‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 102 sur 351 · SAU · texte numérisé non relu

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avait plus qu'un point, ajoute M. Nypels, le biographe de Ituth, où leur destinée pouvait être différente, le lerme de leur carrière ici-bas : le ciel voulut que la coïncidence fût complète. — Ruth prit ses premières inscriptions à l'Université deLiégeavecun autre condisciple luxembourgeois, M Jean-Baptiste Nothomb.

Ils furent compagnons de chambre et prirent, dès le début , des habitudes studieuses. Ils se séparèrent en 1827, M. Nothomb déjà impatient de prendre part aux affaires publiques, Ruth préoccupé de faire honneur au diplôme de docteur en droit, qu’il venait de conquérir par une dissertation sur le Privilègedu vendeur, le seul travail imprimé qu'on connaisse de lui. l.es événements entravèrent la réalisation des projets du jeune avocat ; au premier signal parti de Bruxelles, la jeunesse dn Grand- Duché se leva pleine d’enthousiasme pour les principes de la Révolution.

Ruth fonda une association publique à Luxembourg, en fut le secrétaire et rendit, dans les moments de crise, des services qui furent récompensés plus tard par la Croix de fer. Au mois d’octobre 1850, il passa au tribunal qui venait d’être créé à Arlon, en qualité de substitut du commissaire du Gouvernement ; il y eut l’occasion de remplir par intérim les fonctions de chef du parquet, en l’absence de ce fonctionnaire. Non seulement il profita de sa position pour gagner dans son arrondissement des partisans à la cause qu'il avait embrassée, mais il parvint à faire de la propagande jusque dans les murs de la forteresse. Le ministère jugea prudent de l’éloigner d’Arlon et lui confia le poste de procureur du roi à Neufchàleau. Cependant la conduite de Ruth avait porté ombrage au- Gouvernement Grand-Ducal : des poursuites judiciaires furent exercées contre le jeune agent politique (janvier 1855); la Cour d’assises de Luxembourg le condamna à mort par contumace. Ruth aurait pu faire rapporter l’arrêt : il ne le voulut pas, et laissant au temps le soin de le justifier, il préféra rester exilé de Luxembourg jusqu'à la conclusion de la paix (1859). Soit modestie, soit attachement au sol natal, il refusa

en 1857 une nomination de substitut au Tribunal de Bruxelles; malgré les instances de son ancien professeur, Ant. Ernst, alors ministre delà justice, l’arrêté dut être révoqué. La carrière de Ruth ne devait pas toutefois s’achever à Neufchâteau. La mort de Godet (28 février 1844) ayant laissé vacante la chaire de droit civil élémentaire ù l’Université de Liège, M. Nothomb, alors ministre de l’intérieur, se souvint de son ancien commensal. Cette fois Ruth céda , mais après de longues hésitations. Nourri par de longues études, familiarisé avec toutes les difficultés du droit < ivil, il lit à Liège un excellent cours, mais peut-être un peu trop substantiel pour des commençants. Au bout de quelque temps, quand on s’était habitué à sa méthode, on appréciait son mérite; mais il eût été mieux à sa place dans une chaire de droit civil ap/irofondi. Ruth fut dominé toute sa vie par un rigoureux sentiment du devoir :

comme homme privé, comme citoyen, comme magistrat, comme profe-'seur, il a laissé une haute réputation de probité, de loyauté, de zèle à s’acquitter de sa lâche. — Le discours de M. Nypels, cité plus haut, a été prononcé ie 2(> octobre 1849 à la Salle académique de Liège, et publié dans les Annales des Universités de Belgique , t. VIL

Sauveur (TOUSSAINT - DlKlDONStf) naquit à Liège le 20 avril 1760 et y mourut le 27 janvier 1858, professeur émérite. Sauveur fut le premier recteur de l'Université de Liège ; il en fut aussi le dernier avant les événement s de 1850, et il survéculà tous ses collègues de la Faculté de médecine de 1X17. — L’histoire de sa première jeunesse, racontée dans la Revue fo’/j/eparM. L. Renard, abonde en détails intéressants. Il fut élevé au Collège de Visé, l’une des nombreuses annexes de la célèbre Congrégation de l’Oratoire ; il obtint ensuite de son père la permission d'aller à Paris, où il se prépara, par trois années d'études assidues et brillantes, à entrer dans le corps enseignant des Oratoriens. On l'envoya professer les humanités au Col lége de Juilly. puis la rhétorique à l’U-

nivorsilé d’Angers, établissement supérieur de la Congrégation. Il y fut reçu mailre-ès-arts. « C’est là, dit l'écrivain » dont nous suivons le récit, qu’il connut » Volney et Lanjuinais. C'est là qu’il se » lia avec Chabrol de Volvic, Dessoles, » Creusé de Cesser, Poeholle, les La- » rochejaquelin et Fouché. Il eut avec » ce dernier d’assez étroites relations.

