‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 40 sur 351 · L)ER · texte numérisé non relu

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ses émoluments. Il ambitionna la place d’inspecteur des études : un arrêté du (> décembre 1855 le nomma professeur ordinaire à l’Université de Liège, avec mission d’enseigner l’histoire du moyen àgc et celle du pays. La philosophie fut congédiée à son tour, bien que les premiers essais de notre polygraphe eussent été jugés «lignes, malgré la cou f union qui y régnait, de l’attention sérieuse du grand-prêtre de l’éclectisme (').

C’est pendant son séjour à Liège qu’éclata une affaire malheureuse, dont le retentissement fut tel qu'il est impossible de n’en point parler. Nous % transcrivons simplement le récit de M. Quetelet (*). « De Reiffenberg avait inséré, sous son nom, dans ses nouvelles archives et dans les Mémoires de l'Académie, différents travaux historiques, qu'il avait extraits des manuscrits laissés par Simon-Pierre Ernst, curé d’Afden. A cette accusation malheureusement fondée (v. l’art. La vai.i.fak) s'en joignirent plusieurs autres de même nature. Dès lors il devint le but général de toutes les attaques : aux réclamations légitimes de ceux qui se sentaient lésés ou qui avaient été inconsidérément attaqués par lui, succédaient des diatribes amères, des attaques violentes de tous ceux qu’offusquent les supériorités intellectuelles et qui se plaisent à écraser sans danger un ennemi renversé (’). Les accusations de plagiat se mêlaient à des satires sanglantes sur ses faiblesses à l’endroit des décorations et des distinctions académiques; on lui contesta ses titres de noblesse ; on provoqua sa destitution; on alla même jusqu’à scruter les secrets les plus intimes de la famille, pour trouver de nouvelles armes contre lui (*). Sa position devint véritablement insoutenable. — En vain quelques voix

(') Cousin, Fragments philosophiques , éd. belge, t II, p. 140 et suiv.

(*) L'auteur de la France littéraire n'a pas cru devoir être aussi modéré que l'honorable Secrétaire perpétuel de l'Académie. V. Les plagiats lleiffenhergicns dévoilés , Paris, 1851, in-8°.

( ') Le journal Ÿ Espoir se distingua particuliérement par ses aménités.

(*( « Il avait jusque là été désigné annuellement, par la Chambre des représen-

s’élevaient généreusement en sa faveur et demandaient que l’on eût au moins égard aux services incontestables qu'il avait rendus aux lettres; en vain elles faisaient remarquer que c’était marcher contre nos propres intérêts que de chercher à flétrir aux yeux de l’Europe un des noms belges qui lui étaient le plus connus. Le débordement était alors trop violent pour que l'on pût lui opposer brusquement une digue ; il y aurait même eu imprudence à le tenter. Quelques collègues, auxquels Reiffenberg s’était adressé dans sa détresse, lui conseillaient de se renfermer dans la retraite, d’y préparer quelque ouvrage important, tel qu'il était capable de le faire, et de se présenter ensuite au public avec ce gage expiatoire...»

Il saisit au vol, on le conçoit, l’occasion de quitter Liège. Un arrêté royal du 25 juillet 1857 lui confia la garde de la bibliothèque de la capitale, enrichie du fonds Van Hulthem et désormais réunie à la bibliothèque de Bourgogne. La satisfaction du nouveau conservateur eut un lendemain. Dans cette même bibliothèque, quinze ans auparavant, il avait eu ses coudées franches, quoique employé en sous-ordre; chef d’administration maintenant, il se voyait ou se croyait placé sous la tutelle d’une Commission administrative.

De plus, au point de vue pécuniaire, sa position était plutAt amoindrie qu'améliorée : il eût désiré tout au moins être logé aux frais de l'Etat. Le fait est que non seulement il se plaignit, mais qu’il se lit accuser de négligence. Ses fréquentes absences profitaient du reste à la science. La rédaction du bibliophile belge , qu’il avait créé, celle de son Annuaire de la bibliothèque, les soins qu’il consacrait à la Commission

tanls, pour faire partie du jury chargé des examens pour les grades universitaires : il ne fui pas réélu dans ce poste honorable. Mais M. le baron de Stassart, son confrère à l’Académie, qui était alors président du Sénat , usa de toute son influence auprès de ses amis, pour le faire nommer par ce corps et pour reporter sur de Reiflcnberg les voix qui lui étaient dévolues. Il eut la satisfaction d'y réussir » (Noie de M. tjuotclet).

