‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 113 sur 351 · WA U · texte numérisé non relu

WA U

cours du Collège de la ville ; c’est à son initiative, |>ar parenthèse, quon fut redevable du rétablissement de la chaire de commerce, abandonnée depuis la chute du roi Guillaume. En 1855, il fut appelé à faire partie de la Commission chargée de préparer la loi d'organisation de l'instruction publique aux deux degrés supérieurs. Ses vues ne furent pas réalisées, et plus tard il en exprima bien souvent le regret ( 1 ).

Warnkœnig suffisait à tout : nommé en 1854 membre de la Commission royale d'histoire, nouvellement créée à Bruxelles pour la publication de nos anciennes chroniques, il s’occupa immédiatement de coordonner les matériaux du Corpus chzonicorum Flandria », dont le premier volume fut commencé sous sa direction (*). Les Bulletins de la Commission sont. remplis de communications sur ses découvertes; elles témoignent à la fois de son activité infatigable et de la sagacité critique qui distingue tous ses travaux. Vers la même époque, il reprit, en société avec Voisin, van Lokeren, M. Serrure et le baron de Reiiïenberg, la publication du Messager des sciences historiques, recueil justement estimé, fondé en 1825, mais interrompu en 1850. Le baron de Saint-Génois le remplaça en 185G comme directeur de cette revue; mais NVarnkœnig, rentré en Allemagne, n’en continua pas moins d'y envoyer des articles (jusqu’en 1851).

L’Université de Garni ne devait pas le conserver longtemps. « Certains froissements personnels (*) dont il est inutile de parler, autant que l’espèce de nostalgie dont il fut atteint, après la mise en vigueur de la loi du 27 septembre 1855, l’engagèrent ii quitter sa patrie adoptive, pour revoir sa terre natale. » Il expliqua sa résolution par l’état de sa santé, altérée, disait-il, par l'air humide de la Flandre. Le baron de Saint-Génois nous apprend qu'il lut

(* ) Saint-Génois, p. 162.

I* ! Celle grande publication a été achevée en 1837. par les soins de M. le chanoine de Smet.

(*) Nous ne saurions dissimuler que Warnkœnig se lit des ennemis un peu par-

question de le replacer 5 l’Université de Liège, avec un traitement considérable; en tous cas ces négociations n’aboutirent pas. Warnkœnig alla recueillir, à l’Université de Fribourg, la succession de l’illustre historien Ilotteck. Il fut nommé professeur de droit naturel et d’histoire politique, avec le titre de conseiller (llofralh) du grandduc de Bade. Il voulut tout d'abord donner un témoignage de reconnaissance au pays qu'il venait de quitter : il prit l'histoire du droit belgique pour sujet de son discours inaugural. Eu revanche, un peu plus tard , il conçut l’idée de faire connaître aux nations étrangères les progrès immensesaccomplis en Allemagne de 1815 ü 1840, dans le domaine des sciences juridiques. Son intéressante brochure intitulée : De la science du droit en Allemagne depuis 1815 (*), présente un aperçu des travaux de Savigny, Mittermaier, Eichhprn, Walter, Hugo, Thibaut , et de tant d’autres sommités scientifiques dont il avait lui-mème propagé les doctrines parmi nous. Ses écrits sur YHistoire et les sources du droit coutumier liégeois, sur le droit natur:l, et son Introduction (en langue allemande aux Institutes et aux Pandectes datent de la même période. En 1844, il échangea sa chaire de Fribourg contre celle de droit ecclésiastique à Tubinguc: c’était la sixième Université qui le comptait au nombre de ses professeurs. Tubingueétaitalors le centre d'un mouvement politico-religieux qui passionnait toute cette partie de l’Allemagne : Warnkœnig se jeta dans l’arène et se mit à écrire brochure sur brochure, dans un sens peu favorable à l’Eglise romaine. Ces préoccupations de polémiste le poursuivirent longtemps, comme le témoignent divers articles qu’il publia vers la fin de sa vie dans toutes sortes de recueils périodiques. Mais elles ne l’empêchèrent pas

tout. Nous avons déjà fait entendre que les raisons qu'il allégua pour justifier son départ de Liège, étaient au fond des prétextes.

(*) Trad. en français par M. Ed. Laboulaye et insérée dans la Revue de. législation.

