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INTRODUCTION
renseignement supérieur, préparée par la loi. Le jury combiné, qui remplace le jury central depuis 1819 ('), n’a fait qu’aggraver le mal auquel on a voulu porter remède en modifiant la loi de 1835. Aujourd’hui l’élève est interrogé directement par son professeur, sous le contrôle du professeur d’une Université rivale, chargé du même cours. La combinaison est telle, que les deux Universités de l’Etat ne se rencontrent jamais au jury, non plus que les deux Universités libres : on a voulu sans doute, pour ces dernières, éviter les froissements. Qu’on se figure Krause appelé h contrôler Tongiorgi, les idées de M. Altmeyer aux prises, en plein jury, avec celles de M. de Gerlache! On a donc pris la précaution, pour conduire les récipiendaires au port, de ne jamais laisser le loup avec la chèvre, ni la chèvre .... Les Universités de l’Etat, considérées comme neutres, sont tour à tour en présence de Bruxelles et de Louvain. La position n’est fausse, en définitive, que pour elles; mais elle est peu digne pour tout le monde. On est placé dans cette alternative : collision ou collusion. Avec le temps, il est vrai, on s’habitue à ce mariage forcé; mais le niveau des examens baisse, parce que chaque professeur est en droit de dire à son confrère : ceci n’a paséléenseigné. Que faire alors? Il suffit qu’un élève sache bien son cahier pour être admis : aussi, que de fruits secs parmi les distinctions ! Dans les quatre Universités, aux Chambres, partout, on est convaincu de l'influence délétère du système : on n’a trouvé, après mûre réflexion, d’autre moyen de relever les éludes, que de simplifier les examens; au lieu de relever îles éludes, on les a matérialisées en considérant officiellement comme accessoires toutes les sciences dont futilité professionnelle n’est pas immédiate, toutes celles qui élèvent l’esprit, qui lui ouvrent un vaste champ, celles mêmes qui contribuent le plus directement à l’éducation du citoyen. Le temps est venu de brûler la vieille idole : il est urgent de rayer une fois pour toutes de notre Credo ce malheureux article : lx jury est le gouvernement de renseignement supérieur.
La science ne peut être gouvernée : c’est à elle de gouverner les esprits, sous peine de mort pour la civilisation. Mais elle ne peut gouverner si elle n’est libre, et elle ne sera libre en Belgique que quand le jury usurpateur aura disparu.
(') V. ci-après, dernière partie, p. xLiv.
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Alors seulement notre Université aura son esprit de corps scientifique; alors seulement les résultats seront en raison directe des efforts; alors seulement l'enseignement supérieur belge , officiel ou privé, sera digne des institutions nationales.
On veut la liberté des études, la liberté de la pensée, et le jury nous dit chaque année : Vous n’irez pas plus loin ! Il est logique, dès lors, qu’on s’effraye de nos moindres audaces. Laissez chacun libre, mais que chacun soit seul responsable de ses actes , devant le public d’abord, et devant l’autorité dont il relève : alors nous serons stimulés, et nous n’en serons pas moins sages. Le jury isole les professeurs; il est nécessaire de les rapprocher, de leur inspirer la noble ambition de faire école. Laissez-nous graviter dans notre orbite : plus de systèmes de transactions, d’équilibre apparent, de concessions aux majorités. La formule est bien simple : Le jury doit dre séparé de C enseignement, comme l'Etat est séparé de l'Eglise.
Cette séparation, nous l’attendons h Liège comme la manne du ciel, et nous la réclamons depuis longtemps, parce que la liberté nous est chère comme aux populations qui nous environnent, et parce que sans la responsabilité directe des professeurs, l’enseignement de l’Etat, dans l’esprit de notre Constitution, ne saurait légitimement exister. L’Etat n’a point par lui-même de doctrine; en revanche, il doit à la nation des moyens de s’instruire. Mais sous peine de monopole, il doit aussi respecter le droit imprescriptible delà science, qui est d’être pleinement libre. De là c’est à nous, qui représentons la science, et non pas à l’Etat, qui ne fait qu’en garantir par nous la propagation, que doit revenir toute la responsabilité.
De ce que l’enseignement est constitutionnellement libre et de ce que l’Etat belge ne peut être juge en matière doctrinale, il résulte immédiatement que le système préconisé par l’Université de Liège est le seul justifiable. Les lois qui nous régissent ont consacré un privilège en faveur des Universités de Bruxelles et de Louvain ; les intéressés s’en prévalent ; nous le concevons. Mais il y a aussi d’autres institutions non moins respectables , pour n’étre pas complètes, auxquelles on a jeté en quelque sorte en pAture ce qu’on appelle actuellement le jury central ( * ), et qui ne doivent être satisfaites que tout juste de n’avoir aucune influence directe sur la con-
( ' ) V. ci-après, dernière partie, p. xlv.
