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En 1258, Henri de Gand, Henricus de Munda ou Mudenus, — Heinrich von der Made dans le cartulaire de Flandre, — élève d’Albertle-Grand et ami de l'Ange de l’École, qui voit dans la théologie la science universelle, s'illustre dans les études bibliques et est un des fondateurs de la Sorbonne. Proclamé à Paris doctor solemnis, âme du concile de Montpellier comme de tous ceux de l’époque, il à été assimilé par Bossuet à Gerson et à d’Ailli.
Roméo de Livia, prieur de la maison de Lyon, provincial en 1232, prieur à Bordeaux, en 1255, mort à Carcassonne, en 1261, habite tour à tour Montpellier, Narbonne et Toulouse. On lui doit une règle, Requla honestatis vitæ monachi, et un traité de l’amour du Christ, Liber prosd et metro... de timendo et amando domino J'esu Christo, per themata et capitula distinctus, verbis mellifluis exemplisque consolatoris plenus ?.
Au chapitre général de Montpellier, en 1264, les visiteurs sont chargés de se rendre compte de l'importance et de la régularité des leçons et des disputes, du zèle des prieurs et de l’assiduité des étudiants, tenus enfin de sévir contre la négligence ?. |
En 1266, le chapitre provincial de Limoges nomme professeur en second de théologie à Montpellier, Bernard de Trilia, une des gloires de la ville de Nîmes #, « tout imbu du doux nectare de la doctrine de
(Bernard Gui, Priores in conventu Lemovicenci. — Bibl. mun. de Toulouse, Ms 490 (T, 273) fo 130 B, f° 131 A. — Douais, Essai, p. 33). — Notons que Toulouse ne possédait qu'un simple studium, studium -solemne.
4 François Huet, Recherches historiques et critiques sur la vie, les écrits et la doctrine de Henri de Gand, in-8°, 1838, Bibl. belge, p. 380. — Bossuet, Oraison funèbre de Messire Cornet, grand-maître du collège de Navarre (Scriptor. eccl.; Hist. littéraire, t. 1, p. 326. — F. Lajard, ibid., pp. 144, 203).
2 Quétif et Échard, Script. Ord. Prædic., liv. [, pp. 164, 162. — Daunou, Hist. littéraire, t. XIX, p: 419.
3 Visitatores in suis visitacionibus diligenter inquirant quid et quantum lectores in anno legerunt, quociens disputaverunt, qualiter priores et Studium promoverunt, et quomodo fratres studio intenderunt, et hoc provinciali et diffinitoribus referant a quibus si qui circa premissa negligentes fuerint gravius puniantur. (Acta cap., 1, p. 130. — Mortier, Hist. des
Maîtres généraux, t. II, p. 119).
& Ménard, Hist. de Nîmes, t. I, p. 393. — Germain, Hist. de l'Église de Nîmes, t. I, p. 355. Hist. de la Commune de Montpellier, t. NI, p. 63. — Bibl. mun. de Toulouse, Ms. 490 (I, 273), fo 301 A. — Douais, Essai, p. 409. — Voir Mallet, Hist. du Couvent de Saint-Jacques de Paris,
son maître saint Thomas » et qui, en sus de ses sermons, compose douze commentaires des saintes Écritures et des dissertations théologiques et philosophiques. |
Jean de Verceil, sixième général de l’ordre , de 1264 à 1283, né au commencement du xIn° siècle, se perfectionne à Paris dans l'étude des sciences sacrées. Maître en droit romain , 1l y enseigne le droit canonique ?, mais transporte bientôt sa chaire à Verceil même. Fasciné par le talent et la sainteté du bienheureux Jourdain de Saxe, successeur de saint Dominique dans le gouvernement de l’ordre, 1l s'était formé à la maison de Bologne, fondée, en 1218, par quatre compagnons du patriarche #, dont Michel d'Uzès. Elle était alors illustrée par l’éloquence de Réginald, maître de l'Université de Paris #, /e bâton de ses frères parce qu’il en était le plus solide appui ; et le souffle sacré de ce prédicateur faisait bouillonner la cité : {ota fervebat Bonoma.
C'est à Bologne qu'avait été inhumé le corps de saint Dominique; mais, par suite de l'agrandissement du cimetière, la sépulture provisoire demeurait en plein air. Sur l'ordre de Grégoire IX, le bienheureux Jourdain de Saxe fait la translation du corps dans la chapelle conventuelle ; Jean de Verceil, devenu provincial de Lombardie, tient à lui ériger un mausolée, et son idée est prise à cœur par le chapitre de Montpellier qui invite frères et prieurs à recueillir des ressources, afin que, faute d’argent, l’œuvre ne reste pas en souffrance ; il confie
1 Bernard Guidonis, Catalogus, Ms, n° 5486, p. 60; 6486, p. 1148. — Quétif et Échard, Script. Ord. Prædic., t. I, p. 432, col. 1. — F. Lajard, Hist. littéraire, t. XX, pp. 129, 141. — Douais, Essai, pp. 109 et 124. |
2 Quétif et Échard, Scriptores ordinum Prædicatorum, t. 1, PD:210211%919:
3 Sextus magister ordinis successor Fr. Humberti, Fr. Joannes de Vercellis provinciæ Lombardiæ, qui rexerat Parisius, in jure canonico. (Bernard Gui, ap. Mortier, Hist. des Maîtres généraux, t. I, p. 4). — « Au xrrr° siècle, Uzès a encore donné à l'ordre de saint Dominique Robert d'Uzès qui a laissé plusieurs épiîtres et un opuseule sur le glorieux martyre des onze mille vierges de Cologne. Il se fit une certaine notoriété par son zèle pour le progrès des études : Patribus vestris dedi spiritum scientiæ quam non conferam a vobis si humiliantes cognoveritis, quia ego dominus scientiarum sum ». (Quétif et Échard, ibid., t. 1, pp. 363-368).— Hist. * littéraire, t. XX, pp. 500-502.
