XX.ll
IMKOhlCTION.
lui cût-ou démontré à l’évidence le danger de les éliminer, il restait logicien jusqu’au bout. Avec ces dispositions d’esprit, il gagna peu à peu du terrain, notamment dans la capitale des Flandres, où les libéraux, peu nombreux au commencement, mais en communauté directe d’idées avec lui, étaient ravis do le voir entamer une lutte à outrance contre les doctrines politiques de l’épiscopat. Le noyau de ses partisans s’y grossit peu à peu des représentants de la grande industrie, presque tous ses obligés, et finalement d’une bonne partie de la classe moyenne, qui appréciait hautement sa sollicitude pour l’instruction publique. Foyer de l’opposition cléricale au commencement de son règne, la ville de Gand était devenue, en 1830, le dernier boulevard de l’orangismc. — Les choses se passèrent tout autrement à Liège. Là aussi de puissants industriels, et à leur suite tout un peuple de travailleurs, étaient sympathiques au gouvernement; là aussi florissait une Université qui ne laissa pas que de lui recruter des auxiliaires; mais par contraste avec Gand, l’attachement au régime établi en 1815 se refroidit dans le pays wallon «à mesure que les idées libérales y firent du chemin. Un a vu plus haut que la loi fondamentale avait été assez bien accueillie dans les provinces dont le territoire correspond à l’ancienne principauté ecclésiastique; or c’est au sein de ces mêmes provinces, quinze ans à peine écoulés, que la révolution fut surtout populaire et qu’elle trouva ses principaux chefs. L’explication de ce revirement se trouve dans l’idée radicalement fausse que le roi Guillaume s’était faite de notre caractère et de nos intimes aspirations.
Pendant toute la durée de son règne, le parti catholique fut représenté à Liège par plusieurs notabilités de premier ordre; cependant l’influence politique du clergé s’y faisait beaucoup moins sentir, depuis la grande révolution, que dans les provinces qui avaient fait partie des Pays-Bas autrichiens. Les Liégeois, pris en masse, se souvenaient trop amèrement du règne de Hoensbroeck, pour n’étre point attachés aux idées de 1789 et pour n’en point tirer les conséquences rigoureuses. Nous voyant assez indifférents aux susceptibilités des prélats, le roi nous considéra comme gagnés d’avance à sa cause. On peut aussi admettre qu’à Liège comme à Gand, pour mieux assurer la réussite des projets qu’il avait connus, il eut l’arrière-pensée d’engager la fidélité des provinces wallonnes en les dotant de grands avantages matériels, moyen de se faire absoudre des faveurs administratives et
IMUOIIICTIOX.
religieuses qu’il accordait aux Hollandais (*). Il atteignit son but, comme on vient de le dire, dans le monde industriel. Mais il se méprit du tout au tout sur la véritable portée du libéralisme liégeois; surtout il ne prévit pas que la jeunesse universitaire, déjà libérale d’instinct, lui échapperait tout à fait lorsqu’elle comparerait la conduite politique du souverain avec les principes que des hommes choisis par l’autorité, mais en définitive des hommes de conscience, étaient appelés à lui enseigner. C’est en effet dans nos Universités, ou plus exactement c’est à l’Université de Liège, que se forma ce groupe de patriotes qui déchirèrent le pacte de d 815, devenu une lettre morte. Il faut dire à l’honneur de Guillaume I qu’il ne porta jamais atteinte à la liberté de la chaire : mais le moment devait arriver où les jeunes aiglons qu’il avait habitués à contempler le soleil en face, n’en pourraient plus détourner leurs regards.
Libéralisme est un mot tellement élastique , que les partis les plus opposés l’ont inscrit sincèrement , et tour à tour, sur leur drapeau. Le roi Guillaume se croyait libéral , non qu’il aimât la liberté, mais parce qu’il voulait affranchir les peuples de tout autre joug que le sien. Il en voulait surtout à l’esprit du catholicisme et à l’influence française. Sa pensée était d’émanciper le peuple en le forçant d’accepter son système d'éducation. Persuadé de son infaillibilité, il démonétisait toute idée qui 11e portait pas son effigie. La manie de réglementer s’empara donc de son esprit : il propagea l’instruction, mais en la monopolisant ; il protégea la presse, sauf à la museler quand elle 11e lui donnerait pas raison ; il combattit les empiètements du clergé, mais en opprimant le clergé et en s’ingérant dans l’enseignement théologique. En Hollande, cette façon d’agir ne blessait personne, sauf quelques vieux républicains partisans de l’oligarchie ; mais ceux-ci mêmes avaient sur la liberté des idées toutes différentes des nôtres. En Belgique au contraire, à Bruxelles et à Liège en particulier, un tel système ne pouvait que froisser profondément les adversaires comme les amis du cléricalisme. Chez nous, les purs libéraux aspiraient tout bonnement à la séparation de l’Église et de l’État : ils ne voulaient pas que l’Église pesât sur l’État, mais ils n’entendaient pas davantage que l’État absorbât l’Église. Ils trouvaient naturel qu’un
(•) F. Capitaine, Suiice sur H. -J. Orhau Procès- verbal de la Séance publique de la Soc. d'Cmulation de Liège, 31 mai 1858, p. 40].
INTRODUCTION
libéral allât même à la messe ; en revanche, ils se seraient bien gardés de s’enquérir de la présence de leurs voisins au prêche évangélique. Le Liégeois, de tout temps, s’est montré extrêmement jaloux de sa liberté individuelle ; les moindres envahissements du pouvoir lui portent ombrage et trouvent en lui un adversaire implacable. Voilà ce dont Guillaume ne parut point se douter : il prit le libéralisme des loges maçonniques, qui avait des points de contact avec le sien, pour le reflet de l’opinion publique ; impossible de se tromper plus complètement. Parce que les Liégeois avaient l’ancien régime en horreur, ils n’en étaient pas moins, en général, restés attachés à la religion de leurs pères. Tolérance pour tous , point de propagande officielle , liberté de penser et de parler, tels étaient leurs vœux et leurs légitimes espérances. Voyant le roi viser au gouvernement personnel et faire aussi bon marché de leurs griefs que de ceux du clergé, ils prirent tout d’un coup au sérieux les protestations des catholiques. Appliquant à la situation présente un mot du vieux Balzac, rapporté par Lamennais, nos concitoyens se dirent qu’un peuple qui avait secoué le joug de la théocratie ne pouvait se résigner à regarder comme un Dieu son chef temporel. Ils virent la Belgique moins indépendante que jamais, en dépit dès promesses du pacte fondamental. Libéraux et catholiques oublièrent en un moment leurs dissidences et n’eurent plus qu’une préoccupation dominante, la délivrance de la patrie. Ainsi fut conclue cette fameuse Union que Guillaume qualifia d'infâme, mais que justifiait pleinement au contraire le sentiment des devoirs les plus sacrés ; ainsi s’organisa le pétitionnement général de 1828 , qui ébranla jusqu’en ses fondements l’édilice élevé par la Sainte-Alliance (*)•
Le roi des Pays-Bas attachait au développement de l’instruction publique dans les provinces méridionales une importance d’autant plus grande, qu’il avait trouvé la Belgique, sous ce rapport, dans un état d’infériorité déplorable. Ses idées de réforme se rattachaient, comme on peut s’y attendre, à sa politique générale ; et ici encore , emporté par son zèle anti-clérical, il finit par ne plus garder aucune prudence. Cependant nous avons lieu de croire que Y Union aurait eu de la peine à se former, si les libéraux liégeois n’avaient eu des rai-
( ' ) De Gereachk, Thosissen, elc. — Gervisus, Gesch. des XIX Jahrhunderis. Leipzig, 1865, in-8°, t. VII, p. 582 et suiv.
