II. Deuxième période (Liège
i° Dictionnaire des définitions de logique. Liège, 1838. broch. in-8“. et Plan sommaire d'nn cours de logique .
ibid-, quatre tableaux i»-4° (oblong).
A l'usage des élèves de l’Université de Liège. — Les tableaux ont été plus tard intégralement reproduits dans le Couru de logique (n° 7).
5“ Sur un problème de logique (Bull.
de VAcai. royale de Belgique, I. VI, première partie, 1 .558 ; t. VI, 2® partie, L79).
L'est une démonstration toute formelle des jugements catégoriques, hypothétiques et disjonctifs. On la retrouve dans le Cours de logique n° 7 '.
6° Mou tel examen d'un phénomène psychologique du somnambulisme (Métu.
couronnés et mém. des savants étrangers publiés par l’Acad. royale de Belgique, t. X. 1841-1813; Bull, de la mente Académie, t. VI, 2* partie, p.
488 ; t. Vil, première partie, p. 18(1, et t, X, première partie, p. 505).
« Adversaire de l'opinion surannée, émise en 1784 par la Commission composée de Franklin, Lavoisier, Bailly , Leroy , Bory, Darcet, Majaull, Sallin, Guillotin, Poissonnier, Desperriércs, Caille , Mauduyl, Andry et Jussieu ; mettant à profit les observations plus récentes de Kieser, Gmclin, Uufeland, Nees von Kscubeck , Passavant , Eschenmayer, Brandis, Nasse, Slrombeck, Meyer, etc., Tandel aide a mettre la théorie du somnambulisme en voie de faire de nouveaux progrès. Contrairement au principe généralement admis, qu'au réveil il ne reste plus aucun souvenir de ce qui s'est passé dans l'état somnambulique, le professeur de Liège prouve qu'il y a souvenir pour le somnambule quand il y a association des idées entre le somnambulisme et l étal de veille, et que les conditions de cette association sont absolument les mêmes que pour deux états quelconques de la veille. Il fait ainsi perdre beaucoup de son étrangeté à un phénomène con
sidéré jusqu'ici comme très-extraordinaire, et il le fait rentrer dans le cadre des phénomènes connus et compris de tout le monde. Pour que l'association des idées se produise, il faut que le somnambule veuille se souvenir, qu'il soit libre, qu’il soit en position de se rendre compte de lui-même, qu'il veuille réaliser les conditions d'une association des idées entre le somnambulisme et l'état de veille. Pour Tandel, la clarté de nos idées dépend de l'attention que notre esprit accorde à leur objet. Dans le système de Laromiguière, l'attention est elle- même la cause de toutes nos idées. Tandel avoue sa prédilection pour les questions de l’ordre intellectuel et pour le côté immatériel des choses, et combat a la fois la doctrine de Maine de Biran et celle de Broussais. Biran, pour s'expliquer les phénomènes du somnambulisme, admettait deux moi. Broussais, pour qui la pensée se manifeste à l'occasion du mouvement de la matière, nie le moi psychologique, et refuse aux psychologues la possibilité de créer une théorie indépendamment de la physiologie. Inférant mal du principe vrai : Entia non sunt multiplicanda prieter necessilaiem, il fait dériver les phénomènes moraux de la substance nerveuse, et aboutit au matérialisme. En méditant la savante monographie de Tandel, on est amené au corollaire pratique : que la liaison des idées est la loi fondamentale de la mémoire. Jamais une idée ne se réveille en nous qu'à l'occasion d'une autre idée qui nous est actuellement présente... » Kleyr, p. 4 et 5).
7U Cours de logique, à l’usage de l'enseignement universitaire. Liège, 1841, in-8". — 2® édition Liège, 184i,in-8°.
La première édition ne contient que la logique formelle, divisée en logique analytique ou élémentaire théorie du concept, du jugemuui et du raisonnement et logique synthétique ou syslcmatiquo (théorie de la définition, de la division et de la démonstration). La seconde édition contient en outre la logique reelle quatre chapitres . de la vérité ; de la certitude ; des sources de nos erreurs ; du scepticisme). La logique formelle de Tandel se rattache à la théorie d’Aristote, mais en même temps a la critique de Kant; elle n'a rien de commun avec la dialectique hégélienne. L'auteur s'explique nettement à cet égard : « Le mot formelle, » dit-il, indique que je ne veux donner ici > que cette partie essentielle de toute logique » qui a pour objet, non la vérité en général » et sous tous scs rapports, mais seulement
l') Kleyr, p. 3.
