‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 16 sur 351 · LXX1V · texte numérisé non relu

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IXTItODUCTION.

sortant de troisième ou de quatrième : fort heureusement la loi n’a point eu égard h leur précocité, et les professeurs ne se sont pas plaints de n’avoir plus pour auditeurs que des rhétoriciens éprouvés.

Cependant, comme le bienfait d’une réforme ne se fait pas immédiatement sentir, il est arrivé qu’en 1849, sous l’impression des derniers résultats fournis par le jury central, on s’est tout d’un coup jeté dans un courant d’idées justes en elles-mêmes, mais paradoxales quand on s’y abandonne sans réserve. Les programmes des examens étaient surchargés; en les simplifiant outre mesure, on a perdu de vue que les sciences isolées brûlent et dessèchent l’esprit ('). Il est de fait que les élèves ne connaissent pas mieux le droit positif depuis qu’ils négligent le droit naturel, et que leur quasi-nullité en histoire 11e les rend pas plus forts en philosophie. Ils possèdent mieux leur examen, peut-être; mais l’organisme des sciences 11’existe point pour eux; ils vont droit au but immédiat sans s’élever, par la comparaison, à un point de vue philosophique, et l’étude des sciences morales elles-mêmes, réduite h sa plus simple expression, n’éveille pas en eux des méditations fécondes.

Le programme condensé auquel ils ont à satisfaire, en revanche, ils doivent le posséder tout entier tel qu'il a été enseigné , parce que, dans le système du jury combiné, c’est à leurs professeurs qu’ils ont h répondre. Une conséquence inévitable delà loi nouvelle a donc été Yinscription globale. On peut défendre celte dernière mesure au nom d’un intérêt disciplinaire; en elle-même, elle n’est propre î» stimuler ni les professeurs ni les élèves. Elle rapetisse renseignement supérieur; elle transforme les Universités eu fabriques de diplômes.

Pour ne pas emprisonner tout-à-fail la jeunesse dans un cercle de Popilius, ou a institué des cours libres, sur des matières non portées au programme. Quelques cours ont réussi comme ils méritaient de réussir; mais il n’y a guère h compter, l’expérience l’a prouvé, sur un zèle durable de la part des auditeurs. Le fantôme du jury suit partout l’étudiant, qui en vient presque h se reprocher d’avoir meublé son esprit d’autre chose que de ce qu’il doit savoir.

Qu’arrive-t-il alors? Que les jeunes docteurs qui brûlaient du désir de faire preuve de talent, pour conquérir tôt ou tard une chaire académique, finissent par changer de mobile, et que le recrutement

(') Expression du P. Gratrï.

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du corps professoral n’est pas moins difficile qu’autretois. Ce ne sont point des critiques que nous voulons formuler : mais il nous parait utile de profiter de l’occasion qui se présente à nous, pour insister sur l’importance des questions qui sont encore h résoudre.

Malgré les entraves au progrès, résultant de ce que le titre III de la loi qui nous régit n’a pas encore reçu sa rédaction définitive, ce serait une erreur de s’imaginer que nous roulons le rocher de Sisyphe. Ce n’est pas seulement il raison du chiffre de sa population qu’on peut dire de notre Université qu’elle a suivi, depuis un quart de siècle, une marche ascendante. L’arrêté du 3 novembre 1847, prescrivant l’institution de cours normaux pour les humanités, n’a fait qu’aller au devant des vœux de la Faculté de philosophie, fidèle ii ses traditions. Ce sont encore ses professeurs qui entretiennent le feu sacré à l’Ecole normale, en môme temps que le doctorat en philosophie et lettres, si rarement ambitionné autrefois, est régulièrement sollicité, depuis vingt ans, même par des jeunes gens qui ne se destinent pas à renseignement. Les diplômes de docteur en sciences naturelles et en sciences physiques et mathématiques sont aussi beaucoup plus nombreux qu’aulrefois : c’est un autre fait significatif. Le cours facultatif de droit international compte un noyau d’auditeurs assidus; le diplôme de docteur en sciences politiques et administratives a cessé d’être une rareté. En médecine, non seulement le doctorat spécial (')est en vogue, mais h peine diplômés, nos jeunes praticiens apportent leur contingent aux publications académiques et se constituent en société (*) pour s’entretenir dans l'habitude du travail scientifique et se communiquer leurs observations. La Faculté des sciences a fondé la Société royale , dont les Mémoires sont estimés dans les deux mondes. Les Ecoles spéciales ont la lievue universelle et les Bulletins de l’Association des ingénieurs. Les premiers succès des laboratoires de recherches (5)sonl du meilleur augure; les études physiologiques sont plus encore l’objet d’un zèle désintéressé. Il ne nous manque, en physique et en chimie surtout, que des ressources matérielles moins limitées, pour prendre insensiblement place à côté des Universités d’Outre-Rhin, où il est possible, jusque dans les plus petites villes, d’atteindre des résultats d’une immense portée.

( 1 ) V. dernière partie, p. xxix.

!* ) La Société medico-chirurgicalc de Liège.

(*) V. ci après, col. 1047 et 1121.