INTRODUCTION
sons de se croire directement froissés. Ils épousèrent la querelle du clergé parce qu’ils trouvèrent que le clergé avait raison, mais plus encore parce que, comme le Harry Wind de Walter Scott, ils avaient à combattre pour leur propre main. En général , les mesures prises par Guillaume pour régénérer l’instruction publique furent applaudies à Liège aussi bien qu’à Gand. Jamais établissement d’enseignement primaire n’obtint chez nous un succès aussi universel, aussi incontesté, que l’école primaire modèle dirigée par J. Stapper, de Haarlem. Les écoles gratuites de la ville, les écoles des campagnes même étaient pour la plupart excellentes ; l’un des premiers soins du roi avait été d’appliquer à la Belgique cette loi de 1806, dont Cuvier et Noël n’avaient su en quels termes vanter les résultats , lors de leur voyage officiel en Néerlande. Partout s’organisaient des cours normaux; le gouvernement, appréciant les avantages de l’initiative privée, favorisait les Sociétés d'encouragement qui se constituaient dans les principaux chefs-lieux de province ; les Commissions provinciales d’instruction exerçaient une influence salutaire ; une juste sévérité présidait au choix des instituteurs, qui étaient nommés au concours. L’organisation nouvelle répondait d’ailleurs à un besoin vivement et généralement senti : on ne se représente pas aujourd’hui l’abaissement de nos écoles primaires avant 1815. La réorganisation de l’enseignement élémentaire est pour Guillaume I un titre impérissable à la reconnaissance des Belges: elle aurait assuré sa popularité parmi nous, si l’on ne s’était trouvé tout d’un coup en présence de questions plus brûlantes. Quant à l’accusation de propagande calviniste jusque dans les petites écoles par le choix des livres, etc., etc., elle se réduit aujourd’hui à fort peu de chose. Il n’est pas vrai de dire que l’instituteur ait jamais porté atteinte à l’enseignement du curé : les enfants se rendaient à l’école pour s’y instruire et allaient à l’Eglise pour y apprendre le catéchisme; tout le monde s’en trouvait bien, et les deux autorités, chacune indépendante dans son domaine, se respectaient mutuellement. D’ailleurs, quel e que fut la pensée secrète du roi, il n’aurait pas trouvé dans notre pays les moyens d’arriver à ses lins. L’expérience tut tentée jusqu’à un certain point dans des régions plus hautes; mais ici, nous nous croyons en droit d’affirmer qu’il n’en fut jamais question; nous en appelons aux souvenirs de tous les hommes de celte époque. Les motifs de défiance dont on fit état dans la suite pour ramener le clergé dans l’école étaient plutôt théoriques que justifiés par une expérience de quinze années.
i.vr immixtion.
L’enseignemeni moyen fut réorganisé ù son tour. Ici la lutte qui s’engagea contre le monopole du pouvoir civil ne se réduisit pas à un procès de tendance. Le clergé ne pardonna pas plus à Guillaume la fermeture des collèges libres, que la proscription des corporations religieuses qui s’occupaient d’enseignement élémentaire. Toutes les familles catholiques s’émurent quand parut le décret du 11 :ioùt 182ü, excluant des emplois publics et des fonctions ecclésiastiques les jeunes gens qui auraient lait leurs humanités à l’étranger. Il n’y avait plus à se faire illusion : le roi se rangeait ouvertement sous la bannière du joséphisme; il fallait courber la tête sous le joug, renoncer à la liberté de conscience ou se laisser traiter en parias. L’attitude résolue des députés belges arracha enfin au gouvernement quelques concessions: elles arrivèrent trop tard. . . .
Les Athénées et les Collèges belges, sous le gouvernement hollandais, turent loin de briller autant que les écoles primaires ('). La Hollande, qu’on avait pris pour modèle, ne possédait pas un enseignement secondaire en rapport avec les nécessités du temps. On n’y cultivait guère que les langues anciennes, comme si l’on n’eùt eu ù former, écrivait Victor Cousin, que des professeurs et des théologiens. Il est permis de voir dans ce système étroit, auquel la Hollande cherche à renoncer aujourd’hui sans parvenir à se fixer, un obstacle sérieux au développement de nos Universités naissantes, et aussi une des causes de l’esprit de réaction qui s’y fit jour contre les institutions existantes. La jeunesse belge abordait les études académiques entièrement étrangère au monde moderne; tout était nouveau pour elle ; on ne lui avait appris que des mots et des formules stériles; les uns, dont l’esprit manquait de ressort ou de stimulant, restaient dans l’ornière jusqu’il la fin ; les autres se jetaient à corps perdu dans l’étude des choses présentes et, plus avides de se faire l’écho des bruits du dehors que de pâlir sur des manuels sèchement écrits dans un latin de convention, rêvaient réformes sur réformes, descendaient dans l’arène de la presse militante et finissaient par ne s’attacher qu’aux maîtres dont les leçons correspondaient à leurs préoccupations politiques.
Ainsi s’explique comment la Faculté de droit atteignit dès le début,
( ') Il faut faire exception pour quelques-uns, notamment pour les Athdnêes de Bruxelles, de Maeslricht et de Luxembourg.
IMKOniCTION.
k rüniversité de Liège, une importance hors ligne : à un moment donné, il en devait sortir une phalange tout armée pour le combat. L’esprit scientifique proprement dit souffrit cependant de cette situation ; le système qui fut mis en vigueur en 1817 porta de lout autres fruits que ceux sur lesquels avaient compté ses promoteurs. Parmi les étudiants qui se distinguèrent, un petit nombre poursuivirent plus tard des études paisibles ; la plupart visèrent à jouer un rôle actif dans les affaires publiques. On sait ce que la Belgique doit à leur chaleureux patriotisme, à leurs audaces précoces, k la sagesse pratique dont ils firent preuve jusque dans leurs entraînements. On sait également avec quelle dignité courageuse etquelleabnégation antique quelques-uns d’entre eux restèrent fidèles au gouvernement déchu : ccuxlà aussi sont dignes de tout respect et de toute sympathie. Noble et vigoureuse génération, dont l’histoire se souviendra et qui est encore l’honneur de notre pays ! Mais l’époque oü ces hommes étaient jeunes fut une époque de crise et de transformation : c’est k peine si l’Université de Liège, jusqu’en 1830, put respirer dans des conditions normales. On y entrait trop peu préparé, on en sortait trop agité, et dans tous les cas trop indifférent à la science pure. C’est ainsi que, par l’ell'et naturel des circonstances, la politique vint s’asseoir sur nos bancs, et absorber de plus en plus l’attention ; elle s’en retira plus tard, nos libertés une fois conquises, pour intervenir, sous l’égide de la loi, dans la constitution du jury d’examen; mais jusqu’aujourd’hui notre enseignement supérieur en a subi l’influence, et c’est ce qu’il importe de constater d’abord, si l’on veut porter un jugement équitable sur les efforts de ceux qui l’ont représenté jusqu’ici.
Pris en lui-même, le Règlement organique de 1816 était digne d’un prince éclairé, loyalement dévoué k l’œuvre d’émancipation qu’il avait entreprise. Il consacrait une sorte de compromis entre le système de centralisation de l’Université de France, et le système d’autonomie des hautes écoles de l’Allemagne. Les spirituelles plaisanteries de l’ Observateur belge (') ne lui portèrent aucune atteinte sérieuse; s’il n’était pas irréprochable de tout point, il substituait du moins des établissements complets aux institutions incomplètes léguées par l’Empire {*). Le travail de M. Nothomb (s) nous dispense d’analyser
(') V. notamment t. IX, p. 353 et suiv.
