‹ L'université de MadridChapitre 4 sur 11 · Statistique des cinq bibliothèques pour · texte numérisé non relu

Statistique des cinq bibliothèques pour

Nombre Nombre Nombre

des volumes, des lecteurs, des toL demandés.

San Isidro 57364 12304 13466

Université centrale 25 445 18 654 21 099

École de médecine 26 233 41 350 41 813

École de pharmacie 3255 8485 8485

Musée des sciences naturelles. 9 480 » »

En 1876 les volumes des deux premières collections se décomposaient ainsi :

8 UNIVERSITES ESPAGNOLES.

L'Université centrale contient encore une précieuse collection d'archives qui occupe deux salles entières. Divisée en deux sections (histoire et administration) elle ne compte pas moins de 1 600 liasses de documents et de 600 livres ou cahiers. C'est une miné inépuisable de renseignements sur l'histoire de l'instruction publique en Espagne du seizième au dix-huitième siècle ; elle n'a pas encore été suffisamment exploitée.

Les collections scientifiques proprement dites ont, comme à Paris, le défaut d'être trop éparpillées. Les acquisitions les plus importantes sont dues à M. Zarate, qui entreprit en 4846 le voyage de Paris pour acheter les appareils indispensables dont manquait l'Université. Les objets réunis au Noviciado même sont en petit nombre et sans intérêt. A Yimtituto San Isidro se trouvent 8 000 pièces d'histoire naturelle et une collection très curieuse d'anciennes machines de physique. Le musée de l'école de médecine est plus riche encore ; bien qu'il ne soit pas ouvert au public, il m'a été possible de le visiter en détail. On y trouve disposées dans plusieurs salles, avec beaucoup de méthode, toutes les variétés d'instruments de chirurgie, de médecine, d'optique et de physique, depuis les anciens appareils pour la transfusion du sang, jusqu'à l'ophthalmoscope de Knapp, au dynamographe de Mathieu, à la pince musculaire de Marey, au compte-globules, à l'appareil électro-médical de Breton, etc. D'autres armoires vitrées renferment de nombreux bistouris et forfex, des collections chimiques fort complètes pour les matières alcalines, une remarquable collection toxicologique. Enfin dans les trois grandes galeries d'anatomie normale et pathologique on a réuni une foule de pièces anatomiques, les unes naturelles, les autres en carton-pâte. Une partie a été exécutée à l'Université même par le sculpteur attaché à la Faculté de médecine; mais la plupart proviennent des célèbres ateliers de M. Auzoux. Les cabinets adjacents contiennent des modèles et des figures pour le traitement des goitres, des hernies, des affections cutanées et pour les opérations les plus délicates de l'obstétrique.

Le temps m'a manqué pour visiter le musée des sciences naturelles et le jardin botanique, qui, au point de vue administratif, se rattachent encore à l'Université. Le premier établissement, créé par Ferdinand VI, agrandi par Charles III et ses successeurs, est surtout réputé pour le cabinet minéralogique dit de Forster, l'un des

San Isidro: Théologie, 16854; Sciences et arts, 12233; Lettres, 11867; Droit, 4887; Histoire, 9781; Encyclopédie, 1 070.

Université: Théologie, 7429; Droit, 6 743; Histoire, 6 094; Lettres, 2 212; Sciences, 1 964 ; Incunables, 461 ; Manuscrits, 455.

plus riches du monde, et pour le squelette unique du Mégatfaérium ; le second, célèbre au xvmVsiècle pour ses plantes américaines, renferme des herbiers complets.

Lliistoire des vicissitudes qu*a traversées jusqu'en 1845 le système administratif des Universités espagnoles n'est autre chose que le récit de leur passage graduel de la tutelle du Saint-Siège à celle du gouvernement central. Ce passage était virtuellement accompli bien avant 1824, époque à laquelle on se crut néanmoins obligé de demander le consentement du pape pour la suppression de la charge de chancelier qui faisait double emploi avec celle de recteur. En même temps que disparurent et la hiérarchie si compliquée du rectorat, de la chancellerie, des primiciers, des conseillers, des députés, et les attributions confuses des clauslros^ àesjuntaSy des colegm, des tribunaux disciplinaires, les Universités perdirent leurs privilèges économiques et administratifs, le vote annuel du budget, la possession des bénéfices ecclésiastiques, etc. L*État se chargea des frais de leur entretien, mais à la condition qu'elles abdiquassent entre ses mains des libertés incompatibles avec rintérêt d'un grand état centralisé.

L'extrême uniformité de l'organisation nouvelle contraste avec la variété que présentait jadis le régime administratif d'une Université à l'autre. Un ministère dit du Fomento^ dont relèvent, outre l'enseignement, le commerce et les travaux publics, un directeur général de l'instruction publique de l'agriculture et de l'industrie, un conseil de l'instruction publique composé de 31 membres répartis en 5 sections, tels sont les pouvoirs qui occupent le sommet de réchelle hiérarchique actuelle. Le territoire de la monarchie est divisé en dix circonscriptions académiques ; chacune d'elles est gouvernée par un recteur^ chef immédiat de l'Université où il réside et supérieur des autres établissements de la circonscription. Le recteur était jadis nommé par les étudiants, puis par les professeurs ; en 1824 le ministre le choisissait sur une liste présentée par l'Université ; depuis 1845 il est nommé librement par le gouvernement pour un nombre limité d'années, trois ans aujourd'hui; il peut être prorogé dans ses fonctions. Le recteur doit être choisi parmi les professeurs titulaires de l'Université qu'il régira. Ainsi le recteur actuel de l'Université centrale. Don Rioz y Pedraja, est un des ca-

10 UNIVERSrrÊS Sftt»ÂaNOLES.

tedraticos de la Faculté de pbarmacie et ses fonctions administratives ne l'empochent pas de continuer son cours et de présider aux examens *.