» Les événements les séparèrent : ils » firent, de l’un, un ministre puissant. » un duc de l’empire, un diplomate rusé, » couvert des décorations de la plupart » des souverains de l'Europe ; de l'autre, » un médecin modeste mais estimé dans » la science, mais honoré dans la pra- » tique de son art, mais considéré de » ses concitoyens. A trente-six ans de » distance (1816), quand Monseigneur » d’Olranle partit pour un exil qui de- » vaitêtre éternel, avec le titre pompeux » de ministre plénipotentiaire à Dresde, » il se souvint, en passant par Liège, » qu’il devait y avoir un ancien ami de » collège, il s’en informa, et, apprenant » qu’il vivait encore, il s'empressa de » le visiter. Il s’expliquait difficilement, » lui homme puissant et répandu, com- » ment, alors que son crédit avait été » utile à tant de monde, il n'avait pas » trouvé l’occasion de l’employer une » seule fois en faveur de son ancien » collègue d'Angers. Vous êtes, lui dil- » il, le seul (le mes anciens condisciples » qui ne m'ayez jamais rien demandé. »

Mais Sauveur ne voulait rien devoir qu’à lui-mème ; et loin de mettre à contribution ses anciens camarades d’études, il les obligea au eontrairequand il le put. C’est ainsi qu’il secourut, avec la plus délicate générosité, quelques Oratoricns forcés par un décret de proscription, lors de la rentrée des Bourbons en France, à chercher un refuge en Belgique. — Sauveur rencontra sur son chemin, au début de la carrière, des célébrités de plus d'un genre. Il fut l'ami de Daunou, et il pressentit dans les confidences du jeune philosophe le noble et généreux défenseur de la cause de l’humanité, le judicieux historien, le publiciste irréprochable. Il lia connaissance, à Arras, avec deux jeunes gens qui avaient témoigné le désir de se rapprocher de lui, et dont personne

ne prévoyait alors les destinées. Ils s'appelaient Maximilien et Augustin Robespierre. Sauveur assista entr’autres, avec, eux, à une fête de famille célébrée à propos de la promotion d'un jeune prêtre à des fonctions pastorales : épisode fort insignifiant, si le héros de la fête n’eût été... Joseph Lebon, un nom que l'histoire écrit en lettres de sang. Cependant les esprits commençaient à fermenter en France : une catastrophe était imminente. Prévoyant que les établissements d'instruction dirigés par des communautés religieuses en ressentiraient infailliblement le contre-coup , Sauveur résolut de changer de carrière. Il ne quitta pas sans regret sa paisible retraite ; mais il subit courageusement la loi de la nécessité. Ce fut à Paris même, au milieu du tourbillon, que, de 1780 à 1702, il consacra son temps à l’étude de la médecine et suivit assidûment les leçons de Bosquillon, de Desaull, de Reyeux, de Portai, d’Antoine Dubois et de Corvisart. Sur ces entrefaites s’ouvrit le règne de la terreur. Sauveur comprit qu’il n’avait pas de temps à perdre, et qu’il lui importait d’autant plus de regagner son pays, que l’invasion des Pays-Bas par les Autrichiens allait interrompre ses communications avec sa famille, et par conséquent le priver de ressources. Or,la Convention avait décrété la peine de mort contre quiconque se présenterait à la frontière sans passe-port; et demander un passeport, c'était se rendre suspect. Grâce à son hôte, perruquier carmagnol en rapport avec des ciubistes influents, il obtint le laissez-) asser indispensable ; mais il ne fit halle à Liège que pour revoir sa famille, et alla se faire recevoir docteur à Utrecht, en 1793. Rentré enfin dans ses foyers, il fut nommé médecin à l'hôpital St-Ahraham ; dénoncé par un membre de la municipalité comme ayant un frère émigré, il quitta les fonctions publiques et ne s’occupa plus que de sa pratique civile. Sa clientèle devint bientôt importante, et l'horizon politique s’étant éclairci après la réaction thermidorienne, il put envisager l’avenir avec sécurité. Diverses missions ou distinctions lui furent conféiées de 1806 à 1814 : il fil partie du

