‹ L'université de Liége depuis sa fondationChapitre 67 sur 351 · GIB · texte numérisé non relu

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on peut la croire sincère, sinon complètement désintéressée ('). Il se fourvoya en Belgique, parce qu’il ne s’inquiéta pas d’étudier avant tout le pays, et qu’il ne prit pas le temps de préparer son discours d’ouverture (‘). Avec un l>eu de circonspection, il aurait pu réussir, comme son élève M. Huet réussit à Gand pendant quelques années. Son spiritualisme relevait de Descartes, et ses fortes convictions religieuses se conciliaient parfaitement, à ses yeux, avec la saine liberté, sinon avec les témérités aventureuses delà pensée. Peutêtre eut-il toujours trop de conüanccen lui-même : il écoutait peu les conseils, et se croyait guidé par la raison quand il n’était que le jouet de sou imagination. De là toute une série de déceptions et de déboires. Bu quittant Liège, il rentra au Collège Stanislas, où il fut quelque temps directeur des études ; ensuite il fonda un internat, qui ne prospéra que quand il l’eut transporté du quartier Saint-Jacques sur l’autre rive de la Seine. Il avait beaucoup de pensionnaires de familles riches; mais il fut un administrateur malheureux. Il formait chaque jour de nouveaux projets d’amélioration matérielle, qui l’entrainnieut dans des dépenses exagérées ; il rêvait sans cesse de nouveaux types de maison-modèle, qu’il réalisait à grands frais et dont il se dégoûtait ensuite. Bref, il avait fait des dettes dans la rue Saint-Jacques, et dans la rue Blanche il eu lit de nouvelles. Il perdit sa femme au moment où son pensionnat tombait ; heureusement l’éducation de ses enfants fut assurée. Il partit pour la Pologne, ouvrit des cours de littérature à Varsovie et s’y créa un revenu de 10,000 francs- Mais le climat

! ' ) On lit dans la préface des Fragments , p. XXV. « Un candidat au doctoral en philosophie doit pouvoir être admis à ce grade sur une thèse ma'érialisle... Nous dirons, do même, sur une thèse hégélienne, iMincnnais tenue, et sur toute autre thèse paradoxale possible, si, dans la composition et la défense de sa thèse, il fait preuve de connaissances, du capacité et de talent. » Voir aussi la note placée à la fin du volume).

<*) Il le rédigea tout entier dans la nuit du 6 au 7 janvier ; il ne put consulter personne. Ci bon était doué, par parenthèse,

du nord ne convenait pas à sa santé; rassuré sur le sort de sa famille et de plus en plus dominé par ses idées religieuses, il se rendit à Home et se lit ordonner prêtre. « Je présente le rare exemple, disait-il à un ami, d’un homme qui a revu les sept sacrements de l’Eglise (*). » Il obtint une position à Saint- Louis des Français; mais habitué à professer, et par conséquent à commander, la soumission à une règle fixe, à un supérieur, ne lui allait pas ('). Il avait besoin d’air, de mouvement extérieur. il revint en France et obtint, grâce à M. de Lesseps, son ancien condisciple, le titre d’aumônier des ouvriers du canal de Suez; M. le marquis de Haigeeourt, un de ses anciens amis, l’accompagna jusqu'à Alexandrie et le revit deux fois au désert, « déjà au courant de tout ce qui se passait, connaissant tous les employés, occupé surtout de la construction d'un hôpital et d’une église qu'on lui avait promis à Ismaïlia, content et heureux du bien qu'il espérait faire et comptant sur le concours deson fils, son doyen dans l'apostolat (*) » Il habita l'Isthme pendant deux ans et demi, prodiguant à la colonie européenne les consolations ou les encouragements. « Vivant de la vie des travai Ileurs, longtemps sous la tente comme eux, il avait su, non pas seulement faire respecter son caractère sacré, mais encore se faire aimer tic tous par sa bienveillance, par son indulgence, par l'aménité de ses relations (*). » Il mourut regretté de tous, mais loin deson pays, loin des siens, qui n'eurent pas la consolation de lui fermer les yeux. Gibon ne fut jamais le favori du sort : ses défauts lui furent très-funestes et ses qua-

d’une prodigieuse facilité do travail.

( 3 / Il avait fait une grande maladie a Varsovie.

*) Lettre de M. le mnrquisde Haigeeourt insérée dans le journal I ‘Isthme de Suez, n° du 15 juin 1804.

{*) Son fils, retenu en France par d’autres engagements, n’a pu le rejoindre. Le I*. Gibon, prêtre de l'Oratoire, est aujourd'hui préfet des études du Collège do Juilly iSeine-et-Marne).

(*! L 'Isthme de Suez (Art. de M. Ernest Dcsplaccs).

lités lui servirent peu. Il est permis de dire , tout en rendant justice à ces dernières, qu'il n’eut jamais de plus grand ennemi que lui-même. Son enthousiasme irréfléchi lui lit du tort à Paris comme à Liège: en 1848, croyant la France mûre pourla liberté, il tomba dans une exaltation qui effraya sa clientèle du faubourg Saint-Germain : ce fut une des causes de la ruine de son institution. Il revint plus lard à des idées plus pratiques; il disait souvent: « Si nous étions sages comme les Belges, nous ferions de bien grandes choses. »

Mais il ne fut en aucun temps clairvoyant quand il fallait l'être: ainsi s’explique sa vie aventureuse.

