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pour l’Angleterre. On l’arrêta donc provisoirement, et dès le lendemain le tribunal remplit les formalités légales.

Malafosse adressa une réclamation au Parlement, d’urgence; le ministre différa l’extradition par respect pour la Chambre, et répondit aux interpellations qui lui furent adressées, en démontrant que l’extradition était régulière, mais que l'arrestation lui était étrangère. — Vous fuyez le débat, s’écria-t-on. — Il répondit en appuyant énergiquement scs inférieurs et en déclarant que s’il eût été consulté à temps, il aurait donné luimême l’ordre d’arrestation. Les journaux épuisèrent contre le ministre toutes les munitions de leur arsenal : il garda le silence,, au risque de compromettre sa popularité. L’affaire n’eut pas de suite ; on linit par s’apercevoir que l'on avait confondu deux faits bien distincts (').

Nous lisons dans un rapport, d'ailleurs fort remarquable, présenté au Sénat français, en 18G7, par M. de La Guéronnière :

« En Belgique, pendant une période » de cinq années, de 1830 à 1831, la » peine de mort, quoique maintenue en » droit, a été pratiquement abolie, et » cependant les crimes entraînant celte » peine ne se sont pas accrus. Toute- » fois, le Gouvernement belge n’a pas » jugé pouvoir prolonger l’expérience, » et l'échafaud , qu'on croyait abattu, » s'est relevé (’). » Cette dernière phrase s’applique it Ant Ernst, qui effectivement, en 1835, remit en vigueur la pratique de la peine de mort. Au Sénat (s), MM. de Mérode et de Sécus s’étant plaint de l’abus du droit de grâce, et ayant attribué la multiplication des crimes à la fausse philanthropie du ministre de la justice, celui-ci répondit que la peine de mort n’était

(*) De Ram, note 1, p. 30.

i*) l'as cependant à Liège, ni dans tout le ressort de la Cour d'appel. On n'a plus exécuté ii Liège depuis 1824.

t*j V. la séance du Sénat du 31 janvier 1835 {.Moniteur, n° 33), et le Journal de Uruxellcs du 23 août 1867 (Lettre de M. Lambert Ernst)

(*J V. Thonisscn, Quelque» mou sur la

pas plus abolie en fait qu'en droit. Il ajouta que, pour sa part, il n’avait jamais fait de proposition de grâce pour un assassin (*). Il annonça en même temps qu’on s’occupait dans son ministère d’une statistique criminelle générale : en admettant même son opinion sur la peine de mort, on comprend qu’il avait besoin, pour expliquer son consentement à des rigueurs auxquelles on n’était plus habitué, d’établir que l’expérience en démontrait la nécessité.

D’autre part, dans la même séance, M. de Baillet avait élevé des doutes sur la prétendue augmentation des crimes depuis cinq ans, et soutenu qu'en tout cas la diffusion des lumières servirait plus efficacement que la sévérité des peines à prévenir les crimes et les délits. M. de Bobiano s’était prononcé sans hésitation contre la peine capitale, an nom du commandement divin : non occides! M le comte d’Aerschol avait rappelé, en revanche, qu’on s’était vu obligé de rétablir la peine de mort en France. Il s’agissait dans tous les cas d’interroger les faits : or, il arriva que le ministre fit paraître au Moniteur , le 5 février, c’est-à-dire avant que la statistique eut été dressée, une note relative aux condamnations capitales prononcées le G et le 23 octobre 1837 par la Cour d’assises de la Flandre Occidentale. Six condamnés obtenaient la commutation de la peine capitale en travaux forcés à perpétuité; mais cette commutation était refusée à l’assassin Nys. « L’arrêt sera exécuté, » disait la note. L’atrocité du crime et » les antécédents du condamné l’ont » rendu indigne de la clémence royale.»

La tête de Nys tomba en effet sur la place de Courtrai le 9 février, six jours après la déclaration du journal officiel. Le jour même où cette déclaration avait

prétendue nécessité de la peine de mort, dans les Publications de J Association pour l'abolition de la peine de mort, n° 1. Liège 1863, in-8", p. 35. — Le n° 3 des mémos Publications contient un compte-rendu détaillé et trùs-insiructif des mômes débats, par M. A. Visschcrs, notre éminent statisticien philanthrope. Nous renvoyons le lecteur aux réflexions qui terminent ce travail.

