GIB
» qu’elle Haine toujours à sa suite, » l'esprit de licence et d’anarchie, le » zèle hypocrite pour la multitude facile » à égarer, le fol enivrement qui nous » jette tout haletants ü la suite d’une » perfectibilité chimérique ; l'impa- » liencedans le présent, la précipita- » lion dans l’avenir, la haine et le dé- » goût de toute autorité, les jalousies, » les discordes intestines... tels sont » les nouveaux ennemis qu’il nous faut » alors combattre, plusdangcreux cent » fois que l’ennemi intérieur, que tous » les tyrans conjurés... et la liberté se » met pour nous au prix de la vic- » toire sur cette soldatesque merce- » naire, dont elle a bien pu se servir » pour hâter son triomphe, mais avec » laquelle elle ne saurait jamais ré- » gner. » Dansson mémoire justificatif, Gibon nous apprend que son allocution fut vivement et unanimement applaudie.
I.efait est qu’on n’avait pas eu le temps de se reconnaître, et que la publication de ses paroles mil au contraire le feu aux poudres. I .'Eclaireur de ISamur traduisit comme suit le dernier passage cité : o Ce sont les vauriens qui font les » révolutions, ['ne fois les révolutions » faites, les honnêtes gens doivent, dans » l'intérêt de la liberté , se débarrasser » de cette canaille , et prendre les rênes » des affaires. — Si bien queül. Gibon » va toute à l’heure nous démontrer » par A plus B que les gens de sep- » tembre n’ont travaillé, en 1830, que » pour mettre M Gibon en attitude de » les insulter «lu haut de sa chaire. » Le Libéral fit chorus : toute la presse s’émut : ce propagandiste fanatique, s’écriait-on, appelle sur la Belgique des lois d'intimidation. Quelques journaux catholiques ou mixtes, sans prendre fait et cause pour Gibon. hasardèrent des conseils à la jeunesse liégeoise : il était trop tard. Quand Gibon se présenta, le 12 janvier, pour donner sa première leçon, il fut accueilli par une bordée de sifflets. Le Bccleur l’avait
( • ) L Espoir, de Liège, continua jusqu’au bout ses attaques avec une extrême violence.
(M Et à lui personnellement, si l’on considère que le discours d’ouverture de Gibou
fait venir une heure auparavant pour lui communiquer ses craintes ; mais il voulut affronter le péril. Beaucoup < de personnes étrangères à l’Université étaient présentes; la leçon s’acheva, mais au milieu du tumulte, des trépignements, des applaudissements et des huées. Les journaux rendirent compte des faits, chacun à son point de vue ; mais la plupart, cette fois, avec une modération relative (’). Cependant il n’y avait plus à se faire illusion : les personnes les plus prudentes et les mieux informées engagèrent Gibon â ne point paraître en chaire le M ; il se vit mis en demeure, ou de donner immédiatement sa démission, ou «l’attendre un revirement de l'opinion publique. Il prit le parti d’adresser à V Union de Bruxelles une lettre explicative, où il annonça l’intention «le publier s«-s premières leçons, afin que chacun sût positivement à quoi s’en tenir. Celte lettre était vive; on y répondit vivement; il répliqua; la guerre de plume devint de plus en plus acerbe et la mêlée fut bient«‘>t générale. Le professeur Baron «v. ce nom> releva «lans l’ Observateur le gant jeté à l’Université libre de Bruxelles (*) ; son adversaire répondit dans l'Uniou. Toute «'elle polémi«|ue a été résumée par Gibon luimème dans ses Fragments philosophiques; les curieux y verront comment l’abime se creusait alors de plus en plus profondément entre les partis. Gibon dut finalement songer î« regagner la France : on ne reconquiert pas le terrain ainsi perdu. C’était certainement un homme «le mérite; mais il ne savait pas garder la mesure. Son enthousiasme inconsidéré n’était comparable qu’fi la ténacité «le ses résolutions, qu’il arrêtait parfois trop légèrement. Sesamis eurent toute la peine du monde ù le décider î« quitter Liège: il craignait d’être accusé «le faiblesse. Son grand tort fut «le ne jamais savoir tenir compte «les ciivonstances. Quant à sa tolérance pratique,
était précisément ta contre-partie de la thèse soutenue publiquement et solennellement par itaron, lors de l'inauguration de l' Université de Bruxelles.