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questions agitées au sein du Parlement, et de l'influence des solutions qui y ont été données sur l'altitude ultérieure des partis et sur les destinées de nos institutions nationales. Le traité des vingtquatre articles, onéreux pour la Belgique mais reconnaissant sa neutralité perpétuelle sous la garantie des puissances, avait été ratifié à la lin de 1851 ; mais il s’agissait d’en assurer l’exécution, et la Conférence de Londres, à qui ce soin difficile était conlie, voulait faire tout dépendre d'une négociation entre les Pays-Bas et la Belgique (').
La Belgique était pressée d'en Unir; mais elle entendait qu'avant tout son territoire ne lût plus à la merci des étrangers. Le roi Guillaume, au c ontraire , protestait contre le traité et comptait sur une politique de tergiversation. La France et l’Angleterre voulurent lui forcer la main en le mettant en demeure d'évacuer Anvers; mais l’opinion publique, dans nos provinces, ne vit pas sans déplaisir celte intervention , et s'indigna de voir la Belgique placée sous une sorte de tutelle. On voulait la guerre avec, la Hollande : eu vain le ministère tit tous ses efforts pour ménager les susceptibilités populaires, tout en sauvegardant la dignité nationale; en vain MM. Devaux, Itogier, Notliomb insistèrent sur l'importance capitale de l'évacuation d’Anvers : la Chambre des représentants répondit par une abstention à la demande d'un vote de continuée. Le Sénat se montra de meilleure composition : sur ces entrefaites, les Français sciai mt mis en marche et, le 25 décembre 1852, après une héroïque défense, le général hollandais Chassé leur remettait les clefs de la citadelle d’Anvers. Mais Guillaume n'en parut pas plus disposé à traiter ; il tissa pendant cinq ans encore la toile de Pénélope. Fn Belgique, le Cabinet de 1852 se trouva dans la situation la
( ' j Hymans, Ilist. populaire du règne de teopold I, 30édilion, Bruxelles, 1863, in-8°, p. 108 et suiv. — Thonisscn, La lletgique tout Léopold I, 2e édition, t. I et t. 11.
s*) llymans, p. 137. — Thonissen, t. Il, p. 119.
[ * ; Il importe de rectifier ici une erreur
plus fausse : suspects de trahison pour avoir accepté le recours d'une puissance amie, les ministres avaient donné leur démission le 20 novembre, mais setaient vus forcés de reprendie leurs portefeuilles, par suite de l'impossibilité de constituer une administration nouvelle (*). Battus sur le budget de la guerre au mois d’avril 1855, démissionnaires une seconde fois et maintenus encore par la volonté royale, ils ne pouvaient plus compter que sur une mesure extrême : l’appel au pays. Un arrêté du 28 avril prononça la dissolution de la Chambre des représentants; la Chambre nouvelle fut convoquée pour le 7 juin. La presse s’émut, l’orangisme releva la tète ; des désordres eurent lieu il Garni et à Anvers; les élections ne modifièrent pas sensiblement la majorité parlementaire ; mais le ministère trouva un point d’appui dans la Convention du 21 mai, commencement d’exécution du traité des 21 articles.
Plus ardents que jamais, les adversaires du Cabinet ne reculèrent pas devant des violences : M. Gcndebien proposa la mise en accusation du ministre de la justice (Lebeau), qui avait accordé au gouvernement français l’extradition d'un banqueroutier frauduleux. Il fallut toute l'éloquence de M. Notliomb pour faire rejeter la proposition Gendebien (55 voix contre 18). On doit reconnaître, du reste, que Lebeau n’avait pas pour lui la stricte légalité : mais il n'avait fait que suivre l’exemple de M. Gendebien lui-même, qui, étant chef du département de la justice, avait livré à la police prussienne deux forçats parvenus à se réfugier dans l’armée belge.
C’est au milieu de ces débats passionnés qu’Antoine Ernst, porté au Parlement par les électeurs de Liège après la dissolution de la Chambre , dessina pour la première fois son altitude politique, franchement anti-rainistérielle(s).
accréditée. Ernst entra à la Chambre sans avoir pris d engagement envers aucun parti, cl il tint à honneur de le faire entendre clairement à ses collègues (Séance du 21 juin 1833 ; Honneur, n - 174). En jugeant superficiellement sa conduite ultérieure, on l a représenté comme un transfuge du libéralisme :
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Il attaqua la convention «lu 21 mai, reprocha au cabinet la répression insuffisante des désordres, lui lit un jïriet de la dissolution de la Chambre et, dans l'affaire Gemlebien, déclara queson serment de maintenir la Constitution l'obligerait de souscrire à l'acte d'accusation, s'il était formulé. Ce ministère, voulant couper court à toutes les controverses, soumit à la Chambre un projet de loi sur l'extradition; rapporteur de la Section centrale, Krnst défendit les amendements quelle proposait, parce qu'ils étaient à ses yeux des précautions prises contre l'arbitraire auquel le projet du Gouvernement laissait la porte ouverte.