(*) Juste, p. 30*2.
(*) Etat de l'instruction supérieure en Belgique ; 1794 -1835). Bruxelles, 18*4, in 8°, l. I , p. XXVII cl suiv. — V. aussi Th. Juste, p. 292 et suiv.
XXVIIt
IMROtlL'CTIO.V.
ce document , qui d’ailleurs a servi de base à nos institutions actuelles, en ce qui concerne la constitution intérieure des Universités. Celles-ci devaient comprendre cinq Facultés; mais la Faculté de théologie catholique, la seule qui aurait pu porter directement ombrage au clergé, n’y fut jamais organisée. Le règlement portait la contre- signature du ministre Falck, qu’on a surnommé le bon génie de Guillaume I : cela encore devait inspirer confiance (*). En somme, une opposition systématique pouvait seule à l’origine, suspecter les intentions royales.
Tout allait dépendre, il est vrai, du premier choix des professeurs. Le gouvernement lit tout ce qu’il put pour trouver dans le pays des hommes capables; il s’en rencontra quelques-uns, mais pas assez pour satisfaire aux conditions du programme. Il ne suffisait pas d’avoir été premier (le Louvain pour être en état d’enseigner le droit romain h une époque où les Hugo, les Thibaut et les Savigny transformaient la science. L’histoire philosophique, les sciences économiques étaient chez nous de mystérieuses inconnues ; la philologie ne comptait pas un représentant sérieux; en sciences naturelles, on aurait eu à peine un nom à citer; en médecine, nous possédions Ansiaux, Comhaire et Sauveur ; mais la Faculté devait être complétée. On fit venir de Bruxelles J -G. -J. Ernst, pour le droit civil; Delvaux eut mission d’enseigner la physique et la chimie ; partout enfin où il fut possible de trouver des professeurs belges, on alla les chercher. Cependant, sous peine de tout compromettre, il fallait, dès le commencement, offrir à la jeunesse un ensemble de moyens d’instruction. Le gouvernement ne fil que remplir un devoir en recrutant à l’étranger quelques hommes d’avenir, capables de pourvoir aux nécessités du moment. Ces hommes arrivèrent à Liège, jeunes encore, inexpérimentés peut-être, mais dans tous les cas à la hauteur de leur mis-
( i ) Malheureusement la modération de ce digne conseiller ne tarda pas h déplaire au roi. Lorsque Cuillaume prit ses arrêtés concernant la langue hollandaise, le ministre de l’inlruction publique, après avoir Tait vainement tout son possible pour détourner le roi de son dessein, résolut du moins d'apporter un retardé l'exécution des nouvelles mesures. M. Juste rapporte à ce sujet (p. .103) l’anecdote suivante : « Le professeur de littérature hollandaise de l'Athénée de Bruxelles s'étant présenté un jour à l'audience du roi, celui-ci lui demanda comment allait la lamjue nationale depuis los derniers arrêtés. Le professeur, qui était un Batavc fanatique, répondit que le ministre tenait encore les arrêtés dans son portefeuille. A la suite de celte audience, Cuillaume cul une explication avec M. Falck ; et le fidèle ministre fut envoyé ù Londres. » — M. Quetelct a publié une intéressante biographie de Falck dans Y Annuaire de f Acad, royale de Bruxelles, année 18 fi, p. 79-107.
INTRODUCTION
sion. L’opposition jeta les hauts cris (*) : elle eut doublement tort. Les nouveaux professeurs n’étaient pas tous également familiarisés avec la langue française; mais, d’une part, c’était un défaut dont ils avaient le loisir de se corriger tous les jours; de l’autre, l’enseignement de certains cours devait se faire en latin. L’essentiel était de pourvoir les jeunes gens de connaissances solides, de leur ouvrir des perspectives que rien jusque là ne leur avait fait entrevoir. Mais l’injustice de l’opposition est surtout saillante à un autre point de vue. Sans les professeurs étrangers, les fortes méthodes de l’Allemagne ne se seraient pas introduites dans notre pays; or ce sont ces méthodes, on peut le dire, qui nous ont décidément affranchis de la routine. Les Wallons ont quelque chose de l’esprit clair et analytique de leurs voisins du sud ; mais leurs instincts réclament aussi cette forte discipline intellectuelle et cette coordination synthétique des idées qui sont les premiers besoins des races germaniques. Les professeurs étrangers rendirent à nos étudiants un service inappréciable, en les initiant à leurs procédés de travail et de recherches. Beaucoup d’élèves, sans doute, ceux qui faisaient des Brodstudien (il en est ainsi partout), ne prêtèrent à leurs leçons qu’une attention superficielle et forcée; beaucoup même conquirent leur diplôme en défendant des thèses dont ils n’étaient point les auteurs (cet abus tenait, soit au système qui n’exigeait point assez de garanties, soit à l’indulgence ou à la bonhomie de certains professeurs); mais ceux qui voulurent travailler sérieusement eurent du moins la possibilité de le faire ef d’élargir la sphère de leurs idées, dans des conditions où ils ne se seraient certainement pas trouvés, s’ils n’avaient eu pour maîtres que des hommes restés dans le terre-à-terre île nos vieilles écoles.
Quel essor n’imprima pas aux élèves de Liège un Wagemann, par exemple, non pas seulement en les animant du désir de savoir, mais en remuant avec eux les plus hautes, les plus pressantes questions sociales, économiques, historico-politiques ? Aekersdyck après lui, et dans un autre domaine Kinker, quelle part ne prirent-ils pas à notre émancipation intellectuelle? quels disciples ne suivirent pas Bekker et Fohinauu dans des sentiers où personne parmi nos compatriotes n’avait depuis longtemps plus songé à s’aventurer ? Sachons rendre
{') V. ci après, col. 71, a«7, a68, etc.
INTROmcriON.
pleine justice au roi Guillaume : nous lui devons d’avoir été, une fois pour toutes, mis au pas de la civilisation et de la science modernes.
Il nous eut fallu, cependant, un plus grand nombre de professeurs. Confier à un seul titulaire l’enseignement de toutes les sciences naturelles , par exemple , c’était presque dérisoire. La sollicitude du gouvernement ne se démentit point; mais à l’époque où il s’occupa sérieusement de renforcer le Corps enseignant, le ciel se couvrait de nuages et l’on songeait h tout autre chose qu’à l’intérêt des études. Warnkœnig et le baron de Reilfenberg publièrent, en 1829, un écrit rempli de vues sages sur la réforme de l’enseignement supérieur. Us y prenaient pour point de départ la direction de l’enseignement par l’État; ils perdirent leur temps et leur huile : ce qui préoccupait alors tout le monde et le gouvernement lui-même, c’était moins l’amélioration des éludes que la question même dont nos deux publicistes supposaient la solution acquise.
