‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 61 sur 351 · KOH · texte numérisé non relu

KOH

six ans, nous voyons encore Fohraann aux amphithéâtres, disséquant, avec une ardeur sans relâche, l’homme et les animaux. Tant de zèle fut récompensé par une brillante découverte au printemps de 1820: à l'ouverture des vacances de cette époque, Tiedemann dut s’absenter, précisément au moment où l’on venait d’apporter à l’Université un phoquequi venait de mourir. Tiedemann le conUe à son cher élève et lui demande d’en conserver le plus de pièces possible. Fohmann, seul, livré àlui-même, trouva dans celle occasion, qui avait été perdue pour tant d’autres, et le moyen de satisfaire au vœu de son illustre maître, et les premiers jalons d'une théorie qui, sapant les fondements des opinions alors universellement enseignées, devait donner naissance aux idées contraires que la science a adoptées aujourd’hui. Le mésentère de ce phoque présentait des vaisseaux lymphatiques remplis de chyle. Fohmann sentit qu'il était facile de les injecter; mais ici, comme tant de fois, le hasard intervint, et notre anatomiste qui ne voulait faire qu’une préparation curieuse où les glandes auraient été réunies et injectées avec leurs vaisseaux afférents et efférents, trouva ce qu'il ne cherchait pas. Le mercure dont il remplissait les glandes, au lieu de s'écouler par les vaisseaux efférents, passa uniquement dans les veines. Il en était de cette nouvelle fonction des veines comme de la découverte elle-même des vaisseaux lymphatiques, que Gaspard Azelli vil pour la première fois eu 1(322. tout en cherchant autre chose que ces organes absorbants ; il étudiait le mouvement du diaphragme sur un chien. L’histoire des sciences fourmille de ces hasards heureux qui ne tournent, du reste, au profit de l’humanité que par le génie observateur de ceux qui les fécondent.

L’expérience de Fohmann fut de ce

genre. Pour donner une juste idée de son importance, il faut se reporter au temps où elle fut faite. L’anatomie, pour ce qui regardait les anastomoses des lymphatiques avec les vaisseaux de la circulation sanguine, comptait trois camps et la physiologie se partageait généralement en deux opinions, dont l’une était cependant embrassée par peu de savants. Ce fut celle que Fohmann était destiné ù relever. Eustache, en 15(35, avait découvert le canal thoracique, ou ce qu'il nommait la veine blanche du thorax, cl qu’il prenait pour l'organe nutritif de la poitrine. Slcnon, Kuysche, Kudbeck et d'autres anatomistes avaient nuté plus tard des communications entre les vaisseaux lymphatiques et les veines, mais seulement dans le voisinage de la jonction des veines sous-clavières avec les gros troncs chylifères. Walœus, Mertrud, le premier professeur de Cuvier, Mcrckel l’ancien et Lobslcin avaient reconnu des anastomoses avec des veines plus éloignées, et enfin ce même Merckel, ainsi que son fils, Cosler, A ber net hy et Yrolik , avaient reconnu que les glandes lymphatiques mettent en communication les vaisseaux de ce nom avec les veines. C’était là l’observation de Fohmann ; mais, quoiqu’elle comptât des noms illustres pour se soutenir, la théorie physiologique qui en découlait fut abandonnée ; on attribuait le passage du mercure, si bien vu par Fohmann et avant lui par .Merckel, à des infiltrations dues à des déchirements. Les plus grandes autorités dans renseignement rejetaient ces communications en déclamant, dans leurs ouvrages comme dans leurs cours, contre ces découvertes consciencieuses.

Quand Fohmann fit sa première observation, il était étourdi , disait-il, du bruit dont l’absorption veineuse faisait retentir l'Europe ( ' ). Le vulgaire, étranger aux

( * ) F.n dépit des observations du Vealing, qui avait poursuivi le trajet des vaisseaux d'Aselli jusque dans Incanal thoracique d’Kustache, Harvey s'était obstiné à nier t'existcnce des lymphatiques; il attribuait aux veines les fonctions de l’absorption. Hunier et Mascagni parvinrent à détrôner sa théorie

et chargèrent les vaisseaux lymphatiques de ce rôle. Mais, au commencement du XIXe siècle, une réaction s'opéra : Magendie surtout réhabilita le système de l'absorption veineuse. C'est à ses écrits, répandus dans tout le monde savant, que fait ici allusion Fohmann. Il était réservé à Breschet de de-

FOH

discussions scientifiques, aurait peine A comprendre que, dans ie champ si tranquille de l'observation, on peut agir avec tant de chaleur et de véhémence, s’il ne savait que les médecins, par l’influence sans doute de leur profession, apportent souvent dans leurs procédés une exagération singulière... » Ainsi s'explique peut-être l’origine du caractère éminemment caustique et railleur de notre anatomiste. 1,’épigramme dominait dans ses écrits comme dans ses conversations; au reste ce fut plus tard, iors de sa lutte avec Lippi, que ces dispositions d'esprit se développèrent surtout. A l’époque de sa vie où nous sommes parvenus, il songeait moins à combattre qu’A garnir son arsenal. L'observation faite sur ie veau marin en provoqua d'autres: Fohmann disséqua et injecta, sous les yeux de Tiedemann, les vaisseaux lymphatiques de l’homme, du chat, du chien, des martres, des loutres, des chevaux et de divers oiseaux . Des liens d’amitié, cimentés plus tard par une alliance encore plus étroite (*), rapprochèrent pour la vie le maître et le disciple. Tiedemann rédigea la préface du premier ouvrage que publia son élève, en 1821, à Heidelberg, et que Breschet, dès l’année suivante, fit connaître A la France. Tandis que Magendie ne parvenait A découvrir de rares lymphatiques au cou du cygne et de l’oie, Fohmann exposait dans un cabinet public de belles préparations démontrant la communication de ces canaux, chez les oiseaux, avec les veines rénales et sacrées; le savant Lauth, professeur d’anatomie A Strasbourg, faisait tout

venir un nouveau Mascugni, en mettant en lumière les travaux de l’analomislo de Heidelberg. Cependant on verra plus loin que la victoire ne Tut pus facile à remporter.

