MAR
hélas ! il eut à peine le temps de se reposer sous son ombrage- Il était d'une constitution robuste ; mais quoique attaché à la Belgique par les liens les plus étroits et plein d'une ineffable tendresse pour les siens, il avait au coeur une plaie incurable : la nostalgie le minait sourdement. Il pensait sans cesse à la lointaine Pologne, il neparlailqued’elle, il n'était intime qu'avec sescompatriotrs. I.a dernière semaine de sa vie, il remplit encore à l’Université scs devoirs d’examinateur. Un typhus des plus violents le coucha brusquement sur son lit de mort. Au moment suprême, il lit ouvrir la fenêtre. Dès que l'air frais pénétra jusqu’à lui , il fondit en larmes, et l’on comprit aux paroles délirantes qui lui échappèrent qu’il se croyait transporté dans sa chère Samogilie. Ses derniers motsfurent inintelligibles pour sa femme et pour ses enfants : il parlait la langue maternelle. — Nous avons compris , balbutiait-il , en faisant allusion aux derniers événements... Une poignée de terre apportée de Pologne et arrosée de quelques larmes polonaises a été jetée sur salombe; plustard, ses compatriotes présents en Belgique lui ont érigé un modeste monument. Martynowski avait des droits particuliers à leur reconnaissance : ardent ami de son pays, trèsversé dans les langues et les littératures slaves, il entretenait les souvenirs et les aspirations de ses compagnons d’exil; il était pour les jeunes étudiants polonais un conseiller sûr et dévoué, un maitre d'histoire et de poésie na tionalos, en même temps qu’un guide dans les sentiers de la science. Avec eux, il se retrouvait en imagination sur la terre natale : on relisait les poètes aimes, on les commentait, on se remémorait toutes lesgloires des ancêtres...
Martynowski était lui-même poète: il a laissé en manuscrit plusieurs ballades historiques et diverses pièces de vers auxquelles les connaisseurs reconnaissent un vrai mérite. Quelques pièces échappées à sa plume (contes et fables) ont paru dans le Journal littéraire polonais et ont été fort goûtées. Il s’occupait aussi de critique cl d’analyse. Il admirait beaucoup Adam Miçkievvic/. ; des notes très-étendues sur les œuvres
de ce maitre ont été envoyées par lui au vénérable Lelewel, son ami de cœur ; ellesont dû être mises sous scellé avec les papiers de ce dernier, décédé quelques mois seulement avant Martynowski ; elles ne seront probablement pas perdues. Martynowski lisait beaucoup et retenait aisément : il affectionnait certains genres , entr’autres l’églogue.
Bohdan /.alewski était son poète favori. Dès qu’il se rappelait quelque chanson ukrainienne , sa calme et triste ligure s’animait d’un feu juvénile et un éclair passait dans ses yeux.
Martynowski était affilié à la Société scientifique de Cracovie et à la Société royale des Sciences de I.iége. Voici, d'après M. Ulysse Capitaine, la liste de ses ouvrages sur les mathématiques.
1“ Leçons sur le chauffage et la conduite (les machines (Cours donné à l’Ecole des arts et manufactures de Liège, in- 1", aulographié).
2“ Leçons de calcul différentiel et intégral (ld., 2 cahiers in-folio, autographes).
3° Cours spécial de calcul différentiel et intégral, donné par J. Marlynowski, professeur agrégé, rédigé et publié avec son autorisation par les élèves de l’Ecole préparatoire des mines. Première année (1835, cahier in-folio, aulographié).
1“ Mémoire sur la formation des puissances ordinaires et celle du développement logarithmique d'une fonction explicite d'une seule variable.
Ce Mémoire, adressé en janvier 1837 à l'Académie royale de Belgique, a été l'objet d'un rapport de MM. Pngani et Garnier, inséré dans les Bulletin* de celle Compagnie, t. IV, 183", p. 82.
5° Mole sur la recherche du coefficient dans le retour des suites.
Rapport des mêmes commissaires, t. IV, 1837, p. 135 des mômes Bulletin t.
iiu Mémoire sur les formes des équations des lignes de second ordre.
Itapport de MM. Timmcrmans elQuelelct, l. VIII, tre partie, p. 110 des mômes Bulletins.