Les premières années se passèrent sans bruit : quelques petites querelles de ménage, quelques échauffourées d’étudiants aux eaux de Chaud fontaine ( ' ) , l’une ou l’autre réclamation au sujet d’articles publiés par des élèves dans les journaux militants , dans tout cela rien de bien grave. Les règlements universitaires étaient rarement enfreints. Il régnait entre plusieurs professeurs et leurs élèves une sorte d’intimité tout à fait avantageuse pour ces derniers et non sans importance au point de vue de la popularité du gouvernement, par la raison bien simple que la liberté des conversations privées amenait des discussions d’opinion qu’on ne pouvait aborder en chaire, et que, sans trop s’en douter, la jeunesse se pénétrait insensiblement d’idées qu’elle n’eût peut-être point accueillies si elles lui avaient été présentées ex cathedrà (*). Ou s’habituait donc au nouveau régime. L’enseignement suivait une marche régulière et prenait peu à peu de l’extènsion. Denzinger, Fuss et Wagemaun avaient fondé une École propédeutique pour les aspirants au professorat secondaire ; le gouvernement décrétait l’annexion à l’Université de Liège d’une chaire d’économie agricole et forestière et d’une chaire d’exploitation des mines. En un mot, l’institution commençait à répondre aux espérances du pouvoir et du public , lorsque les imprudents arrêtés
( *) Il y avait alors une table de roulette installée à Cliandfontaine ; le Conseil académique s'en émut. Le directeur des jeux se tira d'embarras en interdisant aux élèves de l'tinivcrsité la Fréquentation de sou établissement.
{*) V. l'art. Kiskkk.
IXTIMHIl'CTIOX.
(le 1825 vinrent jeter tout d’un coup le trouble dans les esprits et allumer l’incendie qui devait tout consumer.
Ou a mentionné plus haut l’ordonnance relative aux élèves qui avaient fait leurs éludes humanitaires à l’étranger ; l’arrêté du 14 juin, créant à Louvain le College philosophique, produisit dans le pays une impression plus vive encore. Ne devaient plus être admis à l’avenir dans les Séminaires épiscopaux, que les élèves qui auraient achevé leur cours d’études dans cet établissement. Il n’était plus possible dès lors de se méprendre sur le but du gouvernement. « Dans toute société de citoyens, mais surtout dans un État où la loi fondamentale adoptée le prescrit textuellement, il est du devoir du souverain de veiller à l’instruction publique dans toutes les classes de citoyens. Or il n’existe point de condition dans la société qui ait autant d’importance que celle des ministres de la religion, aucune qui exerce une plus grande influence sur l’esprit des citoyens. 11 est, par conséquent, trèsimportant que l’autorité civile surveille et prenne à cœur l’éducation de la jeunesse qui se destine au service du culte. Mais cette surveillance et cette sollicitude ne doivent pas s’étendre aux efforts concernant ce qui constitue proprement dit la doctrine de l’Église, mais seulement h ce que les futurs ecclésiastiques puissent acquérir convenablement la conviction qu’ils sont et resteront toujours des citoyens de l’État, et qu’ils connaissent bien leurs devoirs comme tels. » Cette déclaration du ministre de l’instruction publique parut décisive au clergé, qui fit entendre son cri d’alarme jusqu’à Rome. On ne pouvait prétendre à la rigueur que Guillaume voulût semer jusque dans les Séminaires des germes de protestantisme ; mais, comme nous l’avons dit, son joséphisme n’était pas douteux. Les évêques modifièrent tout d’un coup leur tactique : ils avaient repoussé la loi fondamentale en 1815 parce qu’elle proclamait la liberté absolue des cultes ; ils l’invoquèrent maintenant contre le roi , qui était le premier à porter atteinte à celle même liberté. Une fois sur ce terrain, leur mot de ralliement fut la revendication d’une autre liberté inséparable de la première : la liberté de l’enseignement (').
Le gouvernement trouva des défenseurs dans la presse (*) et quel-
(') V. Aü.Bartels, Doc. hi.st. sur la révolution belge, 2° édition. Bruxelles, I83G, in-8°. {* > V. le recueil intitulé: Opinion (le quelques publicistes sur le colléi/e philosophique , etc. Bruxelles, 1826, in-8°.
INTRODUCTION
ques partisans dans le sein même du clergé : un instant on put craindre un schisme, s’il faut s’en rapporter à certains journaux du temps. Il y a là une exagération manifeste. Les joséphistes en robe ecclésiastique étaient très-clairsemés. Il paraissait sans doute fort désirable que les jeunes théologiens reçussent désormais une éducation en rapport avec la civilisation moderne; mais en s’arrogeant le droit exclusif de diriger cette éducation, le pouvoir civil devenait oppresseur. En vain le Journal de Garni (') cherchait à donner le change à l’opinion. « Ici l’arbre de Bacon fleurit par toutes ses branches, écrivait-il : et l’on ose dire que l’instruction n’est pas libre ! » En vain un correspondant du Courrier des Pays-Bas appliquait au roi la parole de l’Evangile : « Je ne suis pas venu pour détruire la loi et les prophètes, » on répondait de toutes parts aux sophistes :
O pucri, fugitc hinc ! Latet Anguis in herbê...
Guillaume I voulut tenter un coup de maître parle Concordat; mais le pape Léon XII fut aussi fin que lui. L’insuccès de cette tentative ne découragea pas le roi (*); son obstination ne fit que propager le désafl'ectionnement parmi les libéraux aussi bien que parmi les catholiques, et força pour ainsi dire les deux partis, comme l’avait prévu de Potier, à se jeter dans les bras l’un de l’autre (*), sauf à se séparer de nouveau après la victoire.
Il ne nous appartient pas d’entrer ici dans le détail de ces débats ; il suffira de faire remarquer qu’ils contribuèrent à passionner notre jeunesse universitaire, plus préoccupée d’ailleurs des réclamations des libéraux que des motifs de plainte invoqués par le clergé. Le cri de liberté retentissait de toutes parts; elle y répondait comme par un vague instinct, sans avoir encore pleinement conscience du but précis de ses aspirations. Elle devint bruyante et inquiète : toute mesure autoritaire lui parut suspecte; un simple règlement d’ordre intérieur,
( 1 ) N® du 58 décembre 1825.
(*) V. lu circulaire du S octobre 18-17.
{*) Gervious, t. Vit, p. 581. — Les arrêtés de 1829, modillanl à certains égards ceux de 1825, ne satisfirent nullement l'opposition. On peut s’en convaincre en parcourant la brochure menaçante de l'évèquc de Litige, Van Bomiuel, intitulée : Trois chapitres sur tes tleu. t arretés tlu 20 juin 1829, relatifs au Collège philosophique : pur un père de famille pétitionnaire. Bruxelles, septembre 1829, in-8®.
INTKOfU CTION.
en 1826, provoqua une véritable insurrection (*). Ces premières agitations n’eurent à proprement parler aucun caractère politique; elles attestèrent cependant, par l’attitude hostile des étudiants envers certains professeurs qu’ils croyaient être particulièrement à la dévotion du pouvoir, qu’il y avait un point noir à l’horizon. Quelques jeunes avocats, des élèves même du doctorat en droit, notamment les rédacteurs du Mathieu Lacnsbergh (!), commencèrent alors à battre en brèche la politique de Guillaume, au nom des idées libérales ; leur polémique hardie, vigilante, soutenue avec autant de talent que de généreux enthousiasme, surexcita de plus en plus les esprits, et les procès de presse eurent pour effet, comme toujours, de fortifier les rangs de l’opposition. Le Mathieu Laensbergh prit le nom de Politique et exerça, sous ce nouveau titre, une influence croissante (s). Le gouvernement s’émut. En 1829, une subvention de 25,000 fr. (sur les fonds de l’industrie nationale) fut allouée au publiciste Münch (4), nommé l’année précédente professeur à l’Université de Liège, à charge de créer un organe officieux. Malgré ce point d’appui, le Courrier universel ne naquit pas viable, et les manifestes de Münch contre la liberté d’enseignement, que Y Union avait déjà inscrite sur son programme, ne firent qu’accroître l’irritation et les défiances. Les discussions à l’ordre du jour exaltèrent de plus en plus les étudiants : on courait se suspendre aux lèvres éloquentes du professeur de droit public; ou commentait ses doctrines après chaque leçon; on en déduisait les conséquences; on protestait contre le fameux message du 11 décembre 1829; on commençait à dire que le régime inauguré en 1815 était un perpétuel coup d’Élat (s). Le roi voulut détourner l’attention en provoquant une enquête sur l’état de l’enseignement supérieur. Des rapports mûrement élaborés virent le jour i 6), mais ne produisirent aucun effet sur l’opinion et n’aboutirent pas. Dans le sanctuaire des études on songeait à peine aux études; les professeurs
(•) V. l’art. J. -G. -J. Ernst.