(' Fohmann épousa en 1828 la fille du célèbre professeur de Heidelberg, « femme d'une grande beauté, du caractère le plus doux et de l'éducation la plus élevée >- ( Morren, Op. cil., p. 84).

(*) Lauth professait pour Fohmann nue véritahle admiration: plus tard, il lui dédia son excellent Manuel tic C anatomie de l'homme, devenu classique à Strasbourg, à Paris et en lielgiquc. Cependant un nuage passager semble s'Ctre élevé entre eux, par le

exprès le voyage de Heidelberg (1825) pour venir les examiner, et se déclarait partisan des vues physiologiques de l’ami de Tiedemann ( * ). Fohmann démontra le premier l’existence des lymphatiques chez les oiseaux de proie, notamment chez la buse ; il fallut que Magendie lui-même se rendît A l’évidence. Le jeune anatomiste, ardemment stimulé par ses premiers succès, résolut d’étendre ses recherches aux poissons.

II partit pour la Hollande, où le célèbre Temninck, directeur du Musée royal de Leyde, mil un local A sa disposition et lui procura un grand nombre d’animaux.

Le préparateur du Musée était Boié, son ancien condisciple, d'étudiant en droit devenu naturaliste, par l’influence des levons de Tiedemann. L’est le même Boié qui lui envoya plus tard de Java, où il devait périr victime du climat, des reptiles et antres animaux rares, dont Fohmann montrait avec orgueil, dans les derniers temps de sa vie, les belles préparations, au cabinet de l’Université de Liège (’). Fohmann prolongea son séjour en Néerlande jusqu’en 182ti ; il injecta et disséqua avec soin, en faisant représenter chacune de ses préparations. les lymphatiques de la torpille, du silure, de l’anarrhique, de la morue et du saumon ; il avait déjà trouvé ceux de l’anguille et du brochet. Les recherches parurent à Heidelberg en 1827 dans son grand ouvrage Sur le système absorbant des animaux vertébrés, dont la première partie, celle qui traite des poissons, a seule vu le jour. « J’ai vu chez lui, dit Ch. Morren, une partie des matériaux pour la seconde partie, qui

fait do l'insertion, dans les Annales des sciences naturelles, d un mémoire do Lauth sur los lymphatiques des oiseaux. Fohmann crut à tort que celte publication avait au lieu en vertu d’une décision de l'Institut, cl il lu dit au public. C'était une erreur, le recueil en question ne dépendant pas de l’Académie pour le choix des articles. Mais Fuhmniin en voulait à l'Institut, pour avoir couronné le travail de Lippi et non lésion (v. ci-apres) — Morren, p. 88.

(') L'éloge de Boié, cet autre Victor Jacquemonl, a été éeril par M. Susanna, administrateur du Musée royal de Leyde. Amsterdam, I8.".4, in-8°.

FOH

devait traiter du système des amphibies. Ces recherches sur les lymphatiques des poissons constituent le seul et unique grand ouvrage que la Science possède sur cette matière. Monro :iv ait découvert les lymphatiques de la raie en 1 7(30 ; en I7Ô9, Ilewson publia son mémoire sur ceux des reptiles et des poissons, et, depuis leurs travaux, rien n'avait paru sur ces organes. Il est inutile de dire que les préparations de Fohmann sont à une distance immense de celles de ses devanciers; aussi son ouvrage reçut-il un assentiment unanime: Cuvier, Carus, Merckel, les plus grands anatomistes du siècle, lui ont rendu une éclatante justice, et un concert d’éloges fut la digne récompense de ses veilles. » — « C’est précisément, continue le savant biographe, c'est précisément à cause de celte unanimité d’opinions sursa méthode, que Fohmann fut si sensible à la décision que prit, à l’égard des travaux concernant les lymphatiques, l’Académie des sciences de Paris. Un des points fondamentaux de sa doctrine était que, dans les vertébrés supérieurs, l'homme et les mammifères, les glandes absorbantes seules servent de communication entre les lymphatiques et les veines , hormis aux régions claviculaires; chez les vertébrés inferieurs, où les glandes n'existent pinson rarement, les communications directes entre ces deux ordres de vaisseaux se rencontrent dans les régions mêmes où, chez les hommes et les mammifères, les glandes existent. Dans les poissons, les communications s’établissent dans le parenchyme même des organes. C’étaient là des points auxquels, dans sa théorie de l’absorption, il donnait la plus haute importance : or M. Lippi avait, en 1825, fait paraître à Florence, un ouvrage devenu fameux sur les mêmes matières ( 1 ) , et w travail fut couronné par l’Institut, deux ans après la publication du dernier ouvrage de Fohmann. M. Lippi rejetait les communications entre les glandes et les veines, démontrées par Fohmann et vérifiées par Lauth; il ad-

mettait au contraire les anastomoses directes entre les vaisseaux lymphatiques et la veine porte, la veine honteuse interne, les veines rénales, la veine cave ascendante et l’azygos. Ces communications ressemblaient aux anastomoses des veines et des artères. Fohmann ne put rester en repos en présence d’un système qui anéantissait le sien, si les faits avancés par son antagoniste étaient fondés. Il saisit l’occasion de la publication de son grand ouvrage sur lt*S poissons, pour prouver combien l’erreur de M.