» la vérité que donne In pensée , abstraction » faite de nos autres moyens de connaître. » La première partie de l'ouvrage ne diffère donc en rien d'essentiel de la plupart des traités connus sur la matière {notamment de ceux de Twesten cl Itachmann). Le Itic mm de ornni et nulto des anciens domine ou plutôt résume tout le système. Certains paragraphes méritent cependant une mention spéciale, notamment ceux qui concernent les jugements considérés au point de vue de la relation (v. ci-dessus, n° 5), et l'analyse purement formelle des raisonnements par induction et pur analogie. Quand une question controversée se présente, l’auteur se contente de l'indiquer en passant : c’est il l'enseignement oral, disait-il, que revient la mission d'expliquer et do discuter les problèmes dont la solution n’est pas encore acquise à la science. Le Cours de logique n’est même, <i proprement parler, qu’un programme détaillé : ainsi s’explique le peu de retentissement qu’il a eu en dehors de l’I’niversité de Liège. Il est permis de regretter que l'autour se soit imposé cette réserve; car, ainsi que le fait remarquer M. Loomans, son œuvre est a la fois un traité et un modèle de logique. — La théorie de la vérité et de la certitude, dans la logique réelle , se rattache intimement aux convictions fondamentales de l’auteur, clairement exposées dans le Cours d'anthropologie , [v. ci-après . « Je suis entré à l’école de la philosophie, disait Tandel à M. Looinuns, grâce surtout à un opuscule de Schelling, intitulé : Du moi comme principe de la philosophie (Vono Ich als Prinzip der Philosophie). » Il avait été surtout frappé de la manière dont les questions étaient posées dans cet opuscule. Il en vint a prendre pour point de départ l’analyse de la conscience, l'examen attentif des faits que cette analyse révèle, la recherche de leur origine et des lois qui les régissent ; cependant il sut tenir compte, d’autre part, des principes métaphysiques qui expliquent la synthèse de nos connaissances. A un moment donné, la synthèse et l’analyse doivent coïncider, et alors nous sommes surs d'être en possession de la vérité. C'est en procédant de la sorte que Tandel trouva dans le seul fait de la conscience de soi la démonstration de la liberté (*', et que les conditions métaphysiques de la liberté lui attestèrent l'existence il’nn Dieu
( 1 ) Tout acte de conscience de soi est un acte d'indépendance ii l'égard de tout autrui, un acte de spontanéité absolue, un acte de liberté » (Cours ifattt/iropnl ., éd., p. 8(1).
(*) Il a choisi pour épigraphe celte déclaration de Liehniz : Plnlosophica melete-
personnel et libre, dont notre esprit est l'image vivante. Toute sa théorie est la : quelque sujet qu’il traite, il y revient toujours. L'esprit est essentiellement vérité, cl la vérité immédiate porte en elle-nu'me son évidence. L'évidence , c'est le fond même de notre intelligence à l'état de conscience de soi. Nulle réalité ne saurait se trouver en contradiction avec les notions pures de la raison... Mais, notons-le bien : si la raison pure dévoile le contradictoire et l’impossible, elle ne donne pas le réel; elle peut nier et détruire, elle ne saurait édifier ni construire ; son rôle est négatif et non pas positif. — Schelling ne parla pas autrement à Berlin, dans son cours de 1842-1848 (v. la notice de M. Loomans, p. 87, 44, î>9 et suiv.).
H" Esquisse d'un cours d'anthropologie à l'usage de renseignement universitaire. Liège, 1843, in-8°. — 2* édit., revue et partiellement développée. Liège, 1845, in-8°.
Excellent manuel, mais rédigé, de même que le précédent, avec une concision systématique dont le but avoué est de rendre les explications du professeur indispensables aux élèves, à qui l'ouvrage est exclusivement destiné. L’auteur tient, d’un côté, à faire prendre au sérieux l'élude do la philosophie, qui n'est pas a la portée de tout le monde ; de l’autre, il ne veut laisser subsister aucun doute sur ses véritables tendances , et c'est pourquoi, surtout dans la seconde édition de son ouvrage, il épuise pour ainsi dire certaines questions, tandis que d'autres sont simplement indiquées (*). Anjourd hui qu'il n’est plus Ih pour discuter et résoudre cellesci, on peut se plaindre de ses réticences volontaires ; hâtons-nous d'ajouter , néanmoins, qu'il a pris soin de s’étendre assez sur les premières, pour que des lecteurs initiés puissent conclure de ce qu'il met en lumière a ce qu'il laisse dans l'ombre ( *}. Eu égard au but immédiat qu'il s'csl proposé, fauteur est pleinement juslilié; disons pourtant que, si son ituvrc lui survit et est digne de lui survivre, sans les inégalitésque uoussignalons,cllerendrait deux fois plusde services a la jeunesse, et que su réputation aurait franchi nos frontières. I.a modestie de Tandel l’a empêché de se faire à lui-même cet aveu : maintenant il est trop
mata mm minus quant mathematica vulgi captum su /leratit, sed magie interpretationibus iniquis obnoxia sunt.