( *) V. l’art. F. Van Hilst.
(*j UI. Capitaine, lirait, sur las journaux liégeois. Liège, ISîiÛ. in-12°, p. 181 cl suiv.
(•) V. ci-après, col. 479.
(*) Expression dont se servit plus lard M. Nothomb dans son Entai sur ('histoire tir la révolution belge.
(6) Rapport (1er Commissie, bijeengeroepen tlonr K. b es luit van i‘A april 1828, «° IU0, lcr raatlpleyiny over sommige punien hatre.ffende het hooger onderwijs. I.a Haye, 1830, in-fbl.
INTRODUCTION
n’avaient plus de stimulant; les étudiants suivaient les cours parce qu’il les fallait suivre, mais leur esprit était ailleurs : ils s'échauffaient les uns les autres à propos des finances, de l’impôt-mouture, de la presse, de la magistrature, des droits mômes de la couronne ('); ü leurs yeux, comme aux yeux de tous, la cause de la liberté était devenue la cause de l’indépendance nationale. Un moment vint où l’on ne se posséda plus : aux barricades, à Ste-Walburge et jusqu’au gouvernement provisoire, partout se retrouvèrent au premier rang les enfants de l’Université de Liège.
Tout avait conspiré i» exalter leur patriotisme, et l’influence du vieil esprit liégeois, et un souffle venu de France, et l’éducation constitutionnelle qu’ils avaient reçue. Us combattirent pour la vraie liberté comme on l’entendait à Liège, où tout ce qui est imposé d’autorité paraît suspect, fùt-ce le progrès. Le Timeo Danaos est en quelque sorte le mot d’ordre de nos populations; il n’en est peut-être pas en Europe qui puissent moins s’habituer à un gouvernement personnel. Si Guillaume avait compris cela ....
Revenons à l’Université. Nous avons dit qu’avant 1830 elle ne forma qu’un petit nombre de savants proprement dits; en revanche, elle trempa des caractères : l’un vaut bien l’autre. L’enseignement, relativement peu étendu et peu varié, y était surtout émancipateur; il ne s’agit, bien entendu, que des cours à influence directe, de ceux où Guillaume forgea des armes contre lui-môme, selon la pensée de M. Gerlache. On n’oserait dire que les examens fussent très-sérieux *); mais le système des dissertations et des concours, malgré ses abus, offrait du moins cet avantage, que les bons élèves avaient l’occasion de donner des preuves réelles de capacité et non pas seulement do mémoire. En outre, l’Université n’avait pas ù s’inquiéter de ses voisines, ce qui est un privilège inappréciable. La répartition môme des leçons entre les professeurs était l’affaire des Facultés; un professeur était nommé membre de telle ou telle Faculté, mais non pas chargé exclusivement de tel ou tel cours ; ne parvenait-on pas à s’entendre sur les attributions de chacun, les propositions se faisaient-elles con-
(') Allusion à une brochure de J. Lebcau.
(*) « La rivalité entre trois Universités s'est bornée jusqu'à ce jour à lu facilité des admissions», écrivait en 1828 Ch.dc Brouckere. L'honorable publiciste exagérait; cependant l’adage a raison : il n'v a pas de fumée sans feu.
INTHODUCTiON.
currence, on avait recours, en dernier ressort, au Collège des curateurs. Un tel système ne serait plus guère praticable aujourd’hui ; mais, à l’époque dont nous parlons, les programmes étant peu chargés, il était de nature à donner de bons résultats. Les Universités d’Allemagne qui sont entrées dans cette voie n’ont pas eu à s’en repentir. U ne certaine latitude laissée au professeur dans le choix même des objets de son enseignement (sous le contrôle de la Faculté, qui veille à ce que tous les cours obligatoires soient faits régulièrement) le dispose à travailler avec goût, lui laisse le loisir de suivre ses prédilections sans être obligé de faire deux parts de son temps, l’une pour préparer ses cours, l’autre pour continuer ses études; enfin, le rapproche des collègues avec lesquels il alterne. Chaque jour il fait part à ses auditeurs des nouveaux progrès qu’il vient de réaliser; il avance pour ainsi dire avec eux, comme disait et faisait Victor Cousin à la Sorbonne; une sorte de solidarité s’établit, la curiosité est tenue de part et d’autre en éveil; il n’y a plus de refuge pour la paresse d’esprit: le professeur est en mesure non seulement de former de bons élèves, mais de véritables disciples. C’est ce qui est arrivé à Liège pour plusieurs cours, particulièrement dans les Facultés de philosophie et de médecine. D’autres cours, il est vrai, se réduisaient à une sorte de formulaire, et c’est d’après ceux-là qu’on a jugé l’ensemble. Nous n’hésitons pas à dire que ni du chef de leur organisation générale, ni du chef de la plupart de leurs professeurs, nos anciennes Universités, et tout d’abord celle de Liège, n’ont mérité les dédains dont elles ont été l’objet, après avoir été prônées outre mesure. M. de Gerlache, qu’on n’accusera certes pas de partialité en leur faveur, n’hésite pas à reconnaître que l’enseignement y fit des progrès en droit, en médecine et dans les sciences exactes; «elles ne laissèrent pas, ajoute-t-il, d’imprimer une certaine impulsion aux esprits » (*). Nous ne comprenons pas comment on a pu contester leur influence sociale: s’il est un fait saillant au contraire, c’est qu’à Liège surtout, la jeunesse universitaire s’intéressa aux questions pratiques beaucoup plus qu’à la science pure. Les anciens élèves de Wagemann , de Kinker, de Destriveaux et d’Ackersdyck ont été et sont encore au premier rang parmi les promoteurs et les soutiens des institutions dont la Belgique est justement fière.
( * ; Uim. du ray. de * Pays- lia*, t. I, p. 370.
INTRODUCTION
Qu’il y eût quelque chose de suranné dans l’emploi du latin, par exemple, et dans l’habitude prise par quelques professeursde dicter des pourquoi et des parce que , nous aurions mauvaise grâce à le contester; mais il faut se reporter à cinquante ans en arrière et se rappeler qu’en dehors de l’ancienne Alma mater , on n’avait jamais possédé en Belgique un enseignement supérieur. Si l’Université eût pu rester calme, nul doute qu’elle n’eût répondu graduellement à l’attente générale : mais que faire en présence du trouble des esprits ? On ne peut s’étonner que d'une chose : c’est qu’avec tous les obstacles qui l’ont enrayée, elle ait pu former autant d’hommes d’élite dans tous les genres. Que ceux qui sont bien au courant du mouvement intellectuel de notre pays depuis la chute de l’Empire se donnent la peine de parcourir les listes annexées au présent volume: nous nous inclinons d’avance devant leur verdict.