Lippi avait été grossière. L'anatomiste italien avait confondu les veines des glandes avec les vaisseaux absorbants ; ailleurs, il avait pris des veines fort grosses pour des lymphatiques. Fohmann déclara fausses les anastomoses entre les lymphatiques et les veines par l’intermédiaire des vaisseaux capillaires; et, « ce qui est sans exemple, dit-il, ce » qui surpasse encore les autres pro- » (buts de l’imagination féconde dcLip- » pi, c’est ce qu’il rapporte ù l’égard » du passage des lymphatiques des or- » ganes digestifs dans les bassinetsdes » reins. Lippi a trouvé plus commode » de faire arriver des matières, que Dar- » wyn et autres faisaient passer des » organes digestifs dans les voies uri- « naircs, au moyen d'un mouvement ré- » trograde dans les lymphatiques, sans » intervention du système vasculaire » sanguin ; de les faire arriver d’une » manière tout ordinaire, des rameaux » dans les troncs absorbants qui se » rendent de ces organes dans les bas- » sinets des reins pours’y implanter! »

Enfin, après avoir signalé une foule de mécomptes où Lippi était tombé, Fohmann linit par démontrer que son antagoniste avait pris, pour glandes lymphatiques, les testicules des oiseaux.

Il n’a rien aftirmé de vrai, disait-il dans un de ses derniers mémoires, pas plus pour l’anatomie que pour son histoire.»

Malgré les assertions catégoriques de Fohmann, les anatomistes hésitèrent longtemps encore entre lui et Lippi :

il fallut que Lauth et Breschet vinssent

( • ' llhistrazioni fi.uotoyiche e paioloyic ! e zioni di exso col veuoso. Florence, 1825, in-

rtfl sistema lim/atico chilifero , mcdianie In 4°. scoperta di nu yran numéro di communiai-

FOH

à* la rescousse pour produire sur les esprits une impression décisive. Ce n’est guère, en effet, que depuis les derniers travaux de ces deux savants qu’on a rendu universellement justice aux observations consciencieuses de l'anatomiste de Heidelberg.

Un grand changement s’opéra dans l’existence de Fohmann pendant qu’il travaillait à la publication de son grand ouvrage sur les poissons. La Faculté de médecine de l’Université de Liège ne comptait, en 1826, que trois professeurs : l’enseignement, par suite, restait élémentaire au delà de toute expression ('). Il fallait en finir avec ce système ; mais où trouver des professeurs capables? A cette époque, ils étaient rares en Belgique, et d’autre part, l'opinion générale était ouvertement hostile à l’introduction d’éléments étrangers dans le personnel des Universités nationales. Cependant un cours aussi important que l’anatomie ne pouvant rester confié à un professeur déjà surchargé d’autres occupations, le gouvernement passa outre et consulta Tiedemann, déjà précédemment appelé à désigner un naturaliste. Fohmann, docteur en médecine et en chirurgie pro meritis , chef des travaux anatomiques à l’Université de Heidelberg, professeur agrégé pour l’osléologie; Fohmann, qui à trente ans commençait à marcher de pair avec les illustrations de la science , s’offrait naturellement au choix du maitre qui l'avait formé et connaissait toute sa valeur. Il fut donc nommé, sur la fin de 1825, professeur ordinaire d'anatomie, en remplacement de Comhaire (v. ce nom), qui conserva

i * ) Il en «Hait de même dans la Faculté des sciences : il n’y avait qu’une seule chaire d’histoire naturelle! (v. l’art. Gaede!.

( * ) Il commença sa première leçon par une phrase que personne n’a oubliée : Ou lit qui j'ai lit ci qui ji n'ai pa.t lit. « Un rire inextinguible s’empara de l’auditoire et chacun, selon le proverbe, put se dire désarmé. La haine avait néanmoins envenimé les contes absurdes qu’on avait à dessein répandus dans le public, et lorsque Fohmann connut ceux qui avaient le plus blâmé sa nomination, il s’amusa a leurs dépens de manière à mettre les rieurs de son côté. L’Université

le cours de physiologie, et fut en même temps chargé de celui d’hygiène. Grand émoi dans l’Université, aussi bien chez certains professeurs que parmi les élèves : on eut lieu de craindre que des manifestations bruyantes n'éclatassent à l’ouverture du cours. Une grande agitation régnait à cette époque à l’Université : l’opposition au régime hollandais prenait de plus en plus consistance et saisissait tous les prétextes pour se produire : on le vit bien au commencement de l’annéesuivante(v. l'art. J. -G.i . Ernst). Fohmann était alors peu au fait de la langue française, et son accent germanique fortement prononcé, trahissant à chaque mot son origine étrangère, ne pouvait manquer d'exciter la passion de ses auditeurs, fomentée du reste par les excitations du dehors. Mais il était phlegmat ique et caustique tout à la fois : il parut d’abord ne s'apercevoir de rien ; puis, quand il se trouva suffisamment orienté , il prit lui-même l'offensive et retourna contre ses adversaires l’arme du ridicule (*). On rendit bientôt justice à la droiture de son caractère, à la profondeur de ses connaissances ; ou lui pardonna ses saillies parfois vives, mais au fond très-innocentes. Les suffrages des savants, qui se ralliaient de plus eu plus à ses conclusions, imposèrent finalement silence à l’envie. Il fit venir de Heidelberg une bonne partie de ses préparations, dont il se servit pour donner à -ses leçons un intérêt pratique inconnu jusqu’alors dans les Universités belges. Il voulut « nationaliser l’art de faire des découvertes », et dans ce but il projeta la création d’un Musée anatomique, à l’instar de ceux dont s’enor-

dc Liège possédait alors un instrument qu'on montrait avec ostcutalion au cabinet : c'était une énorme seringue à injecter, roue par des manivelles. Celui qui avait poussé si loin l’art des injections feignit de ne pas comprendre l'emploi auquel on disait cet instrument destiné, et il le représenta à scs auditeurs comme servant à l'usage personnel et hygiénique de celui que la malignité publique lui donnait pour adversaire. Toute sa vengeance se bornait ainsi à des traits malicieux, mais qui n'allaquaient nullement l'honneur de scs ennemis... » ( Morren , p. 93-94).