Le recteur est un homme occupé, car la plupart des obligations qu'il partageait autrefois avec le chancelier et le claustro pèsent maintenant sur lui seul. Il doit surveiller l'enseignement, écouter les réclamations des élèves, correspondre sans cesse avec le gouvernement et les chefs des écoles du district, etc. Pour tout ce surcroit de besogne, il ne reçoit outre son traitement ordinaire de professeur (7 500 francs) qu'un supplément de 2 500 francs (en province ce supplément n'est que de 1 500 francs). Jadis le recteur n'était pas rétribué, mais il se rattrapait largement sur les droits d'examen et se faisait parfois jusqu'à 60 ou 80 000 réaux de rentes. En conséquence de la position privilégiée qu'occupe l'Université centrale, le recteur de Madrid fait de droit partie du conseil de l'instruction publique.

Le recteur absent ou malade est suppléé par un viee^-recteur, nommé par le gouvernement sur la proposition du recteur, et celui-ci par le doyen de Faculté le plus ancien. Le personnel administratif comprend encore un secrétaire général^ qui reçoit 4,000 francs, et ses auxiliaires (scribes et employés). La secrétairerie est un service important : l'inscription des étudiants, la rédaction de leurs demandes et de leurs certificats (expedtentes) , les communications avec leurs parents et répondants, la composition du Mémoire annuel, tout cela nécessite une grande dépense de paperasses et des bureaux assez nombreux.

Les cinq Facultés sont organisées sur le modèle de l'Université. Chacune d'elles a un doyen nommé pour trois ans par le gouvernement sur la proposition du recteur et rééligible, un secrétaire et un vice-secrétaire choisis par le recteur. Tous ces fonctionnaires sont des professeurs ; le doyen reçoit une indemnité supplémentaire de 500 francs. Les doyens se réunissent une fois par mois au moins en conseil (junta de deeanos), sous la présidence du recteur, pour traiter des questions relatives au régime intérieur des Facultés!

Une institution qui maintient entre les différents professeurs d'une Faculté et les différentes Facultés de l'Université une cohésion et un esprit de corps trop rares chez nous, ce sont les assemblées périodiques connues sous les noms de juntas et de claustras, hdi junta deprofesorese&i l'assemblée des professeurs titulaires [cate-

1. Je tîenis à remercier ici M. le recteur Rioz de l'accueil bienveillant qu*il m^a fait et des renseignements quUl m*â communiqués.

drdticos) d*une même Faculté, sous la présidence du doyen. Il la consulte pour dresser le tableau des cours, des maîtres, des livrer de texte ^ des locaux, des jours et heures des leçons, des recettes et dépenses. Il la réunit encore pour la collation des grades ; enfin il doit la convoquer au moins deux fois par an pour délibérer sur des objets d'intérêt commun (matériel, méthodes d'enseignement) et pour transmettre au gouvernement, par Torgane du recteur, les vœux de la Faculté. Le secrétaire de la Faculté rédige les procèsverbaux des délibérations.

Les claustros jouent un rôle moins actif. Le clatistro ordinariOy réunion de tous les professeurs de FUniversité, s'assemble lorsque le recteur ou le gouvernement jugent nécessaire de le consulter pour rétude d'une réforme ou la solution d'un litige. Le claustro extraordinario comprend, outre les caledrattcos actifs, les directeurs et professeurs de toutes les écoles publiques de la capitale, les professeurs honoraires et tous les docteurs de l'Université résidant à Madrid. Jadis ce claustro était comme le parlement de l'Université ; actuellement on ne le convoque plus que honoris causa pour les cérémonies publiques, les solennités académiques, l'inauguration annuelle des cours.

En dehors de ces assemblées administratives, chaque Faculté a son conseil de discipline universitaire composé des divers professeurs et présidé par le doyen. Ce conseil communique ses décisions sur les manquements commis par les élèves à leurs parents et répondants ainsi qu'au recteur, afin qu'il en assure l'exécution. Pour les fautes plus graves soit des étudiants, soit des maîtres, le recteur ou le gouvernement consultent un conseil universitaire où entrent, avec le recteur, les doyens, les directeurs des institutos el ceux des écoles normales et spéciales. II existe un règlement minutieux qui énumère les actes délictueux et les peines qui leur seront appliquées ; mais il entre rarement en vigueur : la gent étudiante a beaucoup perdu de cette animation batailleuse qui en faisait autrefois un objet de défiance pour la cour et de terreur pour le bourgeois*.