A Borne, il se plaignait vivement de la perte de manuscrits qui lui avaient été saisis par la doifnne de Varsovie, et sur lesquels il n’avait pu remettre la main. Les manuscrits contenaient toutes ses leçons de philosophie, coordonnées en ouvrage complet. Son ami M. de Raigecourl parvint à lui inspirer l'idce de se remettre courageusement à l’œuvre.

« C’est it cette circonstance, dit M. de » Baigocourt, que je reconnus plus que » jamais l'aimable simplicité, la candeur >* presque enfantine de cet excellent » esprit. Chaque soir il me lisait le » travail du jour; j'avais lieu d'adini- » rer des pages d’une éloquence véri- » table, mais quelquefois aussi de con- » tredire des idées (pii me paraissaient » fausses ou exagérées. Il prenait feu » avec, sa vivacité ordinaire, se défen- » dait avec, d’autant plus d'acharne- » ment que sa cause était plus mau- » vaise, et le lendemain je retrouvais » le travail de la veille complètement » recommencé dans le sens que je lui » avais indiqué. » Après bien des hésitations, Gibon s'était arrêté à la forme épistolaire et au titre de Lettre» d'un clérical à un philosophe. Le philosophe auquel il destinait la dédicace de son livre était son ancien et illustre condisciple, M. Saint-Marc Girardin. Malheureusement Gibon abandonna son œuvre quand il n’eut plus auprès de lui un auditeur dévoué, et l'on n’a trouvé

(•) Fragment* philosophique», p. 2M.

Nous eussions eu l>enucoi)>de peine

dans ses papiers que l’ébauche informe d’un plan de philosophie religieuse.

Les Fragments philosophiques sont en résumé le seul écrit un peu considérable qu'il ait publié. Outre les pièces justilicalives de l’exposé des faits relatifs à l'épisode de Liège et aux dissertations sur l'enseignement de la philosophie dans les Universités de l’Etal en Belgique, on y remarque un mémoire assez étendu sur la logique. Il y fait profession d'éclectisme, en dépit des objections de Lerminier et de Henri Heine, « qu’il se propose d’examiner à fond, dit-il, dans un prochain volume. » Il y fait l'histoire de ses propres idées; il raconte comment Lamennais le guérit du condillacisme.el comment il en vint finalement à se guérir de l’esprit de système. « Travailler à la science avec » tous et pour tous, dit-il ; prendre l’es- » prit humain où il en est dans les in- » vesligations scientifiques, et avec ses » ressources concertées , c’est-à-dire » avec la puissance des méthodes , » marcher à de nouvelles conquêtes ; » voilà l’éclectisme comme je l'en- » tends » ç ‘ ). Quant au plan de son cours, il nous annonce qu'à son avis l'enseignement de la philosophie doit commencer par quelques règles générales deméthode, et appuyer ensuite la logique sur la psychologie. Il n'admet que sous toute réserve la logique transcendante de Cousin ; il fait une part à Aristote, mais aussi une part à Bacon ; son idéal est une logique qùi serait aux sciences ce que la critique est à la littérature et aux arts ; avant tout il iaut discipliner l'esprit, et ne pas oublier que la Méthode de Üescartes n'a pas préservé son immortel auteur lui-même de la théorie des tourbillons.

Gibon cite volontiers les Principes de logique du baron de Reiffenberg (v. ce nom) : cet auteur, dit-il, est sur la voie de toutes les réformes désirables dans celte partie de la science ; il ne lui a manqué que de secouer un peu plus vigoureusement la forme scolastique, qui a évidemment gêné son libre développement (*).

à recueillir les éléments de celte notice, sans l'extrême obligeance d'un ancien élève de

(EHMAM1EI.-Vir.T0R) , lit1 à Liège le 25 juillet 1805, y mourut le 28 février 1844. Sa vocation professorale se révéla de bonne heure : avant même d’avoir conquis, summâ cum laude, son diplôme de docteur en droit de l'Université de Liège, il servait de guide à ses condisciples. Une question était-elle restée obscure dans la leçon, la sagacité de Godet s’y appliquait et mettait, lin aux incertitudes. Plus d'un de ses camarades lui fut redevable de ses succès. Godet n’était pas seulement un bon élève; il étudiait pour la science et pensait par lui-même. « Liégeois » de cœur et de naissance, dit son bio- » graphe, il s’était livré avec ardeur à » l'étude des institutions de l'ancien » pays de Liège. Il avait été frappé du » caractère d'originalité dont le droit » de ce pays est profondément em- » preinl; il avait comparé, avec soin, » plusieurs manuscrits de notre vieux » PawUhar , alin de rétablir les vérita- » blés bases de ce monument de la sali gesse de nos ancêtres, et d’en donner » un jour une édition critique. » Les circonstances le forcèrent de retarder l’exécution de son plan; cependant, il tira parti de ses recherches pour faire choix d’un sujet de dissertation inaugurale.