Avant d’en Unir avec la période hollandaise, il nous faut dire quelques mots d’une institution que la législation nouvelle a fait disparaître : nous voulons parler du College des curateurs, dont le règlement de 1816 avait fait la première autorité académique (*)• Ses attributions.
{ 1 ) L'art. 169 du règlement organique était ainsi conçu :
« Les fouctions et le pouvoir confiés aux curateurs sont :
i° Le soin de surveiller la stricte observation de tous les règlements et arrêtés sur la haute instruction et surtout le présent règlement ;
•2“ Le soin de veiller à ce que toutes les branches de l'enseignement soient cl restent confiées à un nombre suffisant de professeurs ;
3° Le soin de veiller à la conservation de tous les bâtiments académiques, collections, cabinets, et de tout ce qui appartient directement ou indirectement à l'Université;
4° Le soin de former, d'arrêter, de modifier ou étendre toutes les instructions des employés qui dépondent de I Université. L'avis du Sénat sera demandé lorsqu'il s'agira des appariteurs; l'avis des directeurs des collections ou cabinets, lorsqu'il s'agira des personnes qui y sont employées, et enfin celui du professeur de botanique, lorsqu’il s'agira des employés du jardin botanique;
5° La surveillance des finances de l'Université, ainsi que de la bonne administration des legs ou donations, qui pourraient être faits en faveur des Universités, excepté seulement les donations ou legs dont l’administration serait confiée spécialement par le fondateur à quelque autre collège ou à des particuliers;
6° La formation d’un budget annuel où doivent être portées toutes les dépenses présumées nécessaires pour l’année suivante, afin que, par là, déduction faite des revenus particuliers de chaque Université, si elle en a , on puisse fixer le montant de ce que le trésor public devra fournir en faveur de l'Université. Ce budget sera envoyé par eux au commissaire général de l'instruction, des arts et des sciences, pour être soumis par lui avec ses considérations à l'approbation du roi, et, après avoir été approuvé par S. M., servir de règle pour les dépenses à faire pour chaque Université , et dont le soin est confié au département susdit ;
1° La formation d'un rapport annuel cl détaillé de l’état de l'Université , lequel rapport.
1MKUIHU1UN.
très -importantes et très -étendues, embrassaient l'administration générale de l’Université. Il n’exerçait d’ailleurs aucune surveillance sur les professeurs ; chacun demeurait responsable de son enseignement. Sans méconnaître les services rendus par ce Conseil, on jugea convenable, en 1835, de le remplacer par un fonctionnaire unique investi de pouvoirs relativement restreints ; l’action du gouvernement sur les Universités devint plus directe et plus immédiate, sans entraver d’ailleurs la liberté de la science (*).
Les curateurs devaient être choisis parmi les personnes distinguées autant par leur amour pour les lettres et les sciences, que par le rang qu’elles occupaient dans la société (art. 164 du Règlement de 1816). La liste suivante atteste qu’ici le gouvernement hollandais ne saurait être accusé d’intolérance. On doit lui rendre cette justice que, sans avoir égard à leurs opinions personnelles, il n’accorda sa confiance qu’à des hommes qui en étaient réellement dignes. Les curateurs de l’Université de Liège jouirent jusqu’à la fin de la considération générale, et l’on peut dire qu’ils contribuèrent beaucoup à maintenir la concorde entre les membres du corps enseignant. Furent nommés en 1817 :
Le comte de Liedekerke, gouverneur de la province, président du Collège ;
Le baron C.-H. de Broich, membre de l’ordre équestre de la province de Liège;
avant le commencement de chaque année académique, devra être envoyé par eux au département de l’instruction, des arts et des sciences ;
8° Enfin, ils prendront à cœur tout ce qui, selon leur avis, pourrait contribuer à entretenir ou h augmenter le bien-être et l’honneur de l’Université, dont ils ont la surveillance. »
Une chaire venait-elle à vaquer, les curateurs proposaient au gouvernement deux candidats et indiquaient les raisons qui avaient motivé leur choix; ils formulaient aussi leur avis sur la création de chaires nouvelles, sur la suppression ou la division de certains cours, etc. Enfin, ils distribuaient les bourses d’études après avoir pris l’avis des Facultés et au besoin soumis les postulants à un concours. — Ils avaient chaque année deux réunions ordinaires, en octobre fi cause du changement de recteur, en juillet pour dresser le budget de l’exercice suivant : en dehors de leurs sessions, le président et le secrétaire expédiaient les affaires courantes. Le mandat de curateur était gratuit, sauf des jetons de présence. Deux cinquièmes seulement des membres du collège pouvaient être choisis en dehors de la province oü l’Université était établie : on leur allouait des frais de voyage. Le président de la Régence municipale de chaque ville universitaire faisait partie de plein droit du collège des curateurs pendant la durée de sa dignité (art. 167).
(‘ ) V. le Rapportée M. Nothomb, t. I, p. cxlvi.
ini nom t.riox.
Hilarion-Noël, baron de Villenfagne d’Ingihoul, membre des Etats de la même province, correspondant de l'Institut des Pays-Bas (' ) ;
D. de Mélotte d’Envoz, bourgmestre de la ville de Liège (* ) ;
( ' ) Le baron de Villenfagne, nt! à Liège en juin 1753 et mort dans la même ville le 23 janvier 1826, a laissé un nom comme historien. Plus instruit que la plupart de ses compa* triotes, il revint de France, ses études achevées, épris d'une belle passion pour les lettres en général et plus particulièrement pour les recherches historiques. Il débuta par une édition des Oeuvre s du baron de Walef, poète liégeois du siècle de Louis XIV, estimé de Hoilcau lui-même et trop oublié depuis. Il fut un des promoteurs les plus actirs de la Société tf Emulation et l'un des collaborateurs de V Esprit des journaux. Insensiblement son attention se concentra sur les choses liégeoises; il rail au jour, en 1788, des Mélanges de littérature et d’histoire , où l'on remarqua un Essai sur Notger , une notice sur l'auteur du Miroir des nobles de la Hesbaye et une étude sur les guerres d’Awans et de Waroux, qui ensanglantèrent notre pays au XIIIe siècle. Les fonctions publiques auxquelles il fut appelé ne le détournèrent pas de son but, qui élnit surtout d'étudier à fond la constitution politique de notre ancienne principauté. En 1792, étant bourgmestre, il lit paraître ses Recherches sur tordre équestre ; l'année suivante parurent ses Eclaircissements sur lluès de Dammartin, chevalier français, deux écrits estimables, mais publiés à une époque où l’on ne s’intéressait guère à ces sortes de sujets. Villenfagne émigra ; sa riche bibliothèque, qu'il avait emportée avec lui, fut brûlée à Dusseldorf, où les Français avaient jeté quelques bombes. Il rentra dans sa patrie dès qu'il le put et se retira dans son château d'Ingihoul-sur-Meuse, pour se consacrer tout entier h l’éducation de scs enfants et à scs études chéries. Il mit sous presse en 1803 Yliistoire de Spa (2 vol. in-12° , où il soutint, coulro le docteur de Limbourg, la prétention de Tongres à posséder la véritable fontaine de Pline. Les Essais critiques sur t histoire civile et littéraire de la ci-devant principauté de Liege (1808', les nouveaux Mélanges (1810), enfin les Recherches sur l'histoire de la même principauté (1817), acquirent à Villenfagne un crédit considérable comme érudit et comme critique. Sur ces entrefaites, il était sorti de sa solitude pour accepter le double mandat de membre de la Députation des Etats et du Collège des curateurs de l’Université. « Son alTabililé, son esprit de justice et son désir d’obliger, dit Ch. de Chènedollé, son biographe, le firent chérir de tous ceux qui eurent des relations avec lui. » Il n'avait jamais pu se rallier aux idées modernes: mais il respectait autant les opinions d’autrui qu’il tenait aux siennes; sa loyauté était absolue et la passion ne dictait point ses jugements : on n'en remarquera pas moins que Guillaume I ne fut pas exclusif dans le choix des personnes qu'il attacha â notre Université. — M. de Gcrlache tient en haute estime, les travaux de Villenfagne; il lui reproche seulement de n'avoir en quelque sorte travaillé que pour les auteurs et pour les savants. L'historien liégeois fut reçu à l'Académie de Bruxelles en 1818 : le t. Il des Nouveaux Mémoires de celte compagnie contient un travail de Ini, Sur la découverte du charbon de terre dans la principauté de Liège. On cite encore sa notice sur un beau MS. de la vie de St-Hubert, qui a appartenu à Philippe- le- lion, duc de Bourgogne (Extr. du Courrier tic la Meuse, n°du 21 septembre 1825), et quelques éloges d'artistes, discours, etc. lus dans les séances publiques de la Société d'Emulation. Il travailla pendant plus de trente ans à une Uiographie liégeoise : cette œuvre considérable est restée inédite. — V. Ch. de Chènedollé, Notices nécrologiques sur G.-J.-E. Rttmoux et sur II. -N. baron de Villenfagne. Liège, Desoer, 1826, in-8* (partiellement reprod. dans la Diogr. liégeoise de Boc-dc-Lièvre, l. I).