FOH

gueillissait la Hollande. « La gloire d'avoir amené à bien une entreprise si grandiose lui appartient tout entière, el nous pouvons dire que depuis le moment oü il mil la main à l’œuvre, F0I1mann a tenu en Belgique le sceptre de l’anatomie. De 1827 à 1852, il se consacre tout entier à l’accomplissement de son dessein. Dès le lever du soleil jusqu’au soir, il se trouve dans les amphithéâtres de dissection ou dans son cabinet particulier, et en moins de six ans, il achève 150 préparations pour les injections des lymphatiques, 100 squelettes, au-delà de 900 préparations molles, 00 appareils organiques, sans compter la série d’embryons, de fœtus et de monstres qu’il recueille de toutes parts. Tout cela est préparé de ses propres mains, sans le secours d’aucun aide et dans le silence le plus absolu... » ('). La révolution de 1850 interrompit ses travaux; il craignit même un instant pour sa place ; mais averti à temps par un ami (*), il parvint à déjouer les intrigues dont il allait être victime. Cependant ses droits ne furent pas immédiatement reconnus.

Il n’avait commencé ses travaux pour le musée que sur la promesse de l’administrateur de l’instruction publique (*), que le Gouvernement acquerrait la collection pour l’Université de Liège moyennant une rente viagère : or celle convention se trouvait rompue par le fait des événements (*). Ce ne fut que sous le ministère de Theux, et grâce aux soins et à l'insistance toute particulière de l'administrateur D. Arnould, (v. ce nom), que les préparations de de Fohmann furent tirées du coin humide et sombre où on les avait reléguées, pour occuper enfin une salle convenable, et que l’auteur de tant de précieux travaux put espérer d’être indemnisé de ses peines. A l’époque où cette affaire fut conclue, Fohmann .semble avoir déjà pressenti sa destinée : le

( * ) Morren, p. 95-96.

(*) Le docteur Dewild.

(*) Van Ewyck.

i * ) Fohmann 6’dtail en outre engagé à faire une collection semblable pour l'Université de Gand.

contrat prévoit le cas où il viendrait à mourir avant 1815. U ne pouvait plus, en effet, se promettre de longs jours.

La mauvaise disposition des locaux (*) où il travaillait sans relâche dans une atmosphère insalubre , aspirant incessamment des vapeurs délétères ; le maniement quotidien du mercure, les émanations cadavériques, tout avait contribué à compromettre sa santé. Dès 1855, il éprouva les premières atteintes d'une myélite, qui passa à l’état chronique.

Les abondantes salivations qui le tourmentèrent depuis, les douleurs fréquentes qu’il ressentait aux poignets et aux mains, ne prouvent que trop l’influence du mercure. Bientôt un de ses membres fut paralysé : il n’en continua pas moins à faire deux leçons par jour (•); il n’en reprit pas moins le cours de ses publications, momentanément interrompues par ses travaux d’amphithéâtre. En mars 1851, l’Académie de Bruxelles le reçut dans son sein ; le lrr août 1856, il fut nommé président de la section de médecine, et il justifia ces nouveaux titres par des services actifs el efficaces. La mort de Bekker (v. ce nom), son compatriote et son ami de cœur, l’affecta profondément :

il dit à M. Dupont, lorsque celui-ci, en qualité de recteur , eut prononcé le discours funèbre : Je nui .v maintenant le premier candidat de la mort. « Le souvenir du boiteux qui conduisait l’aveugle, dit avec émotion Ch. Morren , vivra toujours parmi ceux qui ont connu ces deux malheureux , mais inséparables amis, et si la poésie des temps anciens nous prêtait encore les charmes de ses rêves, nous les verrions dans l’Elysée d'un monde meilleur , sous cette touchante image de l’amitié » (’).

Fohmann passa les vacances de 1857 à Heidelberg, chez Tiedemann ; il revint à Liège au commencement de septembre. Le 16, il sortit par un temps

( * ) Les bâtiments de l'Université notaient pas alors ce qu'ils sont aujourd'hui.

I*) Après la mort de Gaédo, il fut chargé du cours d'anatomie comparée.

(’) V. les art. Rouillé et Ruth.

FOH

froid et humide, pour se mettre à la recherche d’un jeune homme qui logeait chez lui, et qui n'était pas rentré à son heure accoutumée. Il rentra avec la lièvre; son collègue et ami Raikem l’entoura de soins. Le mal s'aggrava: le 21, arriva de Paris Breschel, « l’homme pour lequel Kohmann professait la plus haute estime , l’homme qui le comprenait le mieux et (pii depuis quinze ans avait fait connaître ses travaux en France ('). Celle visite réjouit le cœur du moribond; mais Breschet dut partir le lendemain pour Bonn, et la maladie lit de rapides et funestes progrès. Le docteur Poncelet fut appelé en consultation ; le 23, le délire commença ; dans la matinée du 23, il perdit l’usage de la vue et de l’ouïe ; à onze heures moins cinq minutes du matin, il expira après avoir donné fi la religion catholique, qu'il professait, tous les gages de sa foi et de sa piété. » Il avait vécu 43 ans. — Nous reproduisons, d'après Ch. Mnrren, la bibliographie de ses ouvrages :

1® Anatumischc Untcrsucliungen iiher die Verbitidung der Saugadcrn mit dm Venen. Heidelberg, 1821, in-8°.

La préface de cet ouvrage est de Tiedemann.

— Recherches anatomiques sur lu communication des vaisseaux lymphatiques avec les veines , précédées d’une préface par M. Tiedemann; trad. de l'allemand par M. Brcsehct. Paris , 1822, in-8°.

Cette traduction e>t insérée dans les Mémoires île la Société medicale d'Emulalion, avril 1822, p. 130.

2'* Dns Saugadcrsyslem der Wirbclihiere. Entes Heft. Dus Sautjadersystem der t'ische, mit XVIII Steindrucktafeln. Heidelberg et Leipzig, 1827, in-folio.

La seconde partie de col ouvrage : bas Saugadersystein der Amphibie», annoncée dans la préface , n'a point paru.

— Sur l'état présent de nos connais-

sances relativement au système lymphatique. Paris, 1827, p. 123-157 du Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales, t. XXVII.

C'est la traduction de la majeure partie de l'introduction do l'ouvrage précédent. Ch. Morren y a relevé les erreurs suivantes, corrigées de la main dcFohinunuduns l'exemplaire déposé ù l'Université de Liège :

P. 130, I. 2. Veine cave, lisez : veine porte.

1*. 135, l. 19. Eu ont agrandi, lisez : n'en ont pas agrandi.

— Sur le mécanisme de l' absorption, d'après la disposition anatomique du système lymphatique des poissons. Paris, 1827, p. 22<i-239 du Journal complémentaire, etc., t. XXYIL

("est la traduction de In dernière partie de l'ouvrage Sur le système absorbant des poissons.

3° Xoticc sur la texture de la cornée transparente (T. VI de la Correspondance mat hématique et physique, do M.

Quetelet, 1831).

lteprod. par M. Quctelct dans les notes de la traduction du Traité, de la lumière, par Hcrschcll, t. II, p. lOt.

•4° Mémoire sur les communications des vaisseaux lymphatiques avec les reines et sur les vaisseaux absorbants du placenta et du cordon ombilical. Liège, Desoer. 1832, in-4°, 32 p., avec une pi. lithogr. et coloriée.

C’est le dernier travail qu'ait publié Folimann dans la plénitude de la santé.

5° Mémoire sur les ruisseaux lymphatiques de, la peau, des membranes muqueuses, séreuses, du tissu nerveux et musculaire. Liège, Desoer, 1853. in-i° (28 p., la table et 10 pi. gravées parL- Jchotie).

0° Considérations sur l'œil de l'homme , relatives à l'ophtlialmie. Liège. Dessain. 1835, 12 p. in-8°.

Ces considérations font suite aux Ht cherches sur les causes, l'histoire et le traitement de t oplahalmic militaire, par 11 . Vandernieer . Liège, bessain, mai 1835, in 8».

( ' ) La (iazette médicale de Taris année 1837i contient une notice de Kaikeni (v. ec nom) sur la maladie de Fohmann, cl le proces-verbal de l'autopsie de son cadavre, par

Haikem, Yollem et M. le docteur Poncelet. Ces documents ont été livrés à la publicité par les soins du professeur lireschet.

FUS

7 ° Note sur VAcrochordm javanicus .

Bruxelles. 1835, in-8°(!te//. </<• l’Acod. royale de Belgique , t. 11. p. 17».

Toutes les pièces anatomiques de ce reptile rare, communiqué à Fohmann par son ami Boit1, sont conservées au cabinet de l’Université de Liège.

8° Sur f organe de la vue chez les animaux et chez l’Iiommc (Ibid ,t. 111,1850, I». 275).

Celte notice fut lue par Fohmann au Congrès scientifique de Licge, le 1er août 18d6.

I. 'aeleur constate la |>résence dupeclen dans l'œil des reptiles.

9“ Rapport sur un mémoire de SI. Van Rcneden, intitulé : Remarques sur le siège du goût dans la carpe (Ibid., t II, p. 105).

10" Rapport sur un mémoire de M.

Desvignes, traitant de l'odorat des poissons (Ibid., t. II. p. 10!)).

11° Rapport sur un mémoire de SI. Ch. Morren, intitulé: Observations osléologiques sur l'appareil cristal des batraciens (11)., I. Il, p. 258/.

12 "Rapport sur un mémoire de M.

Van Beneden : Sur l'Helix aîgira (lb., l.

II, p. 570)

15° Rapport sur un os fossile trouvé à Tuyvenberg (II)., t. III, p. 40).

("était, croyait Fohmann, une vertèbre do cétacé.

14° Rapport sur les mémoires de XI.

Burggraevc (de Candi relatifs aux monstruosités humaines (lb., t. III, p. 240).

15° Rapport sur le mémoire de SI.

I.amboltc, candidat en médecine à l’Université de Liège, sur la question proposée par l'Académie : Déterminer les modifications que subissent les appareils sanguin et respiratoire dans les métamorphoses des batraciens anoures; mémoire qui a obtenu une médaille d’argent (Ibid., t. IV, 1857, p. 180).

Nous avons dit que Fohmann était membre de l’Académie de Bruxelles. Il faisait en outre partie des Sociétés suivantes : Académie royale de médecine de France ; Société

(•? L’exemplaire annoté dans ce but a été déposé h la bibliothèque de l’Université de Liège.

d histoire naturelle de Strasbourg ; Société de médecine de Gand ; Gesclhchaft Jür Salurwissetwchaft, de Heidelberg ; Senkenbergische liai ur forte htntle Getellschaft , de Francfort ; Plnloxaphisch-medicimsche Gtselhchu/i , de Würzbourg.

m«» (Jean-Dominique), né !i Diiren le 2 janvier 1782, mournl à Liège le 51 janvier 18(50. Professeur érudit, philologue éminent, poète latin, un des derniers successeurs des Sarbiovski, des Jean Second, des Hosschius, des Vanière, Fuss mériterait une notice plus étendue que celle-ci. Tous ses travaux, sans être également distingués, portent un cachet d'originalité qui donnerait certainement lieu à des observations intéressantes ; malheureusement à cause de leur caractère spécial , ils ne sont connus que d'un public restreint. Ce publie même a la mémoire courte ; les préoccupations purement littéraires ne sont pas le fait d’une société inquiète. Aussi bien, l’idée dominante de Fuss , l’idée d'exprimer en latin la pensée moderne, semble être venue trois siècles trop tard ; il a fallu tout le talent de celui qui l’a émise pour quelle ne parût point un paradoxe. ün peut galvaniser un cadavre, mais non lui rendre la vie. Les Poêmala lalina de Fuss ont d’ailleurs une haute valeur intrinsèque ; espérons que toi ou tard ils reparaîtront au grand jour. L’auteur en avait préparé avec soin une nouvelle édition ( ‘ ) ; celui qui entreprendrait de la publier rendrait un véritable service à la république des lettres.