1. Depuis le transfert de FUniversité à Madrid U n*y a guère eu de troubles sérieux qu*en 1865. A cette époque le j^uyemement voulut destituer M. Cas* telar pour quelques paroles un peu vives prononcées en chaire. Le recteur. Don Juan Manuel Montalban, s'opposa à cette mesure de rifnidur, la Jeunesse libérale des écoles organisa une manifestation en son honneur^ la troupe s'en mêla, tira à balles et fit soixante victimes, ~ Pendant la période révolutionnaire (1868-1875) il se produisit aussi quelques scènes de désordre qui eurent un caractère beaucoup moins gravée

12 UNIVERSITES ESPAGNOLES.

Malgré la perte de ses privilèges, l'Université de Madrid est encore, dans une certaine mesure, un corps politique : elle a son mandataire au Sénat, de même que les Universités d*Oxford et de Cambridge sont représentées à la Chambre des communes. C'est une consolation'^

Le corps enseignant de l'Université de Madrid est le plus nombreux d'Espagne. Il ne comprend pas moins de 81 professeurs titulaires, sans compter les maîtres auxiliaires et suppléants. On trouvera à l'appendice de ce travail le tableau complet des cours de l'Université avec le nom des catedraticos qui les professent et le nombre des élèves qui y sont inscrits. Cette longue liste de noms en renferme plusieurs qui ont acquis en Espagne une honorable notoriété. Je citerai Don Manuel Colmeiro, professeur de droit politique, Don Louis Silvela, professeur de droit pénal et auteur d'un savant ouvrage sur cette matière, Don Manuel de la Revilla, professeur de littérature générale, bien connu des lecteurs de la Revue critique. D'ailleurs les places de l'Université centrale, très estimées et très recherchées, ne sont guère accessibles qu'à des hommes de mérite ou de savoir. Être nommé à Madrid est l'ambition de tous les professeurs de province : c'est leur bâton de maréchal.

Le mode de nomination adopté est entouré de garantie sérieuses. Jadis les professeurs, appelés catedraticos ou lectores (le nom de profesores était réservé aux étudiants) étaient, on l'a vu, élus par leurs collègues et parles élèves, plus âgés, en moyenne, qu'aujourd'hui. Ce système donna lieu à des brigues scandaleuses, à des pressions de tout genre. Innocent VIII chercha à y porter remède en décidant que le vote aurait lieu au scrutin secret (1498), mais les abus continuèrent et en 1623 le Conseil de Castille s'empara du droit de nomination. Aujourd'hui une manière de roulement a été établie entre les diverses chaires des Universités du royaume. Sur trois vacances qui se produisent, deux se comblent par le concurso^ une par Yoposicion. Ces mots n'ont pas en espagnol lé même sens qu'en français. Oposicion doit se traduire par concours ; concurso équivaut à notre terme de choix ou d'avancement,

1. Vinspection dans les Universités est exercée par cinq inspecteurs généraux nommés par le gouvernement. Leur traitement est de 1 OCO Arancs. Chaque établissement doit être visité au moins une fois tous les deux ans.

De quelque manière qu'on pourvoie à la vacance, les candidats doivent être docteurs et âgés de SI ans au moins; il faut de plus qu'ils soient catholiques, et cette règle s'étend à tous les degrés de l'enseignement officiel : c'est un pas en arrière sur la constitution de 1869. Il n'existe pas en Espagne d'établissement analogue à notre école normale supérieure pour préparer à la carrière péda^ gogique. Une pareille école fut créée en 1850 sous le nom de Escuela normal de filosofia. Elle donna d'assez bons résultats pendant quelques années; on la supprima quand M. Zarate quitta la direction de l'Instruction publique. Lorsqu'une chaire de l'Université centrale doit être donné au concursoy le choix du ministre est circonscrit entre les professeurs des institutos de Madrid, les pro« fesseurs titulaires des Universités de province et les professeurs surnuméraires de l'Université centrale elle-même^Ges derniers ne peuvent aspirer à une chaire de titulaire que s'ils ont cinq ans de services, s'ils ont publié un ouvrage approuvé par les Académies ou par le Conseil de l'Instruction publique et si, dans une oposieton précédente, ils ont été portés sur la liste de trois candidats présentée par les juges au ministre* Quant aux professeurs des instttutos\ les Facultés des lettres et des sciences leur sont seules accessibles.

Voposmon ressemble beaucoup à notre ancienne agrégation des Facultés. Quand il se produit une vacance destinée à être comblée par Voposicion, la Gaceta en informe le public : elle annonce le traitement attaché à la chaire, les conditions que doivent remplir les concurrents, le délai qu'ils ont pour présenter leurs titres. Ce délai est ordinairement de trois mois ; il est du double si la chaire est de création nouvelle. Chaque candidat remet à la direction générale de l'instruction publique^ avec les pièces légales, une relation de ses services, un programme détaillé du cours qu'il se propose de faire et une justification de la méthode qu'il y a suivie. Le jury se compose de 7 membres nommés par le gouvernement; deux au moins sont des professeurs actifs ou honoraires de la Faculté où s'est produite la vacance. Le ministre nomme le président du jury. C'est à celui-ci qu'on remet les pièces déposées par les concurrents ; c'est lui qui leur adresse une convocation quinze jours à l'avance. Les candidats sont répartis par le sort en groupes

1. Dans les Facultés de lettres et de droit, plusieurs chaires ont été attribuées à des professeurs de Pancienne Faculté de théolo^e, lors de la suppression de cette Faculté. C'est une exception d'un caractère transitoire. Remarquons aussi que pour certaines chaires, qui servent seulement de préparation au doctorat, le ministre peut choisir des personnes d'une haut» réputation scientifique qui n'appartiennent pas au corps enseignant.

de trois chacun (trincas) ; si leur nombre n^est pas divisible par trois ou forme avec l'excédant un ou deux couples {parejtu). Chaque groupe est examiné à tour de rôle.

