‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 39 sur 351 · I)EN · texte numérisé non relu

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Molitor, dont le talent poétique se révéla dans ce journal, et dont il ne tarda pas il taire sa compagne. Le mariage n'imposa point silence à la muse de Mro® Denzinger : toute sa vie elle sut concilier ses inclinations poétiques avec l’accomplissement le plus exact des devoirs d’une bonne mère de famille. Notre philosophe eut enfin, en 1817, la chance d’obtenir une position en rapport avec ses goûts scientifiques: il fut appelé par le gouvernement des Pays-Bas il la chaire de philosophie de l’Université de Liège, avec mission d’enseigner l’encyclopédie philosophique, l’anthropologie pragmatique , la logique , la métaphysique, la philosophie morale, l'histoire de la philosophie et, pour couronnement , l'histoire universelle ('). Son discours inaugural, prononcé le 4 novembre 1817, est intitulé: De animo quo ad philosophies studium accedendum est (Ann. Acad. I.eod. vol. I). Malgré les fonctions multiples dont il devait s’acquitter, il trouva le temps, dès l’année suivante, de publier un abrégé de logique, qui fut bientôt suivi d’études approfondies sur celte meme science (v. ci-après). En 1820-1821, il fut investi du rectoral; dans le cours de celte même année, il institua auprès de la Faculté des lettres, avec Fuss et Wageinann (v. ces noms) une Ecole proprédeulique , dont ils se partagèrent les leçons: Denzinger se chargea du cours de pédagogie. Son zèle ne connaissait point de bornes; en guise de récréation, il présidait les séances d’une Académie allemande qu’il avait fondée, et aux travaux de laquelle prenaient surtout part les étudiants luxembourgeois. Il mettait la dernière main à un grand tableau des religions et des écoles philosophiques , lorsque la révolution de 1830 éclata. Il refusa de faire des certificats au nom du peuple belgeet de prêter serment au gouvernement provisoire; d’autre part, la Faculté de philosophie et des lettres fut supprimée par arrêté du lfi déc. 1830.

Denzinger se trouva donc mis en non-

( ' ) Il ne fil que deux fois ce dernier cours , à son arrivée, le professeur n’élant pas encore nommé, et en 182B, par intérim , en

activité en même temps que son collègue Fuss, Allemand comme lui. Le gouvernement des Pays-Bas eu égard aux circonstances, consentit à laisser jouir de leur traitement les professeurs qu’ilavail fait venir d’Oulre Bhin, mais à la condition expresse qu’ils quittassent la Belgique. Fuss préféra restera Liège, où fut bientôt fondée une Faculté libre; Denzinger rentra dans sa patrie au mois de mars 1831, et attendit les événements. Voyant finalement que l’ancien état de choses ne serait vraisemblablement pas rétabli en Belgique, il répondit à l’appel (Ruf) de la Faculté de philosophie de Würzbourg, qui lui offrait d’entrer dans son sein. En 1832, il fut donc nommé professeur d’histoire et de statistique à l’Université Julienne (Julius-UniversilM). En 1854, il exerça en outre les fonctions de suppléant des cours de philosophie; enfin, en 1855, il eut mission d’enseigner la pédagogie. Ses connaissances administratives lui valurent d'être nommé , dès 1853 , membre du Conseil d’administration des domaines de l’Université, assez considérables, par parenthèse, pour former en quelque sorte une petite principauté. De 1834 à 1858, il fut chargé de l’inspection officielle des Collèges, Lycées et Ecoles polytechniques de la province, il serait trop long d’énumérer tous les travaux dont il assuma la responsabilité pour le bien public.

Il dirigea pendant longues années la Société historique de Würzbourg, à laquelle il finit par consacrer la plus grande partie de ses rares loisirs. Un jour arriva où il dut reconnaître que le temps était venu pour lui de renoncer aux fonctions publiques, il obtint sa pension en 1858, et à cette occasion, le roi de Bavière lui envoya la croix de l"- classe de l’Ordre de SKMichel (pour le mérite). Les faiblesses de l'âge, compliquées d’un catarrhe sénile, l’enlevèrent à l’amour des siens, le 7 février 1862, presque octogénaire. Celle qui lui avait donné quarante années de bon-

allcndant l’arrivée du successeur de Wageniann.

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heur domestique était morte depuis 1 857 : cette perte lui avait porté un coup qu’il ne put jamais oublier.

