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formulait des conclusions positives. « Le sable est très-mobile, disait-il, l'argile pure trop plastique, le calcaire trop actif, pour constituer isolément une bonne terre végétale ; mais le sable peut devenir fertile, s’il est amendé par des matières argileuses ; l’argile, au contraire, demande à être amendée par des substances calcaires; enfin, les sols argiio-sabtcux qui, en général, ont peu d’action chimique sur les matières organiques, forment d’excellentes terres végétales lorsqu’ils sont amendés par des substances actives, telles que la chaux, le plâtre, etc. ( * ) n Ainsi les diverses bandes sableuses de la région triasique et jurassique peuvent être améliorées l’une par l’autre; la zone ardennaisc, exposée à des vents froids, a besoin de chaux ; les bandes quartzo schisteuses du Condroz seront amendées au moyen de la chaux provenant des bandes calcareuses voisines; en llesbaye, on emploiera le calcaire qui se trouve â peu de profondeur dans les terrains crétacés et tertiaires; dans la zône sableuse, on aura recours â l'argile et à des matières exerçant une action chimique sur les substances organiques, etc. Entre Thourout et Aeltre, par exemple, on rencontre parfois l'argile à moins d’un mètre de profondeur.
Mais pour produire avec discernement les améliorations signalées, il faut connaître la nature du sous-sol comme celle du sol, il faut connaître la nature des roches sur lesquelles repose la terre cultivable. L’utilité des caries géologiques saute aux yeux: [tour chaque localité, elles indiquent où il est possible, où il convient d’aller chercher les amendements, etc. etc.
Dumont fit paraître en novembre 1819 un résumé de scs recherches. La Carte géologique de la Belgique et des
( 1 ) Huit. Acad., I. XV; ap. Fayn, p. il U.
(*} Fayn. p. 22. — line seconde édition de cette carte a vu le jour à Paris en 1853 (une feuille chromolilhographiéc sous la direction du AI. Durencmesnil, inspecteur des travaux de l'imprimerie impériale de France). V. le A écrolotje liégeois pour 1857, p. 30.
(*J L’exemplaire de la carte de Van dur llaelen en 250 feuilles (Echelle 1/20,000)
contrées voisines , représentant les terrains qui se trouvent au-dessous du limon Itesbayen et du sable campinien , en une seule feuille, eut un énorme succès cl lit prévoir ce (pie serait le grand travail dont elle annonçait l'apparition prochaine. Le jury de l'Exposition de Paris en loua la netteté et la déclara très-utile ;t consulter, « par les relations qu’elle établit entre les formations contemporaines de France, de llelgique et dns provinces rhénanes. »
(*). Enfin la publication de la grande Carte géologique de la Belgique , en 185"*, vint mettre un terme â l'impaticncedu monde scientifique. Cettccarte, réduction en U feuilles de la grande Carte topographique de Van der Maelen (*) est à l’échelle de t/160, 000. Elle fut suivie, en 1856, d'une carte du soussol, libellée comme la petite carte d’ensemble mentionnée tout à l'heure, et qui figura manuscrite, dès 1855, à l'Exposition universelle de Paris. Le grand édifice était achevé, la synthèse était formulée. Néanmoins, on ne saurait trop regretter, avec. M. Trasenster, que le temps ait manqué à Dumont pour publier tous les Mémoires qui devaient servir de description aux terrains de la Helgique. » Le temps lui a manqué aussi pour donner le résumé des lois-qui relient ces observations, la conclusion qui éclaire tous les faits et que ses élèves seuls possèdent en grande partie. Dumont, dédaigneux des moyens vulgaires de succès, oubliait trop, peutêtre, de populariser ses idées en dehors de son enseignement. » Il paraîtrait, selon M Fayn, que l’absence de ces Mémoires explicatifs fut la véritable cause de la froideur de l’accueil que lit â Dumont le ministre de- l’intérieur M.
Rogicr, lorsque l'éminent géologue lui présenta le fruit de seize années d’un
donl Dumont s'est servi . ;i été acquis pur le gouvernement pour lu bibliothèque île l't niversilé de l.iége. Il est collé sur toile et con tenu dans 40 cartons. Les caries des pays limitrophes comprennent huit carions com plcmenlaires, 5 pour la France, 2 pour l’Allemagne, I pour la Hollande. Cette carte précieuse est coloriée en grande partie et littéralement couverte de notes manuscrites.