Les épreuves, qui sont publiques, se divisent en trois séries. Chaque candidat est interrogé d'abord sur dix questions tirées au sort d'une liste de cent environ préparée par le jury : cette épreuve dure au moins une heure. La seconde consiste en une leçon faite par le candidat : on tire au sort trois sujets parmi tous ceux qu'embrasse le programme du cours et le candidat choisit l'un de ces trois. Chaque leçon ne peut durer plus d'une demi* heure. Les autres membres du groupe ternaire font des objections à leur concurrent pendant une autre demi-heure ; il y répond en un temps égal. Enfin, comme troisième épreuve, le candidat prononce un discours d'une heure pour exposer les avantages du programme qu'il a présenté et il en défend les mérites contradictoirement avec ses compétiteurs. Si la chaii*e n'est pas purement spéculative, un exercice pratique s'ajoute à ces trois épreuves. Il varie naturellement suivant les matières : c'est tantôt un exercice de traduction et l'analyse grammaticales, tantôt la solution d'un problème, le maniement d'appareils, la préparation de produits chimiques, la classification d'objets d'histoire naturelle, une opération sur un cadavre, etc.

Les épreuves terminées, le jury procède au vote. Il dresse, à la majorité, une liste par ordre de mérite des trois candidats qui paraissent les plus aptes à occuper la chaire vacante. En cas de ballottage on tient compte des antécédents, de l'ancienneté des services, des rangs obtenus dans les oposiciones antérieures. Le président remet la liste, un rapport sur les concours et les documents légaux au ministre del Fomenta qui fait vérifier la procédure par son Conseil et pourvoit ensuite à la nomination, en se conformant presque toujours à l'ordre adopté par le jury.

Les professeurs sont essentiellement inamovibles ^ Quand ils renoncent au service actif soil pour la vie politique (c'est le cas d'un assez grand nombre), soit pour la vie privée, ils prennent le nom A'excédentes et reçoivent une pension de retraite. Le rétribution des professeurs était autrefois très chétive : elle variait entre 50 et 200 ducats par an. Les professeurs, ceux du moins qui n'exerçaient pas quelque autre état ou n'appartenaient pas aune corporation, mouraient littéralement de faim ou ravalaient leur dignité en per-

1. Cette inamovibilité n*a pas toujours été respectée, par exemple après la dernière restauration.

BCADRID. 15

cevant les droits minimes dont se composait leur éventael. Leur position est aujourd'hui bien meilleure. Le tableau hiérarchique (escalafon) sur lequel ils sont tous portés est divisé en trois catégories qui portent les noms A'Entrada^ Ascemo et Termine, La première comprend la moitié des inscrits, la seconde un tiers, la troisième le sixième restant. Le passage d'une catégorie à Tautre se détermine par Tétat des services. Le traitement varie en raison composée de Tancienneté et du mérite, c'est-à-dire du classement. Le traitement ordinaire est de 4000 j9e«e^as (environ 4000 francs) dans r£'n/ra(/a, de 5000 dans Y Ascemo^ de 6000 dans le Termina, Il s'accroit en outre de 500, 1000,1500 francs respectivement quand le professeur arrive à occuper par le rang d'ancienneté les numéros 210, 90, 30. Par exemple, Don Lucas de Tornos, professeur à la Faculté des sciences, de la catégorie de Termina^ coté 19* sur le tableau, reçoit par an 4000 + 2000 + 1500 soit 7500 francs. Dans les annuaires oflSciels le nom de chaque professeur est accompagné de son numéro d'ordre et de l'indication de sa catégorie : on en déduit immédiatement le chiiSTre de son traitements

Ces traitements, qui sont de moitié moins élevés que ceux des professeurs de la Sorbonne, peuvent sembler modestes en proportion du travailqu'onexige des maîtres espagnols. Us font tous régulièrement trois cours d'une heure et demie par semaine, quelques-uns font une leçon tous les jours. Ils ont en outre la fastidieuse besogne des examens qui les occupe pendant un mois en été et plusieurs semaines en automne. Enfin on attend d'eux des ouvrages originaux et ils en publient bon nombre. Malgré tant de corvées, les professeurs de l'Université centrale trouvent encore moyen de se rendre utiles qui dans les finances, qui au barreau, qui dans des entreprises particulières; plusieurs écrivent pour le théâtre ou dans les journaux, et, pour beaucoup, les succès dans l'enseignement ne sont qu'un marchepied vers les succès plus brillants de la politique.

On a vu qu'à côté des professeurs titulaires [catedraticos numerarios) l'Université compte un certain nombre de professeurs surnuméraires et auxiliaires. L'institution de ces fonctionnaires, souvent supprimés par caprice, toujours rétablis par nécessité, a son germe dans l'ancien système, où, à côté des lectures et des régentes^ on trouvait des lectores extraordinarios chargés de compléter l'enseigne-

1. La suppression du système complexe de V Escalafon, qui laisse trop de place à l'arbitraire ministériel, a été demandée avec beaucoup de force par VJnstrt4ccion puèlica (numéro du 15 décembre 1875).

ment du professeur titulaire et aspirant d'ordinaire à le remplacer. Les professeurs auxiliaires^ à Madrid, devraientètre six pour chaque Faculté. Us remplissent à peu près les fonctions de nos maîtres de conférences; de plus, ils suppléent les professeurs titulaires absents ou malades; ils sont inamovibles, nommés au concours et ne reçoivent pas de traitement. Les sw*numéimres^ au nombre de trois par Faculté, sont au contraire payés (ils reçoivent à Madrid 2000 francs) et nommés au choix {concurso) : leurs fonctions sont à peu près les mêmes, mais on leur confie des cours plus importants et ils font partie des jurys d'examen : ils correspondent à nos chargés de cours. Je ne mentionne que pour mémoire les ayudantes (préparateurs) des sciences, de pharmacie et de médecine, choisis parmi les professeurs auxiliaires, les professeurs de clinique {cUnicos), le directeur du Musée anatomique et le sculpteur d'objets anatomiques.

Pour entrer à l'Université il faut être muni du diplôme de bachelier es arts. Ce diplôme était autrefois conféré par l'Université elle-même après deux années d'études de Faculté. Aujourd'hui le baccalauréat se passe dans les établissements où se donne l'enseignement secondaire oflSciel. Ces établissements, créés par la loi de 1845, s'appellent institutos; on en compte 75 dans toute l'Espagne, les uns provinciaux^ les autres locaux. Us ne reçoivent que des externes et les études n'y durent que cinq ans. A la fin et au commencement de chaque année scolaire ont lieu des examens partiels de prueba de curso, tout à fait pareils à ceux des Universités que je décrirai plus loin. Ce n'est qu'après avoir été examiné avec succès sur toutes les branches des études exigées que l'élève est admis à se présenter au baccalauréat. Cet examen constitue une sorte de récapitulation des examens antérieurs. Le jury se compose de trois professeurs A^Vimtituto choisis par le directeur (proviseur). L'examen comprend deux séries d'épreuves, les unes portant sur les lettres, les autres sur les sciences : les unes et les autres sont purement orales. Le candidat refusé pour la première série peut la recommencer indéfiniment après un intervalle de deux mois ; il ne peut se présenter pour la seconde sans avoir été reçu pour la première.

Il y a en fait deux baccalauréats distincts, bien qu'ils portent

tous deux le môme nom : les programmes diffèrent suivant que le candidat a ou n'a pas suivi le cours de latin. Le programme le plus étendu, que j'appellerai pour abréger Baccalauréat complet, comprend à peu près les mêmes matières que notre baccalauréat es lettres, à l'exception du grec, qui ne figure point dans renseignement des institutoSy et des langues vivantes; la cosmographie y est remplacée par la trigonométrie et Von a ajouté avec raison l'hygiène à la physiologie. Pour le Baccalauréat restreint, l'absence du latin a permis d'introduire dans le programme l'anthropologie, l'histoire des arts, la cosmographie, les éléments de droit civil, politique, administratif et pénal, les notions d'agriculture, d'industrie et de commerce. L'examen est public, de même que les examens de prueba de curso qui le préparent, J'ai assisté à quelques-uns de ces derniers à Vinstituto de San Isîdro : les professeurs m'ont paru d'une indulgence extrême et les statistiques officielles m'ont confirmé dans cette impression. Rien de particulier à remarquer sur la forme de l'examen : elle est exactement la même que celles des examens universitaires que j'étudierai plus loin. Si le candidat n'a pas fait ses études dans un înstttuto il doit se faire inscrire suivant des formes spéciales. Le jury est alors composé de 7 juges : un président choisi par le gouvernement, sur la proposition du recteur, parmi des personnes distinguées étrangères à l'enseignement officiel; trois docteurs ou licenciés choisis dans la même classe, et trois professeurs de Vinstituto où le candidat est nominalement inscrit. Dans ce cas l'examen est un peu plus minutieux; avant de se présenter au baccalauréat, l'élève peut à son choix se faire interroger en une fois sur toutes les matières du programme de l'enseignement secondaire du séparément sur les quatre groupes entre lesquels on les a réparties*.

Le caractère purement oral du baccalauréat,rabsence des langues vivantes et du grec dans les programmes, enlèvent à cet examen beaucoup de son importance. Un examen oral n'offre des garanties qu'à la condition d'être long et sévère : or le baccalauréat espagnol n'est ni l'un, ni l'autre, et l'on reçoit bacheliers tous les jours des jeunes gens à peu près illettrés. En ce qui touche les langues vivantes, les exigences de la pratique ont suppléé au silence des règlements : dans la plupart des institutos on enseigne le français,

1. 1*' groupe. Instruction primaire, latin, espagnol, rhétorique, poétique. 2* groupe. Oéofi^raphie, histoire générale, histoire, philosophie. 3* groupe. Sciences mathématiques.

4* groupe. Sciences physiques et naturelles.

dans quelques-uns l'anglais ou Tallemand, Néanmoins, les parencs qui veulent faire bien apprendre ces langues à leurs fils les envoient passer quelque temps à l'étranger ou leur font prendre des leçons particulières. Enfin, quant au grec, les jeunes gens qui sortent des insttiutos n'en ont jamais entendu parler et ne savent même pas le lire. On dit communément « hablar griego » comme nous disons parler hébreu ^ La langue latine est menacée d'un sort pareil à celui de sa sœur atnée: on peut devenir bachelier restreint et, par suite, entrer à l'Université sans avoir appris le latin. Ge système a donné de si mauvais résultats qu'on parle de le réformer entièrement.

Depuis la révolution de septembre (1868) il n'y a plus de limite d'âge ni inférieure ni supérieure pour le baccalauréat. Dès 1835, M. Zarate se plaignait que les étudiants terminassent leurs études au moment où ceux d'autrefois les commençaient. Actuellement on m'a montré un jeune homme de 17 ans qui allait devenir licencié en droit en trois mois ! En effet, sitôt qu'on est bachelier, en entre à l'Université quand et comme on veut : aussi les étudiants de. première et de seconde année ont-ils des visages et des esprits d'enfants*.

L'entrée à l'Université est précédée de la formalité de l'immatriculation. Elle ne peut s'accomplir que pendant les quinze jours qui précèdent l'ouverture des cours. L'élève présente au secrétariat général un papier renfermant ses noms et prénoms, l'indication de sa nationalité ou de sa province, du lieu de son domicile et de celui de son père ou répondant, des cours qu'il se propose de suivre. Ces formalités doivent être réitérées chaque fois qu'il s'inscrit à un cours nouveau. Le secrétaire lui délivre en retour une carte portant la mention de ses inscriptions et un numéro d'ordre.

L'ordre dans lequel l'étudiant doit s'inscrire aux différents cours {asignaturas) et, par suite, passer les examens partiels qui sont le préliminaire indispensable de la licence et du doctorat, n'est pas déterminé aussi rigoureusement que chez nous. Ainsi, à la Faculté des lettres, avant de s'inscrire à la leçon d'histoire universelle, il faut avoir suivi pendant une année le cours de géographie ; de même, à la Faculté de droit, le premier cours d'Institu tes doit pré.

1. « Quoi, vous êtes bachelier de Salamanqne et vous ne savez pas le ^ec? » — « Mais le grec, de gr&ce> de quoi cela peut-il servir à un Espagnol? » (Voltaire, Jennij p. 270. éd. de Eehl).

2 u Son en su mayoria chiquillos desprovistos de juicio, de educadon y de habites universitarios cuyo mayor empeno se ciftra en convertir la clase en una plaza de toros. » (M. Manuel de la Revilla dans la Instrt*ccion publica^ 15 octobre 1875).

céder le second et celui-ci le cours de droit civil espagnol ; mais il y a certaines inscriptions comme Farabe, Théhrevi^ Tannée préparatoire du droit que Tétudiant peut prendre à un moment quelconque de sa carrière universitaire.

Une fois inscrit, Tétudiant est tenu par les règlements d'assister ponctuellement aux cours. S'il s'absente pendant un certain temps sans motif légitime, le professeur peut l'exclure des examens ordinaires du mois de juin, et aux examens extraordinaires de septembre il ne pourra obtenir une note supérieure à Yaprobado, Pour que le professeur puisse s'assurer de l'assiduité de ses élèves, ceux-ci doivent au premier jour de cours (les Espagnols disent : au premier jour de classe) lui présenter leur bulletin matriculaire ; il les inscrit alors sur une liste suivant l'ordre de leurs numéros, et au début de chaque leçon il fait l'appel des noms. Cette dernière formalité qui, dans les conférences nombreuses, absorberait un temps trop considérable, est naturellement tombée en désuétude. Si le professeur a peu d'élèves, il les connaît personnellement et s'aperçoit aisément «les absences ; s'il en a beaucoup, le contrôle devient illusoire. Aussi les sanctions de l'assiduité n'existent-elles guère que sur le papier. En fait, beaucoup plus de la moitié des étudiants ne viennent pas au cours et se préparent par des répétitions particulières : c'est le même état de choses que chez nous, et les publicistes espagnols s'en plaignent avec raison. Toutefois il serait aussi puéril que t3rrannique de vouloir appliquer les règlements au pied de la lettre : il y a des salles trop petites pour recevoir le tiers des auditeurs inscrits ! En général, le meilleur moyen pour le professeur d'attirer ceux qui ne viennent pas sera toujours d'intéresser ceux qui viennent.

L'étudiant assidu a une journée assez occupée. D'ordinaire, il est inscrit à trois ou quatre cours : plusieurs de ces cours ont lieu tous les jours, d'autres tous les deux jours seulement. Il sera donc retenu à l'Université de 9 heures à 2 heures, avec une interruption d'une heure vers midi. L'année académique commence le 1" octobre. L'inauguration des cours se fait avec une certaine solennité dans leparanmfo en présence du corps des professeurs et du elaustro des docteurs. Le ministre préside souvent la séance ; d'autres fois il délègue le directeur de l'instruction publique pour le représenter; en 1875, ce fut le roi qui présida; en 1879, la princesse des Asturies. Un professeur désigné par le recteur prononce une harangue inaugurale d'une longueur respectable. J'ai sous les yeux le discours tenu en 1877 par Don Rafaël Saez Palacios, doyen de la Faculté de pharmacie : ce travail remplit 42 pages in-quarto. Le

sujet est Y Histoire de la Chimie; c'est un morci^au d'une lecture agréable. Cette année (1879) le thème choisi par Torateur, Don Manuel Maria del Yalle y Gardenas, était la Crise philosophique contemporaine. Après le discours, on procède à la distribution des prix mérités pendant Tannée précédente, soit à TUniversité, soit dans les institutos de Madrid. — Les cours durent ensuite, depuis le â octobre jusqu'au 31 mai, soit pendant 8 mois ; il faut en défalquer, outre les dimanches, les fêtes catholiques et nationales '. Le mois de juin est pris tout entier par la session ordinaire des examens.