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feetion des programmes d’examen ( ' ). Celles-là aussi ont droit à une pleine satisfaction; et après tout, les professeurs ou répétiteurs privés qui préparent isolément des élèves aux examens ne sont pas de ces tninima dont le préteur est dispensé de se préoccuper. Or, tant que les jurys actuels existeront, tous les Relues ne seront pas égaux devant la loi de renseignement supérieur. Monopole ou non monopole, il n’y pas de milieu. Le système de Liège, c’est l’abolition de tout monopole. Qu’on le complète, qu’on l’amende, qu’on le modifie; nous ne tenons qu’au principe : point de monopole !
Puisque l’État n’est pas juge en matière doctrinale, il est évident qu 'il n'a pas le droit d'instituer des jurys scientifiques. Ce droit appartient naturellement et pleinement à qui enseigne ; et comme en Belgique tout le monde peut enseigner, ce droit appartient donc h tout le monde. Mais le certificat de capacité ou le diplôme ne peut conférer par lui-même aucune prérogative dans l’État, puisque l’État n’a pas lui-même le droit d’en apprécier la valeur ou seulement la sincérité (*)• Ce diplôme ne saurait être autre chose qu’un titre scientifique, dont le relief sera en raison du renom de l’Université ou du corps quelconque, ou du simple professeur qui l’aura délivré. Par parenthèse, ce serait là un puissant stimulant pour les Universités: si elles se livraient à un honteux trafic, elles seraient bientôt discréditées; elles auraient tout intérêt à se montrer sévères, et libres qu’elles seraient les unes comme les autres dans leur sphère d’activité respective, leur concurrence prendrait le caractère d’une généreuse émulation : engagées dans des voies différentes, mais poursuivant un but unique et haut placé, elles travailleraient fraternellement et sans arrière-pensée à l’émancipation intellectuelle de la jeune Belgique.
Les passions du jour et les intérêts privés mal entendus, tels sont les obstacles à vaincre : ils sont redoutables sans doute; mais nous croyons au progrès irrésistible de la justice et de la vérité.
Le devoir de protéger la société contre les charlatans, les faiseurs de dupes et tutti quanti, d’autre part, ne peut nécessairement incomber
(') Ces programmes sont déterminés par la loi : mais qui fait la loi ? Les Universités libres, pour une certaine pari, puisqu'elles comptent au Parlement un certain nombre de leurs professeurs. Quant aux Universités de l'Étal, depuis la loi des incompatibilités parlementaires, elles n'ont plus voix au chapitre.
{*) Il serait possible de soutenir que les professeurs des Universités de l'État, en vertu de leur caractère officiel, sont dans une position toute particulière; mais nous ne voulons pas donner prise à la moindre objection.
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qu’à l'État.' — M. Ad. Bartels fait remarquer spirituellement que ni Galien ni Cicéron, ni Hippocrate ni Démosthènes n’avaient pris leurs grades ou couvert leur chef d’un bonnet carré, ei il se demande si les plaideurs en étaient plus grugés et les malades plus assassinés que de notre temps. « Ne semble-t-il pas, ajoute-t-il, que les individus ne » sachent gouverner aussi bien leur santé et leur prospérité que le » gouvernement, et que nous ayons tous besoin, dans nos intérêts les » plus chers et les plus personnels, d être défendus contre notre propre » imbécillité comme des enfants en tutelle? ( * ) » Comparaison n’est pas raison. Il ne s’agit pas de tutelle, mais de légitime défense. En Angleterre, un empirique pratiquant sans diplôme peut être attrait devant le jury: le voilà condamné du chef d’ignorance; la famille qu’il a décimée en sera-t-elle moins en deuil? En serez-vous moins ruiné parce que la vindicte publique atteindra le mauvais agent d’affaires qui aura compromis votre cause ? Les expériences in animi vili sur la vie et sur la fortune des citoyens peuvent-elles donc être permises? Si les cas d’empoisonnement par les débitants de drogues sont rares, n’est-ce pas grâce à la double garantie du diplôme et de la surveillance exercée par les Commissions médicales? La manie de supprimer toute police nous ramènerait finalement à la barbarie; de déductions en déductions, nous en viendrions à être obligés de nous armer chacun pour notre défense personnelle et d’avoir recours à la loi de Lynch. La suppression des garanties contre les abus de la liberté serait attentatoire à la liberté même, qui est inséparable de l’ordre et de la sécurité des personnes; autant vaudrait déchirer tout contrat social. Enfin, les institutions qui conviennent à un peuple ne conviennent pas toujours à un autre : l’exemple de l’ancienne Rome ou de l’Angleterre ne prouve nullement que nos mœurs et nos habitudes puissent de longtemps s’accommoder d’un système qui consacrerait la liberté — de tuer les gens au préalable.
