'un point de vue, était leur propre défaite. A peine quelques années se sont écoulées et déjà commence cette longue série de chicanes, où l'Université d'Aix se distingua, — comme on Ta vu, — par une âpreté et un acharnement particuliers. Avignon triompha enfin au bout de vingt ans, mais à travers quelles péripéties et grâce à combien d'ordonnances, de lettres patentes et d'arrêts! Entre temps, le Comtat avait été envahi par les troupes françaises ^,
1. Lettres patentes de juillet 16a0. L'enregistrement par les autres parlements eut lieu savoir, à Dijon, le 31 juillet 1652, à Grenoble, le 13 août de la même année, A Toulouse, le 2 mai 1654. Laval, 59.
2. Assemblée du Collège des docteurs du 6 oct. 1650. A. V. D 30, f* 23.