4 Doinel, Notice sur le décanat du B. Réginald; Hist. de l'Orléanais, t. XVNIIT, 1884, p. 41. — Mortier, ibid., t. I, p. 99.
$ Morüer, ibid., t. II, pp. 46, 52.
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l'exécution du monument, terminé en 1231, au grand artiste, Nicolas de Pise, qui exécutera, trente ans plus tard, dans cette ville, la célèbre
chaire du baptistèret.
Successivement prieur de Bologne et provincial de Lombardie , il assiste à divers chapitres généraux, à côté d'Albert-le-Grand, de saint Thomas d'Aquin et de Pierre de Tarentaise. Élu maître général de l'ordre par le chapitre de Paris, il parcourt l'Europe, malgré sa claudication, toujours à pied comme saint Dominique ?, quêtant sur sa route,
inspectant toutes les maisons , justement sévère pour les communautés
qui négligent les rigueurs de la règle #.
Ami de saint Louis, Jean de Verceil recoit de lui une épine de la
{ Jourdain de Saxe, Opp., p 18. — Mortier, Hist. des Maîtres généraux, t. I, p. 49.
2 «Il tint vingt chapitres généraux. Entre celui de Paris, en 1264, où il fut élu, et celui de Montpellier, en 1283, où il mourut, il y a des écarts de route immenses dont les points extrêmes sont l'Angleterre, la Hongrie, l'Allemagne et l'Italie. Pendant les dix premières annces de sa
vie, il va de Paris à Montpellier, puis à Trèves, puis à Bologne, à Viterbe, — c'est la plus courte
étape; — il revient à Paris, puis à Milan, à Montpellier, à Florence et enfin se hasarde jusqu’à Bade. Du fond de la Hongrie, il revient à Lyon, en 1274, deux fois en Italie, Bologne et Pise, — puis il passe à Bordeaux. Paris le revoit en 1279; il va à Oxford, à Florence, pousse jusqu'à Vienne et va finir ses interminables pérégrinations à Montpellier en 1283, lieu où il les avait commencées vingt ans avant». (Mortier, ibid., t. II, p. 30).
5 11 se présente un jour dans un couvent avec un seul religieux, sollicitant l'hospitalité pour deux frères lombards: « Qu'ils entrent, dit le prieur et qu’on les place au dernier rang du réfectoire.» Comme on sert le poisson, il entend le prieur s’écrier : Non habemus piscem pro Lombardis. Les compagnons qu'il a laissés dehors frappent à la porte. «Qui êtes-vous, demanda le frère portier ? » — « Nous sommes avec le maitre général, ce père assez âgé qui avait un bâton à la main.» Hahurissement de la communauté. Jean de Verceil découvert fait sonner pour le chapitre et prend pour texte de son discours la phrase du prieur: Non habemus piscem pro Lombardis. (Jacques de Soest, Chron. ord. Præd., lib. 99, p. 452. — Arch. Ord., Ms.— Morlier, Hist. des Maîtres généraux, t. I, pp. 31, 32). — À noter, sous Jean de Verceil, l'insistance du chapitre à exiger des frères un vote annuel sur les Provinciaux. On voulait connaître l'opinion des religieux faisant partie des chapitres provinciaux sur l'administration de leur supérieur. Était-il digne ou non de garder sa charge? (Acta, cap. 1, pp. 143 et 169. Chap. de Viterbe, en 1279). Le vote devait avoir toute la garantie du secret pour sauvegarder toute sa liberté. De cette manière, tous les ans, les inférieurs donnaient leur avis sur leurs supérieurs. Si quelqu'un d’entre eux était jugé indigne ou incapable, l'autorité suprême ne pouvait l'ignorer. Ce procédé démocratique est tout à fait conforme à l'esprit de la législation dominicaine qui ordonne la correction de tous les supérieurs à tous les degrés, afin que nul n'échappe à la responsabilité de ses actes. Par contre, chaque religieux avait la responsabilité de son vote, car il était signé ». (Acta, cap. I, 174. Ch. de Lyon, 1274, p. 181. Ch. de Bologne, p. 184, et de Pise 1276, p. 191. Ch. de Bordeaux, 1211. — Mortier, ibid., t. LT, pp. 43, 45).
sainte couronne en échange d’un doigt de saint Dominique, et après les massacres d’Antioche, quand l'appel du Pape fait écho, sous les voûtes de la Sainte-Chapelle, aux soupirs des victimes ?, c’est Jean de Verceil qui est chargé de désigner les prédicateurs de la croisade. En attendant le départ de l’armée, les Frères-Prêcheurs qui doivent l’accompagner vont résider Montpellier. Saint Louis s’embarque à Aiguesmortes le 1® juillet 1270 ; mais, arrivé à Carthage le 17 mai, il meurt de la peste, à Tunis, le 25 août suivant #.