Quoi qu’il en soit, ce qui nous paraît hors de doute, c’est que si l’État a ici un devoir à remplir ou s’il peut revendiquer un droit, ce qui revient au même, ce ne peut être qu’un droit de police. Le jury ne doit avoir rien de commun avec l’enseignement. Les Universités ont un but scientifique; le jury professionnel n’aura jamais qu’à répondre à celte question : «Y a-t-il ou n’y a-t-il pas danger de confier
( 1 ) Ouv. cité , p. 402,
INTHOIUCTION.
à tel récipiendaire la vie ou la fortune des citoyens? (*)» — Mais, en attendant qu’une solution définitive soit donnée au grave problème des examens, comment vivons-nous ?
Le grand travail de M. Nolhomb, déjà tant de fois cité, les premiers volumes des Annales des Universités de Helgit/ue, les Rapports triennaux publiés par le département de l’intérieur, enfin, contiennent tous les éléments d’une histoire administrative de notre Université, aussi bien que de celle de Gand. Nous nous contenterons de renvoyer le lecteur à ces documents précieux, plus riches en renseignements qu’aucun recueil analogue édité, à notre connaissance, dans les pays étrangers: il nous a paru que les questions financières, l’organisation de la caisse des pensions, les mesures relatives aux bourses d’étude ou de voyage, etc., ne pouvaient attirer notre attention dans cet ouvrage, tout entier consacré à la vie intérieure de notre institution. Qu’il nous sullise de rendre hommage, en passant, au zèle et à la sollicitude de l’administration centrale, qui, dans les circonstances les plus difficiles, n’a cessé de contribuer, par sa vigilance et par son attitude impartiale, au maintien de la prospérité des Universités de l’État et à la défense de leurs légitimes intérêts i*).
(* ) Sprinc. , p. 102.
lf) a A l’origine du royaume des Pays-Bas, dil M. Th. Juste ( Hist . de t Intir. publ. en Belgique, p. 379), l'instruction publique forma un département dont le chef portail le titre de commissaire-général ; plus tard, elle devint, par l'adjonction de deux autres services, le ministère de l'instruction publique, de lu marine et des colonies ; en 1830, elle était, depuis plusieurs années, réunie au département de l'intérieur, dont elle formait une des principales administrations.
» Au sortir de la crise de septembre, le gouvernement provisoire créa une Commission d'instruction ; mais peu de jours après, une administration générale fut substituée b la Commission. M. Pli. Lesbroussart, un des hommes les plus distingués et les plus honorables du pays, fut nommé, le 14 octobre 1830, administrateur-général de F instruction publique.
> A celte époque, les départements ministériels portaient le nom de Comités, et les chefs des Comités le litre d' administrateurs-généraux : c'est celui que portèrent M. Nicolai d'abord, et ensuite M. Tielemans, comme chefs du département de l'intérieur.
» Jusqu'à la lin du mois de décembre, il y eut beaucoup de vague relativement à l'étendue et même à la nature des attributions de l'administration générale de l'instruction publique; le titulaire se considérait comme chef de Comité, au même litre que ceux de l'intérieur, de
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Aussitôt après la promulgation de la loi du 27 septembre 1835, le gouvernement se préoccupa de pourvoir aux chaires vacantes. On n’était plus sous l’empire des préjugés de 1817 et de 1830; personne ne trouva mauvais que le ministre fit appel à des savants étrangers. L’affaire Gibon (v. ci-après, col. 337 et suiv.) faillit cependant mettre encore une fois le feu aux poudres. La nomination de l'excellent
la justice, elc., qu’il regardait comme des collègues ; en efTel, le Comité central du gouvernement provisoire prenait des arrêtas sur la proposition de l'administrateur général de l'instruction publique, et chargeait ce fonctionnaire de leur exécution.
» L'arrêté du 16 décembre sur les Universités est le premier acte dans lequel l'intervention du Comité de l’intérieur est constatée; encore y est-il dit dans le préambule: * Sur la proposition du Comité de l'intérieur et de t administration générale de /‘instruction publique », et à l'art. 21 : « le Comité de l'intérieur et l'administratcur-général sont chargés de l'exécution du présent arrêté ».