WA li

de donner suite à un grand projet scientifique qu'il avait conçu étant encore à Fribourg. Il résolut d'écrire, avec le professeur Stein (de Kiel), une histoire complète du droit français; la tâche de son collaborateur devait consister simplement à exposer l’histoire du droit criminel (*). Les travaux de Klimrath(*) et de M. Laboulave fournissaient à Warnkœnig de nouvelles et précieuses indications ; pour les compléter et pour s’éclairer directement , il entreprit de nombreux voyages scientifiques dans le nord de l’Allemagne , en Suisse , en Hollande et à Paris. Trois fois de suite, de 1830 à 1845, la section des sciences morales et politiques de l'institut de France avait mis au concours une partie de la question qu’il avait A cœur de traiter ; mais le pian du savant allemand était plus vaste : il voulait embrasser le sujet dans toute son ampleur. I/ouvrage parut à Râle (1846 et 1847) en 2 vol , in-8°; de même que V Histoire de Flandre, il a conquis et conservé dans la science une légitime autorité. L’auteur s’est renseigné aux meilleures sources et a porté la lumière dans une foule de recoins obscurs ; commençant aux temps antérieurs â la période française, H s’arrête à 1787.

et présente un tableau complet de la société française dans les hautes sphères de la politique, des institutions municipales, judiciaires et administratives, pendant une période de près de quatorze sic* les (’).

Les dernières années de Warnkœnig furent paisibles. A vrai dire, il ne connut jamais, en fait d’orages, que les querelles des savants, plus bruyantes que désastreuses. Des démarches inconsidérées, des articles publiés mal à propos, ou d’un ton peu mesuré, purent lui

( 1 ) Nypcls, Bibliographie tlu droit criminel, p. 530. L'ouvrage de Stein forme le 3e volume de l 'Histoire du droit français. Il a paru en 1846 à Bâle en Suisse.

(*) Travaux sur f histoire du droit français, par feu H. Klimrath , mis en ordre et précédés d'une préface parL.-.A Warnkœnig, prof, à l'Université de Fribourg, avec une carte de la France coutumière. Paris, 1843, 2 vol. in-8° (M. Nypcls a publié dans la Re-

faire du tort dans certaines circonstances ; mais au fond il n’y avait dans son caractère ni aigreur ni manque de délicatesse; il était avant tout spontané, un peu fantasque peut-être, et c’en était assez pour le faire quelquefois mal juger. Il eut des adversaires; mais le temps fit disparaître les rancunes. Retiré à Stuttgart à partir de 1854, il se consacra tout entier à ses études favorites, et la Belgique réclama encore la meilleure partie de son temps. En 1860, il publia en feuilleton, dans la Gazette de Cologne, un excellent résumé de V Histoire de la principauté de Liège , dont on doit féliciter M. Stanislas Bormans , conservateur-adjoint des Archives liégeoises, de nous avoir donné la traduction (*). En 1856, l'Académie royale de Belgique ayant mis au concours la question de savoir quel a été le lieu de naissance de Charlemagne, un généreux donateur offrit un prix considérable à l’auteur qui parviendrait à prouver que le grand empereur était belge.

Huit mémoires furent envoyés à la Compagnie, qui ne se déclara point satisfaite et modifia son programme, d’accord avec le fondateur anonyme du prix. Exposer l'origine des Carlovingiens ; discuter les faits de leur histoire qui se rattachent à la Belgique , tel fut le libellé du nouveau programme ( * ).

Les lauréats furent Warnkœnig et M.

Gérard, auditeur-militaire à Bruxelles; MM. Kervyn de Lettenhove, le baron de Gerlache et M. L. Polain, rapporteur, furent unanimes dans leurs conclusions, et la classe des lettres tout entière partagea leur manière de voir. L'ouvrage couronné se distingue par une étude approfondie des travaux des érudits modernes et par un emploi judicieux des sources. L’alliance d’un Belge et d’un Allemand, tous deux versés dans la litté-

vue de Liège, t. IV, p. 116 et suivantes, une analyse étendue de cet ouvrage).

(*) Saint-Génois, p. 166.

(*) Liège, Renard, 1864, in 12°.

(*) Le prix devait être un capital de 6000 frs., à 2 1/2 ®/0, inscrit sur le grandlivre de la dette publique belge, avec jouissance des intérêts à partir du 1er janvier 1856 ( Bull . de t'Acad ., 1860, p. 32). — V. l'art. Polajk,

Page 1