Philippe-le-Hardi et Charles d'Anjou ramènent le corps en Europe et s'arrêtent à Bologne, où Jean de Verceil le reçoit et le fait entreposer dans l’église de Saint-Dominique pa
Au chapitre général des Provinciaux, réunis à Montpellier le 24 mai 1271, se rencontrent, sous la présidence de Jean de Verceil, Pierre de Tarentaise, l'émule de saint Thomas d'Aquin à l’École Saint-Jacques à Paris et canonisé, Frère Robert l'Anglais, «cgrand-maître en théologie, futur archevêque de Cantorbéry et cardinal, le bienheureux Albert-le- Grand que son âge, — il avait soixante-dix ans —, avait obligé à se démettre de l’évêché de Ratisbonne, pour se livrer avec plus de liberté à l’étude, Pierre de Conflans, maître en théologie de la province de France, provincial de Grèce, plus tard archevêque de Corinthe, Jacques de Voragine, provincial de Gênes, l’auteur de cette légende dorée qui manque assurément de critique, mais est le poème sacré des siècles de foi que les sculpteurs ont traduit en style lapidaire, les imagiers et les miniaturistes enluminé, et où se retrouvent, avec l'hagiographe et la caractéristique des saints, la liturgie et le symbolisme des fêtes et des
4 Quétif et Échard, Script. ord. prædic., t. I, pp. 210, 241, 212.
2 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, ch. xur1, p. 162.
3 Quétif et Échard, Vitæ Fratrum, p.265. — Mortier, Hist. des Maîtres généraux, t. IL, p. 591.
# « Quant li bons roys ot enseignié son monsignour Phelippe, demanda les sacrements de sainte Esglize, et les ot en sainne pensée et en droit entendement... Après se fist li sains roys couchier en un lit couvert de cendres, et mist ses mains sur sa poitrine, et en regardant vers le ciel rendi a nostre Créatour son esperit, en celle hore meismes que li Fiz Dieu morut pour le salut du monde en la croiz. (Jean Sire de Joinville, Ast. de saint Louis, CXLVI, édit. Natalis de Wailly, MpacoLvin, p. 266).
5 Mortier, ibid., pp. 15, 16.
cérémonies, les mœurs et les coutumes, le génie et les arts du Moyen âge ; livre essentiellement populaire, cent fois réimprimé, qui fit les délices et l'édification de nos pères, l’un des monuments les plus anciens et les plus vivants de cette grande époque t!
Devant cette assemblée, une des plus augustes qui se soient jamais rencontrées, lecture est faite de la lettre du nouveau roi « à ses frères chers dans le Christ, le maître de l’ordre des Frères-Prêcheurs, les définiteurs du chapitre général, tous les prieurs et frères du même ordre, réunis à Montpellier ». Il épanche sa douleur filiale de la perte d’un père « dont la vie innocente resplendissait comme un soleil parmi les étoiles du firmament, dont la mémoire est douce comme un parfum, la réputation grande comme l'Univers, qui prenait la croix avec ferveur et marchait avec puissance contre les barbares, ennemis du Christ ». À ces deuils, s’ajoutaient ceux de son frère, Jean comte de Nevers, de son beau-frère Thibaut, roi de Navarre, de sa femme Isabelle, reine de France, de sa sœur Isabelle, reine de Naples. « O vous tous, ajoutait-1l avec l'accent de Jérémie, Ô vous tous, mes très chers, vous qui passez par la voie étroite de la pauvreté, comme des pélerins, dans
cette vallée de misères, arrêtez-vous, et voyez s’il estune douleur pareille à la nôtre » ?.
4 Anno Domini 1271, in festo Pentecostes, celebratum est Quinquagesimum capitulum generale apud: Montempessulanum sub magistro Johannes de Vercellensi : In quo quidem Petrus de Vercellensi : In quo quidem multi fuerunt viri præclari, Frater Petrus de Tarantasia, postmodum archiepiscopus Lugdunensis, deinde cardinalis, episcopus Ostiensis, ultimo papa Innocentius quintus ; frater Robertus Anglicus prior Provincialis Angliæ, magnus magister in theologia, postmodum Cantuariensis archiepiscopus, demum cardinalis Romanæ Ecclesiæ ; frater. Albertus magnus Teutonicus, summus philosophicus, quondam episcopus Ratisbonensis; frater Petrus de Confleto,magister in theologia, postmodum archiepiscopus Corinthiensis. (Tægio, Chron. ampliss., Ms, Arch. ordin., ap. Mortier, Hist. des Maîtres généraux, t. I, p. 16). — Cf. Léopold Delisle, Notice sur les manuscrits de Bernard Gui, ap. Notices et Manuscrits, L. XXVI, 2e partie, p. 314.
2 O'vos omnes, qui transitis per viam, karissimi, qui per arctam semitam paupertaltis inceditis in hac valle, miserie peregrinantes, attendite et videte, si est dolor nostro dolori similes aut equalis, qui amaritudine valde nos replevit Omnipotens… Nuper inclite recordacionis præclarissimus dominus et genitor noster Ludovicus Francorum rex illustrissimus, cujus nitidioris vite claritas velut solis splendor inter sidera præfulgebat singulariter inter omnes, cujus memoria suaviter redolet, cujus fama circumquaque diffusa per orbem audientes
Le chapitre, ému à ces accents, hésite à ordonner des prières pour le roi Louis IX, parce que, devançant le décret de l’Église, qui ne le canonisera qu’en 1277, il ne peut admettre qu'il ne soit déjà un bienheureux. Ce n'est donc pas au nécrologe, comme pour les autres fils de France, c’est au calendrier des saints que les Pères de Montpellier, introduisent sa fête dans la liturgie dominicaine, inscrivant son nom à la date de sa mort, au lendemain de la Saint-Barthélémy!.
Cependant les dissensions des princes chrétiens et la rivalité des ordres militaires permettaient à l’Islamisme de se relever. Pour conjurer le péril, Nicolas [IT nomme, le 5 mai 1278, patriarche de Jérusalem, Jean de Verceil, « dont la science juridique, la dignité de vie et le caractère pacifique, l'honnêteté de mœurs, la sagesse dans les conseils, la prudence éprouvée, la sincère piété sont une garantie de bonne administration »?.