Sou rapport n'eu est pas moins une œuvre d'impartialité et de bonne foi.
d’autant plus méritoire qu’en somme il y venait indirectement en aide à un cabinet qui n'avait pas sa confiance. Il était virulent dans la discussion ; mais la modération du langage n'était pas alors chose commune au Parlement ; dans tous les cas, s'il est permis de penser qu'il ne tint pas toujours compte des dillicultés de la situation que les événements faisaient au ministère, on ne saurait méconuailre nonplusquc son intention ne fut jamais de susciter des tracasseries au pouvoir : il faisait de l'opposition, non pas quand même, mais à raison «le ses convictions; il était si peu inféodé à qui que ce soit, qu’il ne lit jamais difficulté de résister à ses amis politiques, alors qu'il semblait que son intérêt eut été de les ménager. C'est ainsi qu'il soutint contre MM Dubusel l’abbé de Foere le maintien des subsides accordés aux établissements d'instruction moyenne; « Je défends ce que je crois juste et vrai avec les ministres, dit-il, comme je le défendrais contre eux'/) »; seulement, il se hâtait d'ajouter que le cabinet n'avait pas sa con-
c'est une injustice. Ses aspirations étaient libérales comme celles d'un certain nombre de catholiques au temps de ['Union ; mais il menait son amour-propre à rester personnellement indépendant. C'était avant tout un homme d’ordre, mais en même temps un esprilenlior et un ardent polémiste. Use trouva en hostilité déclarée avec les chefs futurs du libéralisme, et sa véhémence dut naturelle-
lianee : delenda Carlhago. Se croyait-il en présence d’un devoir à remplir, il ne redoutait pas l'impopularité, témoin son discours contre la suppression des traitements d’attente accordés sous l’ancien gouvernement : c’était plaider, insinuail-on , la cause des orangistes !
Krnst avait d'abord étonné la Chambre par scs philippiques ; mieux on le connut, plus on l’estima, ses adversaires comme ses amis, bien qu'il ne les épargnât pas. Son talent, son éloquence, et d'autre part son profond respect pour la légalité lui valurent dès ses débuts une influence considérable : on pressentit bientôt en lui un futur ministre. Il était sans ambition ; mais la lutte qu'il avait engagée, il la poursuivit â outrance, et s’il ne cherchait pas un portefeuille pour lui-même , il avait du moins à cœur la reconstitution du ministère. L'hésitation ou la faiblesse du gouvernement, en présence des pillages de 1 834, porta son irritation au comble; il proposa formellement à la Chambre, conjointement avec M. Oublis, d’infliger aux ministres un blâme dans l’adresse, et d’y faire allusion à loi sur les étrangers, à propos des mesures exceptionnelles que réclamait la sécurité de l'Klat. I.a Chambre ne le suivit pas sur ce terrain ; elle se contenta de voter une loi sévère contre les manifestations orangistes, et elle eut raison.— Le ministère, dans cette circonstance, obtint une majorité imposante; aussi bien sa position paraissait se raffermir : le vote des chemins de fer, la reprise vigoureuse du travail national, l'ordre public rétabli, tout semblait lui présager une longue existence . lorsqu’à l'étonnement général MM. itogier et Lebeau, dans la séance du Ier aotit, vinrent annoncer leur retraite (*). On lit toutes sortes de conjectures: il ne s’agissait en définitive,
ment irriter leurs amis. Mais encore nue fois il n’avait point donne d'arrhes au parti, et par conséquent on ne peut pas dire qu'il l’abandonna.
(•) Séance du 21 septembre [Moniteur, n° 268’.
(*) Thonissen, t. Il, p. 197 et suiv. — Hymaus, p. ISO.