» La situation fut enfin nettement décidée par un arrêté du 24 décembre, qui porte : « L'administratcur-général de l'instruction publique est attaché au Comité de l'intérieur». — Mais ce même arrêté disait plus bas : « Le gouvernement se réserve de demander des rapports et avis directs à l’adminislrateur-général de l'instruction publique ».
» Les affaires concernant l'instruction publique formèrent donc à elles seules une administration générale ayant, nu moins en apparence, son existence spéciale, bien que dépendante du ministère de l’intérieur. Tous les chefs de ce département devaient, s'ils voulaient prendre au sérieux la responsabilité constitutionnelle, s'efforcer d'annuler l'action de l'administration de l'instruction publique, dont les actes devaient leur être imputés. — Ce service ne fut donc bientôt plus, de fait, qu'une division, dont le chef conservait un litre fout à fait illusoire.
» Le 18 novembre 1838, une Commission fut nommée par le Roi, sur la proposition du ministre de l’intérieur (M. Ch. Rogier), à l'effet de préparer un projetée loi sur l'instruction publique. Non seulement on ne jugea pas à propos de placer l'administroteur-général dans celte Commission où siégèrent plusieurs de ses subordonnés, mais on lit à ce fonctionnaire une position tout à fuit subalterne, en insérant dans l'art. 3 de l'arrêté la disposition suivante : « La Commission est autorisée h requérir, toutes les fois qu'elle le jugera convenable, la présence de l'administrateur-général de l'instruction publique ». — Heureusement que les membres de la Commission comprirent «pie les convenances ne leur permettaient pas de faire usage de cette faculté : jamais l'administrateur ne fut mandé par elle ; il est permis d'ailleurs à ceux qui connaissent le caractère loyal et indépendant de M . Lesbroussart, de douter qu'il eut accepté une pareille situation.
» Au mois d'avril 1831, le personnel des employés de l'administrateur-général de l'instruction publique, soustrait jusque là au contrôle du secrétaire général, fut soumis au règlement du ministère de l’intérieur.
» Il y avait donc déjà longtemps que l'importance et l'influence de l'administrateur-général de l'instruction publique étaientannulées, lorsque leministrede l'intérieur (M. de Theux), par lettre du 24 août 1834, décida que désormais toute la correspondance de l’administration de l’instruction publique serait soumise, en minute, à l'approbation du mi listre, et expédiée par le bureau général d'expédition du ministère. — C'est l'administration ainsi réduite que M. Lesbroussart échangea, le 3 décembre 1835, contre une chaire à l’Université de Liège.
» Le secrétaire de l'administrateur, M. L. Alvin, nommé aussi en 1830, continua à traiter les affaires de la division jusqu'au 26 mai 1836, époque à laquelle l'instruction publique devint un bureau d'une division confiée à M. le baron Dctlafaille, qui, avec le titre de direc-
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professeur Tandel h la chaire de philosophie calma les esprits; le gouvernement n’eût pu faire un choix plus heureux et plus prudent.
leur, réunissait déjà dans sus attributions les arts, les sciences, les lettres, le service de santé, les cultes et les archives.
» hors de In composition du cabinet du 18 avril (Lehcnu et Rogier', l'instruction publique, les arts, les sciences et les lettres passèrent au département des travaux publics. — M. le baron Dcllafaille, ayant été nommé sénateur, donna sa démission de directeur.
» La portion de son administration transférée aux travaux publics y forma d abord deux divisions distinctes. L'une d’elles, l'instruction publique, resta confiée jusqu’au milieu dji mois de septembre 1840 au même secrétaire de l'adminislrateur-général dont, sous le ministère précédent, le titre avait été échangé contre celui de chef de bureau.
» Par arrêté royal du 80 août 1840, M. Dcqucsne, ancien membre de la Chambre des représentants (* ), fut appelé au poste de directeur de l'instruction publique, des arts, des sciences et des lettres. Il ne prit possession de sus fonctions que vers le milieu du mois de septembre ; il lit à la distribution des prix du concours des athénées et des collèges, le rapport officiel sur cette institution, créée par M. Ilogicr le 4 juillet précédent et organisée par lu division de l'instruction publique pendant l'intérim de M. Alvin. — A la retraite du cabinet, M. Dequesnc donna sa démission.