L’histoire de l’ancien droit liégeois ne pouvait être étudiée isolément avec fruit Godet s’attacha donc tout d’abord aux antiquités juridiques de la Gaule et des provinces belges, dont la connaissance devait lui servir à expliquer certaines parties de la législation qu’il voulait étudier. Sa dissertation, publiée au commencement de 1850, est le résumé succinct, mais très-complet pour cette époque, de ces premiers travaux.

Kilo est intitulée : Essai sur l'histoire externe du droit, dans la Gaule et dans la Belgique , sous la période franque et la période féodale. Godet avait obtenu

t’Universilédc Liège, M. Arsène Deschamps, docteur en philosophie et lettres, momentanément à Paris pour ses études. M. Deschamps a bien voulu s’adresser pour nous à M.

Alexandre Gtbon, oncle «lu professeur «le Liège, et au P. G (bon (de l’Oratoire], cité plus haut. L’un et l’autre ont mis le plus gracieux empressement à nous renseigner;

l’autorisation «le l’écrire en français, ce qui devait avoir pour effet de la rendre accessible à la masse du public.

La presse s’en occupa effectivement et ne trouva que des éloges pour le jeune auteur. Mais ces encouragements n’eurent pas le pouvoir de conjurer la fortune. Dans la carrière de l’avocat, les années d'attente sont parfois longues et pénibles. Peut-être aussi les luttes du barreau convenaient-elles médiocrement au caractère doux, réservé et studieux de Godet. Bref, il accepta une chaire de droit commercial à l'Ecole spéciale de commerce que M. Charlier venait de fonder à Liège, excellent établissement dont le directeur sut toujours s'entourer d’hommes d’élite. Il fallut dire adieu aux études historiques, non pour toujours sans doute : mais cc fut un sacrifice. Cependant les élèves se louèrent si hautement de leur nouveau maître , que le Gouvernement prit des informations sur son compte. Godet parut bientôt sur un théâtre plus élevé ; en 1855. il fut attaché comme agrégé â l’Université de Liège, pour y interpréter le Code de commerce. Il s’agissait de créer un cours pour ainsi dire sans précédent en Belgique (*); de plus, il s'agissait de le faire avec assez de distinction pour retenir les auditeurs par le seul attrait de la science : les leçons de droit commercial n ‘étaient pas obligatoires. Godet réussit au-delà de toute espérance : non seulement les étudiants se pressèrent autour de sa chaire, mais des personnes étrangères à l'Université voulurent profiter de son enseignement. — Godet n’était pas seulement un bon professeur : il élait né écrivain. Ses principales publications se rapportent à l’époque de sa vie où nous sommes patvenus. Au commencement de 1855, il s'était formé à l.iége une Association

M. Deschamps, de son côté, s’est donné la peine de transcrire à notre usage quelques documents intéressants , entre autres la lettre de M. de Raigecourt. Nous prions ces MM. de ne pas voir une indiscrétion dans le témoignage public de notre vive reconnaissance.

(*) V. l’art. Fr. KuPFFERsciU.AECER.

nationale pour /' encouragement et le développement de la littérature en Belgique.

Accueillie avec faveur dans tout le pays, elle fonda la lleviic belge, avec le concours de presque tous les publicistes de nos neuf provinces (Y. l’art. Poi.ain). Non seulement Godet ne resta pas en arrière, mais il fut l'un des membres les plus actif du Comité de rédaction, et il y exerça une influence féconde. Le mérite de ses propres articles donne une idée de ce qu’on pouvait attendre de lui, s’il eût vécu, ou si seulement il eût été moins réservé, moins ennemi du bruit. On remarqua notamment un Aperçu sur les éléments d'une, histoire du commerce , magnifique programme (pii ne lui fut pas donné d’exécuter, pas plus qu'il ne put reprendre les éludes chéries de sa jeunesse. Dans une autre étude,. Sur la théorie du fermage en lui-méme et dans ses rapports avec les profits des capitaux. Godet exposa, de la manière la plus claire et la plus précise, les grands principes de l 'économie politique sur la distribution des richesses sociales; il examina, en s’appuyant sur les recherches des Anglais, si les causes du paupérisme sont purement accidentelles, ou si elles tiennent à l’essence même de la société. Kn I sr»7, dans un article qui fut aussi publié à part, il se préoccupa des abus de l'association , caractérisa nettement les différentes espèces de sociétés, et démontra que la voie où l’on s'engageait alors aveuglément devait conduire fatalement au développement de l’esprit d'agiotage et à la ruine de la plupart des bailleurs de fonds. Nous si; microns encore une dissertation Sur la propriété littéraire cl la contrefaçon, œuvre sage et sérieuse, réponse aux déclamations passionnées de quelques écrivains français, et un article Sur le régime des prisons en Belgique, où l’auteur conteste la légalité de certaines mesures récemment prises par simple arrêté royal.