Fuss appartenait îi une famille honorable, mais qui éprouva des revers de fortune. Orphelin dès l'âge de douze ans, il fut placé chez, les jésuites de Diiren et lit sous leur direction d’excellentes humanités. Son quatrième lustre révolu, pour nous servir de son expression (*>, ii dit adieu à sa ville natale, plein de confiance dans sa bonne étoile. En 1804, nous le trouvons Würzbourg, fréquentant les cours de

(*) Hic cgit vil» lustra quaierna suæ.

Ifîiren uml seine Vmijebung , p. 8 (v. ci-après la bibliographie’.

FUS

philosophie et d’esthétique de Schelling ; l’année suivante, à Halle, complétant sous Wolff ses études philologiques. C’est vers la même époque ou un peu plus tard qu’il fit la connaissance d’Aug. Guillaume Schlegel ( ' ) , et vraisemblablement c'est à celui-ci qu’il dut d’être mis en rapport avec M”' de Staël, qui commençait alors Outre-Rhin scs pérégrinations d’exilée. Ue discours prononcé sur la tombe de Kuss par M. Th. Lacordaire nous apprend que le jeune érudit eut la bonne fortune de rendre quelques services littéraires a l'auteur du livre de V Allemagne. Mn,e de Staël lui conseilla de se rendre à Paris, où sa protection l'accompagna. Grûce à ce patronage illustre, Fuss ne tarda pas à trouver de l’occupation. Le sénateur comte Rigal lui confia l'éducation de son lils, qui fut admis à l'Ecole polytechnique ; il devint ensuite précepleurchez le banquier Antoine Odier, dont il se fil un ami (*). Une autre liaison qu’il contracta bientôt avec le savant llaseexerça sur son avenir une influence décisive.

Ils publièrent ensemble à Paris, en 1812, d’après un manuscrit du IXe siècle appartenant au comte de Choiseul-Gouflier, l'édition princeps de l’important trailé de Jean Laurentius Lydus sur les magistrats romains , ouvrage longtemps considéré comme perdu, et qui n’est pas l’un des moins précieux de la collection byzantine. Fuss le traduisit en latin , tandis que le profond helléniste se chargea de la révision du texte, de la rédaction d’un commentaire et d’une notice sur la vie et les travaux de l’écrivain du Bas-Empire. La réputation de Jean-Dominique était fondée

( * ) Il a très-souvent entretenu l’auteur de la présente notice de ses relations avec cet homme célèbre.

(*) U resta pendant longues années en correspondance avec la famille Odier, si douloureusement éprouvée plus lard.

(*) l*elronne, dans un article sur des fragments d’autres écrits de Lydus publiés par E. Hase, se plut, entre autres, à reconnaître que fuss était profondément versé dans les deux idiomes. D’autres critiques, en Allemagne et ailleurs, vantèrent sa pure latinité, son jugement impartial , et exprimèrent le

(J); il lui attaché a la Bibliothèque impériale , avec le litre de secrétaire du savant archéologue Millin , alors conservateur du Cabinet des antiques et rédacteur du Magasin encyclopédique.

Fuss fil insérer dans ce recueil, de 1815 h 1815, un assez grand nombre d’articles littéraires (*).

Le 3 mars 1815, le gouvernement prussien lui offrit une chaire de grec (‘j au gymnase de Cologne; il accueillit cette proposition, fut nommé le G avril professeur de littérature ancienne et quitta immédiatement Paris (*). Deux ans plus tard, lorsque le gouvernement des Pays-Bas s’occupa de recruter le personnel enseignant de nos Universités, Fuss, un des premiers, attira l’attention royale. Il fut nommé professeur ordinaire à la Faculté des lettres de Liège, chargé des cours de littérature ancienne et d’antiquités romaines. La lecture de son élégante traduction en vers latins de l’élégie d’Aug.G. Schlegel sur Home servit de péroraison à son discours inaugural (.4mm. Acad. Leod . vol. 1; v. ciaprès). Il coopéra, en 1820-1821, à la fondation de l’Ecole propédeutique(\. les art. Denzinger et Wagemank). Les nombreuses occupations officielles qui absorbèrent Fuss a celle époque entretinrent sa fécondité littéraire, alorsqu’on eill pu le croire tenté de déposer sa plume. Fuss ne sortait de son cabinet, pour ainsi dire, qu’aux heuresdes repas ; il lisait énormément, et toujours la plume h la main : certains volumes de sa bibliothèque, surchargésde notes parfois en plusieurs langues, surtout son Horace, sont restés de véritables curiosités. Avec ces habitudes studieuses et une bonne distribution du temps, on finit

désir de le voir poursuivre ses études philologiques.

{ 4 ) Alph. Le Roy, Notice sur Fuss, dans la Revue de l’instruction publique en France, 1860 (reprod. dans la Revue de Cinst. publique en Belgique, mars 1860, p. 87 1. — U. Capitaine, Nécrol. liégeois pour 1860. — Discours de M. Lacordaire.

( 4 ) C’est par erreur qu’on a imprimé une chaire de latin dans les notices précitées.

