‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 14 sur 351 · I,XX · texte numérisé non relu

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lXTHOÜlCTiOX.

de Bruxelles. Des séances consacrées 5 des lectures, des concours, des discussions scientifiques, il ne serait pas au-dessous de la dignité professorale d’organiser tout cela et d’y imprimer un caractère sérieux. On publierait régulièrement un Annuaire ou des Mémoires ; on resterait en rapport avec l'Université après avoir quitté ses bancs; on y reviendrait de temps en temps, aux assemblées générales, pour retremper les vieilles amitiés et en former de nouvelles ; en attendant, on aurait vécu dans une atmosphère studieuse, et bien des jeunes gens qui ne travaillent aujourd’hui que pour les examens acquerraient, d’abord parce que leur amour-propre serait stimulé, ensuite parce qu’il suffit le plus souvent d’essayer scs forces pour devenir désireux de les déployer tout entières, le goût du travail pour la science , qui est le plus doux de tous les fruits malgré l’amertume de son écorce.

Une institution semblable nous animerait d’une vigueur nouvelle et remplacerait avec avantage le Concours universitaire, qui, dans les conditions où il est établi, n’a obtenu qu’une assez mince popularité parmi les étudiants ( 1 ).

Hâtons-nous d’ajouter que le zèle individuel, au service de talents supérieurs, a plus ou moins compensé l’absence d’une institution que nous ne cesserons jamais de considérer comme un important desideratum. Un Dumont se rencontre-t-il, son influence familière prend les proportions d’une royauté scientifique : comme la nuée du désert, sa trace lumineuse guide la foule des chercheurs vers la terre promise. Un Dupret ne forme pas seulement des avocats, mais des jurisconsultes. Des herborisations de Ch. Morrcn, on revenait passionné pour la botanique. ïandel, avec sa gravité modeste, a fait vibrer dans bien des âmes des cordes jusque lâ muettes; le nom de Brasseur vivra non seulement dans la science, mais dans les annales de l’enseignement, parce que son enseignement était comme une révélation. Nous nous arrêtons, de peur de parler des vivants... Mais, avec de telles ressources, à quels progrès ne pourrait-on pas prétendre si, grâce à la mise en commun et en lumière de tous les efforts, on eu venait à se connaître de plus près et â s’organiser véritablement, nous tenons à ce mot, eu corps scientifique ! On s’élèverait graduellement aux hauteurs de la science comparée, la seule qui, dans un

( i) V. ci-après, dernière partie, p. xx el suiv. — En somme, la décentralitntion du contours constituerait déjà par elle-même un grand progrès.

INTRODUCTION

avenir dont on entrevoit déjà l’aube, méritera définitivement le nom de science. Malgré tous les obstacles, malgré les jurys, malgré les systèmes de tâtonnements, nous pourrions enfin remplir notre rôle d’Université, universitas scient iartim.

Il règne dans le public, en ce temps d’utilitarisme, des idées assez fausses sur la nature des Universités. Elles ne sont ni de simples écoles, ni des Compagnies savantes au sens des Académies. Elles participent de la nature des premières, puisqu’elles enseignent; de la nature des secondes, en ce qu’elles doivent cultiver et honorer la science pour elle-même, et non pas seulement à cause des avantages matériels qu’elle procure. A la différence des écoles dites spéciales, elles ne se contentent pas de frayer la voie aux jeunes gens qui se proposent d’aborder telle ou telle carrière ; leur enseignement doit avoir une portée philosophique et sociale; elles sont tenues d’apprendre à leurs élèves à penser et à travailler pour leur propre satisfaction et en vue du perfectionnement de leurs semblables; enfin, elles ont mission de former de bons citoyens : sous tous ces rapports, elles ont à remplir une tâche éducative. Sur le terrain de la science pure, d’autre part, elles se proposent une fin analogue à celle des Académies; mais leur façon de procéder est toute différente. Que sont les Académies ? Des réunions de savants et de gens de lettres, groupés dans le but de se communiquer réciproquement leurs découvertes, de juger des concours ouverts sur des sujets imposés, d’encourager les travaux isolés de quelques néophytes. Elles ont des couronnes pour le talent ; elles ont un champ clos pour les luttes courtoises que se livrent, au profit de tout le monde, les chercheurs de la vérité. Cependant, parla force des choses, l’arène est assez peu fréquentée; le sanctuaire de l’érudition est réservé aux seuls initiés; la publicité des Mémoires est plus officielle que réelle; le choix des questions à traiter tient ordinairement aux prédilections de quelque spécialiste; l’universalité des recherches, l’esprit de suite, sont pour ainsi dire impossibles. L’utilité, l'importance des Académies ne sauraient être révoquées en doute; il faudrait les créer si elles n’existaient pas; les objections de leurs détracteurs nous touchent peu. Mais les Universités sont appelées à coopérer d’une manière plus efficace ou du moins plus directe au développement intellectuel des populations. Elles n’ont pas seulement pour mandat de dogmatiser et d’exiger de leurs élèves qu’ils satisfassent à un programme : elles manqueraient

IMHODLCTION.

à leurs devoirs si elles ne cherchaient pas, elles aussi, à faire avancer la science. Leurs moyens d’action résultent de leur constitution même. Ce serait se méprendre du tout au tout que de les considérer seulement comme des êtres collectifs : elles sont par essence de véritables personnes morales, ayant leur individualité propre, leur unité irréductible : n’en est-il pas ainsi, Non ragioniam di lor... Une Université digne de ce nom constitue un tout organique, dont chaque organe, en remplissant h sa manière les fonctions qui lui sont assignées, concourt à entretenir la vie de l’ensemble et à réaliser une fin unique. Elle représente l’arbre entier du savoir humain, dont les branches s’atrophient quand la sève qui morne du tronc ne circule plus dans leurs canaux. La sève, c’est ici l’esprit philosophique, l’esprit de synthèse, qui conduit à celte science comparée dont nous parlions tout à l’heure. Que le physicien, le chimiste, le physiologiste poursuivent isolément le cours de leurs expériences, sans s’inquiéter de faire tort ou non aux théories reçues : nous l’entendons bien ainsi. Mais qu’ils se gardent de prétendre qu’eux seuls possèdent tous les éléments des problèmes de la nature ou de l’esprit : c’est ce que nous exigeons également. L’enseignement universitaire est organisé de manière h faire ressortir la dépendance mutuelle des sciences, tout eu assurant à chacune liberté pleine et entière dans sa sphère d’activité. Que les Universités modernes se rendent bien compte de cela, elles travailleront plus sûrement que les Académies à répandre le véritable esprit scientifique. Avant tout elles disciplineront les intelligences; elles renouvelleront l’apostolat de Socrate. Les Académies constatent des résultats; les Universités sont instituées pour rendre ces résultats possibles et pour en assurer le retour de plus en plus régulier. Or, pour cela, elles sont en mesure d’opérer sur la plus large échelle et de stimuler à la fois toutes les capacités, puisque leur caractère propre est d’être des encyclopédies vivantes et parlantes. Tel est l’idéal qu’ont poursuivi avec une constante énergie les Universités allemandes, par exemple; et c’est ce même idéal qui a présidé en 1817, sans contredit, à la première constitution des Universités belges. Les questions politiques l’ont fait perdre de vue : mais à nous prendre chacun isolément, qui parmi nous a renoncé à lui vouer un culte secret? Nous ne demandons qu’une chose : c’est de pouvoir, sous notre responsabilité exclusive, travailler à sa réalisation et répondre ainsi, dans des conditions normales, à la légitime attente du gouvernement et du pays.

INTRODUCTION

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