Au début de l'année scolaire, chaque professeur dicte ou distri* bue à ses élèves un programme de son cours divisé en leçons. Ces programmes, qui servent de base à renseignement etauxexamens, ne sont souvent que la reproduction de la table analytique d'un ouvrage du professeur. J'en ai consulté un grand nombre. Voici, en guise de spécimen, le sommaire de la leçon 11 extraite du Programme de droit politique et administratif par le docteur Manuel Golmeiro : « Origine et progrès de la nationalité espagnole. Organisa^ (( tion politique de F Espagne sous V Empire Romain. Divisions du ter- « ritoire. Etat des personnes. Régime de la propriété foncière. Examen « critique de la constitution Romaine. {Chapitre 1"). » La parenthèse est un renvoi au Curso de Derecho politico du même auteur. Ce programme contient 31 leçons pour le droit politique et 89 pour le droit administratif : comme ces deux cours ne doivent durer ensemble qu'une année, on conçoit que le professeur n'aille pas jusqu'au bout de son programme. C'est là d'ailleurs une règle générale : on m'a montré des programmes de procédure civile d'une longueur démesurée : le professeur s'était arrêté au premier tiers. Ceci ne serait pas un inconvénient si, à l'examen, le professeur pouvait interroger sur les parties du programme qull n'a pas eu le temps de développer : mais l'usage s'y oppose absolument. Ainsi un élève peut arriver au bout de ses études et obtenir ses diplômes sans avoir vu la moitié des matières exigées.

La durée réglementaire des leçons est d'une heure et demie; mais, dans la pratique, elle n'excède pas une heure. Le professeur parle ex cathedra ; il ne porte plus guère la robe. Beaucoup de professeurs passent pour fort éloquents ; ils parlent un peu vite ;

]. 1 et 2 norembre, la saint Eagène, le jour de naissance du roi, la Conception, les Rois, la saint Alphonse^ la Puriâcation, l'Annonciation, saint Isidro, la Fête-Dieu, 10 jours à la Noël, 2 au carnayal, 6 à Pâques ; soit, en tout, un mois de congés.

Madrid. 21

néanmoins les élèves diligents réussissent à prendre beaucoup de notes.

J'ai été frappé de la cordialité des rapports qui régnent entre maîtres et élèves ; il n'y a rien là de cette indifférence respectueuse gu*on trouve dans nos Facultés. Je me souviens d'avoir assisté à la dernière leçon d'un cours d'économie politique. La salle était tellement bondée qu'on ne pouvait pas ouvrir la porte ; les bancs supplémentaires de l'estrade avaient été envahis ; il me fut impossible de trouver un siège. La leçon finie, les élèves éclatèrent en applaudissements prolongés, sautèrent de leurs places, enjambèrent le grillage qui entourait la chaire et vinrent féliciter le maître et lui serrer la main comme à un camarade. C'était un vacarme assourdissant, tel qu'on l'entend parfois dans nos classes de lycées. Je fus fort étonné d'apprendre que le professeur n'était pas un des plus populaires de l'Université.

Il n'existe pas à l'Université de Madrid d'institution analogue à nos conférences de l'École des hautes études ou aux leçons des séminaires allemands, où l'élève, en contact plus intime avec le maître, se livre sous sa direction à des exercices pratiques qui le familiarisent avec les procédés de la science et le mettent en état de la faire avancer un jour. Il est impossible en effet de donner le nom d'exercices pratiques aux classes que le professeur consacre deux ou trois fois par mois à interroger les élèves sur les leçons précédentes. J'ai assisté à une de ces séances qui se multiplient vers l'époque des examens. Le professeur ne questionnait guère que les élèves qui levaient la main ; les questions ne s'adressaient qu'à leur mémoire et ils avaient emporté leurs livres et leurs cahiers dont ils se servaient pour répondre. On voit que ces interrogations ne fournissent une garantie de savoir ni pour le maître, ni pour l'étudiant; aussi bien, elles sont tenues en médiocre estime.

Une autre institulion destinée à stimuler le zèle des jeunes gens est celle des prix annuels. On les distingue enpremws ordinarïos et premios extraordïnarios. Les premiers sont les plus nombreux ; il en existe un par asignatura. Pour concourir il faut avoir mérité la note excellent (sobresaltente) dans l'examen de fin d'année pour cette asignatura. Le concours a lieu trois jours après la fin des examens, devant un jury de trois professeurs. Il consiste en une composition écrite, en l'espace de deux heures, sur un sujet tiré au sort et lue ensuite par le candidat au jury. La récompense est un diplôme honorifique et l'exemption des droits de matricule pour Yasignatura en question. Dans chaque Faculté (celle des sciences compte pour trois et celle de droit pour deux] on confère aussi annuellement,

SOUS le nom de prix extraordinaires, un grade de licencié et un grade de docteur avec dispense des droits d'examen et de diplôme, et une médaille d'or ou de vermeil. Pour concourir il faut avoir passé dans le courant de Tannée la licence ou le doctorat avec la mention excellent. Le concours a lieu à la fin de septembre ; c'est une composition écrite en 4 heures sur un sujet désigné parle jury et dont la lecture ne doit pas durer moins de quinze minutes.