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Comité de vaccine; il fui nommé médecin des épidémies et. dès la création du Lycée impérial de Liège, médecin de cet établissement. L'illustre Barthez le lit associer à la Société medicale d’émulation de Paris; d’autres compagnies savantes de Pariset d'Orléans ne tardèrent pas à se l'aRilicr. Les événements de 181 4 ne lui portèrent aucune atteinte.

En 1816, le roi des Pays-Bas le chargea de prendre part ù la rédaction de la Pharmacopée belge ; l’année suivante, il fut nomme président de la Commission médicale de la province de Liège (sous le régime précédent, il avait été membre du jury médical du département de l’Ourte). Ses connaissances et son expérience l'appelèrent tout naturellement à occuper une chaire académique, lorsque l’Université de Liège fut fondée. Il rentra dans la carrière professorale à l’âge de 50 ans, et eut l'honneur insigne, dès son entrée en fonctions, d’être proclamé primus inter pares , c’est-à-dire de revêtir, avant tout autre, les insignes du rectorat. Son enseignement fut essentiellement éclectique (’); il se tenait avec le plus grand soin au courant de la science, remaniait constamment ses cours et se tenait à l’affût de tous les faits nouveaux et dirigeait ses élèves dans leurs lectures. Ses connaissances littéraires se reflétaient dans ses discours et leur prêtaient un attrait piquant. « Il en- » seigna successivement la pathologie » générale cl la pathologie spéciale des » maladies intcrnes,l'hygiène et latliéra- » peu tique. Dans chacun de ces cours, il » porta une méthode claire et logique, » un savoir approfondi, une raison supé- » rieurc, toujours affranchie des entra- » ves systématiques Mais c’est surtout » dans sa clinique journalière à l'hôpital » qu’il fit briller celte sagacité pené- » trante, ce tact sûr, cette investigation » prompte et saisissante, cet aplomb » en quelque sorte instinctif qui avaient » développé en lui, à un si haut degré, » la science difficile du diagnostic et » du pronostic. Il étonna souvent ses » plus studieux disciples par la certi- » tude de ses appréciations , par la

» précision avec laquelle il savait trou- » ver le siège de la maladie dans les » cas obscurs ou douteux... » Son zèle » ne se démentit jamais, ni à l'Univer- » si té ni au lit des malades. Aussi l’opinion publique se souleva-t-elle étonnée, on peut dire indignée, lorsque le nom de l’honorable docteur fut inopinément rayé du programme des cours, réorganisés en 1855. (Quelles influences avaient décidé le pouvoir a lui arracher sa démission? Il parait qce ceux qui concoururent a son élimination furent les premiers à la regretter ; mais il était trop tard pour réparer le mal. Proclamé émérite, ne conservant plus aucune attribution dans l'enseignement, Sauveur souffrit de cette inaction forcée et inattendue : il chercha en vain, dans la pratique, une distraction aux pensées qui revenaient l’assaillir chaque jour, aux heures habituelles de ses leçons; sa situation morale fut encore aggravée par une affection dont les symptômes n’effrayèrent pas ses confrères de la Faculté, mais sur laquelle il ne se fil point illusion, il eut clairement conscience de son état jusqu'au dernier moment, et il mourut eu s’appliquant à lui-même la science qui l’avait illustré. — - Sauveur n'écrivit guère que sa thèse inaugurale et quelques mémoires dispersés dans des recueils périodiques; les manuscrits de ses cours et son portefeuille d’observations, si les soins de sa nombreuse clientèle lui avaient permis de les coordonner ou d'en publier des extraits, auraient pu rendre d’utiles services a l’art de guérir. Il fut, en 1806, l’un des fondateurs de la Société des sciences physiques et médicales de Liège : il lit insérer, au premier volume des Actes de cette compagnie, un long rapport sur les travaux des correspondants et sur une belle question mise au concours : De l'influence des passions sur la production des maladies. Les procès-verbaux de la Société d’Emulation de Liège (19 mars 1810, p.

58-56) contiennent un éloge historique du célèbre docteur Ab llcers, de

( 1 ) Il répétait volontiers ces paroles de Klein: Sec ab aniiquit sum, uec à no vis :

utrosque, ubi veriiaiem colunt, sequor ; magnifico serpius repetitam e.rperientiam.

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Tongres ( * ), dû également à la plume de Sauveur. Le Discours pour l'installation de l'Université , prononcé le 25 septembre 1817 (.4mm. 1819) et le Discours pour la remise du redorai en 1818 (Ibid.) sont des morceaux remarquables par le fond el par la forme; on peut en dire autant d’un travail Sur la clinique, préparé pour la rentrée solennelle de 1851, mais malheureusement resté inédit. Sauveur prit une grande part aux travaux de la Commission chargée, dès 1829, de l'examen et de la révision des lois, arrêtés el règlements sur l’art de guérir, et contribua à la rédaction du rapport sur le même sujet, présenté au gouvernement, en 1853, par une autre Commission spéciale. C’était un homme de bon conseil, d’un jugement sûr, d'une clairvoyance pénétrante et d'un esprit élevé. Il eut le bonheur de voir scs enfants annoncer, dès leurs débuts dans la carrière où il s'était lui-mème distingué , qu’ils se montreraient un jour les dignes héritiers de sa science et de ses exemples.

Sources: Rerue belge, art. cité. — Discours prononcé par le profeseur Leroy aux funérailles de Sauveur.

ecbmir (Mathias), né à Luxembourg le 28 décembre 1817, mourut à Nice le 2G avril 1867 (*). Son père, ingénieur au service des Pays-Bas, l’emmena tout enfant à Grevenmachern, puis l’envoya, âgé de treize ans, au Collège de Sierck, en France, pour y faire ses humanités.

Cinq années s’écoulèrent; il fut alors décidé que Mathias étudierait la médecine à l’Université de Garni. A peine installé dans cette ville, il eut le malheur de perdre son père, ce qui changea du

{') Connu par ses travaux sur les eaux minérales.

( * ) Nous résumons la Notice publiée par M. Quctelel dans I* Annuaire de C Académie royale de Itetqique pour 1868, p. t lîielsuiv.

(*} Alors dirigé par M. de botter, «qui lui servit de guide ut de père ».

(*j Cette date est restée célèbre dans les Annales de l’Université de Gand. Quatre questions avaient été mises au concours; les quatre prix furent obtenus par des élèves de

tout au tout sa position sociale et renversa scs projets d’avenir. Rappelé dans le Luxembourg, il n'y resta que le temps de s’orienter ; nous le retrouvons bientôt à Gand, maître d'études au pensionnat de l’Athénée (’), tout absorbé par ses fonctions et par l'élude des sciences mathématiques, à laquelle il se livra tout d'un coup avec une ardeur singulière. 11 ne pouvait suivre les cours de l'Université ; maisl'isolement ne faisait que fortilier son esprit et lui donner l'habitude de la méditation. Désireux cependant d’essayer ses forces, il résolut de prendre part au concours universitaire, qui venait d’être institué. Or, pour y être admis, il fallait non-seulement se faire inscrire au rôle des étudiants, mais posséder le diplôme de candidat.

Schaarse mit en règle, rédigea un Mémoire Sur l'emploi de la vapeur comme force motrice et, le 2 août 1842 (*), fut prodamé premier en sciences physiques et mathématiques. Ce triomphe semblait devoir inspirer au jeune vainqueur de la conflance en lui-même ; mais il élait d'une timidité excessive, et, d’autre part, il ne se dissimulait pas que la méthode auto-didactique ne supplée jamais complètement a la direction d’un maître éclairé. Grâce à l’intervention d’un ami influent, il aurait pu être envoyé en Allemagne et placé sous la direction de l’illustre géomètre Gauss; le ministre était tout disposé à lui accorder deux années de congé s'il le fallait, en ajoutant même aux revenus de sa position actuelle. Schaar accepta ces offres avec reconnaissance, maisdemanda du temps pour se préparer ; il parla de son mariage, qui était sur le point de se conclure; bref, l'affaire n'eut pas de suite. Il faillit s’en repentir lorsqu’il se présenta devant le jury, pour subir l'exa-

Gand 'Mathias Schaar et 51 M. !.. Fraeys, J. -B. Lauwers el J. Fuerison). On était a la veille de célébrer le 25e anniversaire de l'installation de l'Université : le Conseil communal résolut de rattacher à cette fête le triomphe des quatre lauréats. Outre la médaille d'or décernée par le gouvernement , ils reçurent chacun, de la part de la ville, une branche do laurier en argent et un ouvrage de prix. (V. le discours du professeur Moke , Ann. des Unie, de Uelgiqite, 1813, l. II, p. 626).

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men de docteur en sciences physiques et mathématiques. Dès le commencement de l’épreuve, il se troubla, hésita et s’embrouilla si bel et si bien, que sans M. Quetelet, qui connaissait sa valeur et parvint à lui rendre quelque assurance,il eût été infailliblement ajourné. Il conquit enfin son {'rade turc distinction, « et l'on a pu juger depuis combien cette distinction était méritée. »

Le doctorat en sciences lui valut une double promotion : l’administration gantoise l’attacha à sou Athénée en qualité de professeur de mathématiques, et le gouvernement lui confia les fonctions de répétiteur d'analyse à l'Ecole du génie civil. La classe des sciences de l'Académie reçut de lui une première communication le 10 janvier 1810 ; d’autres se succédèrent rapidement et furent accueillies avec une faveur méritée. Préoccupé de s’initier aux méthodes des grands géomètres , il se contenta d’abord de régler ses investigations sur les leurs; mais, à partir de la lin de i 849, ses allures devinrent plus franches , plus indépendantes :

elles marquent déjà, dit M. Quetelet, le géomètre qui suit sa propre voie et procède d'une manière sûre. Malheureusement, l'état de sa santé le força sinon d’interrompre, du moins de ralentir ses travaux, il était d’une taille élevée, mais d’une constitution assez faible; d’un caractère doux, naturellement affectueux, mais d’une vivacité fébrile et d’une susceptibilité nerveuse qui lui commandait plus qu'à un autre d’éviter les surexcitations de l'esprit.

En 1857, après la mort de Meyer, le gouvernement résolut de l’envoyer à Liège : on pouvait espérer que le changement d’air lui serait favorable. Il fut donc nommé professeur ordinaire (24 septembre) et, peu de temps après, installé dans la chaire délaissée par son compatriote (analyse supérieure, calcul intégral, calcul aux différences, calcul des variations, fonctions elliptiques ;

(*) Sur Timmermans , v. YAnnuaire de l'Académie, précité (Notice do M. Quetelet).

( • ) Les étudiants de Liège, qui lui avaient déjà offert son portrait, voulurent, au dernier moment, lui laisser une nouvelle marque de

probabilités; astronomie). Son talent, son dévouement aux élèves, son caractère bienveillant lui acquirent tous les suffrages. Jusqu'en 1 8(45, son état paru! sensiblement amélioré : plus de tension d'esprit extraordinaire, un régime hygiénique, de longues promenades dans les beaux environs de Liège, qui lui rappelaient le pays natal, tout contribuait à rendre l’espoir à sa famille. Sa vie était d’ailleurs trèsoccupée : depuis le 8 mars 1858, il était membre du Conseil de perfectionnement de renseignement moyen, et il remplissait son mandai avec le zèle consciencieux qu'il déploya partout où il eut des services à rendre. La Société royale des sciences le comptait parmi ses membres (3 décembre 1857) ; l’Académie le nomma, eu 1865, directeur de la Classe des sciences, pour l’année suivante, et le gouvernement le choisit comme président de la Compagnie, pendant la même année. Il se remit insensiblement à composcrquelques notices, mais sans se fatiguer. Il semblait tixé à Liège pour toujours; ce milieu lui convenait sans doute : il venait de s’y faire construire une belle demeure , disposée conformément à ses goûts, lorsqu’une circonstance imprévue vint tout à coup le relancer en pleine mer, du port où il s'était abrité. Son ancien confrère Timmcrmans, de l’Université de Garni ('), fut frappé d'apoplexie et succomba le 2 septembre 1864. Schaar n'était pas très-bien portant en ce moment : cependant il regarda comme un devoir d’accepter la chaire vacante, et ni les instances réitérées de ses élèves, ni celles de tous ses collègues de Liège, ni les soins de ses bâtisses à peine terminées ne parvinrent à le retenir (*). Les adieux furent douloureux : on pressentait quelque malheur.