( *) Denis-Marie, chevalier de Mélotte d'Exvoz, né ù Liège le 2G novembre 1780, mourut à son château d'Envoz le 17 mai 1856. Il avait commencé ses études en Allemagne pendant l'émigration ; il les acheva dans sa ville natale, à l' Académie anglaise. Successivement maire de Couthuin, membre de la commission municipale qui administra Liège de 1814 k
IMUOiaUlü.N.
F. Rouveroy, membre des Etats provinciaux et conseiller communal à Liège (*);
1847, bourgmestre de la même ville de 1817 à 1844 avec de Bex et A. Lcsoinne, puis seul chef de la commune jusqu'à la révolution, et depuis 1820 membre des Etats provinciaux, enfin député à la seconde Chambre, il se distingua par un attachement à scs devoirs et par une loyauté à toute épreuve, dout ses adversaires politiques ont été les premiers à faire l'éloge. Sincèrement dévoué à la maison de Nassau, il n'en déplora pus moins, d’abord en secret, puis ouvertement, la marche que le roi Cuillaume avait fini par imprimer aux affaires. « Consulte par le prince d’Orange qui l'aimait et faisait grand cas de sa haute probité et de son caractère loyal, il ne lui cacha point son opinion et alla jusqu'à dire à l'héritier du trône néerlandais : Prince , le roi vient par les dernières lois de se désaffectionuer le cœur de tous les Belges ; si ces lois ne sont retirées ou profondément modifiées , j’ose prédire à V. A. U. une révolution dans un très-prochain avenir. — L'avenir était proche en effet. Moins d’une année après, en sortant pour la dernière fois do son cabinet à Anvers, lo prince d'Orange trouva sur son passage le député-bourgmestre de Liège, mêlé à quelques serviteurs fidèles. L'âme de de Mélottc se peignait tout entière sur son visage. Le prince l'étreignit en passant et laissa tomber ces paroles : Vous me t avsez dit et vous aviez bien raison ! (ül. Capitaine, AVer. liégeois pour 1856, p. 88). I)c Mélotle resta fidèle au gouvernement déchu, mais déclina toutes les offres brillantes qui lui furent faites en Hollande; il se retira dans son château et n'en sortit plus. C’est sous son administration qu'ont été créés à Liégo l'Université, l’Ecole roy. de musique, l'institut des sourds-muefs et des aveugles, etc. (V. la Gazette de Liège du 8 juillet 1856).
(') Le nom de Frédéric Rouveroy est un de ceux dont s'honore la littérature nationale; ajoutons que celui qui le porta ne fut pas seulement un poète, mais un excellent citoyen, tout dévoué à la chose publique et en particulier à l'instruction des masses. En mettant son Eloge au concours, la Société d'Emulation ne se montra pas seulement reconnaissante envers un de ses bienfaiteurs, elle remplit un des premiers devoirs que lui impose sa charte. — Rouveroy naquit à Liège le 19 septembre 1771 et y mourut le 4 novembre 1850. Il fit ses études nu Collège de sa ville natale jusqu’au 18 août 1789, jour où éclata la révolution liégeoise. Son père, greffier des Etats, le destinait au barreau; la vocation lui manquant, il résolut d'aller étudier la médecine à l'étranger. L'approche des Français ayant déterminé scs parents à passer le Rhin, il les suivit en Allemagne le 21 juillet 1794. C'est pendant cette période d’exil volontaire que se développa son goût pour la poésie. Il était né fabuliste : l'apologue répondait d'ailleurs à sa préoccupation dominante; il voulait éclairer le peuple pour le rendre meilleur. Rentré dans son pays en 1795, il eut l'occasion d'administrer des communes rurales; il se hâta d'y réorganiser l'instruction primaire et d'y propager la vaccine. Nommé adjoint au maire de Liège en 1808. ensuite échevin de l'instruction publique pendant 21 ans, il eut l'occasion, sans dire adieu aux muses, d’exercer sa propagande sur un plus grand théâtre. Au milieu du tracas des affaires, il trouva le temps de compléter le recueil de ses charmantes Fables , et d’écrire toute uno série de petits livres populaires qui obtinrent le plus légitime succès. Le Manuel des plantations , I Emploi du temps , M Vahnnre ou le maire du village, l 'Essai de phgsique rappellent les entretiens de Maître Pierre et ne sont pas Irop indignes du Bonhomme Riehard.Lc Petit Bossu, ouvrage destiné à combattre les préjugés populaires, prit place dès son apparition parmi les meilleures productions du genre, il eut éditions sur éditions, et jusqu'à l'honneur d'être contrefait en France. L’administration communale de Liégo l'a fait réimprimer à ses frais dans ces dernières années encore, pour nos écoles communales. — Rouveroy se retira de la vie publique en 1830, et ne s'occupa plus guère que de littérature. L'ancien Théâtre du Gymnase 6 tait sa propriété; il fut naturellement amené à s'intéresser à l'art dramatique; il publia même (sous l’anonyme; un livre intitulé : Scénologie de Liège (v. J. Delccourt, Dict. des anonymes,
IXTHO DICTION.
J. Walter, membre des Etats de la province de Namur, Inspecteur de TUniversilé, secrétaire du Collège (').
O. Leclercq, conseiller d’Etat (*), remplaça le baron de Villenfagne,
n" 2299). La llevue de Liège (v. l'art. Van HüLST) coulicnt un grand nombre de pièces de vers de Rouveroy, datant de cette seconde partie de sa vie. — L'enseignement moyen, comme l’enseignement primaire, se ressentit de la vigilance éclairée de cet homme d'élite. A l’Université, il fut un des membres les plus influents du Collège des curateurs ; sans Cire un savant, il prisait haut la science, mais il lui assignait avant tout uu but pratique. Ce n’était pas au reste un utilitaire à vues étroites ; disciple de Franklin, il était en même temps poète; un idéal de l'ordre le plus élevé planait au-dessus de ses théories américaines. — V. Bcc-dc- Lièvre, Biogr. liégeoise, t. II (supplément).
