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«ilNtn (Hippolytb) naquit à Laijile (Orne) en 1802. et mourut en mai 1801 à Ismaïlia, aumônier des ouvriers du canal de Suez. Il ne fil qu'une courte apparition en Belgique ; mais il y souleva un orage universitaire, et le récit de cet épisode ne serait pas suffisamment clair si nous ne faisions connaître tout entier celui qui en fut le héros. Gibon avait fait de bonnes études au Lycée Napoléon, qui devint sous la restauration le College royal de Henri IV.
il appartenait à une famille honorable; mais la fortune était loin de lui sourire: il se lit maitre d’études. Ayant de son autorité privée changé le hut assigné à une promenade, il conduisit les enfants à la Glacière, où il arriva un accident Gibon dut donner sa démission ; réduit ù une grande pénurie, il alla vivre dans une mansarde et semit à travailler courageusement; enfin il fut reçu agrégé des lettres, à l'un des premiers concours établis en 1821. Il utilisa ce titre, jusqu'à la révolution de 1850, en enseignant la grammaire et les humanités dans différents Collèges royaux de Paris. Ce fut à contre-coeur: l’idéal de ses rêves était une chaire de philosophie.
Ses premières études l'avaient détourné pendant qnehpie temps des idées religieuses; mais il se lia d’amitié avec ses condisciples MM. de Salinis et de Scorbiac, qui lui tirent connaître Lamennais ; celui-ci non seulement le lit rentrer dans le giron de l’Eglise, mais lui inspira d'ardentes convictions traditionalistes. Elles se manifestèrent nettement dans la thèse qu’il rédigea pour l'agré-
!*.) Il n'y avait pas alors d’agrégation spéciale de philosophie ; Gihon eut simplement à subir une épreuve supplémentaire.
(*) Gibon conserva toujours de l'attachement, non seulement pour les anciennes doctrines, mais aussi pour la personne de Lamennais. Lorsque l'auteur des Paroles d'un croyant se fut séparé de Home, il lui adressa un écrit où il le suppliait de revenir à d'autres idées. Nous n'avons pu mettre la main sur celle brochure.
(* Quoi qu'on ait dit du despotisme de M. Cousin, il est incontestable qu'en cette circonstance il se montra libéral. La déclaration suivante de Gibon mérite d'être recueillie : « Je ne puis pas dire que je n'ai pas
galion en philosophie ('): il n’aurait pu mieux s’y prendre pour indisposer ses juges. L'abbé Nicole exerçait alors dans l’Université le même despotisme scientifique qu’on a reproché plus tard à Victor Cousin : l'enseignement philosophique fut interdit à Gibon (*).
Un instant le disciple de Lamennais eut l'idée d'entrer au séminaire ; mais il renonça brusquement à ce projet et se maria en J82t>. La révolution éclata : Cousin devint grand-maître de l'Université. annonça l'intention de réparer les injustices du règne précédent, et fit nommer Gibon professeur de philosophie au collège Stanislas (*). L’enseignement du débutant jeta de l’éclat :
trois fois de suite sa classe remporta le prix d’honneur du concours général.
Insensiblement, Gibon subit l'influence de l’éclectisme; cependant ses convictions religieuses ne firent que se renforcer, et il est constant qu’il mêlait parfois des apologies du catholicisme à ses explications philosophiques. Ges hors-d’œuvre pouvaient paraître naturels dans un établissement placé sous la main du clergé; mais quand le gouvernement belge eut appelé Gibon (ôi décembre 1 8r>5) :V l’Université de Liège, en qualité de professeur ordinaire de philosophie, les journaux libéraux de toute la Belgique éclatèrent en protestations et ne trouvèrent pas d'expressions assez vives pour blâmer le ministre d’avoir introduit dans l'enseignement de l'Etat un des plus fougueux ttpôlres de In propagande catholique.
Peu au courant de l’état des esprits
» profité1 de la révolution de juillet. Ecarté, » pendant les sept années qui l'ont précédée, » de I enseignement philosophique, auquel » me donnait droit, dès l’année 1823, mon » ad i ission au concours de l'agrégation » pour les classes de philosophie et lettres, » ce fut en 1830 seulement que je dus à M. » Cousin d'être appelé à la chaire de philo- » sophie du Collège Stanislas. Je ne tairai » point une circonstance qui ajoute aux son- » liments de reconnaissance dont je suis ro- » devablc à M. Cousin : c’est qu'il me fit » nommer sur la lecture do quelques articles » do journaux «pie j'avais éerils contre lui. » (Fragments philosophiques, préface, p.