Denzinger était l’homme du devoir, dans le sens le plus rigoureux du mot ; tous ceux qui l’ont vu de près se sont plu à reconnaître l’élévation, la délicatesse, la générosité de ses sentiments, son activité désintéressée, son abnégation capable des plus grands sacrifices, son amour ardent pour la science et son désir sincère de trouver la vérité ( ' ). Sa philosophie était un kanlianisme très-modéré : dans ses derniers travaux, il rejeta même la célèbre table des catégories. Un pratique, il était esclave de Vimpératif catégorique Lorsque Schelling enseigna h Würzbourg, il voulut l’entendre, mais il ne se rallia jamais à ses doctrines. Dans sa jeunesse, il se ressentit des tendances rationalistes dominantes en Allemagne, même chez une bonne partie des théologiens catholiques ; plus tard, rentré à Würzbourg, il se rapprocha de la méthode d’Aristote et des idées religieuses, et il ne le dissimula point.

C’était un cœur sincère dans toute la force du terme. Son enseignement était solide et nourri ; à Liège, il ne fut cependant pas apprécié comme il aurait drt l’êtce, si ce n’est de l'élite des élèves : d’une part les formules kantiennes y étaient trop nouvelles il y a cinquante ans ; de l’autre, le latin de Denzinger demandait, pour être suffisamment'compris, une extrême attention. Lors des troubles de 1827, Denzinger fit preuve d’une grande présence d’esprit : ajoutons que s’il eût été moins aimé des élèves, les choses eussent peut-être tourné autrement. Le gouvernement avait prescrit aux professeurs de faire l’appel au commencement de chaque leçon. Les étudiants setaienl donné le mot pour n’y point répondre : les auditoires étaient encombrés, et personne ne se déclarait

présent. Plusieurs professeurs se fâchèrent tout rouge : on eut à signaler des scènes de tumulte. La première fois que Denzinger parut en chaire après la promulgation du règlement, il lut A haute voix la liste de ses élèves : profond silence. Il ne fronça seulement pas le sourcil, mais ferma son cahier, donna sa leçon comme si de rien n’était et se contenta de dire en terminant : Omatmimi auditores ! Probavi me esse philosopha ni , vos esse hommes. Et il fut applaudi. Son attitude contribua certainement à pacifier les esprits (v. l’art. J. (!. J. Ernst).

BiBi.iooturniE (*).

1" Aurora , Zeitschrift für Kunst und Poesie in Franken. Würzburg, 1812-

2" Prima elementa logices. Liège , 1818, in-8" (avec deux tableaux).

3° Oralio de anima, quo ad philosophiœ studium aceedendum est. Liège , 4819, in-4".

Discours inaugural prononcé le 1 novembre 1817 (Ann. Acad. l*od., t. I).

•i" De facultate reprœsentnndi et cognoscendi brevis cvmmentatio anlhropotogico-psychologica, etc. Liège, 1819,

5° Logicœ à professore Ign. Denzinger editœ quœ ipse addenda dictavit.

Liège, 1.S2U, in-8n.

brochure cpie l'on trouve souvent reliée avec le u° *2.

6" Oralio de snblimitate ejusque ad virtutem exercendam moment o, publier, dicta die f m.oet. 1821, quum Academiœ regendœ munus solemni rilu déponent. Liège, 1822, in-4°.

Ann. Acad. Lcod., 1820-1821.

7" Ignatii Denzinger Compendium logices, quo duce ejusdem doclrinœ prœcepta exponet, premissà de studio academico in genere, et de studio philoso-

( ' ) Vis omnis et fraui horrentur ! Ce mot de F. Palrizzi est l’épigrapho de son grand traité de Logique ; il peint son caractère.

(* ) Nous devons communication de la plupart des renseignements qui suivent à M.

U. Capitaine, qui doit les utiliser pour son

Xécrologe, et qui a ou l'extrême obligeance de mettre en môme temps h notre disposition une notice • manuscrite, envoyée de Würzbourg. — V. aussi l'Annuaire de t'L'niv. de Liège pour 1880, p. 93.

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phiœ in specie institution*1, etc. Liège, Collardin, 1825-1821, 2 vol. in-8" (de 596 et 520 p.), avec deux tableaux.

Vers la fin de 1824, Denzinger ajouta un quatrième chapitre aux exemplaires non vendus, changea l'introduction et lit paraître lo tout sous ce titre : Ign. Denzinger Institutiones logitce, ad quas respiciens de Loyicû lect innés habebit, preemissd de studio academicn in genere et de studio philosophai; in specie prolusione, etc. Liège, Collardin,

2 vol. en 3 parties, formant VI — 396 et 769 pages, avec deux tableaux. — La dernière partie so termine par une Bibliograplùa logica étendue, précédée d'une Histoire de la logique.

