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Originaire des plaines de l'Ombrie, ayant pris naissance au pied des collines toscanes, alors bruissantes des légendes et des mélodies populaires, l’ordre séraphique ne sépare pas le culte du beau de la religion du vrai, l'enthousiasme mystique de l'adoration raisonnée. Ses œuvres toutefois tiennent moins du syllogisme que de l’extase. Plus préoccupé de prières et d’aumônes que d’apologétique et de science, il se trouve moins fait pour les controverses.
C’est saint Antoine qui le forme à la discussion publique et lui donne le prestige de sa parole, retentissante comme la trompette et le tonnerre du Sinaï!.
Les Frères-Mineurs, nous l'avons vu, avaient à Montpellier un de leurs principaux établissements. Jean Lafon y est lecteur et compose sur le Livre des sentences de Pierre Lombard un commentaire imprimé vers 1472, dont 1lne reste que deux exemplaires, l’un à la Bibliothèque municipale de Montpellier, l’autre à la Bibliothèque impériale de Moscou ?.
Né à Lisbonne en 1195, saint Antoine appartenait à la plus haute aristocratie du pays. Entraïné de bonne heure vers la vie religieuse, il entre, à quinze ans, au couvent des Augustins de Santa Cruz de Coïmbre et, pendant huit ans, se livre avec passion à l'étude des saintes Écritures et des Pères de l’Église. Homme d'action, véritablement apôtre, il va au Maroc avec le secret espoir d'y trouver le martyre; mais, à peine débarqué, il tombe malade et doit, en 1225, regagner sa patrie. Il se fait alors entendre au Puy, à Limoges, à Bourges, surtout à Montpellier, où l'on place la tradition du psautier perdu et retrouvé sur les bords du Lez.
ubique diligant et honorem in omnibus in quantum in eis est pacem habentes. Si quis contra hoc facere attentaverit, gravissime puniatur. (Chapitre des Frères-Prêcheurs 1236, art. 35, ap. Martène, Thesaurus anecdot., t. IV, col. 1676). — Voir Lacordaire, Vie de saint Dominique, p. 133.
1 Sancti Antonii de Padua, Vitæ duæ quarum altera hactenus inedite edidit et commentario illustravit Leon de Kernal. Paris, Fisbacher, 1904, in-8° de x1v-314 p. — Conrad de Mandach, Saint Antoine de Padoue et l’Art italien. Préface de M. Eugène Muntz. Paris, 1899, gr. in-8° de 1v-368, p. 4 à 1. — Revue des Questions historiques, t. LXXII, p. 571.
2 Fratris Johannis lectoris in Montepessulano compendium librorum sentenciarum quatuor in modum conclusionum sentencialiter compositum. Incunable acheté par notre ami, M. Gaudin, bibliothécaire de la ville de Montpellier, Haim, 7,225.
3 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. H, ch. xt, pp. 16-11.
Rentré en Italie, 1l se fixe à Padoue et il y attire dans les églises et sur les places publiques des auditoires évalués jusqu’à trente mille âmes !. | En méditant sur les maux de l'Humanité, il s'intéresse surtout aux misères du peuple sur lequel 1l étend ce regard empreint d’une tendre pitié, symbolisé dans ces célestes apparitions de la Vierge et de l’enfant
Jésus, d'une grâce naïve et d’un charme pénétrant, qui sont la marque
spéciale des maîtres italiens et flamands, de Giotto et de Fra Angelico à Van Dyck et à Riberra. :
Il existait encore à Montpellier d'autres maisons que celles des Frères Majeurs et des Frères-Mineurs, toutes foyers d’études sacrées, comme celles des Carmes et de la Merci.
Dans la première se tiennent les quatre chapitres généraux de 1277 1287, 1321 et 1369. Pierre de Milhaud, prieur général pendant vingt
ans, préside les chapitres généraux de 1277 et de 1287 ?, ce dernier’.
particulièrement célèbre par l'ordonnance qui substitue au costume bigarré de brun et de blanc le manteau blanc *, changement commémoré dans la quatrième partie de leur Miroir, en reconnaissance du bienfait obtenu, ce jour-là, par la faveur de la Sainte-Vierge et du Saint-Siège #.
Afin d'assister à celte importante assemblée, l'anglais Guillaume de Sandwich, définiteur de la province de Terre-Sainte , ‘auteur de la Chronicon de multiplicatione ordinis Carmelitani per Syriam et Palestinam, descend du Mont Carmel et vient exprès à Montpellier 5.
C'est au couvent de cette ville qu’appartiendra Jacques de Ahrweiller, étudiant à Paris, de 1323 à 1326, lecteur de sentences à Cologne, en 1327, définiteur provincial, en 1847, prieur de Kreugnach, évêque de Croa, suffragant de Spolèlo, et qu'il ne faut pas confondre avec Croza
1 Conrad de Mandach, Saint Antoine de Padoue, p. 9.
2 Hist. littéraire, t. XIX, pp. 128-199.
3 Daniel, De la Vierge Marie. Speculum Carmelitanum, t. 1, pp. 24, 26, 260, 299. — Cosme de Villiers, Bibl. Carmelitan., t. Il, col. 550-552. — Vintimiglia, Hist. chronol. prior. gener.
4 Petit Thalamus, p. 340. — Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, t. IL, p. 327.
5 Specul. Carmelitan., t. [, pp. 35, 38, 164; t. IT, p. 590. — Victor Le Clerc, Pierre de Milhaud ; Hist. littéraire, t. XX, pp. 514, 515.
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en Épire, suffragant de Durazzo, mort en 1378, et inhumé dans la chapelle conventuelle de Malines, au devant du maïître-autel!. La
maison des Carmes? fournira, en 1428, six régents à l’Université?. L'ordre de la Merci, dont Jayme [* fut un des promoteurs et le montpelliérain Guillaume de Bas le second général #, a été illustré par
Dominique Serano, insignis academiæ Parisiensis et Montispessulani
Juris utriusque doctor et cathedrarius®, Jérôme Dumont, remarquable docteur en théologie et en droit, et Nicolas Peretz, treizième général de l’ordre, qui, lors du grand schisme, jouera un rôle considérable. L'École de droit y tenait ses classes et, le jour de Sainte-Eulalie, patronne de l'Espagne, le recteur s’y rendait en grande pompe, pour entendre la messe et le sermon. Il s'y trouvait « joignant ledit couvent une belle
haulte tour carrée, ou estoit la cloche de l'Université des loix... soubs
troys belles salles des estudes des droits pour lire, qu'il y avoict d’entre la porte du Peyrou et le couvent de Sainte-Eulalye » 5. Ranchin qui a vu cet édifice, antérieurement à la démolition par les Réformés, en 1562, ne craint pas d’en parler comme d’une œuvre considérable, opus certe magni laboris et artificu, affabre ædificatum ?.
4 Guillelmus de Sauniaco, definitor provinciæ Sancliæ Speculum Carmelitanum. t. I, p. 592, n° 2614. — Bullarium Carmelitanum, t. I, p. 31. — Ann. Carmelit., t. IV, ad ann. 1289, p. 44".
2? Hist. gén. de Languedoc, édit. Privat, t. IX, pp. 128, 129. — De Ursmer Berliere , Les Évéques auxiliaires de Cambrai aux xim° et x1v° siècles, ap. Revue bénédictine de Maredsons, 20° année, n° 3. Juillet 1903. pp. 263-265.
3 Hist. du Concile de Constance, liv. IV, p. 311. — Germain, Hist. de la Commune dé Montpellier, t. II, p. 228.
4 Voir ci-dessus, t. Îl, ch. xr, pp. 14-15.
5 Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, t. II, p. 325.
6 petit Thalamus, p. 353. — Turrim ecclesie Heulalie in qua campana dicte Universitalis studii est apposita seu appensa. (Publication des lettres de sauvegarde de Charles IV le Bel en faveur de l’Université de droit de Montpellier, 8 février 1336. — Vidimus des privilèges
de l'Université par le bayle de Montpellier, 31 mars 1410. (Cartulaire de l'Université de
Montpellier, t. 1, Appendice). — « Je pense qu'il faut rapporter à la décadence des Écoles particulières et à l'établissement d’un enseignement public la construction de la célèbre tour distincte du clocher. (L. Guiraud, Recherches topographiques sur Montpellier, p. 208. — Cf. du même, Les Fondations du pape Urbain V, t. I, p. 119. — Vue de Montpellier en 15.
* 1 Stephan. Ranchin, Miscellan. decis juris. Lyon, 1580. Præfat. — Germain, Le Couvent des Frères-Précheurs ; Mém. de la Société archéologique de Montpellier, fac-simile d’un plan du
> xyrie siècle. T. IV.
Non moins que les abbayes bénédictines, tous ces monastères, celui des Frères-Prêcheurs surtout, forment un vrai monde : cour au centre, jardins autour, chapelle grandiose comme une cathédrale. Pour y assurer le recueillement, le Pape défend parfois de les construire à moins de deux cents pas des murs de clôture, ce qui oblige à les cantonner dans les faubourgs'. Les constitutions de l’ordre imposent la plus grande simplicité, mediocres domos et humiles fratres nostri habeant? ; elles vont jusqu'à en limiter la hauteur à vingt pieds pour les édifices ordinaires, à trente pour l’église*. Mais comment ne pas étendre les dimensions avec l'augmentation des réligieux ? En vain inflige-t-on des pénitences aux prieurs et aux moines qui enfreignent la sévérité des règles. Ne faut-il pas loger le nombreux personnel, suffire à tous les services ? Ces grands édifices témoignent d’ailleurs d’une puissante organisation, et la magnificence en est moins dans la richesse que dans la justesse des proporlions, où rien n’est sacrifié au luxe, et dont la sévérité des lignes relève l'ampleur. N'est-ce pas l’époque où l’on bâtit ces merveilles architecturales, d’une géométrie parfaite, secundum veram geometriam, où l’art rationnel est l’exaltation de la foi, dont les maîtres ès œuvres sont Albert-le-Grand à Cologne, Pierre de Montereau à Paris, Fra Sisto
et Fra Ristoro à Florence # ?
4 Bull. Ord., 1, 253 et 254. — Pacis ac tranquillitatis, 5 et 18 octobre 1257. — Mortier, Hist. des Maîtres généraux, t. I, p. 569.
2 Annal. Ord. 1896, p. 646.
3 Jbid., Constit. de saint Raymond de Pennafort, 1897. — