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que 21 dans la célèbre caverne de Kirkdall, et les grottes du midi de la France n’en offraient que "»2. « Ce beau résultat, dit Ch. Morren, provient surtout de ce que les petits os ont été étudiés comme les grands. Ainsi, on y a trouvé des restes de chauve-souris, de hérisson, de musaraignes, de taupe, d'une nouvelle espèce d’ours nommée par l'auteur Ours gigantesque, d’autres restes de l'Ours des cavernes ( Ursus spelæus),de l’Ours ancien (Ursus priscus), un squelette presque complet d’une nouvelle espèce nommée Ours liégeois (Ursus leodiensis) et des ossements de deux autres plus petites, de blaireau, de glouton, de martres, de putois, de belettes, d’un putois de race inconnue, de chien, de loup, de renard, d’hyène, de Felis antigua, d’une nouvelle espèce : Cattus minuta, et du Catlus magna ; les débris de castor, de lièvre, de lapin, d’éléphant, de cochon, de sanglier, de rhinocéros, de cheval, de cerf gigantesque, d’une nouvelle espèce de cerf, du cerf commun, de trois espèces de rennes, de chevreuil, d’une espèce d’antilope, d'une espèce voisine de la chèvre, d’un mouton et de trois espèces de bœufs; d’un oiseau de proie, de deux espèces de passereaux, de corbeau, de deux gallinacées, de deux palmipèdes, d’un serpent et de plusieurs poissons. On remarquera dans cette énumération très-peu d’espèces éteintes; aussi le travail de notre paléontologiste l’a-t-il conduit à émettre cette grande idée, que, lors du dernier cataclysme, le règne animal était formé comme aujourd’hui, il a d’ailleurs également admis que des espèces, et même des genres, ont été entièrement détruits à cette époque de désastre, quoique la majeure partie ail échappé et se soit propagée depuis.
.Mais ici sa théorie devient confuse, car il n’établit pas quelles sont les espèces qui appartiennent aux races détruites par ce dernier cataclysme, et celles qui doivent leur disparition aux bou-
( ' ) Morren. p. 141-142.
( * } Messager des arts et des sciences de (".and, t. 1, p. 253 et suiv., 1832.
, 3 ) /. ‘ancienneté de f homme, p. 7 1 . « Qu'on
leversements antérieures. Cette dernière distinction était pourtant essentielle. » (').
La découverte mémorable de Schmerling, la découverte de l’homme fossile, remonte presqu’au début de ses' recherches. Le monde savant en accueillit la nouvelle avec une extrême défiance, pour ne pas dire avec une entière incrédulité. En 1828, M. Tournai, dans le département de l’Aude et M. Christol,â Pondres près de Nîmes, avaient reconnu des ossements humains mêlés à des fragments de poterie grossière, à des coquilles terrestres d’espèces vivantes et à des débris de mammifères, les uns perdus, les autres actuels. L’homme avait-il été contemporain , en France, du rhinocéros, de l’hyène et de l’ours fossiles?
Telle était leur opinion, qui trouva un contradicteur décidé en M. Desnoyers, et les objections de ce dernier savant turent d’un grand poids dans la balance. Des découvertes analogues, faites au bord du ithin et en Autriche par MM. Doué et le Comte Hazounovvsky, dans les plàtrières de Costritz par le Comte de Sternberg et von Schlotheim; par Ch. Morren dans les tourbières de Flandre (*), etc. , avaient laissé subsister des doutes; M. Nœggerath, de Donn, avait constaté que les ossements trouvés par lui dans les cavernes d’Hohlerstein enWestpbalie devaient y avoir été amenés dans des temps postérieurs au remplissage des cavités.
Enfin, Cuvier avait non seulement démontré que Y Homo diluvii testis n’était qu’une salamandre colossale, mais déterminé d’avance la ligure des os que personne n’avait vus, puisqu’ils étaient enfouis dans la pierre, et son admirable intuition exerçait sur les esprits une sorte de fascination , à laquelle n’échappa point Sir Ch. Lyell lui-même, lors de son premier voyage à Liège, ainsi qu’il le déclare avec une noble franchise (*). Aussi bien, pour opposer l’autorité d’un investigateur isolé
se figure Schmerling allant, un jour après l'autre, se laisser glisser le long d'une corde attachée à un arbre , jusqu'au pied de la première ouverture de la caverne d'Ëngis, ou
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aux témoignages accumulés des représentants les plus illustres delà science, il ertt fallu pouvoir contrôler l’exactitude de ses recherches. Sir Ch. Lyell mentionna pourtant les faits dans ses Principes de géologie (p. 161, 1 854), mais sans leur attribuer l'importance qu’il leur reconnaît actuellement, u boucher de Perthes, lui aussi, a eu le sort de Schmerling; seulement le savant néerlandais n’a pas vu luire le jour du triomphe.
Schmerling trouva les os del’homme si roulés et si épars, qu’il dut exclure complètement l’idée de leur ensevelissement intentionnel dans les grottes( 1 ). Quant à la couleur, quant à la matière animale qu'ils contenaient, ils étaient dans les mêmes conditions que les os des animaux découverts en même temps qu’eux. Les os fossiles étaient plus légers que leurs analogues de fraîche date, excepté quand leurs porcs étaient remplis de carbonate de chaux, auquel cas ils se trouvaient souvent beaucoup plus lourds. Les restes humains dont la rencontre était le plus fréquente étaient les dents séparées des mâchoires,
se trouvèrent les crânes humains les mieux conservés ; qu'on se le représente, ayant ainsi pénétré clans la première galerie souterraine, rampant ensuite â quatre pattes dans un étroit passage menant aux grandes chambres; là, surveillant à la lueur dos torches,de semaine en semaine et d'année en année, les ouvriers perçant la couche stalagmitiquc aussi dure quedu marbre, pourextraire au-dessous, pièce à pièce, la brèche osseuse presque aussi dure, restant pendant des heures les pieds dans la boue, la tète sous l'eau qui suintait des parois, afin de noter la position et prévenir la perte du moindre os isolé; et au bout de tout cela, après avoir eu le temps, la force et le courage d'exécuter toutes ces choses, voyant dans l'avenir, comme le fruit de son labeur, la publication mal accueillie des travaux d'uu esprit luttant contre les préjugés du public scientifique et du public ignorant ; qu'on se rappelle tous ces circonstances , qu'on en tienne compte, et l'on n'osera plus s'étonner, non-seulement qu'un voyageur de passage ait négligé de s’arrêter pour contrôler la valeur des preuves qu'on lui donnait, mais même que les professeurs de l'Université de Liège, vivant tout à côté, aient laissé écouler un quart de siècle avant d'entreprendre la défense de la véracité de leur in-
k*s os du carpe, du métacarpe, du tarse, du métatarse et des phalanges, séparés du reste du squelette. Les os correspondants de l’ours des cavernes, le plus abondant de tous les mammifères associés, se trouvaient dans le même état d 'éparpillement. Accidentellement, quelques os longs de mammifères présentaient des cassures ressoudées ou cimentées après coup par le dépôt stalagmilique , pendant leur séjour sur le sol de la caverne. Ni os rongés ni coprolithes : circonstance d’où Schmerling conclut que les grottes de la province de Liège n’avaient point servi de repaires à des bêles sauvages, mais que leur contenu organique et inorganique y avait été précipité par des courants en communication avec la surface du pays. Les os pouvaient avoir été roulés longtemps dans le lit de ces courants, avant d'atteindre définitivement le fond des cavernes. Les mêmes causes expliquent la présence de plusieurs coquilles terrestres dans la boue de ces dépôts : (YHelix nemornlis, II. lapicidn, II. pomalia et autres espèces vivantes). Plusieurs os du même squelette étaient
fatigable et clairvoyant compatriote». — Sir Lyell revisita Liège en 1860 , vingt-six ans après son entrevue avec Schmerling. Il ne restait plus de traces des cavernes d'Kngis, de Chokier et de GofTontaine , explorées par ce dernier; mais heureusement celle d'Engihoul était restée dans le même état qu'en 1831, époque où trois squelettes humains en avaient été retirés. Sir Lyell s’y aventura en compagnie de M. Malaise, naturaliste liégeois, alors répétiteur à l'Ecole des mines ; ils ne tardèrent pus à découvrir des dents d'ours et d'autres espèces éteintes. Quelques semaines plus tard, M. Malaise mil au jour, à deux pieds au-dessous de la couche de stalagmites, trois fragments d'un crâne humain, et deux mâchoires inférieures intactes avec leurs dents : « le tout était associé de telle façon aux os d’ours, de grands pachydermes et de ruminants, et avait avec eux une telle analogie de couleur et d'état de conservation, qu’aucun doute ne put subsister dans son esprit sur la contemporanéité de l'homme et des espèces éteintes •> (v. le Bull, de l'Acad. roy. de Belgique , t. X, p. 5-46, 1860).
( 1 ! Nous résumons principalement l'exposé de sir Ch. Lyell ( l'Ancienneté de l'homme, p. 66 et suiv., 82 et suiv., et patjim).
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restés dans leur juxtà-position naturelle; ces portions de carcasses avaient dû flotter sur des cours d’eau permanents, étant encore couvertes de chairs.
D’autres ossements étaient roulés, brisés, détériorés ; les squelettes humains surtout avaient soutrcrt et leurs débris étaient dispersés. A Engis, sur la rive gauche de la Meuse, on déterra les restes d’au moins trois êtres humains.
Le crànede l’un d’eux, enfoui tout à côté d’une dent de mammouth, était entier, mais si fragile, qu’il tomba en pièces pendant qu’on le retirait. C’était le crâne d’un jeune individu ; un autre, celui d'un adulte , est le seul que Schmerting ait pu garder dans un étal de conservation suffisante pour permettre à l’anatomiste de rechercher la race à laquelle il appartient. Il était à l,n50de profondeur, dans une brèche qui contenait également des dents de rhinocéros, des os de cheval, de renne et de quelques ruminants. Celle trouvaille était, pas n’est besoin de le dire, d’une importance capitale. Schmerling publia le crâne d’Engis dans son grand ouvrage , en faisant remarquer qu’il était trop incomplet pour qu’on pût en déterminer l’angle facial; mais en y appliquant le système d’inspection de BJumenbach. il se crut en droit d’établir que celte boite osseuse avait dû renfermer le cerveau d’un homme d’une intelligence très-bornée, et il y reconnut des analogies frappantes avec la structure propre à la race éthiopienne, tout en convenant d’ailleurs, en cela d’accord avec M. Noeggerath, qu’un ou deux exemples ne suffisaient pas pour légitimer sur ce dernier point une conclusion formelle. M. Geoffroy Saint- Hilaire et d’autres ostéologues n'admirent pas l’hypothèse de Schmerling.
« Quand je vis l’original au Muséum de Liège, dit sir Ch. Lyell (*), j’engageai le docteur Spring (v. ce nom), professeur à l'Université, auquel nous sommes redevables d’un excellent mémoire sur les restes humains fossiles de la caverne de Chauvaux, près de Namur, à faire faire le moulage du crâne d’Engis. Non seulement il eut l’obligeance
d'accéder à ma demande, mais il rendit un vrai service au monde scientifique en ajoutant au crâne primitif plusieurs fragments détachés que Schmerling avait trouvés à Engis et qui s’y adaptaient exactement » Aussi le moulé représenté dans l’ouvrage de sir Lyell (p. est-il plus complet que le dessin publié par Schmerling. Il laisse, voir, sur le côté droit , le trou auditif, que n’indique pas l’ancienne figure. M. Dusk. quand il le vil, remarqua l'étroitesse du front , qui avait surtout frappé Schmerling . mais estima néanmoins qu’on pouvait lui trouver beaucoup d'analogues dans les individus de race européenne. Grâce aux soins intelligents de M. Spring, M. le prof. Huxley a pu confirmer d'une manière positive l’opinion de M.Busk.» La longueurexlrèmc du crâne, dit-il, est de lt)2 millimètres, et sa plus grande largeur ne dépasse pas 151 millimètres; il est donc franchement du type dolichocéphale. Mais en même temps sa hauteur est assez, normale. Il compte 1 18 millimètres du plan glabelle-occipital nu sommet. Le front est assez bombé. Il en résulté que la circonférence horizontale du crâne est d’environ 512 millim., et que l’arc longitudinal qui sépare la glabelle de la protubérance occipitale mesure environ 540 millimètres. L’arc transverse allan< d'un trou auditif à l'autre par le milieu de la suture sagittale mesure environ 525 millim. La suture sagittale a 157 millim. de longueur. Les arcades sourcillières sont bien développées, sans excès, et sont séparées par une dépression médiane dans la région de la glabelle: ceci indique de vastes sinus frontaux En plaçant horizontalement la ligne qui joint la glabelle à la protubérance occipitale , l’occiput ne se projetterait pas plus de 2 millim.
au-delà de l’extrémité postérieure de celte ligne. Le bord supérieur du trou auditif se trouve presque sur cette môme ligne, ou plutôt sur sa parallèle tangente à la surface du crâne.
La caverne d'Engihoul , située sur la rive droite de la Meuse, à peu près visà-vis d’Engis, contenait, comme celle
(• ) O/i. cil. p. 83.
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d’Engis, des ossements humains mêlés à des débris de mammifères d'espèces éteintes. Mais tandis qu’ùEngis, en fait de restes humains, on avait trouvé plusieurs crânes et très-peu d'autres os, on mil au jour, à Engihoul, de nombreux os des extrémités appartenant à trois individus au moins, et seulement deux petits fragments de crâne. La même distribution capricieuse fut signalée dans d’autres cavernes, notamment à Chokier et à Goffontaine, en ce qui concerne VUrtut spelœus. Userait difficile, même après les nombreuses découvertes opérées dans les derniers temps, de donner de ce fait une explication pleinement satisfaisante. On doit cependant s’attendre à voir plus clair un jour.
Longtemps les savants s’étonnèrent de ne point rencontrer quelques restes humains dans le diluvium ancien des vallées de l'Europe, alors qu'on y déterrait à chaque instant des objets évidemment travaillés parla main de l’homme; tout d'un coup M. Boucher de Perlhes(l865) découvrit la fameuse mâchoire de Moulin-Quignon, et il fallut bien renoncer aux preuves négatives ( ' ). En somme, il reste établi que, dans les cavernes de la province de Liège, les ossements humains se sont présentés à toutes les profondeurs dans la boue des cavernes et dans le gravier, lantùt au dessus, tantôtau-dessousdeceux de l’éléphant, de l’ours, du rhinocéros, de l’hyène, etc. Dans la caverne d’Engis, auprès du crâne dont nous avons parlé, Schmerling remarqua un os taillé et plusieurs silex façonnés. Il en avait déjà rencontré ailleurs ; mais, absorbé par ses recherches géologiques, il n’avait pas d’abord mis grand soin à les recueillir. Il fut cependant frappé de la circonstance que ces instruments se trouvaient un peu partout, tandis que sur quarantedeux cavernes explorées, trois ou quatre seulement avaient présenté des ossements humains. Quoi qu'il fallût penser de ces irrégularités, ajoutées à celles qui ont été signalées, il demeura convaincu
(') V. les Comptet-rendus de f Académie des sciences (de Paris ), du 20 avril au 10 août 1863, et Lyell, op. cil., p. 151).
(*) Voir Lyell, passion , et Spring, Sur
qu’aucun de ces objets travaillés « n'avait pu être introduit à une époque postérieure, puisqu’ils se trouvaient dans la même position que les restes d’animaux qui les accompagnaient. » Par conséquent, continuait-il, « j’attache une grande importance à leur présence; car, même si je n’avais pas trouvé d’ossements humains dans des conditions tout-à-fail propres à me les faire considérer comme appartenant à lepoque antédiluvienne, j aurais pu néanmoins trouver des preuves de l’existence de l’homme dans la présence des os et des silex travaillés. »
Schmerling n’hésita donc pas à conclure que, dans le district de Liège, l’homme a été contemporain de l'ours des cavernes et de plusieurs espèces éteintes de quadrupèdes, il fut cependant embarrassé lorsqu’il essaya de se rendre compte de l’état ancien de la faune des pays traversés par la Meuse : comme la plupart des naturalistes de son temps, il regardait le mammouth et l’hyène comme des animaux d’un climat plus chaud que ne l’est actuellement le notre. Il inventa diverses hypothèses et eut toute la peine du monde à rester d’accord avec lui-même. La théorie des transformations insensiblesn’étail point alors en vogue, et Schmerling, d'autre part, affirmait d’une manière trop absolue la contemporanéité de tous les ossements trouvés ensemble dans les cavernes <*). Ses travaux ont rendu, en tous cas, les plus grands services à la géologie . à la paléontologie et à l’étude de l’homme. Longtemps méconnus et tombés dans I oubli, à ce point qu’une grande partie de l’édition des Heclierclics passa chez I épicier , ils jettent aujourd’hui sur son nom un éclat qui ne s’affaiblira plus. Délégué pendant des années dans un grenier, le musée Schmerling, qu’il a fallu classer de nouveau , tant on en avait pris peu de soin, est aujourd'hui l’un des plus précieux trésors de l’Université de Liège. La justice s’est fait attendre ;
les divers modes de formation des dé/tôls ossifcrcs dans les cavernes , dans le Bull, de t'Acad. royale de iSelyique , l. XX, n° 8.
mais enfin son heure est venue, et c’est une couronne d’immortelles qu’elle dépose sur la tombe du savant modeste.
La Description détaillée des ossemtnts humains fossiles, dont on vient de rendre compte , fut communiquée par Schmerling, dès 1832, à l’Académie royale de Belgique. Le 12 octobre de Vannée suivante , il lit hommage de ia première partie de ses Recherches (y. ci-dessous) à la même compagnie savante, qui se l’attacha, en qualité de membre correspondant, le 5 avril 1854. Les Bulletins de l'Académie ne renferment de lui que deux notices , l'une sur le trou de liogheur-sur-Aisne ( 1 ) , caverne à ossements; l’autre, extrêmement curieuse, sur quelques os de pachydermes trouvés dans le terrain meuble, près de Chokier. Nous laissons parler Ch. Morren :
« Schmerling eut tout îi coup une idée des plus ingénieuses. Il était médecin; il voulut savoir si ces animaux si anciens n’avaient pas été malades, et il résolut d’étudier leurs maladies. En effet, il découvrit plusieurs alterations morbides auxquelles ils avaient été sujets, et comme tout se lie dans les sciences, il tira, des faits nouveaux que sa sagacité venait de lui révéler, des inductions utiles à la médecine des vivants. Il avait reconnu des fractures, des caries, des névroses et, chose plus 'singulière, des os rachitiques, des exostoses. Or, la médecine a lâché d’expliquer ces dernières altérations par l’usage des boissons chaudes, comme le thé, le café; par celui d’aliments mauvais, par l’abus des pâtisseries, par l’effet de l’air humide ou de la malpropreté, toutes causes qui n’ont pu agir sur les animaux antédiluviens. Schmerling concluait de là que le rachitisme était aussi ancien que les races elles-mêmes. Le docleur Buckland, connu par l’originalité de son esprit autant que par sa sagesse profonde, disait un jour dans un congrès scientifique : Il faut bien que nous croyions à l'histoire des animau.r
') L'Aisne est un affluent du l'Ourtlie. Le trou de Hoghcur est situé à un quart de lieue de Villcrs-S*«-Gertrude. Les découvertes que fit Schmerling le confirmèrent dans son opi • nion, que les animaux dont on trouvait des estes dans les grottes n’y avaient point vécu.
fossiles telle que nous la donne M.
Schmerling, puisqu'il a été le médecin des hyènes antédiluviennes. »
Cette notice, à cause de son originalité même, valut à Schmerling, en Allemagne, un succès de popularité que n’avait puobtenirl’exposédesesgraudes recherches. Par contre-coup, du reste, une curiosité de plus en plus vive s’éveilla à l'égard de ces dernières ; Alex, de Humboldt y contribua par des paroles encourageantes (*), et plusieurs sommités scientifiques se rendirent tout exprès à Liège pour visiter les collections du docteur. Mais au moment même où l’indifférence commençait à être vaincue, Schmerling fut brusquement arrêté dans sa carrière. Les courses qu'il était obligé de faire rapidement, afin de ne pas négliger ses malades, et aussi la fatale habitude qu’il avait contractée de travailler depuis 9 heures du soir jusqu'à 5 heures de la nuit, au milieu d’un nuage de tabac, avaient miné sa constitution (’). Depuis 1834 , il souffrait de la poitrine et du cœur Au moins d'aoùt 1856, il fit le voyage de Strasbourg pour aller voir ses deux filles, seuls enfants issus de son mariage: il en revint plus accablé que jamais. La veille de sa mort, il fit descendre son lit et travailla encore à la classification de ses fossiles. Il expira doucement; son domestique l'ayant laissé un instant, plongé dans un léger sommeil, le retrouva mort. Le docleur Ilabets trouva parmi ses papiers un écrit sur les fémurs, rédigé quelques heures auparavant (*).
Schmerling avait nourri, dans les dernières années de sa vie, de nouveaux projets scientifiques. Il s’occupait de la recherche des polypiers fossiles du terrain de Maestricht. La collection qu’il en avait formée était déjà très-riche, à en juger par ses communications au Congrès scientifique de Liège, le 1" août 1856 et les jours suivants.
Une seule année de sa vie fut consacrée à l’enseignement : après la mort
mais que leurs ossements y avaient été charriés avec le limon.
(*) Au congrès de Bonn, ete.
(*} Morren, p. 148.
(*j Ibid., p. 149.
de Gaëde, il fut chargé du cours de zoologie à l'Université de Liège. Ce n’est pas comme professeur qu'il se rendit utile à cet établissement : il s'exprimait en français avec difficulté, et il savait mieux observer pour son propre compte que transmettre aux autres , sous forme didactique, le fruit de ses études. Il n’en resta pas moins estimé des jeunes gens, qui appréciaient son savoir et son zèle, et se plaisaient parfois à l'accompagner dans ses explorations.
Peu de jours avant sa mort, Schmerling reçut le diplôme de membre de l’Institut des Pays-Bas ; il se sentit particulièrement lier de cette distinction, témoignage d'estime du premier corps savant de son pays. Il était déjà membre correspondant de plusieurs Compagnies savantes, entre autres de la Société géologique de France.
La Commission chargée , après sa mort , d'examiner si sa collection de fossiles méritait d’être acquise par l’État , en constata la richesse exceptionnelle. Elle renferme, écrivait Ch.
Morren en 1838, les ossements de 56 espèces de mammifères, de 8 espères d'oiseaux et d’autres ossements de reptiles et de poissons. « Le nombre des gros objets est d’environ 900, et si l’on énumère les petits débris, qui sont loin d’être sans mérite, il y a de 18,000 à 20,000 ossements. Il s’y trouve au moins 150 canines d’ours et un nombre au moins égal de molaires de ces animaux. Les ossements d’ours sont si nombreux et si diversifiés, qu’il serait possible d’en faire deux ou trois squelettes complets ou à peu près.
On ne doit pas oublier les débris si rares de l’homme, ni les restes de l’ancienne industrie humaine, qui donnent à cettecolleclion un mérite particulier! '). Il est triste de penser que ces trésors paléonlologiques, restés pour ainsi dire à l’abandon, ont failli être dispersés et perdus à jamais pour la science; cependant les pièces essentielles ont pu être sauvées à temps, et le Gouvernement belçe doit se féliciter aujourd’hui d’en avoir enrichi le Musée de notre Univer-
(' ) Extrait textuel du rapport de la Commission, dont M. Ed. Morren a bien voulu
sité, où était sans contredit leur place naturelle.