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paru, M. H. de Brouckère s'était cru obligé de reproduire à la Chambre des représentants une motion qu'il y avait déjà présentée, pour l’abolition de la peine de mort. La proposition fut renvoyée aux sections; M. Milcamps présenta un rapport au nom de la section centrale; mais la proposition resta enterrée pendant dix ans, parce qu’on jugea nécessaire de consulter avant tout les Cours et Tribunaux. La statistique criminelle des années 1851 à 1851 parut sous la forme d’un rapport au Roi , à la date du 15 octobre 1855 ; celle de 1855 fut publiée trois ans pins tard, par le même ministre.

Démontre-l-elle clairement qu’il y avait nécessité de rétablir l’échafaud ? On en jugera en consultant l’examen impartial qu'en a fait M. A. Visschers (’ ). Nous dirons seulement, quanta Ernst, qu’en refusant d’intercéder pour N’ys, il crut remplir un strict devoir et fil certainement violence à ses propres sentiments (*). Onze condamnations à mort prononcées à Bruges dans une seule session ! Ce fait avait fortement frappé son esprit, et de même que le comte de Mérode, il se représentait avec terreur la sécurité devenue proverbiale parmi les assassins, « L'inquiétude, il faut en convenir, s’était répandue dans le pays; des feuilles étrangères se plaisaient à qualifier la Belgique de repaire de criminels. C’était une calomnie évidente : les condamnations de 1851 se rapportaient à des bandes de brigands qui avaient infesté le pays pendant plusieurs années et

(*) V. la note précédente.

(*) Le Tait suivant, rapporté par De Ram, le démontrerait au besoin : « On vil plusieurs jours M. Ernst dans un état extraordinaire d’inquiétude , et quelle en était la cause? L’ne vieille mère était venue de bien loin se jeter à ses pieds pieds et solliciter la grâce de son fils, condamné à mort. Le ministre attendait en tremblant les rapports, craignant de devoir repousser la mère ; ce fut pour lui un jour de bonheur, quand il trouva des circonstances favorables qui lui permirent de solliciter du Roi une commutation de peine » (p. 31).

(s J Hymans, p. 137.

(*) Moniteur de 1831 (n° 210,.

qu'on venait seulement de découvrir; elles n’attestaient point une recrudescence générale delà criminalité.— L’expérience d'une seule année n’était pas en tous cas décisive; et enfin, pourquoi ne pas attendre la publication de la statistique ? Mais le ministre voyait l’ordre public menacé ; les considérations auxquelles il nous est facile de nous livrer aujourd’hui ne se présentèrent point à sa pensée ; il ne songea qu'à rassurer les honnêtes gens et il se prononça d'urgence, à scs risques et périls, comme les juges inflexibles de l'antiquité.

Les adversaires politiques d’Antoine Ernst sont les premiers à faire l’éloge de son intégrité et de son habileté comme administrateur (*). Ennemi des intrigues et des coteries, il mit une attention minutieuse à ne confier les emplois qui venaient à vaquer dans son département, surtout dans l’ordre judiciaire, qu’à des hommes digues de les occuper, sous le double rapport de la capacité et de la moralité. Il anéantit le principe de la vénalité, qu’il avait attaqué sous le ministère précédent (*). La Chambre rendit un hommage éclatant à sa rigoureuse équité, lorsque, après avoir augmenté le personnel de la Cour d'appel «le Bruxelles (*), elle conféra au Gouvernement le premier choix des nouveaux conseillers (*).

Tout en s’occupant activement d’introduire d’utiles réformes dans les divers services placés sous son autorité (’), il prit une grande part aux délibérations des Chambres, lorsque furent discu-

( * ) Moniteur de 1830 (n° 36 .

(*) De Ram, p. 32 (note 2;.

( 7 ) Ernst fil beaucoup pour les établissements de bienfaisance ; il améliora en outre le régime des prisons, où il introduit les sœurs de charité. C'est sous son administration que fut fondé le Pénitencier de Namur, où se trouvent réunies, dans un but d'amélioration morale, les femmes condamnées à un emprisonnement de plus de six mois : elles étaient auparavant disséminées dans les diverses prisons du pays. C'est à lui encore qu'appartient la première pensée du Pénitencier des jeunes délinquants, fondé plus lard à Sl-Hubert. (De Ram, note 2, p. 30 ; Hymans, p. 138;.

lées, en 1835 ot 1850, les grandes lois organiques de renseignement supérieur ( ’ ), de la province et de la commune. Dans le cours de celle dernière année, des difficultés financières faillirent amener la dislocation du cabinet.