Conseiller de Clément IV, le pape de Saint-Gilles, et de Grégoire X qui avait pu l’apprécier au concile de Lyon, de Jean XXI, de Nicolas IIT et de Martin IV qui ne cessent de recourir à ses lumières, Jean de Verceil remplit les fonctions de légat; à ce titre, il prévient la guerre entre les rois de France et de Castille, où le droit séculaire de succession avait été violé au profit de don Sanche, fils puiné d’Alphonse X. et au détriment de l'aîné, Ferdinand de la Cerda, petit-fils de saint Louis. C’est encore lui qui est chargé de négocier la paix entre les républiques, toujours rivales, de Gênes, de Pise et de Venise. Son humilité lui fait néanmoins décliner la nouvelle dignité, au plus grand déplaisir du Pape
delectat pariter et loquentes. (Litterat. Encycl., p. 80, n° 21, édit. Reicherts, ap. Mortier, Hist. des Maîtres généraux, t. I, p. 71, Cf. p. 317).
“4 Et ponatur in kalendario in crastino S, Bartholomei sic: Eadem die obiit Ludovicus - ülustrissimus rex Francorum, et hoc pronuncietur quando kalende legantur in conventu. (Acta capit., t. I, p. 161. — Mortier, ébid., t. IL, p. 80). — Chapitre de Metz 1298, de Paris 1306. — Acta SS. Aug., pp. 532, 533, 540. — Joinville, Hist. de saint Louis, édit. Natalis de Wailly, p. 408, n° 76 et suiv. — Dom Bouquet, Recueil des Historiens de France , t. XX, pp. 41-44.
2 In te, de quo Nobis lilleralis scientia, vita laudabilis, conversatio placida, morum honestas, profunditas consilii, discretionis maluritas, et probata religio, quæ in ipsius ecclesiæ Jerosolimitanæ Pastore opportuna fore præmisimus, pollicentur noster animus requievit. (Bull. inéd., I, 12°", ne 5. Arch. Ord., 15 avril 1218. — Mortier, Hist. des Maîtres généraux, L. II, p. 154).
qui le lui reproche vertement ‘. Pour faire accepter son refus, il doit recourir à de hautes influences et promettre de revenir sur sa démission du magistère suprême des Frères-Prêcheurs?.
. Chargé de cette direction, Jean de Verceil poursuit ses pérégrinations.
Des bords du Danube qu'il avait gagné, à son retour d'Angleterre, il convoque un chapitre général à Montpellier , et il vient, à travers l'Allemagne, l'ouvrir le 6 juin 1283. Il l’entretient surtout des novices, que l’on ne devrait ni recevoir avant l’âge, ni instruire des arts, tant qu'ils n'auraient pas fait leur instruction religieuse 3.
Après la cession capitulaire, Jean de Verceil épanche son cœur dans une encyclique suprême à tous ses frères. Il insiste sur le respect de la règle et la pratique du silence « dont l'observation a presque disparu »#. Octogénaire et n’écoulant que son zèle, il s'achemine encore vers Bologne pour tenir le prochain chapitre, lorsqu'il est obligé de s'arrêter dans une abbaye cistercienne5. Là, pressentant sa fin prochaine, il exprime le désir d’être transporté dans la maison de Montpellier, plus importante alors que celle de Toulouse, et où il rend son âme à Dieu le 13 novembre 1283 5. L’éclat de ses funérailles, la multiplicité des services
célébrés successivement par les Frères-Prêcheurs et les Frères-Mineurs,
4 Bull. Ord., I, pp. 560, 561. Litterarum tuarum, 1er octobre 1218. Mortier, Hist. des Maîtres généraux, t. Il, p.156.
2 Fontana, 0. P. S. Thecto Domin., p. 45. — Quod videns, Summus Pontifex declaravit quod per illud « Olim » non intendebat ipsum absolvere ab officio magisterii. (Ptolémée de Lucques, Hist. eccl., lib. XXIIT, cap. xxvir. — Mortier, ibid., p. 158).
3 Admonemus et volumus quod priores circa instructionem et informacionem fratrum juvenum, eciam post ipsorum professionem, diligentem curam adhibeant, ne eos exponant discursibus, nec ad artes addiscendas eos exponant; nisi prius in divino officio instructi fuerint et in religione et in observanciis regularibus informati. (Acta capit., 1, p. 123. Ch. de Montpellier 1283. — Mortier, ibid., t. II, p. 161).
4 Litterat. Encycl., édit. Reicherts, pp. 126-129. — Mortier, ibid.
5 Nunquam in itinere nisi actualem haberet infirmitatem aliquod animale ascendere voluit, in nullo parcens corpori suo. (Fr. Thomas Caccia, Chron. brevis Magistrorum generalium, lib. 00, p.15, Ms. Arch. ord. — Mortier, ibid.,t. II, p. 166). — Ne quis prior infra terminos sue predictionis equitet, vel tribuat alicui licentiam equitandi, nisi forte alicujus necessitatis articulo requirente. Extra vero predicationem suam nec equitet, nec etiam licenciam conferat equitandi nisi de mea licencia speciali. (Douais, Acta, p. 271).
6 Mothon, Vita del B. Giovanni de Vercelli. — Mortier, Hist. des Maîtres généraux, t. LU,
par les Augustins, les Carmes et le clergé séculier, témoignent de son prestige et de sa sainteté, justement louée par Salanhac et Bernard Gui!. Son corps, enterré dans la chapelle conventuelle, à gauche du maîtreautel?, y sera vénéré jusqu’au sac et à la démolition du monastère par les calvinistes, en 15623. S'il ne reste plus trace du monastère, l'Eglise, elle, n’oublie jamais ses serviteurs. Aussi le procès en canonisation, repris sur les instances de Fr. Maur Kaiser, postulateur général pour le maître général Fruhwirth, s’est terminé, le 1° septembre 1903, par une sentence affirmative de la Congrégation des Rites, ratifiée le 7 du même mois par Pie X #.