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parait-il, que du général Evain, ministre de la guerre, dont les deux démissionnaires avaient inutilement demandé le renvoi. Quoi qu’il en soit, cette dislocation du cabinet de 1852 était chose prévue, puisque des démarches oflicieuses furent tentées auprès d’Ernst, dès le mois de juillet, pour l’engager à entrer dans un nouveau ministère ( '). Il repoussa d'abord les offres qui lui furent faites ; mais on savait que son opposition n'avait eu pour mobile que le bien du pays ; on comprenait que l’inaugurationd’une politique nouvelle, politique de conciliation, était devenue nécessaire; bref, on insista si bien qu’il n’eût pu, sans se manquer à lui-même, refuser de contribuer à faire cesser les embarras du moment, lin ministère mixte fut donc constitué le A août : MM. de Theux et de Meulenacre y entrèrent comme représentants de l'opinion catholique ; MM. d'IluartetErnsty prirent place à titre de libéraux ; le général Evain et Félix de Mérode survécurent seuls à leurs ancienscollègucs. On glosa beaucoup sur cette combinaison; on prétendit qu’Antoine Ernst, en s’associant avec M. de Theux, reniait en quelque sorte ses antécédents. Il laissa dire; aussi bien, en acceptant, restait-il fidèle aux traditions unionistes. Ces traditions étaient encore vivantes à Liège, puisque libéraux cl catholiques y accordèrent de nouveau leurs suffrages à Ernst, soumis à réélection par suite de l'acceptation du portefeuille de injustice ; elles étaient encore vivantes dans l’esprit même des ministres démissionnaires, puisque M.
Itogier accepta du nouveau cabinet le gouvernement de la province d’Anvers, et Lebcau celui de Narnur ( * >. Cependant les partis étaient à la veille de
(•) V. la note 2 du discours du chanoine de Ram, p. 26. Celle noie est extraite d'une notice rédigée par une personne tres-bien informée et dont le manuscrit original nous a clé confié ; nous y avons puisé quelques détails inédits.
(*) Thonissen, p. 2üi. — Il fut même question d'introduire M. Rogier dans le nouveau cabinet. Nous lisons dans une lettre privée d’Ant. Ernst, datée du 3 août : « Sur ma proposition, l'offre a été faite hier à M. Rogier de diviser le ministère do l'intérieur
s’affirmer, chacun de sou côté, plus fermement que jamais, comme le prouva bientôt la création des deux Universités libres; mais le point de vue où se plaçait A ni. Ernst n’avait rien de commun avec le radicalisme de leurs dissidences : il s'unissait à M. de Theux parce qu'il y avait, entre ces deux hommes, assez de convictions communes, jtour qu'ils pussent compter l’un sur l’autre pour assurer au pays une administration répondant loyalement aux aspirations générales.
Une des premières conditions de l’acceptation d’Ernst avait été la présentation d’un projet de loi sur l’expulsion des étrangers : à aucun prix il ne voulait de mesures arbitraires, prises par de simples arrêtés. Ue qui avait été adopté pour l'extradition, il le demandait pour l'expulsion et il l’obtint (loi du 22 septembre 1855;. On a voulu plus lard mettre le minislreen contradiction avec le député, îi propos (je l'affaire Malafosse , dont il fut fait rapport à la Chambre dans la séance du 2(> octobre 1857. Il s’agissait de l’arrestation d’un banqueroutier condamné à Toulouse, en fuite avec des valeurs considérables, et dont l'autorité française réclamait l'extradition. Le ministère avait tout simplement transmis au procureur-général le mandat d'arrêt expédié de Franco ; ce magistral devait, d'après la loi sur l’extradition, faire déclarer ce mandai exécutoire par le Tribunal de première instance de Bruxelles ; mais le tribunal ne siégeant pas ce jour lit, il avait transmis d’urgence les pièces, bien que non régulières, à I Administrateur de la sûreté publique. Malafosse fut retrouvé à Anvers nanti de24,ÜOÜfr., en billets et en livres sterlings, ce qui rendait manifeste son intention départir
avec M. de Theux, cl de prendre les travaux publics et le commerce ; il a demandé à réfléchir jusqu'à ce jour. M. Rogier a beaucoup gagné dans l'opinion de la Chambre et du pays depuis quelque temps; moi aussi je n'ai pu m'empécher de voir en lui un hommo franc, loyal et qui ne manque pas de talent ; je désire d'autant plus qu'il accepte, que cela fortifiera l'opinion libérale dans le Conseil...» — P. S. « M. Lebcau a donné brusquement sa démission... il a entraîné M. Rogier dans sa «U marche. »