A Garni, Schaar ne jouit jamais d’une santé stable. Il essaya de tous les moyens pour se distraire ; il lit de la musique, passionnément et avec suc-

tour gratitude. Ils lui remirent une grande pendule allégorique portant celle inscription : A M. Schaar, les élèves de l'Université de Lié/je reconnaissants.

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cès; il s'adonna aux travaux mécaniques, et plus spécialement à la construction des corps flotteurs et des vaisseaux. Depuis longtemps déjà ce goût s’était développé chez lui, à ce point qu'il s’était misà faire lui-même, sur mer, l’essai des flotteurs qu'il avait construits (’).Au retourd’un voyage à Vichy (juillet 1866), d’où il revint en apparence guéri radicalement, il s’embarqua dans son petit yacht, à Ostende, pour se rendre à Calais et à Douvres. Le mauvais temps continuel, les émotions du voyage lui furent-ils funestes? Toujours est-il que tout le bénéfice du séjour de Vichy fut perdu. Il voulut remonter en chaire ; mais, le 8 janvier I8G7, le médecin lui défendit formellement de continuer ses leçons. Affligé de ce contretemps, il passa un mauvais hiver, allase distraire quelques jours à Bruxelles et enfin se décida, sur les conseils de M. le docteur Gluge, qui avait sa confiance. à demander sa guérison au doux climat du midi. II partit pour Mantour le H mars, accompagné de sa femme, compagne fidèle et dévouée , dont le courage ne faillit pas un instant jusqu’à la fin. Mantouc fut bientôt délaissé pour Nice, sur le désir du malade :« Ce devait être sa dernière étape ici-bas; il s’y éteignit le 26 avril, implorant le Très- Haut pour ses enfants qu'il n’avait pu revoir avant de mourir ! » ( *).

Schaar était membre correspondant de l'Académie royale de Belgique depuis le 15 décembre 1848 ; membre titulaire, depuis le 15 décembre 1851. Le 28 décembre 18G0, le Roi lui avait décente la Croix de chevalier «le son ordre.

Bibliographie.

1° De l'emploi de la vapeur comme force motrice. Mémoire couronné au concours universitaire. Bruxelles, 1845, un vol. gr. in-8°.

( * ) Outre plusieurs chaloupes, soità rames, soità voiles, de dimensions diverses, il construisit un petit cutter de 15 tonneaux avec lequel , pendant les vacances universitaires, il visita ù différentes reprises les eaux intérieures de la Hollande, les cùtos extérieures de notre pays et même, en dernier lieu, la eùtc nord de France jusqu’à Calais , d’où il alla jusqu'à Douvres. La dcrniéreembnreation

Extrait du tome I des Annales îles Vnicer- *ilis tic Belgique. C’est un résumé clair et méthodique des meilleurs travaux sur In question.

2" Note sur les expressions des racines d'un nombre de produits infinis (B ull.de l’Acad. royale de Belgique, lr* série, t. XIII, lw partie, 1846, p. 228).

5” Sur la transformation de quelques intégrales définies (lb., t. XIII. 2*partie, 1816, p. 50).

4® Nouvelle démonstration de la loi de réciprocité sur les résidus quadratiques (lb., t. XIV, p. 79).

« L'illustre Gauss en a donné le premier, dit l’auteur, six démonstrations tout-à-fnit différentes, dont quelques-unes se trouvent dans les Ditquisitiones urithmcticæ , et qui sont toutes remarquables par les principes qui y sont développés. La nouvelle démonstration que nous allons en donner est trèsélémentaire et ne paraît pas indigne de l’attention des géomètres, à cause de sa simplicité. »

5“ Sur la théorie des intégrales Eulériennes (Mém. cour, el des sav. étrangers, t. XXII, in-4°, 1818t.

G0 Sur la convergence d’une certaine classe de séries (Ibid).

Les Mémoires n°* 5 et 6 présentent sous un jour nouveau des difficultés mathématiques déjà traitées pur Legendre, Cauchy, Euler, Poisson, etc. — Ils influèrent sur la nomination de Schaar comme membre correspondant de l'Académie.

7° Sur une formule d'analyse (lb., t.

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