Saint Antonin classe le couvent de Montpellier le premier de Provences. Bernard Gui ayant conservé la liste des vingt-quatre prieurs de l’origine, en 1220, à la division en deux de la province de Provence, en 1302, nous voyons que tous furent des hommes de valeur, et huit élus provinciaux 6:
Raymond de Fauga de Miremont devient archevêque de Toulouse 7.
Pons de Saint-Gilles, «ami de saint Louis et du pape Clément IV, est l’un des religieux les plus distingués de son époque », où précisément
4 Fleury, Hist. eccl., liv. LXXXVIIT, n° 19, t. XVIII, édit. in-12°, p. 284. — Daunou, Hist. littéraire, t. XIX, p. 583.
2 præfuit autem in magisterio quasi annis viginti et multos labores decumbens, in conventu Montispessulani diem clausit extremum pridie kalendas decembris anno Domini 1283. (Bernard Gui, Catal. Mag. Ord. — Quétif et Échard, I, p. 210. — Mortier, Hist. des Maîtres généraux 1. II, p. 168).
3 Cum fratres super funus vigilias defunctorum solemniter decantassent, venit conventus fratrum minorum et fecerunt similiter. Post hos venit conventus heremitarum idem facientes, deinde venerunt fratres ordinis Carmelitarum, qui et ipsi simile fecerunt, ultimo venit chorus secularium clericorum idem facientes et a seculo non est auditum ut pro prelato aliquo tam solemnes exequie celebrate sint:; sepultus est autem in ecclesia fratrum ad levam altaris majoris in sepulcro honorabili. (Tægio, Chron. ampliss., p. 109. Arch. Ms ord. — Mortier, ibid., p. 169). — Pierre Gouet, Mém. du Couvent de Montpellier conservé aux archives de l'Ordre, lib. XI, p. 285.
4 Décret de béatification ou d'approbation du culte du bienheureux Jean de Verceil. Voir Mile Marguerite de Waresquiel, Vie du bienheureux Jean de Verceil, Lethielleux, édit.
5 Bernard Gui, Fundatio conventus Montispessulani, f° 252B et 253 A. Bibl. mun. de Toulouse, Ms 490 (1, 273). — Douais, Essai, p. 224.
6 Acta capitulorum provincialium, 86, IV.
1 Gallia christiana, t. 1, col. 20 et suiv.
7 ei Vent Die er] F cs
brillent les flambeaux de l’ordre monastique, et son ordinatio de studiis marque une date dans l’histoire littéraire !. |
Géraud de Frachet « chéri de Dieu et des hommes, prédicateur plein de charme, prædicator admodum graciosus » ?, écrit les Vitæ fratrum et en prépare les futures en faisant décider par le chapitre tenu à Montpellier, en 1292, d'envoyer au provincial le récit des morts édifiantes.
. Bérenger Nodier, apparencie valde pulchre, d'une éloquence suave, prédicateur général, — ce qui lui donne accès dans toutes les chaires, — a pour sous-lecteur au Siudium generale Bernard Latreille, que Bernard Gui déclare « un docteur fameux, profondément versé dans la doctrine de saint Thomas et dans la connaissance des lettres sacrées »#. Il meurt à Montpellier, où 1l est enterré dans l’église devant l'autel même de
‘ saint Dominique.
Jean Vigouroux, l'émule des principaux sujets de la seconde génération #, prédicateur général en 12645, quatre fois prieur, en 1270, 1281, 1289 et 12935; personnalité la plus marquante, déléguée en Angleterre avec de Merillon pour enquêter sur les religieux qui avaient cru pouvoir amoindrir Thomas d'Aquin 7; meurt à Montpellier en 13058.
Bernard Géraud de Montauban, que Bernard Gui qualifie de justus Judex”®, installe à Montpellier le premier prieuré de Prouillanes et ne préside pas moins de douze chapitres généraux.
1 Dôuais, Essai, p. xxxI.
2 Douais, ibid.
3 Germain, Mém. de la Société archéologique de Montpellier, t. IV, p. 162.
4 Douais, Essai, p. 93.
5 Acta, f° 299, 13.
6 Bernard Gui, Fundatio conventus Montispessulani, ibid., {° 252 B ; f° 253 A.
1 Acta, Introduction, p. XLVII.
8 Bernard Gui, ibid., f” 338 À, — Voir, d’après les actes des chapitres provinciaux, la liste des vingt-cinq lecteurs et sous-lecteurs qui professèrent à Montpellier de 1249 à 1301. (Bibl. mun. de Toulouse, Ms 490 (I, 213). — Douais, Essai, App. XI, pp. 224, 225).
9 Sur Raymond de Merillon, voir Bibl. mun. de Toulouse, f° 305. — Voir Nofice de Victor Le Clerc; Hist. littéraire, t. XX, pp. 252-266. — « Pour nous résumer et conclure », dirons-nous avec M. Poujol, à qui nous empruntons la plupart de ces citations: «si Pons de Saint-Gilles est le saint, Géraud de Frachet le savant et pieux biographe, Bérenger Nodier le docteur illustre de l'Université de Paris, Jean Vigouroux l'administrateur et le conciliateur par excellence, Jean de Genestet et Rodolphe l'Ancien les visiteurs consciencieux et aimés, Raymond
Jean de Ginestet et Rodolphe l’Ancien, comme visiteurs, s'imposent par leur scrupule de la règle.