XXVIII, note 2).
dans notre pays, Gibon manqua en outre de cette prudence que lui rendaient (Inutilement indispensable et sa qualité d’étranger et les préventions qui pesaient sur lui. Il monta en chaire le 7 janvier I8">1» et prit pour sujet de son discours d'ouverture la liberté de renseignenu'nl. « Elle vient de recevoir » ici, dit-il, une éclatante réalisation. » Trois ans à peine écoulés, et déjà, » fort du droit commun, jaloux d’ail- » leurs d’assurer contre les nouvelles » tentatives du despotisme cette natio- » lité belge en partie son ouvrage , le » catholicisme avait ouvert, à côté de » l'antique métropole ('), à la sagesse » mondaine une école où l'on a vu se » renouveler enlin l'alliance si dési- » rallie de la science et de la religion. » Puis, pour montrer à tous de quelle » généreuse émulation elle est saisie » dans les voies où elle vient d’entrer, » c’est dans les murs mêmes de celle » cité d'universitaires souvenirs , où » pèsent désormais sur elle deux siè- » clés de la plus haute illustration » scientifique et littéraire , que celle » école catholique est venue relier ses » efforts aux puissantes traditions du » passé le plus glorieux. D'autre part, n et au sein même de la capitale, une » autre religion conviait eu même temps » la jeunesse aux libres enseignements » de la science : religion de l’avenir ! » ainsi l’a dit du moins l'enthousiasme » de ses adeptes; foi vive dans le pro- » grès incessant de l'humanité, tout en » ignorant les conditions de ce progrès; » répudiation audacieuse du passé com- » me faisant entièrement faute aux bc- » soins du présent; compromettant le » plus souvent les succès légitimes par » l'indiscrétion de ses aveux et la té- » mérité de ses espérances; ayant » droit toutefois, dans ses vagues aspi- » rations vers la liberté et vers une » plus grande diffusion du bien-être » social, aux sympathies de tous les » cœurs honnêtes, j'oserais dire à celles » du pouvoir, lors même que celui-ci » se voit dans la nécessité de combattre » les intolérables prétentions de ce ra-
(' ) On sait que l'Université catholique fut
» diealisme impatient, et ses conseils « précipités... »i Puis enlin, ajoutait-il, commence l'action gouvernementale , venue la dernière au milieu de l’ardeur empressée des partis. « l.e pouvoir « s'emparera de l’action qui lui est dé- » vuluc dans 1 organisation des Lniver- » sites de l’Klal. au degré précis où » cette action lui appartient, et où elle n est compatible avec la liberté de » l’enseignement. Dans ces écoles en- » core, il sera donné à la jeunesse de » venir puiser la science aux sources » les plus abondantes et les plus éle- » vées, non pas précisément la science » se mettant au service de la religion, » non pas davantage la science exploi- » lée au prolil de l'esprit novateur, » mais la science amie de la religion et n de la liberté. el tout à la fois indépeu- » danlc de l'une et de l'autre, la science » bâillement impartiale et tolérante; en » un mol, la science pour la science..» L’orateur était, sans doute, de bonne foi, et la critique n’aurait guère eu prise sur lui s'il sciait contenté de caractériser le rôle de l’Etat dans l'enseignement, en présence des Universités libres. Mais il avait clé plus loin, beaucoup trop loin, en se faisant directement, e.r cathedra , l’apologiste de l’Université de Louvain el le détracteur de sa rivale de Bruxelles. Il compromellait ainsi le gouvernement lui-mème, (pii semblait ne l’avoir appelé que pour gagner la jeunesse à la majorité dominante , et les mots d’indépendance scientifique et de tolérance, dans sa bouche, avaient l’air de dissimuler un piège el de justifier un appel aux passions haineuses. L’auditoire était stupélié : on avait peur de comprendre.
Gibon poussa jusqu'au buul la maladresse. « Il ne faut pas que vous igno- » riez, dit-il encore, qu'il est plus fa- » cile de conquérir la liberté (|ue de la » défendre. I.a liberté, au moment où » nous croyons la posséder , devient » tout-à-coup notre plus grande cnne- » mie ; il faut la vaincre elle-même » après l’avoir comprise , ou plutôt » il faut vaincre tous ces faux alliés
d’abord installée à Matines.