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de l'état-major des gardes-du-corps du Roi. Il ne parait pas que celui-ci, malgré les instances réitérées de son correspondant, ait rien communiqué ultérieurement à l’Académie de Bordeaux.

Sa santé, toujours inégale, lui servit d’excuse. C’est pourtant de cette époque que datent les principaux écrits qu'il a laissés, deux petits recueils de poésies légères publiés par ses amis sans son agrément, et une comédie en trois actes et en vers (le Connaisseur), représentée à Versailles, puis à Bruxelles.

Rouillé écrivait en quelque sorte pour lui-même : il n’aimait pas qu’on parlât de lui ; il avait peur d’être en évidence. Il racheta, pour les anéantir, tous les exemplaires de ses poésies qu’il put découvrir, et de même il retira sa comédie, imprimée également sans sa participation. Le Connaisseur est moins remarquable, il faut le dire, sous le rapport de l’invention que sous le rapport du style, toujours naturel, élégant et délicat. On y trouve des portraits finement dessinés, des saillies spirituelles, des vers qui se retiennent et qui, s'ils étaient plus connus, obtiendraient fréquemment les honneurs de la citation : quant à la donnée, c’est tout simplement celle du conte de Marmontel qui porte le même titre, et le dénouement fait trop penser au dernier acte de la Métromanie. Evidemment, Rouillé n’avait composé cette pièce que pour essayer ses forces ; ainsi encore s'explique sa discrétion. En tout cas, il pouvait se promettre une brillante carrière littéraire, lorsque la tourmente de 1789 vint faire trembler jusqu’en ses fondements l’éditice social, et rompre en un moment la chaîne des traditions de la France de Louis XIV et de Louis XV : les coups de foudre de l’éloquence révolutionnaire étouffèrent le filet de voix des poètes de cour.

« Intelligent et généreux, dit Ph.Lesbroussart (’), Rouillé avait salué avec transport celte grande rénovation; mais bientôt il fut réduit à détourner ses regards des scènes déplorables qui com-

( 1 ) Discours prononcé aux funérailles de Rouillé.

{*) V. la biographie de Lambrechts par

mençaienl à la profaner. Dans l’une de ces occasions , il fit preuve d’un dévouement trop honorable pour que nous omettions de le signaler. Lorsque, dans les sanglantes journées des 5 et 0 octobre, Versailles fut envahi par la populace parisienne, et le quartier des gardes livré au pillage, Rouillé sam a la caisse de l’hôtel et parvint à déposer les fonds dans une silre retraite, non sans avoir plusieurs fois, au péril de sa vie, traversé les rangs de cette multitude également avide de meurtre et de rapine. Il parvint aussi à protéger les jours menacés de quelques gentilshommes ; double service qui , après le rétablissement momentané de l’ordre, fut récompensé par la croix de Saint- Louis, que du reste il ne porta jamais. » I! resta employé au ministère de la guerre jusqu’au moment où J. -B. I.esbroussart, devenu son beau-frère, le décida (en l’an V de la République) à venir le rejoindre à Bruxelles et à s’y fixer définitivement. Le jurisconsulte Lambrechts (*), commissaire du pouvoir exécutif, le nomma chef dans ses bureaux. Enfin la carrière de l’enseignement s’ouvrit pour lui, lors de l’organisation des Ecoles centrales. A la suite d’un concours, il fut appelé à professer les belles-lettres dans celle de la Dyle. Lambrechts fit tous ses efforts pour le retenir et chercha même les moyens de concilier les fonctions des deux places: Rouillé ne se laissa point convaincre ; par conscience il refusa le cumul, et par goût il opta pour la chaire

Il débuta, le 1er messidor an V, par un discours qui fit d’emblée pressentir en lui un professeur distingué. A une époque où l’on jetait volontiers pardessus bord tout ce qui semblait rappeler l’ancien régime, il se fit le courageux défenseur des Rollin et des Condillac, il enseigna le respect de la pureté classique. L'insistance sur ce point était alors d’autant plus nécessaire, que les Collèges avaient été désorganisés depuis la révolution, et que le soin de la forme n’avait guère été jusque là, même avant