Bernard de Tornz, vir Deo plenus, préfère à toutes les dignités les livres auxquels on ne peut l’arracher. |
A Montpellier, où les Frères-Prêcheurs ont, dès 1268, un s{udium generale!, professent encore la plupart des maîtres de l’époque : Élie Brunetti, natif de Bergerac, au diocèse de Périgueux, député en Écosse, qui revient à Montpellier après 1275 ? ; au chapitre général de 1271, Étienne de Salanhac, religieux éminent qui à laissé plusieurs ouvrages sur son ordre#; à celui de,1274, Raymond de Merillon, que ses brillantes aptitudes font désigner pour l’enseignement et la prédication, dont les œuvres ont une telle célébrité de son vivant qu’elles sont traduites même en grec*; de 1278 à 1281, Guillaume Bernard de
de Corsavin, Jean Bérenger et Géraud Pailhès se présentent à nous comme des types de ces professeurs passionnés pour la science qui ne se lassent pas d'être tantôt maîtres et tantôt étudiants, bien dignes membres d’un ordre qui inscrit sur son blason ce mot passionnant pour les intelligences : Veritas, la vérité ». (Poujol, Dominicains et Dominicaines de Montpellier, ap. Mélanges de littérature et d'histoire publiés à l'occasion du Jubilé épiscopal de Mgr. de Cabrières, t. 1, pp. 543-549). — Revue des Questions historiques, t. LXXIV, p. 603. «Un couvent de Dominicains était avant tout une école de prédication et de sainteté ; et celui de Montpellier ne s’est pas, sous ce rapport, écarté de la règle générale; témoins les hommes éminents par leurs lumières et leurs vertus, qui en sont sortis ; témoin, entre autres, ce Bernard de la Treille que Bernard Gui appelle un docteur fameux, profondément versé dans la doctrine de saint Thomas et dans la connaissance des lettres sacrées » (Quétif et Échard, Script. ord. Prædicat., 1, 432. — Cf. Martène et Durand, Vet. Script., VI, 426); témoin également ces héroïques religieux loués par l’annaliste Bzovius, et dont le plus célèbre est Guillaume Arnaud, l'un des premiers inquisiteurs, chassé de Toulouse par les habitants courroucés contre son ministère, il fut massacré par les Albigeois dans l'insurrection d’Avignonnet, le 29 mai 1242, avec divers de ses collègues: un des massacreurs se vanta de lui avoir coupé la langue avant de l'égorger. (Percin, Monument. Convent. Tholos. Fratr. Prædicat., p.202 et sq. Cf.Bolland., Acta S.S.maii, VII, 480 sq. — Hist. gén. de Languedoc, t. IH, p.431; Preuves, 112).— Germain, Le Couvent des Dominicains, p. 162 et suiv.
1 Acta capitulorum provincialium. Biblioth., mun. de Toulouse, Ms 490 (I, 273), fo 297 A.
2 De viris illustribus qui floruerunt in conventu S. Jac. Paris. — De viris illustribus seu de monumentis ord. Prædicat. — Daunou, Hist. liltéraire, t. XIX, pp. 104.
3 Quétif et Échard, ibid., t. I, pp. 415, 430. — Félix Lajard, Hist. littéraire, t. XX, pp. 39, 43. — « C'est à lui que revient la pensée du De quatuor quibus ordinem Prædicalorum Deus insignivit, ouvrage substantiel et curieux, repris et complété plus tard par Bernard Gui». (Douais, Acta capil., p. XxxvViI).
4 Quétif et Échard, ibid., pp. 381-434. — Valbonnais, Mém. pour servir à l'Histoire du Dauphiné, t. I, pp. 52, 54. — Victor Le Clerc, Hist. littéraire, t. XX, pp. 251-265.
4 Lu GLS, Aa D OTAASS NA Or Ir Lu “ L 7
Gaillac dans l’Albigeois, qui passe pour avoir mis dans cette même
langue quelques-unes des œuvres de saint Thomas! et dont la biblio-
thèque de Bordeaux conserve 110 co/lationes ou sermones ? ; en 1281, Fr. Pierre Bonhomme , sous-prieur de la maison de Montpellier, proclamé à sa mort chevalier du Christ: Hodie quinquaginta anni sunt completi, quod ego fui ordinatus et factus miles Christi in Ecclesia militantes.
En 1277, Étienne de Salanhac, « l’un des plus pieux disciples de saint Dominique »#, relevant le nombre de tous les maîtres en théologie ne peut réprimer son enthousiasme en constatant qu’ils sont aussi nombreux, à Paris seulement, que les étoiles: Quorum ali fuerunt doctores autentici et solempnes, alù graciosi et famosi prædicatores. Numerum horum et nomina, solus ille novit qui numerat multitudinem stellarum et omnibus eis nomina notat5. Si nous ignorons, pour Montpellier, la plupart des noms de professeurs en droit civil, si surtout leurs œuvres restent méconnues, quelle pléiade de canonistes ayant enseigné ou séjourné à Montpellier, pénétrés d'idées élevées et généreuses, qui caractérisent le génie et illustrent la science de leurs maîtres, saint Thomas d'Aquin et saint Raymond de Pennafort6. Ce sont ces belles âmes, ce sont ces grands esprits qui font la valeur et l'éclat de la Faculté de droit. C’est aussi à un prieur du couvent de la ville qu'est adressée l’une des quatre épîtres de Benoît d’Alignan, l’ancien abbé de Notre- Dame de la Grasse, évêque de Marseille, compagnon, en Orient, de Thibaut, roi de Navarre et comte de Champagne, qui prend l'initiative
1 Catal. des Mss de la Bibliothèque de Bordeaux, t.1, pp. 17 et 112. — Hauréau, Guillaume Bernard ; Hist. littéraire, t. XXXI, pp. 100-104.