(*) U venait de s’y marier; il s’en fallut de peu que la France ne devint sa patrie d’adoption.

FUS

par posséder des trésors d'érudition.

C’est ainsi qnetouten faisant ses cours, en annotant les anciens, en devenant un latiniste et un helléniste de premier ordre, Fuss put rassembler les matériauxdcson traité classique d’ Antiquités nmuiines, écrire une foule de dissertations sur toutes sortes de sujets et composer ses Carmina, dont la première édition parut en 1822. Cette dernière publication faillit lui coûter cher. Fuss avait l’esprit satirique, et l’on sait que les savants, même les plus paisibles, ne brillent pas toujours par la modération du langage, une fois que la pomme de discorde est tombée entre eux. Laissons parler M. Capitaine: « Farmi les pièces insérées dans les Carmina latina de 1822, il s’en trouve trois. Pygolichia, Vu I pu rus et In homines ventosos, qui semblèrent avoir été dirigées contre un honorable professeur de l’Université de Liège, M. \V... ( ' ). Fuss non-seulement fut blâmé d’avoir publié ces vers d'un goût équivoque, mais un critique du Journal de Bruxelles, abrité sous l'initiale H., accusa l’auteur, en termes d'une extrême violence, d’abuser de l'hospitalité que le gouvernement lui accordait. Ce compte rendu éveilla l’attention des autorités supérieures, et peu de jours après, Fuss fut appelé dans le cabinet de M. Falck. alors ministre de l’instruction publique. Le poète, interpellé, protesta de l’innocence de ses intentions : il avait voulu censurer un vice inhérent à l’espèce humaine; mais il n’était point entré dans sa pensée d’en faire l’application à personne. Cette explication ne satislit pas le ministre. Fuss fut placé dans l’alternative de se rétracter on de voir proposer àson égard une mesure de rigueur, il était sur le point de donner sa démission de professeur pour accepter la place de sous-conser-

(4 ) Wagcmann. — La pièce intitulée Pygolichia avait paru d'abord dans 17m d'Oken (lena, 1821, 12e cahier;. Le Vttlpuriu était une critique de la nouvelle loi sur les impôts, défendue par Wagcmann.

(*) Liège, Collardin, 1822, in-8° de 16 pages.

{*) L'auteur du Nécrologe liège oit fait remarquer que les trois pièces censurées ont

vateur de la bibliothèque royale de Bruxelles, qui venait de lui être offerte, lorsque ses collègues, MM. Gall et Destriveaux, parvinrent à faire accepter, comme transaction honorable pour les deux parties, une Réponse au Journal de. Bruxelles (*) , dans laquelle Fuss se défend d’avoir voulu attaquer dans ses vers un membre quelconque de l’enseignement supérieur » (*).

Ces dissentiments s’oublièrent avec le temps : les orages violents n’ont jamais longue durée. Quant à Fuss, il vit de nouveau sa position menacée en 1830, lorsque les professeurs hollandais durent quitter l’Université.

Bien que n’appartenant pas à cette nationalité, il Hgura un instant sur la liste de proscription : il protesta avec une énergie qui étonna tous ceux qui connaissaient son calme habituel ; enfin il fut maintenu, mais tout d’un coup la Faculté dont il faisait partie se trouva supprimée. Fuss prit place dans la Faculté libre (v. l’art. Rouillé), qui fonctionna jusqu'à la réorganisation de !85f>. Au mois de décembre de cette dernière année, le Gouvernement le réinstalla dans sa chaire :

seulement on ne lui laissa que les cours d’antiquités romaines et d’archéologie (celui-ci facultatif). Fuss regretta longtemps ses cours de langues, surtout celui de latin ; il se consola en composant de nouvelles poésies et en élargissant chaque jour le cercle de ses études privées. Il écrivait le latin mieux que toute autre langue; cependant son style allemand n’est pas sans mérite, témoin la traduction en vers de la Lucrèce de Ronsard, qu’il publia en 1844. La même année (18-4-4-1845), il fut nommé recteur. Son dernier acte public est le discours qu’il prononça en déposant les faisceaux académiques :

été reproduites in extenso dans l'édition des Poèmata latina de 1837. L'édition de 1845- 1846 les renferme également; toutefois, dans cette dernière , au litre Pygolichia, l'auteur a substitué celui de Ixtinbenti s prœcepta deœ; il a aussi supprimé les 80 derniers vers, qui avaient été maintenus dans l'édition précédente.

FUS

ii v essaya une nouvelle déiuoüdlrutiou de sa thèse favorite : Que le lutin moderne n'a rien perdu de son importance. En 1847, il reçut la croix de chevalier de l'ordre de Léopold ; l’année suivante , il demanda et obtint son éméritat, dont il jouit pendant onze ans encore. Itetiré de l'enseignement, il ne cessa pas de fréquenter de l'Université : on l’y revoyait presque tous les jours, venant s'informer de la marche des études, s’intéressant aux jeunes professeurs, encourageant leurs travaux, se tenant au courant des publications nouvelles. Dans les derniers temps de sa vie, il lut beaucoup le Dante, et l'impression finale que lui laissa la divine Comédie donna lieu à un réquisitoire (') en vers latins, dirigé contre les admirateurs outrés du grand poète. 11 traduisit cependant lui-même en hexamètres les épisodes de Françoise de Itimini cl du Comte Lgolin. Fuss était loin de vouloir rabaisser la taille du colosse; mais son propre esprit était coulé dans le moule de l’antiquité classique et n'en pouvait plus sortir.