M. Van Hulst, dans les Vies de quelques Belges. Liège, Oudarl, I81Ü, in-8*,

Iiîs derniers événements, l;i qualité dominante des Belges- Bientôt Houille et Lesbroussarl constatèrent même que, parmi leurs auditeurs les plus zélés, beaucoup manquaient des connaissances préliminaires indispensables pour profiter de leurs leçons. Ils eurent le courage d'y suppléer et de s'imposer la tâche de faire des cours d’humanités, répartis et gradués selon les besoins des élèves. Ce zèle désintéressé et sans éclat fut pourtant divulgué parla reconnaissance des élèves, et en l’an X, le préfet du département de la Dyle. M. Douleet de Pontécoulant, transmit collectivement aux deux professeurs l'expression officielle « de l'estime et de la reconnaissance que leur conduite avait inspirées au ministre de l'intérieur. » Ce témoignage était d'autant plus honorable que Houille n'avait jamais, dans ses discours de distribution de prix, saisi l'occasion d'encenser le héros « qui avait ramené l'ordre dans l’empire et la victoire sur toutes les frontières. » Quand il avait parlé de Na; oléon, il s’était contenté de le représenter comme destiné â faire fleurir la paix en affermissant la liberté, cette liberté qui avait coûté tant de sang.

Eu l'an XI (1803), lors de l’organisation des Lycées, Rouillé devint professeur en titre des classes de 5P et f, qu'il avait jusque là volontairement dirigées. Quand l’Université impériale sc constitua, un arrêté du grand-maître, Fontanes, le nomma professeur de littérature latine à la Faculté des lettres de Bruxelles Eu exécution des nouveaux règlements, il se munit en 1810 du diplôme de licencié ès-lettres, et l’année suivante de celui de docteur

Dès l'an VII, il avait été désigné par l’administration départementale pour

l1; L'administration désigna vingt membres, qui furent chargés a lei-r tour de s'adjoindre vingt autres collègues. Rouillé (Il partie des vingt premiers avec son beau-frère Lesbroussarl , Van Mons le chimiste . lo peintre François, Heusschling, savant. surkmt en linguistique, le bibliophile La Serna Santander. l'agronome l’oederle, le professeur de législation Wyns, etc. Parmi les collègues qu'ils s'adjoignirent, on cite le mathématicien et antiquaire de Nieuport, Plassrhnerl, ('•••n-

fiiirc partie de la Société libre des arts, des sciences et des lettres, qui lit place en 1810 à la nouvelle Académie de Bruxelles ('). Nous ne sachions pas qu’il ail été affilié, depuis, à aucun corps savant, si ce n’est à la Société royale des beaux-arts el de la littérature de Gand (1816).

Le événements de I8U, on le comprend sans peine, ne le laissèrent point indifférent. Il avait un frère à Paris ; M"1* d’Angivilliers, sa vieille amie, était rentrée ; la Croix de Saint-Louis, s’il rentrait en France, devait être le prélude d’autres faveurs, de la part de la famille qu’il avait servie dans ses premières années: mille raisons le poussaient à quitter la Belgique. Mais il s’était marié à Bruxelles ; sa Allé y était née ; Lesbroussarl tenait à y rester ; ses meilleurs amis étaient Beiges ; enfin il s’aperçut que son «pur appartenait au pays qu’il habitait déjà depuis vingt ans. il demanda donc el obtint en 1815. du roi Guillaume, des lettres de grande naturalisation. La même année, il fut nommé membre de la Commission chargée de préparer un plan de réorganisation do haut enseignement (*). Quand il eut été décidé, plus tard, qu’il y aurait trois Universités de l’Etal, le commissaire-général de l'instruction publique, Repelaer van Driel, offrit à Itouillé le choix de l'Université dans laquelle il continuerait d’enseigner les belles-lettres. Il opta pour Liège et fut eu conséquence nommé, par arrêté royal du 3 juin 1817, professeur ordinaire à la Faculté de philosophie spéculative et des lettres établie en cette ville (*).

Son enseignement a laissé parmi nous des souvenirs durables. Ceux qui ont entendu Rouillé s'accordent à vanter la

debien, Dolrengc, etc. (Van Hulsl, Soiice sur Itouitté'.

■ * ) Celle Commission était composée de MM. de La Hamaide. avocat -général près la cour supérieure de justice de Bruxelles, le baron !.. II. de Broeck, le chanoine de Basl , di* B and. le professeur de physique Senlelct, J. -B. Lesbroussarl et Rouillé Arr. royal du 8 novembre 1815;.