» Kn rappelant l'instruction publique, les arts et les sciences au département de l'intérieur, le cabinet du 18 avril fit de l'instruction publique une administration spéciale qui devint une des six divisions du ministère. L'arrêté royal du 18 mai 1841, qui créa celle division, porte qu'elle pourra être confiée à un fonctionnaire ayant le litre de directeur ou de chef de division. » M. Alvin fut nommé le même jour, sous cette dernière dénomination ; démissionnaire au bout de neuf ans, la mort du baron de KcifTenberg (v. ce nom), dérida le gouvernement a lui conlier le poste de conservateur en chef de la Bibliothèque royale, fonctions qu'il occupe encore aujourd'hui.
M. L.-J. Alvin, O. membre de l'Académie royale de Belgique, s’est fait connaître par plusieurs écrits estimés, notamment sur des questions d'art. Il a pris une grande part à la réforme de l'enseignement des arts du dessin. On lui doit une tragédie : SurdanapaU; plusieurs notices littéraires, cntr'aulrcs sur lu Uirme épopée d'Alexandre Soumet, et une série d’intéressantes biographies d'écrivains belges : il compte au nombre de nos meilleurs prosateurs. Le grand recueil que M. Nolhomh, ministre de l'intérieur, a publié en 1844 sur l'histoire et la statistique de l'enseignement supérieur en Belgique, est dû en grande partie aux soins de M. L. Alvin.
Depuis 1850, la direction administrative de l'instruction publique est confiée à M. C.-F. TuiÊhï, O. Né à Ath, le 24 février 1805, M. Thiéry, après avoir fait de brillantes éludes humanitaires au Collège de cette ville, alla fréquenter l’Université de Louvain , d'où il sortit en 18*29 avec le grade de docteur en philosophie et lettres, après avoir soutenu une thèse sur Diogène de ItaOylone. Becker {v. ce nom) le compta parmi ses élèves les plus distingués. Il passa ensuite quatre années dans l’enseignement : nommé professeur de poésie latine au Collège de Soignies, en octobre 1829, il y obtint la chaire de rhétorique l’année suivante. En 1883, il retourna à Louvain et s'y fil recevoir, au bout de deux ans, docteur en droit. Il est attaché au département de l'intérieur depuis le mois de septembre 1835. De 1849 à 1850, il a rempli les fonctions de chef du service des affaires provinciales et cora-
(*) M. bequesnc fut renvoyé plus tnril A lu Ctiainl>rc . par le» électeur» de Tliuin. Kn IflïO, il rédige», «n nom do la faction centrale, on rnpjmrt *ur la toi do l'enseignement moyen ; it présida ensuite pendant quelque» années le Conseil de perfectionnement institué par celte même loi.
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Un autre incident, la querelle du baron de ReifTenberg et d’Ed. Lavalleye (*), au sujet d’un manuscrit de S.-P. Ernst, que le premier avait publié sous son propre nom, défraya pendant quelque temps la presse militante : de ReifTenberg devint impossible à Liège. Cette dernière agitation fut au reste sans importance; en somme, à partir de 1833, l’Université entra dans une période de paix studieuse et féconde. Le corps enseignant était renforcé et se montrait animé d’une généreuse ardeur ; les étudiants partageaient le zèle de leurs maîtres. Les inconvénients inhérents au nouveau système d’examen ne s’étaient pas encore révélés. Les premiers actes du jury avaient inspiré une terreur salutaire; enfin, la liberté laissée aux élèves de ne pas fréquenter tous les cours, loin de produire les effets qu’on lui attribua plus tard, empêchait les professeurs de s’endormir sur un doux oreiller et disposait les jeunes gens à travailler par eux-mêmes. Leurs études n’étaient uniformes que tout juste assez pour répondre aux exigences du jury. Celui qui écrit ces lignes était alors sur les bancs : il sait à quoi s’en tenir.
On a vu qu’avant la révolution, les circonstances extérieures avaient contribué à mettre particulièrement en relief la Faculté de droit. Soit que la carrière du barreau parût pour un temps encombrée et que la magistrature, dont les cadres avaient été récemment renouvelés, offrît peu d’avenir à la jeunesse; soit que l’essor vigoureux que commençait îi prendre l’industrie nationale fît réfléchir les familles; soit enfin que le courant des idées eût pris une direction nouvelle, et que l’enthousiasme pour les sciences morales et politiques se fût refroidi après la conquête de nos libertés, toujours est-il que les études juridiques furent graduellement délaissées. La Faculté de droit comptait d’aussi
munales. Comme chef de division de l'instruction publique, il s'est vu appelé, à peine entré en fonctions, à organiser l'enseignement moyen, régénéré par la loi du 1 juin 1850; il a aussi rendu de grands services à l'enseignement supérieur. M. Thiéry a obtenu en 1852 le titre de directeur ; en 1859, il a été promu au rang de directeur général de finttruction publique, mesure devenue nécessaire à raison du développement de plus en plus considérable de nos institutions scolaires. L'administration de M. Thiéry comprend aujourd'hui deux divisions : les atTaircs de l'enseignement des deux degrés supérieurs relèvent immédiatement de M. Rf.xsing, chef de divi.tioti (*) ; celles de l'enseignement primaire sont traitées par M. Jamar, qui porte le litre de directeur.