INTRODUCTION

Ici comme ailleurs, le nombre des sujets d’élite sur lesquels on peut compter pour l’avancement des sciences est évidemment restreint; il a été jusqu’ici, il est encore tel cependant, que le moment approche sans doute où ils n’auront plus à compter exclusivement, pour trouver les moyens de perfectionner leurs études, sur les Universités étrangères.

Si nous considérons en général le mouvement de la population universitaire, nous trouverons qu’elle s’est accrue depuis 1854 dans des proportions qui ont dépassé toute prévision. Ce n’est pas un fait isolé : les quatre Universités belges ont pu constater la même chose; mais chez nous, à coup sur, cette progression a été particulièrement rapide. En décomposant les chiffres, on remarque que ce sont surtout nos Ecoles spéciales qui ont acquis une vogue inouie dans le pays; une telle vogue, que l’Université de Louvain, s’inclinant devant les tendances du siècle, a pris à son tour la résolution de fonder une Ecole des mines. Nous n’avons pas, jusqu’ici, beaucoup souffert de la réalisation de son projet ; nous en souffririons, que nous ne nous en plaindrions pas. On doit ici se placer à un point de vue élevé : nous n’avons pas un intérêt d’entreprise; l’abondance des moyens d’instruction ne saurait nous offusquer, cl la concurrence est avantageuse pour tout le monde. Mais ceci à part, une telle extension donnée à l’enseignement industriel est-elle aussi opportune aujourd’hui qu’elle l’était il y a trente ans? Alors, il s’agissait de pourvoir nos usines de directeurs capables; aujourd’hui, elles n’eu manquent pas, et les jeunes ingénieurs, même les plus méritants, ne trouvent pas toujours immédiatement à utiliser leurs talents, même à l’étranger ('), au sortir des Ecoles. Il est à craindre (ou plutôt c’est déjà un fait) que cette carrière ne s’encombre comme d’autres se sont encombrées, et dans l’intérêt général, il ne paraît pas désirable qu’on y pousse trop exclusivement la jeunesse.

La réaction s’est du reste opérée d’elle-même : ce n’est pas finfluence de l’Ecole naissante de Louvain ; ce ne sont pas les besoins de l’armée, qui en 1868, nous a enlevé une trentaine d’élèves, entrés dans le génie ou dans l’artillerie avec des avantages particuliers ; ce ne sont pas ces causes ou quelques autres très-accessoires qui ont diminué , dans ces derniers temps, l'empressement des étudiants à

(i) Sans compter que les pays étrangers oii l'industrie a pris du développement commencent à être pourvus de bons ingénieurs sortis de nos Écoles.

INTRODUCTION

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s’engager dans la haute industrie : le fait est qu’ils ont aujourd’hui plus de chances de se frayer un chemin dans le barreau, dans la magistrature ou dans d’autres carrières autrefois trop courues, puis momentanément délaissées. La loi sur l’éméritat des magistrats, enlr’autres, y est certainement pour quelque chose. Nous subissons ainsi le contre-coup des revirements sociaux; hâtons-nous d’ajouter que ces oscillations sont on ne peut plus avantageuses à la civilisation elle-même. La jeunesse n’est pas seulement guidée ici par un intérêt immédiat, mais par un noble instinct dont elle a peut-être à peine conscience. Elle recommence à songer, en un mot, aux choses de l’esprit.

Nos Ecoles spéciales restent aussi florissantes qu’il est souhaitable qu’elles le soient ; mais, au rebours de ce qui s’est passé sous la loi de 1835, nos Facultés se repeuplent graduellement. On ne peut que se féliciter à tous égards de ce résultat, qui rétablira un équilibre nécessaire au progrès normal de nos populations.

La prospérité de l’Université de Liège est due avant tout à la solidité de son enseignement: pourquoi ne le dirions-nous pas? Mais elle est due aussi, répétons-le encore, à son esprit de modération et à sa répugnance pour les aventures scientifiques aussi bien que pour les préjugés d’école. Comme par un accord tacite, ses professeurs se tiennent en garde contre toutes les exaltations malsaines et contre tous les fanatismes; chacun enseigne comme il l’entend , mais tous se rallient autour de notre pacte constitutionnel, dont l’esprit les a profondément pénétrés.

C’est incontestablement il cette attitude, à cette alliance des idées de liberté et d’ordre dont ils ont fait, par instinct ou avec conscience, le but éloigné de leur apostolat, que sont dues en grande partie les dispositions de notre jeunesse, dont le bon sens s’est révélé jusque dans ses égarements passagers. Mais ces dispositions sont dues aussi à l'influence du milieu liégeois, où l’attachement aux institutions nationales repose sur l’indépendance même des caractères. Ainsi s’explique l’élan spontané, irrésistible, l’enivrement d’enthousiasme des étudiants, lors de la dernière visite il Liège du fondateur de notre dynastie. Comme leurs aînés, ils voyaient en Léopold I le gardien de toutes les libertés publiques et pour ainsi dire la personnification de la patrie elle-même.

Ainsi s’explique également la confiance accordée ù l’Université de

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