* Le programme de 1817 lui attribue les cours suivants: littérature française, art oratoire, histoire des provinces belgiqucs.

pureté et l'aisance de son langage, la délicatesse de scs aperçus, le rare bonhcur avec lequel il savait combiner l'ordre didactique et renseignement historique : notons en passant qu’en ce temps-là, le cours de littérature française embrassait les préceptes de l’art d’écrire en même temps que l’analyse «les chefs-d’œuvre littéraires. Rouillé en voulait beaucoup à l’école romantique, qui lui inspirait de temps eu temps des sorties assez vives : cependant il était en un certain sens éclectique, et il savait rendre une pleine justice aux beautés des productions les plus récentes. « Jamais, dit son biographe, jamais vieux professeur peut-être ne se montra plus empressé que lui à citer honorablement des œuvres contemporaines : c’est qu’il était aussi bon que spirituel; mais il faut se hâter d’ajouter que nul ne possédait à un plus haut degré l'art de réveiller l'intérêt en variant le ton de la louange. » Ses levons étaient publiques : à Bruxelles, «lu temps de la réunion avec la France, elles avaient même été fré«|uentées par un grand nombre de dames. A Liège, beaucoup d’amis des lettres, sans distinction d’âge, se plaisaient à retremper leurs souvenirs en allant écouler l'aimable vieillard.

Affable avec tout le monde, Boni lié se montrait peu prodigue du titre d’ami. Surtout il était avare de ses lettres, « si enviées par tous ceux qui en avaient lu quelqu’une. » Plasschaert resta finalement son unique correspondant et l’unique confident «l«*s gracieux caprices de sa fantaisie littéraire. Plasschaert le consultait sur le choix des devises ou des inscriptions dont il ornait les bustes des grands hommes «le son Klysée ( * » : Rouillé lui indiquait Carpe dicta pour Horace, et pour Molière ;

J<> nui l] Il 1*011 unit tiounno...

C’est à Plasschaert qu’il adressait les jolies fables que M. Van llulst nous a partiellement fait connaître dans la Revue de Liège; en revanche, c'est à lui

( ' ) Le célèbre parc de Wespelaer, entre Louvain et Matines. — V. lu biographie de Plasschaert dans les Vie* île quelque* llelge*.

( * ) il doit avoir continué, l'année suivante, à faire son cours de littérature française a

que Plasschaert soumettait soit Essai sur lu noblesse, son Esquisse sur les langues , son charmant conte en vers du Vieux baron et du Jeune chevalier, et son appel à l’exilé Arnault, imitation heureuse d’une pièce qui est dans la mémoire de tout le monde (La Feuille).

A Liège, sa vie «levint de plus en plus studieuse et retirée. Il vint un mont *nt où ses forces ne secondèrent plus son zèle : I eniéritat lui lut accordé par le gouvernement provisoire (le IG décembre 1 850) < * ). « Depuis lors.il vivait doucement, libre de soucis, mais non pas oisif, au milieu de tout ce qu’il chérissait : sa famille, quelques amis, cl scs livres, qui étaient aussi pour lui d’anciens et «le précieux amis ; car, à l'exemple d’un illustre contemporain (Royer-Collard), il lisait peu, mais relisait beaucoup (*). Il était aussi versé dans leslitiératures de l’antiquité classique que dans la littérature française; Horace était son ami inséparable, mais il n’en aimait pas moins le langage profond et sévère de Tacil«\ Il possédait un talent de plus en plus rare : il savait lire. Les inflexions de sa voix, les nuances de son débit, variées à l’infini, toujours fines et toujours justes, contribuaient mieux qu'un commentaire à l'intelligence des beautés littéraires. «

Sa modestie d'auteur était sincère.

« Il y quatre ou cinq ans, dit M. Van llulst, que nous étions parvenus à rassembler quelques feuilles éparses «lésa jolie comédie «lu Connaisseur. Voulant lui faire une surpi ise agréable au jour «le sa fêle, quelques amis s’étalent réunis et avaient appris celle pièce par cœur. Le jour venu, on l’invita, dans la soirée, à passer au salon, où l’on avait dressé un petit théâtre à l’aide «le paravents. On se mil donc à jouer sa pièce : il «Montait attentivement et avec plaisir; mais plusieurs scènes avaient déjà été jouées lorsqu'il dit à ses voisins :

« Mais c'est singulier ! Je connais cela, j’en suis sûr, j'ai vu cela «juclquc part ; aidez-moi donc à le retrouver. »

In t'amlie libre. En tous cas, son nom figure parmi ceux des membres de la Commission d'examen nommée ton) exprès, pour lesélèves de cette Faculté, le 23 octobre 1831.