Godet publia encore, en 1838 (à Bruxelles), une nouvelle édition annotée des fustilutes de droit commercial de Delvincoiti t, ouvrage qui avait besoin d'être remis au courant des progrès de la science. Toutes ses productions sont remarquables au triple point de vue du style, (le la logique et de l’élévation des

idées. Il semble que Godet, malheureusement, ne fut jamais libre de pénétrer aussi loin qu'il l’aurait voulu dans les divers domaines où son activité s’exerça: à chaque pas qu'il lit en avant, il lui fallut donm r à son esprit une direction nouvelle. Nommé professeur extraordinaire le \ septembre 183!), il fut chargé de l'enseignement du droit civil élémentaire, concuremment avec le droit commercial. Il dut résigner ses fonctions à l’Ecole de commerce et se consacrer entièrement à l'accomplissement de sa nouvelle lâche. Il y apporta ses éminentes qualités; il sut vivifier par sa parole toujours nette, précise et élégante, par l’intérêt qu'il savait attacher à tout ce qu'i! disait, un enseignement quelque peu aride de sa nature. Sa dignité naturelle, la pureté de sa vie, sa douceur et son obligeance jamais lassée le firent respecter et chérir; elles laissèrent d'amers regrets à ses élèves, lorsqu'ils apprirent la fatale nouvelle de sa mort presque subite. Il s'était plaint d'un mal de gorge qui n’avait inspiré aucune inquiétude : deux jours plus tard, il se sentit assez bien pour préparer sa leçon du lendemain ; ce lendemain , il ne le vit pas. Il n’avait pas 35) ans ! — Godet se rendit utile autant qu’il en trouva l’occasion, même en dehors de l’Université. Il lut pendant plusieurs années secrétaire du Collège des régents des prisons et membre du Conseil d'administration de la Société d'encouragement pour l'instruction élémentaire dans la province de Liège. — M. Nypels a publié dans la Bevue de l.iége (et aussi à part: Liège, Oudart, 18ti, in-8") une intéressante biographie de Godet ; la piésente notice n’en est pour ainsi dire (pie le résumé.

Kt>ii«-i- (Jean), né à Nleilust sous Nicuw-Amstel , près d’Amsterdam , le V janvier ITGi , mourut en celte dernière ville le IG septembre 1813. G'était un vrai Hollandais de la vieille roche, c’est-à-dire un des caractères les plus indépendants qu'il se puisse rencontrer, toujours prêt à répéter avec Cicéron :

ratio plus apud me valet qnùm opiuio multiludinis. Il y avait en lui de l'K-

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rasme cl surtout du Voltaire ; il ne s'inféodait à rien ni à personne , pensait à sa guise , aimait l'humanité en cosmopolite et, au nom même de sa philanthropie, partageait les haines vigoureuses du penseur de Ferney. Parfois enthousiaste , plus souvent sceptique , toujours logicien implacable , esprit encyclopédique et curieux de toutes choses, il forçait chacun de compter avec lui , et ses flèches de Parthe n 'étaient pas moins redoutables que les coups de lance de son érudition. Ecrivain politique, il a exercé une influence réelle ; il a marqué en philosophie O ; comme poète , il a brillé d’un éclat non emprunté; son savoir philologique s’est fuit admirer dans le pays des Vossius et des Wvttembach ; ses écrits sur les beaux-arts n'y sont pas plus oubliés que ses études littéraires : avec tout cela, en dehors de la Hollande, c'est à peine si l'on commit aujourd’hui son nom. Ce fait s'explique par la circonstance que la langue hollandaise est confinée dans des limites assez étroites : il est très-diflicile à nos voisins du Nord , si distingués qu'ils soient, d'arriver à une notoriété en rapport avec la valeur de leurs œuvres.

Van Limburg lirouwer (v. ce nom) et kinker paraissent avoir reconnu cet inconvénient, puisqu’ils se sont quelquefois hasardés à se servir de notre

{•) De Gérando, Deslult-Tracy ’SIém. de l' Acad. des sc. wor. et polit., t. IV) et Cousin De l'instruction pub I. en Hollande , éd. belge, in- 18°, t. 1. p. 95) ont signale ses mérites ii leurs compatriotes (v. aussi le Ihct. pliilo.%. de Franck); M. Itoorda .Zeitsclir. für Philos, de J. -H. Fichtc.Tub. î 843, in-8°, l. X, p. 1 45 et suiv.) l a fait connaître en Allemagne comme penseur, etc. Nous nous expliquons dillicilcmenl que les derniers historiens do la philosophie moderne, MM. Erdmauu et L’ebcrweg, ne lui aient même pas accordé l'honneur d'une mention. — Kn Hollande, surtout depuis sa mort, on l'a élevé sur un piédestal. Nous ne saurions voir sans doute qu'un zèle indiscret dans certain article du Nederlantl, intitulé : Aristote, Kant et Kinker, les trois plus rjrands philosophes du monde ; mais In Hnllandsche Maatschappij eau frai je kinisten en icetcnschappen n'a fait que rendre justice à la mé-

languc ; mais nous ne sommes plus au temps où les impressions d’Amsterdam on de l.a Haye faisaient plus aisément le tour du monde que celles de Paris, l.curs productions hollandaises ii’onl trouvé, par la force des choses, qu'un cercle restreint de lecteurs ; les autres, faute de moyens de publicité , ne sont guère allées plus loin jusqu a présent, il serait temps qu’on franchit celte muraille de la Chine ; déjà plusieurs écrivains français ont proclamé bien haut que les Hollandais ont amassé des richesses intellectuelles aussi bien que des tonnes de ducats ; mais les explorateurs sont rares et le seront peut-être longtemps encore. Puisse cette notice sommaire sur un esprit éminent contribuer à en augmenter le nombre !

