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d’Ernst expirait au mois de juin : peu de temps après l’adoption du traité, il déclara aux électeurs liégeois qu’il renonçait A toute candidature et rentra dans la vie privée. Des fonctions publiques, des distinctions honorifiques ( ' ) lui furent vainement offertes : il se contenta d’emporter dans sa retraite la conscience de n’avoir jamais cherché, dans le cours de son long ministère, que le bien de son pays. On a dit justement de lui qu’il fut toute sa vie plus désireux d’être utile que dele paraître : simple dans ses goûts , consciencieux jusque dans les moindres détails des affaires, sévère envers lui-même, sincère, loyal et désintéressé, il n'hésita en aucune, circonstance devant l’accomplissement du devoir, et ne mil point sa popularité dans la balance, en regard de l’intérêt public tel qu’il le comprenait. S’esl-il quelquefois fait illusion au début de sa carrière parlementaire, s'est-il parfois laissé emporter par l’ardeur de ses convictions? En tous cas, son entière bonne foi n'est pas plus douteuse que son zèle patriotique:
c’en est assez pour assurer à sa mémoire l'estime de tous les partis.
Quand il accepta, en 1851), une chaire à l'Université de Louvain, le Roi daigna lui-même féliciter le recteur au sujet de celle brillante acquisition, et lui exprimer en même temps la haute opinion qu'il avait du talent et du caractère de son ancien ministre. Ce témoignage était d'autant plus flatteur
éicvt; entre les ministres : celait de faire déclarer par la Chambre, apres la lecture du rapport, séance tenante, quelle passait à l’ordre du jour. Il était clair que si, après une semblable déclaration, le Gouvernement se décidait à proposer l'adoption du traité, il serait forcé de dissoudre la Chambre. M. de Thcux demanda l'ajournement de celte motion, qui avait une gravité immense. M. Ernst vint avec sa loyauté ordinaire au secours de son ancien collègue et vola, ainsi que l'honorable. M. d'Iiuart, pour l'ajournement. La position des ministres restés au pouvoir était sans doute tres-diflicilc et on même temps très-honorable, puisqu'ils ne faisaient que suivre leur conviction ; mais aussi, ne doit -on pas rendre hommage à la conduite de ceux qui quittent le pouvoir par
que, comme nous l’avons fait enlendre, Ernst n’avait pas craint , A l’occasion, derésisteraux plus hautes influences. A Louvain, l'éminent professeur fut ce qu’il avait été à Liège; plus que jamais il s'attacha, dans son cours d’Institufes, à dégager nettement les principes fondamentaux du droit et A former l’intel- ligence des élèves. Il faisait comprendre comment le droit, dans ses plus petits détails, doit être constamment l’expression de la justice naturelle. Il ne cherchait pas uniquement à faire de ses disciples de bons avocats; il élevait leurs sentiments et voulait qu’ils fussent, un jour, de véritables jurisconsultes. il les dominait par ses Mies d’ensemble et les habituait à remonter toujours A la source des choses. Quoique surchargé de besogne, il était tout A eux, il leur prodiguait lumière et conseils. Tel on l’avait connu au début de sa carrière : esclave du devoir, ndn cime que pourra. Un de ses anciens auditeurs de Liège nous rappelle que le jour même oit il fut élu membre de la Chambre des représentants, il donna comme A l’ordinaire sa leçon du droit commercial. Son élection était combattue; un bureau électoral se trouvait presque sous les fenêtres de la salle où il enseignait. Ces circonstances si propres A le troubler ne laissèrent aucune impression tlans sa parole ni sur ses traits; ses élèves étaient plus agités que lui. Le soir seulement, quand ils se réunirent devant sa maison pour le
conviction, comme font fait MM. Ernst et <f llnart? {Note 2 annexée au discours de de Ram, p. 34!. M. E. Vandcnpeercboom, peu favorable à Ernst, ne peut s’empêcher de s’écrier : « Heureux ceux qui n’ont pas été appelés A se prononcer sur le sort de tours frères! » (Du Gouvernement représentatif en Behjique, t. I. p. 315!. La majorité adopta le traité, pour ne pas laisser remettre en question l’indépendance de toute la Belgique; mais les dissidents, qui ne pouvaient croire que les puissances seraient disposées A user de moyens de contrainte, ne peuvent être blâmés d’avoir eu le courage de protester jusqu'à la On.
( ' ) La croix d'ollicicr de l’ordre de Léopold ; offre brillante, puisqu’il n’était pas chevalier.