Toutes les classes de la société se mêlent sur les bancs de TUniversité : j'y ai vu des fils de grands d'Espagne à côté d'enfants du peuple. Toutefois la cherté de la vie à Madrid et l'élévation des droits d'inscription et d'examen écartent encore des études de Faculté bon nombre de jeunes provinciaux capables. Un ouvrage pratique destiné aux étudiants, VAnuario del estudiante, évalue à 2000 douros (10,000 francs) la somme des déboursés que nécessitera à un jeune homme, dont la famille ne réside pas à Madrid, la pré* paration à la carrière d'avocat. Or, ces étudiants non madrilènes forment plus de la moitié du nombre total. Plusieurs même changent à diverses reprises de séjour et d'université dans le courant de leurs études : cette translation de matricule n'est interdite qu'à l'époque des examens et pendant le dernier mois de l'année académique, à moins d'une autorisation spéciale du recteur.

Il ne faudrait pas juger de l'étudiant madrilène en général par les spécimens qu'on a vus à Paris en 1878. Les joyeux compagnons de l'école de pharmacie constituent un type à part, et ce n'est certainement pas à leur Faculté qu'ils songeaient en récitant la strophe de la fameuse yo^a .'

Ëstudiante soy, senores, Eatudiante, y no ml pesa ; Porqaé de la estudiantina Sale toda la nobleza^.

Ce sont les étudiants en droit qui se recrutent surtout dans la bourgeoisie aisée et la noblesse, de même que les étudiants en lettres et en sciences parmi les aspirants au professorat. Jurisconsultes, médecins ou pharmaciens, n'ont d'ailleurs conservé que bien peu de traditions de la vie picaresque des manteistas d'autrefois, vie joyeuse et misérable, grouillante et ensoleillée, que des romans célèbres nous ont rendue familière. Les étudiants des diverses Facultés ne se connaissent guère et dans chaque Faculté l'esprit

1. Je suis étudiant^ Messieurs — Étudiant et point n'en ai honte, — Car de la gent étudiante — Sort toute la noblesse.

de corps n'est pas très développé. Il existe des groupes d'amis, mais non des associations fortement constituées comme en Allemagne ; seulement plusieurs jeunes gens de famille appartiennent à la Société littéraire de YAteneo qui leur sert de lieu de rendez-vous. A tout prendre, la vie de Tétudiant madrilène ne diffère pas beaucoup de celle de l'étudiant parisien. Inutile de dire que les courses de taureaux figurent au premier rang de ses amusements et que plus d'un aimerait mieux être refusé à un examen que de manquer la media-corrida du dimanche.

Un trait qui m'a paru commun aux élèves de toutes les Facultés et de toutes les classes sociales, c'est la bonne humeur et l'obligeance pour l'étranger. Rien de pareil à cette morgue insolente dont le nom de Castillan évoque, je ne sais pourquoi, l'image anguleuse. J'ai rarement vu des jeunes gens plus communicatifs, plus complaisants et mieux élevés que la plupart de ceux auxquels le hasard m'a adressés. La facilité de lier connaissance est d'ailleurs une des qualités distinctives de l'Espagnol.

Jusqu'ici je n'ai parlé que des étudiants qui étudient et de ceux qui n'étudient pas ; il me reste à mentionner les auditeurs libres qui, sans être immatriculés à l'Université, viennent en suivre les cours par amour pur de la science ou du beau parler. Cette espèce est très rare, malgré la publicité absolue de l'enseignement. Je n'ai rencontré dans les auhs du Noviciado ni sous-ofiîciers, ni septuagénaires, ni bons bourgeois cherchant un refuge contre la pluie. Beaucoup de classes sont d'ailleurs fermées à clef dès que la leçon a commencé et pour y entrer il faudrait recourir à l'obligeance du pedel. Il y a eu un temps où les cours de l'Université étaient plus en faveur auprès du grand public * ; mais comme, depuis certaines mésaventures, les professeurs s'occupent surtout de professer, l'auditoire libre est devenue plus clair-semé. Ce qui n'a existé à aucune époque, c'est le public féminin qui se presse sous les voûtes de la Sorbonne ou du Collège de France à certains cours rendus séduisants par l'éloquence prestigieuse d'un maître. Je demandai la raison de cette particularité à un étudiant : il me répondit que, laide, Yauditrice deviendrait l'objet de risée de ses camarades, et jolie, leur point de mire. Je donne cette explication pour ce qu'elle vaut.

1. A cette époque, des bancs particuliers étaient réservés aux auditeurs libres, qui ne se confondaient pas avec les étudiants réguliers, comme cela a lieu trop souvent chez nous. Il serait à désirer que cette réforme fût adoptée dans nos Facultés; elle me semble préférable à Pexclusion pure et simple du public.

Voici, d'après les documents offi îiels pour Tannée scolaire 1877- 1878, le nombre des élèves de chacune des 5 Facultés, celui des inscriptions prises et Tindication de la durée moyenne des études.

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