2 Hist. littéraire, t. XVI, p. 142.
3 Bernard Gui, Bibl. mun. de Toulouse, Ms 490 ([, 273), f* 44 B. — «Il travaille à l’affaire de la croix, negocium crucis ; les subsides qu'il reçoit pour son travail, c'est l'argent de la croix, pecunia crucis. (Douais, Essai sur l'Organisation des Études chez les Frères-Précheurs, 0) SN
4 Léopold Delisle, Notice sur les Manuscrits de Bernard Gui, ap. Notices et Extraits de Manuscrits, liv. XXVI, 2° partie, pp. 169-457, p 116.
5 Bibl mun. de Toulouse, ibid., f° 36 A. De utilitate studii in ordine Prædicatorum, Ms 4171 (L, 302), f° 436. App. IL. — Douais, Essai, p. 11.
6 Sur saint Raymond de Pennafort, voir ci-dessus, t. If, ch. xxvIr, p. 507.
de faire bâtir, en 1240, le château de Saphet, pour dominer deux cent soixante-dix villages et englober tous les lieux saints de la Palestine; il devait être démoli en 1266. Dans un de ses écrits, le prélat expose la raison de cette fondation et le peu de temps qu'il mit à élever ces énormes constructions dont il précise la dépense et qui témoignent de l'audace et de la résolution de l’époque {.
En 1294, Étienne de Besancon, doctor celeberrimus Parisiensis ?, huitième général des Frères-Prêcheurs, préside, à Montpellier, le chapitre général où est maintenu, comme prédicateur général de l’ordre, le provençal Raymond Ghila, né à Tarascon, dont il reste une série décrits ?: Vir magnæ facundiæ et religionis devotæ, et gloriosus admodum prædicator, et in quo lucebat gratia divina*.
Dans la même maison enseigne, durant trente-cinq ans, Bérenger Notari, neuvième prieur, qu’un excellent juge, Bernard Gui, proclame un maître supérieur 5, ainsi qu'Arnaud du Pré ou du Prat, qui vit en religion plus d'un demi-siècle, de 1255 à 1306, professe les lettres sacrées et profanes à Montpellier et à Toulouse, est l'ami de Clément IV, et à qui on doit l'office du roi saint Louis, canonisé en 12975.
1 De constructione castri Saphet. (Baluze, Miscellanea, édit. in-8°, t. VI, p.357; édit. in-fo,. t. 1, p. 228. — Voir Petit-Radel, Hist. littéraire, t. XIX, pp. 85, 89. — « Dans ce même temps, Gilles de Liège, moine cistercien d'Orval, au diocèse de Tréves, raconte qu’'Albert de Louvain, soixante-troisième évêque de cette ville, élu par le clergé et le peuple, ne fut pas reconnu par l'empereur Henri VI, parce qu'il était frère de Henri de Lorraine. Lothaire de Bonne , s’'empara du siège épiscopal à prix d'argent. Obligé de fuir et de dépister par un travestissement les agents allemands, le prélat légitime se dirige vers Montpellier pour s’embarquer sans doute au port de Maguelone. Prévenu d'éviter la voie maritime, il gagne les sentiers des Alpes pour aller dans la cité éternelle obtenir du pape pleine justice. Fait cardinal, il rejoignait sa ville métropolitaine quand il est assassiné à Reims par sept soldats ». (Petit-Radel, Gilles de Liège ; Voir Hist. littéraire, t. XVIII, pp. 431-435).
2 Martène, Thes. nov. anecd., t. IV, col. 1860.
3 Renan, Hist. littéraire, t. XXVIIS, p. 396.
4 Quétif et Échard, Script. ord. Prædic., t. I, pp. 429-440. — Pio (F. Gio Michele), Delle vita de gli huomini illustri de S. Dominico. Bolog. 1613-1620 , in-f°, part. 2, lib. I, p. 96. — Félix Lajard, Hist. littéraire, t. XX, pp. 266-276.
5 Bernard Guidonis, Priores in conventu Tholosano, Bibl. mun. de Toulouse, Ms 490 (I, 273), f° 121. — Martène, Thesaurus anecdotorum, t. IV, col. 1860. — F. Lajard, bid., pp. 267, 216.— Douais, Essai, p. 33.
6 Quétif et Échard, Script. ord. Prædic., t. 1, p. 499. — Bernard Gui, Hist. franc., Bibl. nat., Ms 5486, pp. 202, 213, 323. — Martène, Ampliss. Collect., t. VI, p. 463. — Thes. anecd.,
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Comment ne pas signaler encore deux illustres Frères-Prêcheurs. Bernard de Castanet et Bernard Gui, qui, par leur origine, leurs études, leur ministère, se rattachent à l’Église de Maguelone et à ses Écoles.
Bernard de Castanet était né à Montpellier’. Grand jurisconsulte, mandé par Innocent V auprès de Rodolphe de Habsbourg, roi des Romains?, en tête de la promotion de cardinaux faite par Jean XXII, il devait mourir évêque du Puy, mais après avoir occupé le siège d'Albi, où il entreprit l'édification de la cathédrale Sainte-Cécile, à pic sur les rives du Tarn, la mieux conservée des églises fortifiées, type imposant de l’architecture méridionale de la fin du xir° siècle.
Pour cette œuvre magistrale, il renonce, pendant vingt ans, ainsi que son chapitre, au vingtième de ses revenus. Lettré non moins qu'artiste, il forme une riche collection de manuscrits qu’il lèguera aux Dominicains de Toulouse, et qui est aujourd’hui le plus précieux fonds de la Bibliothèque municipale *.