8° lie Hermotimo Clazomcnio commcnlalio. Liège, Bassompierre , 1825, in-8".

9° Prima clement a logices secundum institut iu ne s logions exposila. Ibid. 1826, in-8". — Editio secundo, materie aucta.

Liège, 1828, in-8".

10" Tableau synoptique (les religions et des écoles philosophiques (Inédit ; v. ci-dessus).

1 1" Critique (le quelques nouveaux essais de division de l'histoire en périodes (en allemand).

La première livraison de ce travail a seule paru (1832) ; elle est consacrée à l'école Saint-Simonienno. Dans la deuxième, restée manuscrite, l'auteur discute les opinions de Victor Cousin.

12° Die Logik als Wissenschaft der Denkkunst. Bamberg, 1856, in-8".

Ce n’est pas une traduction des Instiiutiones logicœ ; c'est un ouvrage tout nouveau, et révélant des tendances entièrement différentes. L'auteur l'a dédié à ses trois fils, dont l'un occupe encore aujourd'hui, avec distinction, une chaire de théologie à l’Université de Würzbourg. La préface, où Denzinger se plaint de l'indifférence des Belges

(') Sur la famille de Reiffenberg, originaire des environs de Wiesbaden, v. le Bulletin du bibliophile belge, iro série, t. Vil, p. 1 88 et suiv. (Art. de M. X. Hcuschling , et l 'Annuaire de la noblesse belge, année 1849. — Quérard [France littéraire, t. XII, p. 57), qui ne cesse de reprocher à notre personnage son âpreté aux titres académiques fictifs et aux hochets, ne manque pas de rappeler que sa filiation aristocratique a été longtemps contestée à Bruxelles ; « mais

pour la philosophie à l'époque où il se trouvait à Liège, est curieuse à plus d'un titre. L'auteur se sépare décidément do Kant, qui, dit-il, a construit l'édifice de la logique de dehors en dedans, tandis qu’il faut procéder en sens inverse, c’est-à-dire partir du fond même de la conscience et commencer par la phénoménologie de l'esprit. « I)ic Farm » der Kuntischen l.ogik , ajoute-t-il , làsst » sich o line Sophistcrei nicht retien. Dieses » l'if me tne jetzige Ueberscugung. I Vie soll » ich Euch meine frûheren Logiken empfeh- » len? Irren ist menschlich , im Irrthume » vorsâlzlich verharren, ist sclilecht. »

15" Dans le Journal de la Société historique de Würzbourg , des Recherches historiques sur la Franconie, orientale (un grand nombre d'articles).

14° Denzinger a travaillé jusqu’à sa mort à une Biographie franconienne ; plusieurs milliers de notices destinées à cet ouvrage, ainsi que divers opuscules (également restés manuscrits) où il avait traité des questions d’histoire locale, ont passé après sa mort à la bibliothèque de l’Université de Würzbourg.

De I»eHTVnl>er« (t ItÈDËRIC- Aliguste-Ferdinànd-Thomas , baron) naquit à Mons le U nov. 1795 et mourut à St.^Josse-ten-Noode, lez-Bruxelles, le 18 avril 1850 (‘). 11 faudrait plusieurs savants, dit M. Quetelet (*), pour apprécier d’une manière complète un homme dont les talenLs ont été si variés ; mais comme en M. Quetelet luimème il y a plusieurs savants, nous ne prenons poiut garde à sa modestie et lui renvoyons en toute sécurité les lecteurs désireux d’observer sous tous ses aspects ce brillant esprit à facettes, ce Protée littéraire toujours en métamorphose, tantôt abeille, tantôt papillon ,

enfin, ajoute le terrible censeur, il avait obtenu reconnaissance du titre de baron, par diplôme du 23 décembre 1842. »

(*) Annuaire de l'Acad. royale de Belgique, 4852, p. 93. — Nous avons suivi pas à pas cette remarquable notice ; pour certains détails, nous avons eu recours à celle que M. Ad. Mathieu a publiée à Mons en 1830, sous les auspices de la Société des bibliophiles de Mons.

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qui a laissé des traces lumineuses partout où il a passé , mais qui pourtant , aussi léger qu’érudit , n’a su illustrer son nom qu'en émiettant sou talent et en semant autour de lui moins de diamants que de perles. Ambitionner la royauté d’un Voltaire aurait été de la part du spirituel et malin baron une audace pardonnable, s’il eût possédé quelque chose de plus qu'un goût délicat, une prodigieuse facilité d’écrire, une verve étincelante dans l’attaque et l’art d’amuser en instruisant ; mais l'imagination n'était pas son lot ; il savait mieux broder que concevoir. Il voltigeait partout sans poursuivre aucun but, louable ou non, si ce n’est d’être toujours en relief : disposition dangereuse, qui le rendit quelquefois peu scrupuleux sur le choix des moyens et linil par le faire estimer moins qu’il ne valait. Aussi bien son esprit sarcastique lui suscita de nombreux adversaires, toujours prêts à grossir et à multiplier ses fautes ; la justice veut qu'on n’accepte leur jugement que sous bénéfice d’inventaire. On s’est plu à le dépeindre comme un faux bonhomme : il était trop léger pour cela. Sa mobilité même a pu, sans doute, faire prendre le change : il ne pouvait garder dans son carquois un trait piquant, fallût-il le décocher contre quelqu'un dont il venait de faire l’éloge ; le premier a s’en repentir, il passait néanmoins pour méchant et envieux, alors qu’il n’était qu’imprudent et étourdi. Quand le démon de la satire ne le possédait pas, il était plein d’égards pour tout le monde; jamais ses confrères de l’Académie n’eurent à lui reprocher un manque do convenance. M. Ad. Mathieu a célébré en beaux vers ( * ) son dévouement ù ses amis et ses vertus de famille : or ceux dont on peut parler ainsi sans craindre un démenti ne sont point des hommes mauvais. En somme, les défauts et les qualités du baron émanaient d’une de ces natures impétueuses, pétulantes, tissues de contradictions, auxquelles on doit beaucoup pardonner, parce qu’elles sont au fond généreuses.

(•) Bull, du bibl. belge, vol. cité, p. 170 et suiv.

« De Heiffenberg fréquenta d’abord l'école primaire dirigée ù Mous par l’abbé Obliger ); il suivit deux cours au collège de la même ville et termina ses humanités au Lycée de Bruxelles, en 1815; de là, il se rendit en Allemagne, où était alors son père, embrassa presque immédiatement l’état militaire et fit partie du i® bataillon d’infanterie, formé à Mons, en 181 i, sous les ordres du colonel Murray. » C’est à peu près tout ce que nous apprend de sa jeunesse M. Ad. Mathieu, son parent et le compagnon de ses premières années.

Il résulterait de deux certificats qu’il aurait été admis à l’Ecole normale et qu’il eu aurait suivi les cours pendant quelque temps; vérifier ce fait et rapporter à une date précise son séjour à Paris n’est pas chose facile. En tous cas , il est certain que de Reiffenberg était, en mars 1814, sous-lieutenant au 1er régiment d’infanterie belge, « avec une Commission spéciale pour recevoir les engagements volontaires dans l’armée qu’on organisait alors. » Promu au grade de premier lieutenant l'année suivante, au mois d’avril, il assista, mais sans combattre, à la bataille de Waterloo; la chute de l'Empire et un penchant irrésistible pour l’élude des belles-lettres le détournèrent ensuite de la carrière des armes. Il obtint sa démission honorable le 25 janvier 1818; le 3 mars, il fut nommé régent de poésie latine A Anvers, et en outre, quelques jours plus tard , second professeur de mathématiques. Ces nouvelles fonctions , les premières du moins, lui convenaient mieux que celles d’officier recruteur; néanmoins le séjour d’Anvers lui pesa bientôt ; tous ses amis étaient à Bruxelles ; là seulement il pourrait déployer ses ailes.

Il s’empressa d'accepter, le 5 février 1819. la chaire de 3* à l’Athénée.

Son arrivée à Bruxelles, ditM. Quételet, fut une véritable ovation. On citait comme des coups de. maître ses premiers essais littéraires insérés dans le Mercure beltje, qu’il avait fondé en 1817 avec Ph. Lesbroussart (v. ce

(*) Parent de l'auteur du dictionnaire français-hollandais.

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nom) et Raoul; on fondait sur lui les plus hautes espérances ('). Il fut reçu et choyé en enfant gâlé; ses excentricités même contribuèrent à lui donner plus de renom (*). Gai jusqu’il l'espièglerie, il désarmait les censeurs en les faisant rire; sérieux quand il fallait l’être, mais ayant en horreur la pédanterie, il savait prêter des séductions à la science même la plus sévère : d’un commerce facile et agréable, il plaisait autant par le piquant de sa conversation que par les grâces de son style ; on saluait en lui « l'héritier privilégié de l’esprit de Voltaire. » Ajoutons que Bruxelles était alors un milieu éminemment favorable à l'épanouissement «lu talent. « Les lettres, les arts et les sciences y avaient pris un nouvel essor ; l’ancienne Académie de Marie-Thérèse venait d’être réorganisée; un grand nombre de réfugiés français, parmi lesquels on remarquait David, Arnault, Bory de St-Vincent, Berlier, Merlin, etc., répandaient dans la société tout le charme de leur esprit et la variété de leurs connaissances. KeifTcnberg fut particulièrement distingué par eux, et s’associa à quelques-uns de leurs travaux. Celte période est sans contredit la plus brillante de sa carrière. » (*).

Son activité tenait du prodige. « Prose , vers, philologie, histoire, théâtre, ar-

ticles de journaux, tout cela marchait à peu près de front ; il était toujours prêt, la nuit et le jour. Si on venait lui demander, à la hâte , un article de remplissage pour le Mercure belge ou pour un des nombreux journaux auxquels il coopérait, il abandonnait aussitôt son travail commencé, et le messager ne sortait pas sans emporter l'article désiré. » Il assiégeait à la fois, ajoute M. Quetelet, toutes les avenues du théâtre de la Monnaie : le Comte d’Egmont, drame historique, les Politiques de salon, comédie, le Siège de Corinthe, grand opéra, la Toisoti d’or , opéra comique, étaient en même temps sur le métier, avec une histoire des poètes latins de la Belgique (*), avec un recueil d ’Exccrpta de l’histoire naturelle de Pline, avec un mémoire, qui fut couronné (1820), Sur Vidal de la population, des fabriques et manufactures et du commerce dans les provinces des Pays-Bas, pendant les ATr et XVIe siècles, enfin, avec un mémoire sur Juste-Lipse , aussi couronné l'année suivante (“). Il n’en fréquentait pas moins les réunions et les bals, au risque de compromettre sa santé; il eut en effet des hallucinations. De cette époque datent aussi ses premiers démêlés avec Froment, autre esprit mordant, qui paya sa bienvenue à la Société de littéra-

(') Son premier article : Coup d'œil sur les progrès îles lettres en Belgique, l'avait mis tout d'emblée en vogue. Il y traça d’avance, par parenthèse, le programme des travaux littéraires qui remplirent toute sa vie.

( * ) « Wallei, qui ne le connaissait pas, avait dirigé contre lui quelques attaques dans son journal; il s'ensuivit des provocations assez, vives. W'alloz. demandait quel était ce grand diable de ferrailleur qui semblait vouloir pourfendre son monde ; irfut singulièrement désappointé, quand on lui montra un petit jeune homme, frêle et sémillant, de la hauteur de cinq pieds au plus, d'une politesse parfaite, cl riant tout le premier de 1 aventure et de l'étonnement de son adversaire. Quelle rancune eut pu tenir devant celte gaîté expansive, devant cette vivacité toute méridionale? Malgré sa petite taille, malgré ses cheveux d'une couleur un peu hasardée, ReilTenbcrg , à cet âge, avait un extérieur véritablement agréable. Ses

yeux pleins de vivacité donnaient à sa physionomie beaucoup d'expression et de finesse ; sa conversation vive et spirituelle rachetait d'ailleurs ce qui aurait pu lui manquer sous le rapport du physique. » (Quetelct, p. 91).

(4) Il ne prit point part au concours ouvert sur ce sujet : le prix fut décerné, en 1820, h M. Pcerlkamp.

(*) Son mémoire sur Erasme n'obtint, en 1822, qu'une médaille d’argent. Devenu académicien, de RcifTenberg en réclama inutilement l'insertion dans les Mémoires ; de guerre lasse, il remplaça ce travail par une histoire des deux premiers siècles de ('Université de Louvain (cinq mémoires) , une statistique ancienne de la Belgique, une étude sur les relations des Belges avec les étrangers, etc. — L'Académie romil au concours, trente ans plus tard, une étude sur Erasme.