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d’histoire, dont il était un des principaux appuis (*),et une infinité d'autres travaux de détail qui lui faisaient rechercher la solitude et fuir les ennuis d’une administration peu conforme à ses goûts, avaient leur coté véritablement utile. Il eût mieux valu, sans doute, qu’on eût séparé la partie administrative de la partie scientifique de ses fonctions; mais une séparation pareille, quelque désirable qu'elle eût été dans son propre intérêt, n’aurait pas manqué de blesser sa susceptibilité »

Grand connaisseur de livres, grand fureteur, il flairait des découvertes jusque dans les reliures des bouquins et dans les vieux meubles : témoin la fameuse estampe de 1418 (v. ci-après), qui fut l'occasion d’une interminable polémique. Il arriva aussi que son habileté fut mise en défaut; en pareil cas, il savait mettre les rieurs de son côté, en riant plus haut que les autres de sa méprise. L’histoire du Catalogue du comte de Fortsas a fait le tour de l’Europe. En des confrères du baron à l’Académie, M. H. Chalon, qui n’en était pas à son coup d’essai en fait de mystifications érudites, annonça dans les journaux (1840) qu’il venait de mourir à Binche un bibliophile excentrique, dont toute la bibliothèque se composait de 52 volumes , tous exemplaires uniques , M. de Fortsas détruisant les livres aussitôt qu’il reconnaissait qu’ils existaient ailleurs qu’entre ses mains (3). Il va sans dire que ces joyaux sans prix , de même que leur heureux possesseur, étaient des créations de l’auteur du catalogue; si M. Van de Weyer avait publié à cette époque son factum contre E. Münch (v. ce nom), il aurait doublé tout d’un

( 1 ) La création de la Commission royale d’histoire rcmonie au 22 juillet 1884 ; un arrête du l*r décembre 1845 l'a fait rentrer dans le sein de l'Académie. Le 30 juillet 4847, il y a été annexé un bureau paléographii|uc. — De Iteiflenbcrg y siégea, en qualité de secrétaire, à coté de MM. de Gorlaclie, président, Gachard, Bormans, le chanoine de Ram, le chanoine de Sraet et bu-

coup sa liste déjà nombreuse des livres imaginaires. Mais les titres étaient si savamment rédigés et d’une vraisemblance si frappante, que les mieux avisés s’y laissèrent prendre et se préparèrent à faire des emplettes. Le petit fils du prince de Ligne s’empressa de donner des ordres, pour qu’on achetât à tout prix des mémoires qui pouvaient compromettre les grand'ntères «le la plupart de nos belles dames. En homme grave assura que la moitié au moins des articles n’était pas unique, et qu'il en possédait plusieurs dans sa bibliothèque. En propriétaire titré du llainaut déclara qu’il avait l'honneur d’appartenir au comte de Fortsas, très-bon gentilhomme qu'il se repentait d’avoir négligé; il marquait même remplacement exact de son château , à droite, sur la roule de Binche ; on en voyait poindre les tourelles à travers une toufife de peupliers (*). Le chef d’atelier de la maison C’asterman, de Tournai, se rappela clairement avoir imprimé en 1829 un ouvrage sur les affaires du temps, dont le libraire Castiau , de Lille, voulait faire l’acquisition : cet ouvrage, bien entendu, n’existait pas plus que les autres. De Beifl'enberg allait partir pour Binche, quand M.

Chalon, ne voulant pas pousser la plaisanterie trop loin, lui avoua la vérité. C’est une ruse de guerre, se dit le savant bibliothécaire, qui n’en fut que plus empressé de se mettre en route. En éclat de rire homérique signala le dénouement de celte petite comédie ; de Beifl'enberg s’exécuta lui-même de bonne grâce. Il faut reconnaître que , pour l’induire ainsi en erreur, un savoir et un talent plus qu’ordinaires étaient indispensables : aussi n'esl-ce point trop dire que de qualifier de chef-

mortier. Après sa mort, le secrétariat échut à M. Ad. Borgnet.

(* ) Quetelet, p. 123.

(*) Nous renvoyons le lecteur à l’amusant récit que de Rciffenbcrg a publié lui-même de celte aventure dans l 'Annuaire île ta bibt. royale pour 1841, p. 289 et suiv. Cf. le ttibliophilc belge, 1. 1, p. 163.

(*j liibl. belge , ibid.

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