Jean Kinker était encore en bas-âge lorsqu'il perdit son père , fabricant à Meilust. Mm* kinker était en mesure de ne rien négliger pour l'éducation de l'orphelin ; elle l’envoya d’abord à l’école latine de Weesp, dont le recteur, Van Achter, jouissait à bon droit d'une réputation d'érudit. Jean s’y distingua, si l'on peut voir une preuve de cette assertion dans un discours en vers latins sur lu jeunesse d'Alexandre , qu’il prononça connu inijiulo, suivant l'usage, en guise d’adieux au Collège. M. Van Hall (*) dit qu'on y pouvait déjà pressentir quelques-unes des qualités du

moire d’un penseur d'élite, en mettant au concours une étude sur ses travaux spéculatifs. La médaille d'or a été décernée à M. Van der Wijck, professeur à l'Université de Groninguc (;Mr Johannes Kinker, 'Ie édition, Gron. 18G4, un vol. de 305 p. in 8°). Il sera question plus loin de cet ouvrage, écrit avec talent, mais dans des idées toutes différentes de celles de Kinker, et qui a provoqué de la part de M. Van Vloten une assez verte réponse (J. Kinker utitduid). Notre philosophe a trouvé, d'autre part, des admirateurs sans réserve, notamment en M. Gocherel de la Morinière, l'éditeur de ses œuvres posthumes. Ces discussions mériteraient d’être plus connues de l'Europe savante.

(*) Mr Johannes Kinker, Bijdruijen lot :ijn leven, karakter en sc'>riftcn, door M. C. Van Hall. Amsterdam, 1850, un vol. in-8°, I. VI et 152 p. — Etude pleine d’intérêt, écrite cnn aniore -. on ne se douterait pas

KIN

futur poète. « Mon premier péché, disait plus tard Kinker ; mais quoi ! mon maître lui-même s’était fait mon complice ! » L’école de >Veesp lui laissa des souvenirs d’un autre genre : obligé de tenir tête ù ses camarades, qui le harcelaient de plaisanteries sur son air engoncé et presque grotesque ('), il avait eu cent occasions d'exercer sa causticité naturelle. Légitime défense à coup sûr; mais ces escarmouches eurent aussi l’avantage de le préparer à des luttes plus sérieuses.

DeWeesp, il passa en 1781 à l’Université d’Ulrecht, avec l’intention d’étudier la médecine. La Société Duice» antè omnia Muser lui prit bientôt une bonne partie de son temps : sans rompre avec, les sciences, il enfourcha Pégase le plus souvent possible. Rau , (’.arp , Ulenhove, Clarisse et surtout Bellamij devinrent ses familiers; n’oublions pas M. C. Van Hall. En 1782, sept jeunes poètes, tous membres de la Société, convinrent d’organiser entre eux une sorte de concours sur un sujet donné : l'Orage. Bellamij l’emporta : Kinker, l’un des concurrents , fut le premier à lui adjuger la palme (*). Vers la même époque, l’aimable cl savant Hinlopen(’), qui faisait aussi partie de la confrérie, réunissait chez, lui, de temps à autre, quelques amis des lettres; il ne parait pas que Kinker ail été admis dans ce cercle , dont la fréquentation aurait

que c'est un octogénaire qui a tenu la plume. M. C. Van Hall, après avoir pris les armes en 1813 pour secouer le joug de la France et commandé un bataillon de la Landsturm, a été l'un des avocats les plus éloqueuls du barreau d'Amsterdam. Les hautes fonctions dont il a été investi à diverses reprises ne l'ont jamais détourné du culte des lettres ; scs écrits en prose et en vers lui ont valu le titre de membre de l'Institut des Pays Bas. On ne doit pas le confondre avec son fils ainé, qui a repris son étude et a fait plusieurs fois partie du cabinet. Deux autres de ses fils ont été professeurs, l'un à YAthenœum illustre d'Amsterdam, l'autre h l'Université d'L'trecht. — Nul n'était plus à même que M. C. Van Hall d'apprécier dignement Rinker, son ami intime pendant soixante ans.

(') Sans ressembler précisément b Esope,

probablement détourné le cours de ses idées. On y discutait les plus hautes questions d’esthétique; on s’y passionnait surtout pour la littérature idéaliste de l’Allemagne, dont Klopstock était alors le coryphée. Resté en dehors de ce milieu, Kinker, que Schiller devait compter plus tard parmi ses admirateurs les plus fervents, suivit son penchant pour l’ironie et la satire et encensa le dieu du jour, Voltaire. Il alla jusqu’ô traduire en vers libres des fragments de la Pucelle , mais il eut le bon sens de garder pour lui son manuscrit, qui n’a point été retrouvé (*). Il fut moins prudent en mettant au jour, en 1 780, un premier recueil de poésies, Mijne minderjarige zangster (litt. Ma muse mineure). La critique se montra si sévère envers l’auteur, au nom des mœurs, que Kinker, croyant avoir à se justifier personnellement , cita devant les tribunaux l'éditeur du Recensent. Rien qu’il eût Bilderdijk pour avocat, l’affaire ne tourna pas à son avantage : Bilderdijk essaya de le consoler en lui dédiant une pièce de vers (*).

La muse du jeune Kinker était ici plus ricaneuse que folâtre; elle manquait d’abandon jusque dans ses égarements. Quatre morceaux ont passé du Minderjarige Zangster dans la Poste de l'Hélicon; ils ne méritaient guère d'être conservés.

Kinker avait, comme on dit, le cou dans les épaules.

(*, Cette pièce, publiée plus tard, est considérée comme une des meilleures de Bellamij. Eeri der sclioonste vau de zeven Donderslagen , répétait volontiers Kinker.

(*) Le même qui accepta plus tard des fonctions publiques sous Louis Bonaparte.

(4 ) On a eu tort d'allrihucr à Kinker la traduction hollandaise qui existe de ce poème : elle n'est positivement pas, elle ne saurait être de lui.

( 5 Cette charmante bluette a trouvé sa place dans les oeuvres de Bilderdijk (Harlem , Kruseman, t8;>8, in-8°), t. X, p. 60. Elle répondait à une politesse de Kinker, qui avait lui-mème dédié h son ami une petite pièce badine, où il appelait les baisers les voyelles de la langue des amours.

Ajoutons que l’auteur, quelques années après , n’hésita pas à se reconnaître en faute.

A son séjour à Utrecht se rattachent encore quelques satires politiques (Academie-zangen , de. Eigenbaat , parodie, etc.), où il prend à partie les utopies révolutionnaires et les discordes civiles qu'avaient suscitées la guerre avec l’Angleterre. Au fond , Kinker était un homme d’ordre ; mais son âpreté à la controverse induisit l’opinion publique en erreur sur son compte.

Il était moins assidu aux cours qu'aux séances de promotions ; ici, en revanche, il se jetait à corps perdu dans la discussion, et comme il parlait le latin avec facilité, comme en outre il avait toujours en réserve quelque thèse originale, sinon quelque paradoxe, les professeurs eux-mêmes finirent parle voir d’un mauvais œil. 11 entrait en lice aussi volontiers chez les théologiens que chez les médecins, ne leur épargnait pas plus qu’à ceux-ci les attaques à fond , et surtout ne manquait pas d'égayer l’auditoire par ses saillies spirituelles. Il en résulta qu’on le fit passer pour impie, pour athée même. Sa vie et ses écrits protestent contre cette imputation. qu’il ne daigna même pas démentir. Ce qu’il y a de vrai, c’est que Kinker n’accepta jamais ses croyances d’une source étrangère : kantien rigide jusqu’au bout, on peut dire kantien outré, il ne rendit jamais les armes qu’à la raison pure (’).

Les éludes médicales mettaient chaque jour à l’épreuve sa sensibilité très-délicate ; il les abandonna pour s’occuper de droit. Sans cesser de charmer ses loisirs par la musique et la poésie, il se mit au travail avec tant d’ardeur, que le diplôme de docteur utriusque juris put lui être délivré dès le 18 juin 1787. Il se rendit alors à La Haye, où Vander Linden et Bilderdijk se chargèrent de l'initier à la pratique

{•) C'est ainsi, et non dans le sens d’une complète indifférence, que nous interprétons sa réponse bien connue au baron de liroich {curateur de l'Université de Liégei, qui lui demandait un jour, à Cbaudfonlainc : « Mais voyons, M. Kinker, oui ou non, ôles-

des affaires. De fait, soit qu’il se défiât de son physique, soit plutôt qu’il ne pût résister à ses goûts dominants, Thémis eut à se plaindre de sa froideur. La politique et la littérature l'absorbèrent tour à lour. Son esprit railleur se donna carrière dans le Janus (1787) et dans le Janus verrezen (ressuscité), qui parut jusqu’en 1798; il prit également une certaine part à la rédaction de Y Arche de Soé et de Sem , Chain et Japhet . recueils humoristiques où les sottises et les extravagances du jour étaient tantôt simplement tournées en ridicule, tantôt impitoyablement fustigées. La Poste de l'Hélicon parut à Utrecht en 1785 ; on y trouve quelques morceaux de Bilderdijk et un plus grand nombre d’élucubrations de Kinker, qui en était à la fois le fondateur, l'éditeur et le rédacteur principal. Vers la même époque , il commença aussi à travailler pour le théâtre.