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ture de Bruxelles (v. l’art- Lksbrolssart) par une satire contre ceux qui venaient de l’accueillir dans leur cénacle. De Beiffenberg s’empara de cette boutade, la publia dans le t. X du Mercure belge, puis y répondit dans Annuaire de la Société (1825). Il s'ensuivit une guerre de plume qui n’aboutit, comme c’est l’ordinaire, qu’à une série de désagréments ( * ).

M. Van Hnlthem, conservateur de la bibliothèque royale de Bruxelles et de celle de Bourgogne, s’était , sur ces entrefaites , épris du baron de Beiffenberg, et l’avait fait nommer, en 1821, bibliothécaire -adjoint. Cette nouvelle position, de fait très-indépendante, devait , ce semble, convenir à un homme de lettres qui était en même temps journaliste, et à cause des ressources qu’elle lui offrait au point de vue de ses études, et parce qu’elle lui laissait plus de loisirs pour s’occuper activement de la presse périodique. L’ancien rédacteur du Mercure . le collaborateur du Sain jaune et des autres journaux édités par les conventionnels (*), renonça effectivement moins que jamais à tailler sa plume au profit de l'opposition libérale. Aussi fut-on fort surpris de voir paraître, un beau jour (23 mai 1822), sa nomination à l’Université de Louvain, en qualité de professeur extraordinaire de philosophie. On crut à une défection; on glosa; « un homme perdu de réputation, auquel le Gouvernement n’avait pas refusé ses bienfaits, et que Beiffenberg avait eu la faiblesse de recevoir chez lui, affecta de répéter que c’était à son intervention que le nouveau professeur devait sa place , et qu’on ne la lui avait accordée que sous certaines conditions. » Il n’en était

(') Non-seulement ces querelles d'individu <4 individu sont en elles-mêmes stériles, mais quand elles passent en habitude, elles ont pour effet de diviser la république des lettres en coteries. Au lieu de poursuivre un idéal élevé, on dépense tout ce qu’on a d’esprit, comme dans les petites villes, à dénigrer scs voisins. Les écrivains belges ont trop souvent cédé à ces entraînements, ce qui n'a pas laissé que d’entraver le développement de la littérature nationale (v. Heuschling, p. 162j.

rien : Beiffenberg rompait tout simplement avec la polit iijue pour adorer une nouvelle déesse, la philosophie, qu’il se mit a encenser avec sa ferveur habituelle. Il poursuivit cependant ses recherches philologiques, qui lui valurent, le 8 mai 1823, le litre d’académicien, ,’i l’unanimité des suffrages. Le commandeur de Nieuport lui-mème , oubliant un article où notre polémiste l’avait assez maltraité, vota pour lui.

« Dès la séance suivante, dit M. Quételet, il nous apporta son Mémoire sur le bombardement de Itru.r elles en l(ii)5. Ce travail servit de prélude à un nombre considérable de mémoires qui ont enrichi nos recueils. »

A Louvain, de Beiffenberg rompit « imprudemment » quelques lances contre les partisans de la méthode Jacotot, qui avait mis deux armées en présence. Ne ménageant pas ses plaisanteries, il éveilla contre lui des rancunes ; on commenta ses écrits , on pervertit le sens de ses paroles. « Je fais assez de sottises sans qu’on ait besoin de m’en attribuer, disait-il ; au reste, il faut que je prenne mon parti, puisque je suis destiné à être mis en scène ». Cependant il céda aux représentations de ses amis et se retira dans sa tente, mélancolique et désillusionné, en dépit de son stoïcisme apparent. Il trouva des consolations dans l’étude cl dans la vie de famille ( 5 ); il donna un premier gage de ses nouvelles résolutions, en publiant (1823-1820) les Archives philologiques, recueil où l’érudition, sans cesser d’être sérieuse, se présente sous la forme la plus attrayante.

La révolution de 1830 lit perdre à l’Université de Louvain deux de ses Facultés, et au baron de Beiffenberg

(*) V. Warzéc, Essai sur les journaux belges, Brux. 1814, in-8°, p. 70 cl suiv.

{*) Il épousa le 20 août 1827 Marie-Adèle- Natalie Frantzen, tille do l'adjudant-général au service de France, et de Nathalie Vandermeersch, fille du célèbre général de ce nom. Il en eut plusieurs enfants, dont deux seulement lui ont survécu : Frédéric-Guillaumc- Kméric-Cuno-Marsilius (né ù Louvain le 28 août 1830), connu par quelques recueils de poésies, et Herman-Frédéric Lo*hairc(né le 14 mai 1832..

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