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travail presque surhumain ('). M. d’Omalius, qui rapporte ce fait, explique l'étonnement de Dumont en disant que notre savant, étranger à la politique, » ne se doutait pas qu’un ministre trouve peu de charme dans un travail ordonné par un prédécesseur, surtout si ce prédécesseur appartient au parti contraire : » nous ne pouvons croire, pas plus que M. Fayn, que la politique ait été ici pour quelque chose. En tous cas Dumont fut altéré; l’indifférence du ministre lui parut une expression de l’ingratitude nationale. Il ne tarda pas à être désabuse : le reste de sa vie ne fut pour ainsi dire qu’une longue ovation; il est même rare que la modestie d’un homme soit soumise à de telles épreuves.
Nous avons dit que son premier mémoire lui avait valu, en 1 8 il», la médaille de Wollaston ; le 14 décembre 181(5, il avait reçu la Croix de chevalier de l’Ordre de Léopold ; un des premiers actes du ministère Piercot fut de l’élever au rang d’officier, le 18 décembre 1853. Deux mois auparavant, l’Association des ingénieurs sortis de l’Ecole des mines de Liège lui avait voté un témoignage public de sa gratitude , tant pour ses travaux géologiques que pour les services qu'il avait rendus à l’industrie des mines. Le 0 avril 1851, une médaille d’or de grand module lui fut solennellement remise (*L Les Sociétés savantes de plusieurs pays étrangers (v. ci-après) se disputèrent l’honneur de le compter parmi leurs membres ; le roi de Portugal le nomma chevalier de la Conception de Villa-Viciosa ; plusieurs paléontologues distingués, entr’autres MM. de Koninck, d’Archiac.d’Orbigny, de Hyckholt, Nyst, Chapuis et Dewalque, lui dédièrent une vingtaine de fossiles nouveaux trouvés dans les terrains de la
( 1 ) Peu du lumps avant sa mort, brisé île fatigue, Dumont mesurait avec une sorte d’effroi l'étendue des efforts qu’il avait dû accomplir. Kn vérité, disait-il, quand je revois celte carte géologique de la Belgique, je me demande comment je l'ai pu exécuter en aussi peu de temps ; je crois que je n'aurais pas assez du restant de ma vie, s’il me fallait refaire le quart de ce travail » iFayn, p. 26).
Belgique (5). Mais tandis que son nom devenait célèbre, Dumont ne se laissait pas éblouir et ne croyait pas le moment venu de se reposer sur ses lauriers. Il ne pensait qu’à scs études; ii avançait sans relâche, insoucieux de sa santé déjà compromise. On l'a vit se rendre en Angleterre (1851) pour y étudier les terrains tertiaires ; vers la même époque, quand il trouve un moment de loisir , il l'emploie à réviser les calculs que Miller donne dans son Mémoire sur la cristallographie; puis le voilà de nouveau .on campagne (octobre 1852), allant explorer avec M. Horion, son élève, l’Allemagne, la Suisse et la France, et à peine de retour, rédigeant et publiant son beau travail sur les soulèvements lents, il n’entendait pas le bruit des applaudissements : il voulait se rendre utile, travailler jusqu'au bout; en poursuivant son idée fixe, il oubliait de mesurer ses forces. Cependant un germe de mort commençait à se développer en lui ; il souffrait d'une affection nerveuse qui se traduisait en vertiges et ressemblait à une lésion de la moelle épinière. Les médecins lui prescrivirent un repos absolu : cédant enfin aux instances de sa famille et de ses amis, il résolut d’aller demander à un ciel plus clément que le nôtre le rétablissement de ses forces. « C’était pourtant bien moins encore le soin de sa santé chancelante, ajoute M. Fayn, qtf une sorte de curiosité inquiète, «pii le poussait ainsi à parcourir l’Orient et le Midi de l’Europe. Il était impatient de comparer les terrains de ces régions lointaines à ceux de notre pays qui sont des types saillants, une sorte de pôle géologique qui porte l'empreinte des révolutions successives du globe, et où tous les terrains sont représentés. » I)u 22 mars au 7 novembre 1853, Dumont
(*) L’avers est à l'effigie de Dumont ; on lit au revers le nom de l'Association, entourant celte légende : A l'auteur de la carte géologique de Belgique. MDBCCUIl. A l'occasion de la remise de cette médaille, un grand banquet fut donné à Dumont ; les principaux industriels de la province voulurent y assister.
(*) Fayn, p. 27.