Sur la tin de l’année 1793, il quitta le barreau de La Haye pour celui d’Amsterdam. En rappelant ses rares plaidoyers, M. C. Van Hall a l’occasion de relever des traits qui font honneur à ses sentiments d’humanité et à la noblesse de son caractère. Par contre, les adversaires qui lui tombaient sous la main étaient serrés comme dans un étau. Comme il les tenait bien, et comme les étincelles brûlantes de son esprit tombaient dru sur eux ! Un jour Schimmelpenninek lui-même, le futur grand-pensionnaire (’), ne sachant plus où donner tête, ne put se tirer d'embarras qu’en citant le mot d’Horace :

firtoiilmii ntque

(JuiJliliOt audoudi MSCBper fmt a-qu» poln>la<.

Mais, comme nous l’avons dit, les goûts de Kinker l’entraînaient ailleurs.

11 cultiva plus que jamais les muscs; seulement, à partir de 1798, sa lyre prit un ton de plus en plus sérieux.

L’influence des études philosophiques, auxquelles il se livra tout d’un coup

vous catholique? — Non. — Êtes-vous protestant ? — Non ! — tju'ètcs-vous donc ? — Jo suis Kinker. » (V. ci-après).

(*) V. La Lourde Hollande toux l.oui.t- Donaparte, par un auditeur. Paris, 1837, in-8°, p. 408 et suiv.

K IN

avec passion, y fut pour une bonne part; son admiration pour Scbiüer Ül le reste. Il en vint à définir la poésie : la philosophie rendue sensible ; si de ce jour il ne dépouilla pas le vieil homme, il fit du moins le premier pas dans un domaine dont il n’avait point paru jusque-là soupçonner l'existence. Il parcourut à son tour les champs sans bornes de l'idéal ; une voix intérieure lui cria : Sursùm corda. Seulement la réaction fut trop forte : il s’exposa à tomber dans la sécheresse en s’exaltant pour des abstractions, écueil dangereux que Schiller lui-même côtoya de très-près dans la seconde période de sa carrière, mais pour y échapper glorieusement, témoin son Guillaume Tell.

Mélange d'enthousiasme et de réflexion, à la fois inspirées et presque didactiques, les pièces de Kinker intitulées God en Yrÿheid, Wils-Kracht cti Deuijd , Gedachlen bij het graf van Kant O, se distinguent d'ailleurs par des pensées justes et profondes et par une élégante dignité de style, qui assignent à leur auteur une place marquante dans la galerie littéraire de nos voisins. Le drame allégorique HelEeuwfesl rentre encore dans la catégorie de ses compositions purement philosophiques. Il y salue en beaux vers l’avénement du XIX» siècle, formule à ce propos toute une théorie des devoirs de l’homme et montre comment nos diverses facultés sont appelées à concourir à notre perfectionnement moral.

Pour affronter la scène avec un tel

( 1 ) Réimprimées dans les Gedichten, t. I, p. 66-123 (Arost., 1819, in-80.. — Cf. Vanderwijek, p. 70-90.

( * ) Elle eut, en tout, plus de cent représentations.— Un caprice qui peint bien l'homme inspira à Kinker, en 1801, l'idée de parodier l'ouvrage qui lui avait valu ce succès. De Menxchheid in '/ Lazaruxhui* bij den aanvang der negentiende terne, dans la pensée de l'auteur, devait servir de commentaire au premier poème. Pour mieux éclairer un tableau, dit-il, il faut eu renforcer les ombres; et enfin... le XtX«siècle s’ouvre pour lesfous aussi bien que pour les sages. — Les curieux trouveront une analyse détaillée des deux poèmes dans Van der Wijck, p. 44-70. M. Van der Wijck cherche à disculper Kinker de

sujet, sans individualiser ses personnages, le poète devait être bien sûr de lui-mème : il n'en faut pas moins admirer le tempérament spécial et la puissance d’attention du public hollandais, qui redemanda quatorze fois de suite la représentation de l’œuvre de Kinker, au théâtre d’Amsterdam (*).

Kinker s’était ouvertement rangé sous la bannière du kantisme. Les écrits du chef de l'école critique lui avaient d'abord semblé obscurs; il dut faire aussi un grand effort pour se placer à un point de vue entièrement en désaccord avec ses premières habitudes intellectuelles.

Deux fois il relut les œuvres complètes du philosophe deKoenigsberg, avant de se déclarer satisfait; il recommença, poussé par un instinct sccrci qui lui faisait entrevoir dans la nouvelle doctrine la solution des incertitudes dont son propre esprit était assailli ; cette dernière tentative lui réussit pleinement. Alors il fut possédé d'un zèle d'apôtre; il voulut contribuer, avec l'aul vau Ileraert, l’éditeur du Magazijn van kritische Wijsbegeerte ru liarc Geschiedenis , à propager en Hollande la philosophie de Kant. Il publia d'abord dans ce recueil , sur les philosophes anciens et modernes, une série d'articles qui furent très-remarqués, et qu’on n’aurait certes pas attendus de sa plume légère ( 3 ).