De nombreuses questions étaient en litige entre l'Ktal et la Société générale. Partout surgissaient, sous le patronage de cette dernière, des sociétés anonymes, dont il s'agissait de régulariser la marche et île prévenir les écarts par des moyens légaux. La Société générale, caissière de l'Etat , était l'objet d’attaques incessantes : on allait jusqu'à dire quelle spéculait avec les deniers des contribuables, et que, le roi Guillaume possédant les trois quarts des actions, les bénéliccs étaient transportés à La Haye, d’où ils servaient à solder la contre-révolution à Bruxelles ! La Manque de Itelgique fut créée pour lui servir de contre-poids et pour devenir plus tard un établissement national : voulant parer le coup et se rattacher ouvertement au régime nouveau, la Société sollicita pour son gouverneur et l’un de ses directeurs (*l le litre de ministre d’Ktat. M. de Meulcnaere appuya celte prétention, qui fut énergiquement combattue par MM. de Theux, Ernst et d iluait. Ernst déclara qu'il déposerait plutôt son portefeuille que de consentir à un acte contraire, selon lui, aux intérêts du pays. Les documents (pie nous avons sous les yeux établissent qu’il lit preuve, en celle circonstance, d'une fermeté et d'une dignité de caractère qu'on ne saurait assez admirer. Il sut résister à toutes les influences : un temps viendra ,

(*) V. le discours cIm M. Nypels. — Ernst avait fait partie , avec MM. de Gerlachc, de Tlieux , P. Devaux, do Belir , d'Ilaitc do Potier et Warnliœnig , de la Commission chargée, le 18 novembre 1833, de préparer un nouveau projet de loi de renseignement supérieur.

I*) M.M. Mecus et Coglien. — Thonissen, t. Il, p. 272 et suiv. — V. tes séances de la Chambre’ des représestan's du 48 et du 80 janvier 1887.

(’) On n'a pas oublié le mol de M. Gendebicn î « Non ! 880,000 fois non, pour 380,000 Belges que vous sacrifiez à la peur ! »

écrivait-il on haut lieu, où l'on me rendra justice. Le cabinet fut maintenu ; M. de Meulcnaere seul échangea son portefeuille contre le gouvernement de la Flandre orientale. Quelque temps après, les mêmes dissidences se reproduisirent sous une autre forme, à propos du refusd’autoriserla Société de mutualité industrielle; la démission d’Ernst fut de nouveau refusée.

La plus grave de toutes les questions, celle de l’exécution du traité des il articles, auquel la Hollande adhéra tout d’un coup, vint créer au cabinet de graves embarras, en présence de l'explosion du sentiment public et d’une brochure restée célèbre de M. Dumortier, plaidant la nullité des stipulations en vertu desquelles une partie du Limbourg et du Luxembourg devaient retourner à la Hollande. Le fait est que les négociations n'avaient été que suspendues en 1855, et maintenant il n'était question de rien moins, que de faire passer purement et simplement la Belgique sous des fourches caudines.

Ce n’est point ici le lieu de revenir sur les épisodes palpitants d’intérêt qui précédèrent le douloureux sacrifice de 380,000 Belges (*).Les ministres Ernst et d'Iluart ne crurent pas pouvoir souscrire à la mutilation du territoire : ils déposèrent leur portefeuille le 31 janvier 1830. huit jours après le vote (*). Leur démission fut un acte consciencieux, accompli sans arrière-pensée.

Ils le prouvèrent le lendemain même à la Chambre, en aidant de leur parole et de leur vote les ministres restants à sortir de l'embarras où ils se trouvaient (s). Le mandat parlementaire

(*) Cette démission ne fut cependant indiquée que sous la date du 4 février et publiée que le lendemain, en même temps qu’un arrêté prorogeant les Chambres d’un mois (De Itam, note 2. p. 34). Ernst fut remplacé au ministère do la justice par M. Ilaikcm, depuis procureur général à Liège ; M. Desmaisiercs devint le chef du déparlcmont des finances.

(*i « Avant que M. do Theux no déposât à la Chambre un simple rapport sur la notification des actes de la Conférence en date du $3 janvier, plusieurs députés songèrent à faire cesser le dissentiment qui s’était

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