(’ Discours de Ph. Lesbrousaart.

Bon, indulgent, délicat, il avait l'art de mettre tout lemondcà l’aise. C'était un homme de mérite, et pourtant il n'eut jamais ni ennemis ni détracteurs. Ce témoignage d'un de ses anciens élèves qui fut aussi toujours son ami (') vaut tout un panégyrique. — Il avait, ajoute l' uss, tout ce qui rend l'homme digne d’être aimé,

> ui [hv!u<, more* cui ttpienti* «.•ntt (*).

Nous avons dit que Rouillé conservait pour lui, ou pour quelques amis tout au plus, les écrits qu’il n'étai t point forcé de publier. Il brilla même plusieurs manuscrits. M. Van Ilulst eut beaucoup de peine à arrêter cette œuvre de destruction et à sauver même les cahiers, très-riches en renseignements et en observations remarquables, des cours de son beau-père.

La liste suivante sera donc nécessairement incomplète.— Nous connaissons de Rouillé :

1° Deux recueils de poésies légères , par M. R”*, 1787, in- 18. sans nom d’imprimeur ni de lieu, l’un de 8. l’autre de 66 pages. — C’est à graud’peine que M. Van Hulst est parvenu à rassembler les fragments épars de deux exemplaires de ces opuscules. Les pièces ainsi retrouvées ont été réimprimées en 1845 chez F. Oudarl, à Liège, en un joli volume in-8®, édité par les soins de M. Aug. Van Ilulst fils, sous ce litre : Poésies légères, pur L. P. Rouillé.

2° Le Connaisseur, comédie en trois actes et en vers. — Nous avons dit que la famille elle-même n’a pu en retrouver que des fragments.

3" La collection des Discours prononcés par les professeurs de l'Ecole centrale, du département de la Dyle, à l'ouverture des leçons, le \ Messidor an V, contient un discours de Rouillé(Bruxelles,Tutot, in-12" de 75 p.) —Nous ne savons si les discours prononcés aux distributions des prix de l’F.cole centrale ont vu le jour.

•i° Discours d’ouverture du cours de littérature française (ù l’Université de

Liège) : Sur les progrès de la poésie et de l'éloquence (Ann. Acad., vol. I).

5" Des Fables, des Épigrammes, etc.

quelques-unes très-remarquables , publiées dans la Revue de Liège, t. I (U fables). Il (3 fables et la Lettre à M. Lesbroussart) , III (<2 fables), IV (2 fables), NI (L'ours et le renard, fable ancienne cum nolis variorum (sic) et i épigrammes).

6° Lausus, tragédie(probablement inédite).— Pli. Lesbroussart se souvenait de l’avoir entendu lire dans sa jeunesse ; elle lui avait laissé « une impression puissante ». M. Van Ilulst n'en a retrouvé que deux actes dans les paniers de Rouillé.

iioytM* (Jean-Guillaume) naquit à Munsterbilsen (province de Limbourg) le 26 mars 1798, et mourut à Liège le 20 octobre 1867, quelques jours avant la i élébration du jubilé universitaire et quelques mois a vaut l’époque où il comptait obtenir l’émérital, conformément à la loi. Son nom ligure encore au programme de 1867-1868, mais seulement pour mémoire, M. Heuse (v. ce nom), qui le remplace aujourd’hui définitivement comme professeur de pathologie spéciale, ayant été désigné pour le suppléer dès le commencement de cette année académique. Royer était doué d’une constitution robuste : sa famille avait offert de rares exemples de longévité; son père était mort centenaire, accablé sous le poids de l’âge, mais nullement infirme. Selon toute apparence, Jean-Guillaume devait compter sur une verte vieillesse, longue et paisible; mais une lésion des organes digestifs, dont la cause remontait à quelques années, s’aggrava tout d’un coup pendant les vacances de 1867 et ne laissa bientôt plus d’espoir. Royer avait fait d’excellentes études à l’Athénée de Maestricht, et il en était sorti passionné pour les langues et les littératures de l’antiquité. On peut dire qu'il était né philologue : il écrivait le latin

( ' M. Cl. Muller, membre de la Chambre ( * 1 Memnriœ Lad. Rouillé, pièce de vers dt-s Itcprésentanls. insérée dans la Revue de Liège, t. II, p. 662.

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