Abordant ensuite le sujet qu’il se proposait de traiter spécialement, il mil au jour une dissertation intitulée : Proere van eene Opheldering van de Kritiek der zuivere Uede , dont le retentissement

l'accusation d'impiété, en lui appliquant le mot de Schlciermachcr : < La religion n'est » ni dans lo dogme ni daas les pratiques ex- » térieures, mais dans une certaine disposi- » l on de l'âme. » Et notre écrivain ajoute : quelles que fussent les idées de Kinker sur la personnalité divine, il avait foi dans la Providence ; ses plaisanteries cachent toujours un sens profond. — Il n'est pas inutile de faire remarquer que M. Van der Wijck est un disciple de M. Opzoomer, professeur de philosophie à Utrccht, et que les idées de M. Opzoomer se rattachent à celles de Comto et de M. John Stuart Miit ,v. son livre Die Méthode der Wûtentchaft, Utrechl, 1852, in-8°).

(*) Les critiques le qualifièrent de Geleerde van yenie (v. ci-après).

K IN

MO

fut considérable. J. Lefèvre en donna (en 1801) une bonne traduction française (*), qui servit de texte au rapport présenté ù ['Institut national de France par Destutl-Tracy, sur la métaphysique de Kant (*). M. Van der Wijck fait peu de cas, en général, du jugement des Français en matière de philosophie allemande (*); en plus d'un endroit de son livre, Kinker lui-même n’est pas ménagé. Ici, cependant, il n’hésite pas à s’associer aux éloges qui furent décernés de toutes parts a l'initiateur.

Kinker n’a pas seulement étudié à fond la théorie de Kant, dit-il : elle est devenue en quelque sorte sa propre façon de concevoir, le moule de sa pensée ; A ses yeux, elle est absolument indiscutable. Delà, bien que certains passages de VEssai soient sujets à caution, ceux qui, n’ayant pas le temps de lire Kant, sont cependant désireux de le bien connaître, peuvent en toute confiance s'adresser à Kinker.

Les Beginzelen der Kantiaansche Wijsgeerte , de Van Hemert, le discours de Cbaudoir (prof, à Franeker) I)e momentis philosophies Kantianœ , les articles publiés dans le Magtaijn par le Dr phil. Heumann, par le médecin Scrvaas de Delfshaven, par Schrœder, par les médecins Deiman et Dornik, etc., concoururent, avec ['Essai, à naturaliser en Hollande la nouvelle philosophie.

Feith, Van Alphen, N'ieuhoff, Van de Wijnperse, Wijtlenbach furent mis de côté, comme en Allemagne Herder, Wieland et Nicolai ( *). Le progrès des idées de la révolution favorisa puissamment ce résultat. Kant se tenait « résolument campé devant l’entrée du paradis perdu des dogmatiques, menaçant de l’épée (lamboyante de sa critique les vaincus assez audacieux pour essayer d’y rentrer; » on lui sut gré de cette at-

( * ) Essai d'une Exposition succincte de lu critique de la raison pure de haut. Amsterdam, 1801, in-8°. — J. Lefèvre était Liégeois.

( * ) L'ouvrage de Kinker, dit le rapporteur, « est fait avec une méthode qui montre bien tout l'enchaînement des idées ; et il exprime les opinions du philosophe dont il expose le système avec une précision et une netteté

titude qui, dans le domaine politique, était point pour point celle des adversaires de l’ancien régime. Le criticisme devint la grosse question du moment :

Onze /itérât uur, dit M. Van der Wijck, werd in een slagveld herschapen.

Dans le cours de celle période, Kinker eut à soutenir plusieurs polémiques, notamment contre Nieuhofl et Feith. Le premier réduisait à un seul problème toute la philosophie morale :

« Que dois-je faire pour être heureux?»

Kinker enseignait au contraire, avec Kant, que le devoir exclut la recherche de tout avantage personnel. Une action est d'autant meilleure, disait-il , quelle est plus désintéressée.— Point de bonheur en dehors de la vertu , répondait NieuhofT. — S’il faut identifier le bon heur et la vertu, répliquait Kinker, je ne vois pas pourquoi le voluptueux et l’avare ne céderaient pas à l’entrainement de leurs passions, puisqu'elles leur procurent la satisfaction qu’ils recherchent. — Il y avait malentendu :

Kinker forçait les conclusions de son adversaire, et celui-ci ne comprenait pas Kant, bien qu’il se flattât de professer sa pure doctrine. Nieuhofl' jouait ici le rôle de l’ami imprudent dont on dit volontiers : Non tali aujcilio. Tout autre fut l’attitude do Feith, radicalement hostile au kantisme :

.... Een «niai atürlinuen Hat on, Kuat’ionU’M’hciil nhgojtprnk »|> « il dringrn.

Qui reconnaîtrait ici cette muse tendre de M Rhynvis Feith , toujours prête à fondre en larmes, ajoute M. Van der Wijck ? C’est dans les Lettres à Sophie que Feith nous révèle le motif de son irritation : introduire la philosophie de Kant dans les Universités, c'était, selon lui, travailler à déchristianiser la jeunesse. Kant, lit observer Kinker, s’est contenté d'accepter ce qu’il y a d’essen-

qui ne laissait place à aucune incertitude, et qui font voir avec assurance que là oii il se rencontre quelque obscurité , elle est dans les idées elles-mêmes, cl non dans la manière dont elles sont présentées. » .

(’)MM. H. Taine clKdm. Scheror trouvent seuls grâce devant lui.

(*) Van der Wijck , p. 17.

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