Bernard Gui, « dont le nom appartient à l’histoire des lettres autant qu’à l'histoire de l’Église »5 était originaire du Limousin. Après avoir
L. LV, Col. 1845-1859. — Hist. littéraire, t. XXI, p. 176; t. XXII, p.129.—F. Lajard, Hist. littéraire, t. XX V, p.240. — Douais, Essai, p. 33. — « Dans les deux provinces de Provence et de Toulouse, on voit les centres d'études pour la‘logique et la philosophie naturelle sé multiplier graduellement; puis, quand ces studia artium et ces sfudia naturatium ont fonctionné un certain temps, le chapitre s'occuper d'y relever le niveau de l’enseignement. D'abord, chaque couvent peut envoyer un étudiant à chacun de ces sfudia, puis ce fut deux et enfin trois. Les couvents de Montpellier et de Toulouse eurent le privilège d'en envoyer quatre, puis cinq. Pour la théologie de même. Primitivement le prieur de chaque couvent désignait lui-même les étudiants de théologie : à partir de 1270, ce fut le chapitre. Nous devons à ce progrès les longues énumérations d'étudiants qui sont dans les actes capitulaires et à l’aide desquelles il est possible de dire jusqu'à quel chiffre leur nombre s'élevait. Ceux-là seuls qui avaient déjà suivi les leçons de théologie pendant deux ans et avec fruit étaient admis à entendre l'enseignement donné dans les deux Écoles de Montpellier et de Toulouse (Chapitre provincial de 1270. tenu à Montpellier, &bid., f° 325 B. Douais, {bid., p. 36, Bibl. mun. de Toulouse, Ms. 490 (1, 213), f° 388 À, 465 B, 453 À, 207).
4 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, ch. xix, p. 582. — JHist. gén. de Languedoc, t. III, p. 143; édit. Privat, t. IX, p. 307.
2 Potthast, Regesta Pontificum, n°s 2105 à 2107.
3 Hist. gén. de Languedoc, t. LL, p. 8; édit. Privat, t. IX, p. 17.
à Ibid., p. 39; édit. Privat, p. 86. — Sur Sainte-Croix et Sainte-Cécile d'Albi, voir d'Auriac, Hist. l'Église d’Albi, et Crozes, Monographie de la Cathédrale d'Albi, 4° édit.
$ Léopold Delisle, Notice sur les Manuscrits de Bernard Gui, ap. Notices el Extraits de Manuscrits, liv. XXVIL, 2 partie, pp. 169-457, p. 176.
fait profession de foi religieuse entre les mains d'Étienne de Salanhac, il termine ses études théologiques à Montpellier en 12891. Clément V lui confie les plus hautes missions près des princes et des rois, qu’il remplit en ne cessant de travailler pour la paix des peuples et la gloire de l'Église. Promu au siège de Lodève, modèle des évêques, après avoir été celui des moines, travailleur incomparable, d’une activité dévorante, l’un des principaux érudits du Moyen âge, le plus 1mportant des hagiographes, il embrasse dans ses compilations les vastes horizons de l'Humanité, et compose vingt-six ouvrages, quelques-uns très volumineux ?. La multiplicité des manuscrits, surchargés de notes, d'additions et de remaniements, révèle, avec la conscience de l’écrivain, ses efforts et ses scrupules pour parfaire son œuvre*.
Les Frères-Mineurs ne peuvent rester plus étrangers que les Frères- Prêcheurs aux Écoles. Quand saint François d'Assise trouvait sur ses pas un lambeau d'écriture, ne se baissait-il pas pour le ramasser avec respect, ce qu'il pouvait contenir de bon ne provenant que de Dieu ? Émules, non rivaux, les deux ordres ne cessent de s'exciter à la charité en se transmettant d'âge en âge le baiser de paix qu’avaient échangé leurs fondateurs ÿ.
1 Léopold Delisle, Notice sur les Manuscrits de Bernard Gui, ap. Notices et Extraits de
Manuscrits, 1iv. XXVII, 2€ partie, p. 174.
2 Ernest Martin, Hist. de Lodève, t. II, pp. 388 à 425 note 5. — Douais, Essai, p. x. — Citons comme principaux ouvrages: Chronique universelle depuis Jésus-Christ jusqu'en 1330; —
Chronique abrégée des Papes ; — Chronique des Empereurs; — Chronique des rois de France CCCCXIX à MCCCXXXI ; — Description des Gaules ; — Chronique des comtes de Toulouse; — Catalogue des évêques de Limoges; — Catalogue des évêques de Toulouse ; —
Cartulaire et Chronique de l'Église de Lodève ; — Santoral où Miroir des Saints, qui contient dans le manuscrit conservé à Toulouse une vie de Bernard Gui, dont François Bosquet, évêque de Lodève, envoya une copie au P. Labbe pour sa Nova Bibliotheca; — Traités sur les soixante-douze disciples et sur les apôtres auxquels fait allusion Eusèbe, à la fin du premier livre de son Histoire ecclésiastique. Bernard Gui ne conteste pas la tradition de l’apostolicité des Gaules. (Léopold Delisle, 4bid., p. 99, etc., etc.). — Dans l'Histoire de Lodève par Ernest Martin, Mile L. Guiraud consacre un chapitre entier, étonnant de critique et d'érudition, aux Ouvrages lodèvois de Bernard Gui reconstitués : Étude sur leurs sources et leur portée (t. II, note v, pp. 398-426). 4
3 Ernest Martin, 50ëd., t. II, ch. 1v, p. 74.
4 Hilarion Felden, Geschichte der Wiessenschaftichen studien im Koncorden (1904).
5 De pace fratrum nostrorum et minorum monemus et rogamus et consulimus quod priores nostri el fratres nostri diligentissime attendant quod fratres Minores corde, ore et opere