( *) V. ci-après, col. 1.
{*) Olivier Leclercq, né à Serve le 31 décembre 1780, mourut à Bruxelles le I novembre 1842. Il lit ses humanités en Allemagne, sa rhétorique au College Thérésieo de Hervé, puis se rendit à Louvaiu pour y étudier la théologie. 11 u'avail pris ce dernier parti que par déférence pour sou père .- il y renonça au bout de deux ans pour s'attacher a la jurisprudence, et se lit recevoir docteur en droit civil et en droit canon. Etabli ensuite comme avocat dans sa ville natale, il joignit bientôt à su profession les fondions, compatibles avec elle, de juge à la Chambre des domaines et tonlieux. La révolution française et la conquête de la Belgique ayant amené la suppression du duché de Limbourg et de ses tribunaux, Leclercq se vit forcé de s'établir à Liège. Il s'y était fait une position distinguée au barreau, quand le premier consul Bonaparte, réorganisant le personnel de toutes les institutions et y appelant les notabilités de chaque département, le nomma président du tribunal de première instance. Il hésita d'abord cl Huit par accepter. C'est dans l'exercice de ces fonctions qu'il cul l'occasiou d émettre uu vote sur le Consulat à vie, puis sur l'Empire il se prononça contre l'un et l'autre. Il occupa plus lard un siège de juge au tribunal d'appel de Liège; la réorganisation décrétée le 20 avril 1810 lui valut le poste de premier avocat-général pies la Cour impériale, qu'il occupa jusqu'à l'arrivée des armes étrangères et la chute de l'Empire en 1814. Dans l’intervalle, il avait été présenté deux fois par les électeurs de Liège comme candidat au Corps législatif. îi'ayant pas cru pouvoir, avant qu'un traité de paix ne l'eût délié de scs serments, conliuucr ses fonctions de magistral au nom des puissances alliées, il fut tenu pour démissionnaire. Il reparut alors au barreau; sa clientèle commençait à se reformer, lorsque le roi des Pays-Bas le nomma membre de la Commission chargée de réviser la loi fondamenlalc en vigueur dans les provinces septentrionales, pour la rendre applicable au royaume tout entier. Celle mission le retint trois ou quatre mois a La Haye. Peu de jours après sa rentrée à Liège, un arrêté royal le nomma procureur-général près la Cour supérieure de justice de cette ville. Au mois do février lKlli, une nouvelle mission l'appela à Paris, où les traités de 181 S et de 1813 avaient institué un tribunal d'arbitres, à l'cllet de prononcer sur les contestations qui s'élèveraient entre les commissaires français et étrangers, réunis pour liquider les créances des sujets des pays auparavant conquis par la France envors ce pays. Leclercq ne put revenir à Liège qu'en 1818; il y remplit les fonctions de procureur-général et de curateur de l'Université jusqu'en 1829, date de sa nomination de conseiller d'Etat en service ordinaire. En cette qualité, il dut résider alternativement, d’année en année, à Bruxelles ct à La Haye. Député à la seconde Chambre des Etats-généraux de 1823 à 1829, il prit une part très-active aux travaux de celte assemblée , ainsi qu'aux études de la Commission chargée, par arrêté royal du 13 avril 1828, de réviser les lois organiques de l'instruction publique. Les événements de 1830 ne permirent pas à celte Commission d'aboutir cl mirent fin du même coup à la carrière publique d'Olivier Leclercq. Lorsqu'éclala la révolution, il était retenu à La Haye par scs devoirs de conseil-
INTHüDUCriüN.
décédé en 1826. Si les événements n’avaient pas interrompu ses travaux, ou peut affirmer que cet honorable magistrat, aussi lettré que judicieux, aurait exercé, sur la législation de l’enseignement supérieur, la plus heureuse influence. Nous renvoyons le lecteur aux rapports qu’il rédigea comme membre de la Commission de révision nommée en 1828. Ils ont été insérés dans le recueil des actes de la Commission, publié à La Haye en LS30, in- fol.
Bien que le bourgmestre de Liège, Louis Jamme(')> successeur
1er d'Etat. En celle qualité, avec ses collègues beiges, il accompagna l'héritier présomptif à Anvers, où ce prince essaya vainement, comme on sait, de s'entendre avec les chefs du mouvement ; les conseillers d'Etat qui appartenaient a nos provinces rentrèrent alors dans leur patrie. Olivier Leclercq obtint une pension de retraite et passa le reste de ses jours dans la vie privée a Bruxelles, où sa famille était établie. — On lui doit un ouvrage considérable intitulé : Le droit romain dans ses rapports avec le droit français et les principes des deux législations (Liège, 1810, 8 vol. in-8°i ; une Lettre du clergé catholique des provinces septentrionales du royaume des Pays-lias au clergé catholique des provinces méridionales (1815); enfin, une brochure contre l'union des catholiques et des libéraux. Olivier Leclercq n'était pas seulement un profond jurisconsulte ; il possédait aussi des connaissances étendues en littérature et dans les sciences historiques, philosophiques cl politiques. Il avait pour maxime principale de ne jamais prendre de résolution de quelque importance sans avoir la certitude de pouvoir sûrement en soumettre les raisons à l'approbation publique. — Il a laissé deux (ils qui suivent dignement scs traces ; l'ainé, procureur-général à la Cour de cassation, membre de l'Académie royale de Belgique, vice- président du Conseil de perfectionnement de l’enseignement supérieur, a rendu d'éminents services au pays à ces divers titres; d autre part, membre actif de la Commission chargée de publier les monuments de notre ancien droit, il a récemment édité les Coutumes de Luxembourg et de Chiny. Son frère, général du génie, est actuellement directeur des fortifications d'Anvers.
( 1 ) Lambert Jean- Louis Jaune, né à Liège le 15 octobre 1779, y mourut le 12 février 1818, après avoir fourni une carrière utile et laborieuse. La mémoire de Jamme est restée chère aux Liégeois; son nom est synonyme de bon citoyen, d'administrateur éclairé et dévoué au bien général. Jusqu’en 1830, rien de plus paisible cl de plus étranger aux affaires publiques que sa vie. Il faisait le commerce par raison et consacrait ses loisirs à la peinture, qu'il avait apprise sans maître. C'était chez lui une véritable vocation intime et passionnée ; s'il n’avait eu une jeune famille à élever, nul doute qu'il ne s’v fut adonné entièrement et qu'il n'eût pris rang parmi nos premiers paysagistes. Après bien des années d'interruption, la bonne et fructueuse impulsion donnée il scs aflaires lui avait cependant permis, au commencement de 1830, de remettre un tableau sur le chevalet. Il s'élail construit un atelier dans les combles de sa maison de campagne de Fragnée; il y passait avec bonheur toutes les heures qu'il pouvait dérober ù ses occupations; la révolution le trouva le pinceau ù In main ; c'est dire qu'il ne fut pus, comme on l'a quelquefois prétendu, l'un des auteurs du mouvement. Il ne s'y mêla que dans des voies d'ordre et d'humanité, et seulement quand la sécurité publique fut compromise. Le 27 août 1830, il prit le commandement d’une compagnie de la garde bourgeoise ; le mois suivant, il conserva le même grade dans la garde urbaine. Pendant toute la crise, il vécut pour ainsi dire sur la place publique ; partout où il y avait des excès à prévenir, on pouvait être sûr de le rencontrer. Le 2 septembre, il était an pillage des magasins d'armuriers, tout occupé d'empêcher les actes de violence et de sauvegarder les légitimes intérêts de la propriété. La foule, qui