D'autre part, c’est au point de vue du fond qu’il se prit surtout ît combattre l’enthousiasme des écrivains modernes pour le Dante, surtout de ceux qui se servaient de ce prétexte, ù ce qui lui semblait, pour remettre en honneur la scolastique et nous ramener au catholicisme du moyen âge. Insensiblement celle dernière préoccupation devint dominante chez Fuss : il s'était toujours vivement intéressé aux questions théologiques ; le Dante le ramena aux livres bibliques, dont il se remit à faire une étude assidue dans le texte hébreu. Il exprima ses doutes en vers latins, suivant sa coutume:

Quiilqnjii U-ulalmt *< ribere, vcr»n* erol.

Il mourut peu de temps après, dans toute la vigueur de ses facultés, sans avoir pu trouver le dernier mot des icdoutables problèmes auxquels il son-

( 1 ) Expression employée dans le Rapport de 81. de Itam a l'Académie. V. aussi les Happons de MM. ttormans et t'h. Lesltroussarl (llulletin, l. XX, n° 3). — (Voir, dans le Moniteur de lenseiijnement du 10 juin 1853,

gcail sans cesse, mais la conscience tranquille, parce qu'il avait cherché la vérité sincèrement et honnêtement. Fuss éiait aussi tolérant envers les autres que sévère pour lui-même ; il estimait lottles les convictions loyales et il n'avait, quant à lui, rien tant à coeur que. de s’éclairer. Il y avait en lui de la candeur et de la finesse tout ensemble, le sens de l'art, la religion du beau, du juste et du vrai, pas l'ombre de pédantisme ni de prétentions, mais une ténacité extrême une fois qu'il s'était attaché à une idée ou engagé dans une controverse. Il était très-versé dans la plupart des littératures de l'Europe, cequi rendait sa conversation instructive et souvent pittoresque. En dépit de l’incident rapporté plus haut, s'il puisa quelquefois des armes dans le carquois d'Archi loque, il y avait en lui un fonds de bonté véritable; mais il fallait le voir dans l'intimité pour l'apprécier. Pour achever de le faire connaître, c'est à ses œuvres que nous devons nous adresser (*). Il a publié :

1° Jomviis Laurentii Lydi Vhiladelpheni de magistratibus reipublicœ Romanœ libri très, mine primum in lucem editi et versione, notis indicibusquc aucti à J.-D F ii ss. Præfatus est C.-B. Ilase , codd. grar. et lut. in BibliothecA Impérial! Parisiens i subcouservatore custos.

Paris, Ebcrhart, 1812, in-8°del. XXXVI et 316 p.

2" Roma, elegia A. -G. Sclilegel, lalinitate donata notisque illustraiaà J.-D.

Fuss. Adjectus est testas g -rmanicus.

Cologne, lloramerskirehen, 1817, in-K

Ce morceau a été reproduit, comme nous l’avons dit, dans les Annales académiques (vol. 1;, et séparément, in-4°. On le retrouve dans les Poêinala latina, précédé de quatre vers grecs.

3° Prœleclionibus in fac.. philos, et tilt. Ii a ma a . per hune annum habendis exhorlatione ad ejus alumnos prœlusit J.-D. Fuss. Accessit versio latina car-

p. 273-280, nos observations sur le poème de Fuss et sur les vives attaques dont il fut l'objet dans lu presse bruxelloise).

(*) Nous reproduisons en général la liste dressée par M. U. Capitaine.

FUS

minis elegiaci sermonc germanico composai al> Auij. Guil. Schlegel. Liège, Collardin, 1820, in-8°.

Démonstration de l'utilité de l'étude des langues anciennes. Le poème de Schlegel sur l’art grec termine la brochure.

4° J.-D. Fuss ntl G. -II. Hase e/mtoia, in (/tut Joannis Laurentii l.ydi de magistrat Unis reipublicœ Itomanœ t ex tus et versiu cmendunlur , locidifficiliorcs illustrantur. Liège, Collardin, 1820, in-8°.

5“ Ambulatio, elegia Fred. Schiller , cgcrmauicù in latinam linguamlranslata à J.-D. Fttss. Accessit de Schilleri poesi ode. Cologne, Dumont-Schauberg, 1 820( in-8“. — Dédicace aux mènes de Schiller

Réimprimé dans les Poèmaia latina.

0" Antiguilates Itomanœ compendia leclionitm suarum in usina enarratœ à J. D. Fuss. Liège , Collardin, 1820, in-8° de XX et 282 p. — 2° édition, corrigée et considérablement augmentée.

Ibid., 1820, in-8° de XXII et 5(55 p.— ôr édition, egalement revue et corrigée. Ihid., 185(5, in-8u de XV et 521 p.

Ouvrage important, plein de renseignements et bien coordonné, rédigé dans la forme ordinaire des manuels allemands, au courant de la science si l'on se reporte à l'époque où il parut. Les grands travaux accomplis depuis, dans le domaine des antiquités romaines, lui ont ôté une grande partie de sa valeur; cependant on peut encore le consulter avec fruit. Il a été classique dans plusieurs Universités, en Allemagne comme en Belgique, et pendant plusieurs années à Oxford et à Cambridge. L'édition de 1830 a été traduite en anglais par A. W. Street sous ce titre: Uoinan antii/unies, tnj J.-l). Fuss, professor ni (lie Univcrsity oj Ueye. Traits tulc.it front lliclast édition. Oxford, Talboys, 1841), in-8° de XIV cl 008 p.

7" J D. Fuss carmina latina , udditis ê germanico versis, in <iuibus Honni et Ars Grœcorum .1. H'. Schlegel et Ambulatio Freil. Schiller, elegiœ, denuo cnu’iidtiliores vulgatœ. In catteris Schilleri Gainpana, Goethei Alexis et Dora. Prœcedit de lingiiœ Intime cim universo ad sciihcndiim dissertatio. Cologne, Dumont- Schauberg, 1822, in-8° de CIV et 17(5 p., el deux feuillets d errata, manquant à la plupart des exemplaires. — Dédicace à Kinker (v. ce nom).

Page 1