(*) M. Loomans dit très-bien que les livres de Tandel ne sont pas destinés à être appris, mais à être refaits par le lecteur.
lard... L'ouvrage embrasse, conformement a la loi de t83?>, un sommaire de physiologie humaine somatologic; en même temps qu'un traité du psychologie et une étude sur les rapports du corps et de l'àme; selon l'usage en Belgique , l'auteur aborde même, autant qu’il peut les aborder en partant de l'analyse philosophique des faits, certaines questions métaphysiques, telles que celle de l’immortalité de l'âme. Sur d'autres points , par exemple sur le débat entre le vitalisme et l'animisme, il s'abstient de toute recherche transcendante et se contente d’exposer les systèmes en présence. Prise dans son ensemble , sa théorie psychologique , basée comme nous l'avons dit sur une observation minutieuse des caractères du fait do conscience, tient le mibeu entre les doctrines qui attribuent au moi la faculté d'atteindre la science absolue, et cellesqui ne lui accordent que la réceptivité. Le pouvoir et le savoir de l'homme sont limités , dit-il; l'esprit humain est libre et autonome, mais il est borné ; le « roseau pensant » est supérieur à la nature, mais la pensée et la volonté se produisent au sein de la nature. Des relations de réceptivité nous unissent d’autre part à Dieu lui-même ; l'homme ne peut se connaître qu'à condition de connaître Dieu. Tandel se rapproche de Platon, de S‘-Augustin, de Descaries et de Leibniz en soutenant, mais avec une extrême prudence, le système des idées innées:
qu’esl-ce que l'esprit, se demande-t-il, sinon les idées rationnelles et la liberté ? Mais la raison, n'étant pas absolument spontanée, a besoin de conditions extérieures pour se développer. L'action de la société sur l'individu est indispensable ; chaque individu humain ne se fait homme que par l'éducation ; sans elle il ne deviendrait jamais homme ; et comme il faut bien remonter à un principe, il faut nécessairement admettre des relations primitives de l'homme avec Dieu. — Celte solution nous conduit d'elle-même à poser le grave problème de l’origine du langage. « Le premier homme, dit Tandel, n'a parlé (n'a fait acte de parole) qu’en entendant la parole d'autrui, peut-être celte parole interne qui n'appartient à l’idiome d'aucun peuple (J). » Mais une fois le premier acte de connaissance de soi posé, il a eu nécessairement conscience de toutes les lois de la grammaire, puisque ces lois sont celles de l'esprit humain, cl conscience de toutes les vérités générales, puisque ces vérités ne sont que l'expression de la nature et des relations absolues ou divines de la raison, (juant au vocabulaire relatif aux choses extérieures sensibles, l'homme a pu le faire lui-même, à
mesure que les choses se sont présentées à scs sens. Le savant publiciste 1*. Kersten , auteur d'un Essai sur l'activité du principe pensant considéré dans l'institution du lanijagc (Litige, 185M863, H vol. in-8rt\ malheureusement resté inachevé , discuta les opinions de Tandel dans son Journal historique et littéraire, en lira des arguments contre île Donald, dont il combattait à outrance le traditionalisme, qu'il croyait retrouver dans l'enseignement de l'Université de Louvain, et toutefois ne se rallia pas au système du professeur de Liège, système qui n’était à ses yeux qu'un bonahlisme renversé. I*. Kersten soutenait que l'homme parle naturellement, cl que le langage est inséparable de sa qualité de créature raisonnable. Il s'ensuivit une longue polémique, à laquelle prirent part les rédacteurs de la Revue Catholique de Louvain, Tandel, M. Lonav et plusieurs autres, et qui porta finalement un rude coup au traditionalisme. Le rôle de Tandel y fut surtout celui d’un modérateur ; la nature de son esprit le porta toujours à se délier des opinions extrêmes. II devait aussi cette défiance à son éducation philosophique : il s'était formé lui-même; il ne pouvait s'inféoder à aucune école. 11 n’élail pas éclectique, mais il tenait compte des enseignementsde l'histoire et il avait principalement foi dans l’analyse des faits , poussée assez loin et sans idée préconçue. On peut s'assurer par ses ouvrages du soin scrupuleux avec lequel il cherchait à justifier devant lui-même les procédés qu'il employait. Dans les derniers temps de sa vie, il uttacha un grand prix à la méthode de llerbart.qui se préoccupe avant tout de rectifier nos idées ; mais il mit le même zèle à s'initier aux travaux des autres écoles, et surtout à ceux de M. J. H. Fichte (fils), qui contribuèrent certainement à lui faire prendre la résolution d'ouvrir à l'Université un cours de métaphysique. il le recommença plusieurs fois sans jamais l'achever : ses leçons furent surtout remarquables au point de vue de la critique des systèmes.
9° Lettres à )l. /*. Kersten sur la question de l’origine du langage (Journal historique et littéraire de Liège , t. XV et XVI).
10° Sommaire d'un cours de philosophie morale. Liège, 1845, in-8° (2e édition).
La publication de cet opuscule ne fut achevée qu'en 1819. — Nous savons que, d'après Tandel, la théorie de la conscience
( 1 ) Sl-Augustin de Trinitate.