( ') V. ci-après, col. 177 et 701. — Au moment de mettre sons presse, nous apprenons qu'F.d. Lavalleye est décédé à Liège , le 18 septembre 1869.
(* ) Fit slénnïc.,|>lie de la Chambre ,l.v< repréaenhmt».
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bons professeurs que jamais: elle continua de former d’excellents élèves; mais elle n’éiail plus poussée par un vent favorable. La Faculté de philosophie, où elle se recrute, se trouva réduite à sa plus simple expression jusqu’en 1842, date ù partir de laquelle on commence à constater un mouvement ascendant. La Faculté de médecine souffrit aussi, mais relativement moins, et surtout à cause de l’érection des deux Universités libres. Le Ilot des étudiants envahit les auditoires de la Faculté des sciences ou plutôt des Ecoles spéciales, dont la première réorganisation remonte à 1836. Ne résistèrent au torrent que ceux qui se sentaient une vocation véritable; de là, si les trois Facultés délaissées n’eurent à inscrire pendant quelques années qu’un petit nombre d’élèves, la qualité suppléa à la quantité. Tel fut le premier engouement pour les sciences appliquées, qu’on vil entrer aux Ecoles maints aspirants sans aucune aptitude, quittes «à en sortir au bout d’un an, tout étonnés d’y avoir été dépaysés, et h reprendre ensuite, quelques-uns avec grand succès, des éludes dont l’entraînement irrésistible de l’exemple avait seul pu les détourner. Cet empressement ne fut pas sans influence sur l’organisation intérieure des Ecoles, et plus tard sur l’institution d’un sévère examen d’admission. -
Ce qui a contribué, d’autre part, au crédit et à la prospérité des Ecoles, c’est la circonstance qu’on n’a pu leur contester le droit de délivrer elles-mêmes des diplômes de capacité. Ces diplômes, à l’exception de celui d’ingénieur des mines, qui est conféré au nom de l’Etat par des représentants de l’administration, n’ont aucune valeur officielle, et il semble que les sociétés industrielles n’en fassent que plus de cas. La renommée des Ecoles de Liège est devenue universelle : les jeunes gens qui y ont été reconnus capables sont partout recherchés ; des quatre points cardinaux, des deux hémisphères, on est venu, ou vient encore solliciter leur parchemin. C’est que. encore une lois, tant vaut l’institution, tant vaut le diplôme. Ou a fait ici une première expérience heureuse de la liberté des éludes telle que nous l’entendons; il dépendrait de nous seuls, si le jury d’examen n’avait plus qu'un caractère professionnel, de rendre également enviables les diplômes scientifiques de Liège !