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féliciter, il ne put y tenir ; il répondit à leurs acclamations cordiales que la démarche dont il était l'objet de leur part faisait de a* jour un des plus beaux de sa vie : on peut se représenter l’enthousiasme de la jeunesse universitaire et l’émotion du digne maître.
l/activité extraordinaire qu’avait déployée Ernst pendant son ministère devait exercer sur sa santé, d’ailleurs peu robuste, une influence désastreuse.
L’Université de Louvain ne le conserva que deux ans. Une inflammation des intestins qui ne cédait à aucun remède lui fit prendre la résolution de se rendre A Heidelberg, pour y consulter un médecin en renom. Il se mit en route avec Mme Ernst, au mois de juillet 1841. Dans le trajet de Cologne à Mayence, il se trouva si mal sur le bateau à vapeur, qu’on fut obligé de le débarquer à Boppart, où M. le docteur Schmidt, directeur de rétablissement hydrosudopatique institué dans cette localité, consentit ii lui donner un appartement. On n'eut pour ainsi dire que le temps de lui administrer les secoursde la religion ; le lendemain (10 juillet), il avait cessé de vivre. Ses restes furent transportés à Louvain huit jours plus tard et inhumés au cimetière du Tare, où sa famille possède un caveau.
Ant. Ernst était moins écrivain qu'orateur;mais, sous ce dernier rapport, il a laissé au Parlement la plus brillante réputation. Nous ne connaissons de lui d’autres publications que ses thèses De Confusione, De l'adoption et de ses effets, etc. (Bruxelles, 4810, In- 4° de 46 p.), quelques articles remarquables insérés dans la Thémis et plusieurs rapports importants imprimés dans les Annales parlementaires, entre autres un rapport sur la proposition de M. Dumortier relative à l'organisation de l’Académie belge (14 janvier 1834). Ce document, suivi d’un projet
( ‘ ) Krnst avait appuyé, dans la séance du 3 octobre 1833,1a proposition doM. Dumortier, et soutenu que l'Académie devait, au vœu de la Constitution et dans l'intérêt de sa propr# dignité, être organisée par une loi. Ce résultat ne fut pas obtenu ; la constitution de l'Académie a été réglée par far-
de loi élaboré par la Commission dont Ernst était l’organe, a été reproduit dans l'Ann autre de l'Académie, année 48-46, p. 404-147 (').
loti mon n ( Vincent) naquit à Assamstadt (grand-duché de Bade) le 5 avril 1794 et mourut à Liège le 25 septembre 4 837. «Il y a au monde, dit Augustin Thierry, quelque chose qui vaut mieux que les jouissances matérielles. mieux que la fortune, mieux que la santé elle-même, c’est le dévouement à la science. » Fohmann partageait cette conviction de l’illustre aveugle, et ce fut elle sans doute qui l'empêcha d’interrompre ses travaux lorsqu’il ressentit les premières atteintes du mal qui le conduisit prématurément dans la tombe.
11 pouvait choisir:
. . . .ou Iteaui'Otip il’«ni *nas idoire.
Ou pou île jour* «imiml'uue Inique urmoirc. . .
Il n'hésita pas un instant; mais aussi l’oracle s’accomplit à la lettre : les découvertes auxquelles son nom reste attaché lui coûtèrent la vie
Fohmann était lils d’un accoucheur distingué, qui sut lui inspirer de bonne heure le goût des sciences de la nature. Ses études préparatoires achevées, il se rendit A Heidelberg pour y suivre les cours de la Faculté de médecine. Tiedemann, le grand anatomiste dont les travaux ont provoqué l’admiration de toute l'Europe, remarqua bientôt l’aptitude et le zèle du jeune Vincent, le nomma prosecteur d'anatomie (1817) et le décida aisément A prolonger de plusieurs années son séjourà l’Université, pour se livrer A des recherches délicates et approfondies. Ce fut Tiedemann qui attira le premier son attention sur les vaisseaux lymphatiques, dont la nature était peu connue, et pour lesquels ou n’avait rien fait depuis Maseagni. Laissons parler Ch Morren (*) : « A vingt-
rètë royal du 4 décembre 1845.
(*1 Notice sur Fohmann [Annuaire de l'Acad. de Bruxelles, 4838, p. 19-405). *'.e travail a servi de base au présent article. Voir aussi le discours do Votlom [Journal de Li*(je, n° du 28 septembre 4831).