Les Ecoles spéciales, se dirigeant elles-mêmes sous |e contrôle du gouverncinent,c’csl-à-dire indépendantes d’un jury et d’un programme étrangers, ont trouvé dans leurs anciens élèves le plus solide de leurs
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points d’appui. Les ingénieurs qu’elles ont formés portent leur cocarde; leur nom est pour eux une lettre d’introduction dans le monde. Ils ont donc h cœur l’honneur de rétablissement. Ils se regardent comme les premiers intéressés à la continuation de scs succès; ils aplanissent volontiers l’entrée de la carrière aux nouveaux diplômés. Ainsi se nouent des relations durables; ainsi se développe un esprit de confraternité qui est pour tous, et pour les écoles ellesmêmes, un principe de force et de progrès. Ces dispositions se sont hautement manifestées par la fondation d’une Association des ingénieurs sortis des Ecoles de Liège , qui compte aujourd’hui dans son sein la plupart des chefs de nos grands établissements d’industrie, cl dont le rayonnement s’étend chaque année ('). Indépendamment des services que rend cette excellente institution à l’industrie nationale tout entière, en entretenant chez ses membres le goût des études solides,
{ 1 ) l.e désir de former, enlre les anciens élèves des Ecoles, une association «qui contribuât à maintenir les relations d'amitié contractées pendant les études et à développer entre eux une solidarité plus étroite » était nourri depuis longtemps dans la pensée d'un grand nombre de jeunes gens. Il trouva finalement sa réalisation en 1817. lue réunion d'amis (*), dont plusieurs n'étaient pas encore ingénieurs et quelques-uns avaient terminé leurs études, crut le moment opportun et convoqua une assemblée pour le 3 janvier 1818. Dès le 12 décembre 1N-17, vingt-neuf anciens élèves habitant la province de Liège répondirent â cet appel ; le jour même, ils adressèrent une circulaire à leurs amis dispersés sur toute la surface du pays, chargèrent une Commission (**■ de préparer un projet de règlement et fixèrent au 36 décembre l'assemblée générale. Le succès répondit à leur attente : l'/(.v.»oc»a//on fut immédiatement constituée dans le but : 1° d'établir entre ses membres des relations régulières cl intimes; 2“ d'encourager parmi eux les publications et inventions utiles. — Font de droit partie de la Société tous les élèves diplômés des Ecoles de Liège, cl tous les membres du corps des mines qui y ont étudié depuis 1885 ; les membres de l'Association qui ue résident pas en Belgique portent le litre de correspondants. Le siège social est à Liège. Il y a, dans chaque centre industriel, une section scienlilique, chargée de s'occuper des questions théoriques ou industrielles qui lui sont soumises par un ou plusieurs associés. Dans l’assemblée générale annuelle, le trésorier rend ses comptes et il est donné lecture des pièces communiquées à l'Association et présentées par le Conseil. La cotisation annuelle est de 10 frs. ; le produit en est affecté aux frais de bureau et de correspondance, et à l’impression des documents administratifs ou scientifiques dont l'assemblée juge lu publication utile. La séance générale annuelle est suivie d'un banquet : pas n'est besoin de se demander si celle agape fraternelle e.-t animée et joyeuse. L'Association a publié, de 1851 â 1868, dix Annuaire t in 8" ; depuis 1861, elle édile un lUilleiin iriuicsirirl recueil des plus importants au double point de vue des questions qui y sont traitées et des renseignements intéressant les associés. Le t. IX est en cours de publication. — Depuis 1860, des concours ont été
{* itU. Lucien Rouer I, t.. Corn, Ad. cl Kuiilt» de Vaux, Puli«, Aecftrnio, Snmperuinn-, Jottrund, Carnai-rl c* Allier! Dii|Kint (aiijniinl'IiDi con-ul de Turquie à l.iége).
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c’csl surtout grâce à elle que les efforts des débutants ne restent pas isolés ni méconnus. Elle réagit en outre indirectement, par ses travaux et par sa vigilance, sur les Ecoles elles-mêmes, et en plus d’une circonstance son influence y a provoqué d’utiles améliorations.
De tels résultats seraient difficilement atteints dans les Facultés universitaires proprement dites.
D'abord les étudiants y travaillent chacun pour soi, à domicile, tandis que le régime intérieur auquel les Ecoles sont soumises met incessamment les élèves-ingénieurs en contact les uns avec les autres. Ensuite , ils n'ont guère l’occasion d’être interrogés pendant l’année, ce qui les laisse plus ou moins dans l’incertitude, jusqu’au jour de l’examen, sur leurs chances de réussite. Tout au plus se réunissent-ils par petits groupes, pour revoir ensemble les matières du programme. Cet isolement n’est pas un mal en ce sens, qu’il développe le sentiment de la responsabilité personnelle; il répugne
ouverts et ont donné de brillants résultats. Ont été couronnés les Mémoires suivants : 1° Kn 18(51 : Jos. Fram|UOy, Fabrication des combustibles agglomérés dans le district de Charleroi (Ann. des trav. publics et Annuaire de l'Assoc ., t. V ; En 1862 : M. Cahcn, Métallurgie du plomb Reçue unie., t. XIII; Ann. I. VI1; 3° En I8G3 : J. Fayn, Mem. sur la rie et les travaux d'Amlrè Dumont (H. unir., t. XV et XVI; Ann., t. VI) ; 4° En 1864 : 1*. Martin, Examen comparatif de la fabrication des produits chimiques en Rclgique cl en Angleterre {II. unir., t. XVII ; Ann., t. VII; ; 5° et 6° En 1860 : a. Fi. Harzé, Dr faérage des travaux préparatoires dans les mines à grisou {R. unir., t. XX; Ann., t. VII); 7° E. l'rbin, Guide pratique pour le puildlage du fer et de l'acier (Ibid., ibid.); 7° et 8° En 1867 :
a. Spincux, Sur les distributions de la vapeur (sous presse chez J. Baudry, éditeur);
b. Léon Jacques, Sur le gisement des houilles grasses du bussin de l.iége (II. unir., t. XXII; Ann., I. IX) ; 9° F.n 1868 : F. Franquoy, Sur le gisement des minerais de fer de la province do Liège [II. unir., t. XXV et XVI; Ann., t. X). — L’Association se composait, en 1868, de 1 19 membres (L'Annuaire mentionne en outre, à celle époque, deux membres décédés) ; au commencement de 1869, ce nombre s'élevait à 431. — Le Conseil d’administration était composé comme suit en 1831 : Présidents honoraires, MM. Ad. De Vaux et H. Arnould; membres honoraires, MM. Lcsoinne, André Dumont et Chandclon ; membres effectifs : MM. Trascnsler, président ; Gilon, vice- président ; Dupont, secrétaire ; Leloret. L. Renard, L. Corel, G. Dumont, administrateurs ; Stouls, trésorier. Le Conseil de discipline était formé de MM. Leloret, Trascnsler, Gendebicn, Gilon et Smits. — En 1869. les membres honoraires sont : MM. Chandclon, de Cuypcr, de Koninck, Gcrnaert, Rucloux cl Jochams ; les membres effectifs du Conseil d’administration sont : MM. Trascnsler, président ; Ch. Lambert, vice- président ; R. Malherbe, trésorier ; I*. l'aquol, L. Taskin, Jules Ziane, Ed. üespret, J. Lelorel, Ad. Urban et Halbrccq, administrateurs ; Oscar Rongé, secrétaire et directeur du Bulletin. Le Conseil de discipline se compose de MM. G Dumont, Trascnsler, Lctorct. Jos. Descamps et Ad. de Vaux. — Les Comités scientifiques sont au nombre de quatre, fi Liège, à Charleroi, à Mons et ;'i Bruxelles. Ils onl pour présidents respectifs. MM. B. Paquot, Ch. Lambert, Il dcSimony et Hancart-Orlmans.
INTRODUCTION
d’ailleurs h l'essence des éludes libérales que ceux qui s’y livrent soient enrégimentés d’une manière quelconque, et la régularité des interrogations n’est guère de mise, au degré supérieur de l’enseignement, que dans le domaine des sciences tout à fait positives. Cependant il est permis de recommander un terme moyen. Quelques professeurs ont obtenu d’excellents résultats en ouvrant de temps en temps des conférences, où les élèves traitent tour h tour soit des sujets de leur choix, sur les matières du cours, soit des questions qui leur ont été posées d’avance et sur lesquelles s’engage, au besoin, une discussion générale. C’est là une excellente mesure, mais une simple affaire de méthode, sans influence sur les rapports des étudiants entre eux.
Il serait îi coup sur très-avantageux de resserrer leurs liens et de les rapprocher de leurs professeurs ; seulement, il faut se garder de peser sur eux, ou même d’avoir l’air de le faire. Il n’est pas moins dangereux de les abandonner tout à fait îi leurs enthousiasmes irréfléchis. Leur nature généreuse et expansive leur fait un besoin de se voir et de s’entendre : les plus entreprenants proposent la création d’une société dont le but sera littéraire et scientifique; on s’assemble, on réglemente, tout marche admirablement pendant quelques mois; puis la discorde s’introduit au camp d’Agramant; les orages des débats font oublier la fin qu’on s’était proposée ; la société devient un club où l’on va s’exalter et voter la régénération de l’espèce humaine, ou perdre tout bonnement son temps, sous prétexte de se reposer de fatigues qu’on n’a point subies. Enfin tout s’évanouit: les esprits sérieux se remettent au travail, les autres vont s’amuser ailleurs ; tous quittent finalement l’Université et se perdent de vue ; h peine reste-i 1 un souvenir des bruyantes soirées où l’on renouvelait vingt fois des serments de fraternité.
Dans toutes les Universités de l’Europe ces choses se sont passées : il faut être indulgent pour ces associations éphémères, et peut-être faut-il voir un avertissement dans leur renaissance périodique. Peutêtre, à côté de ces réunions libres et dans lesquelles on doit bien se garder de s’immiscer, serait-il éminemment avantageux d’instituer, dans nos Universités de l’Etat, quelque chose d’analogue î» la Société littéraire de l’Université de Louvain, à laquelle restent affiliés les anciens élèves. Il existe aussi, sous une autre forme et dans d’autres conditions, une solidarité entre les professeurs et les anciens élèves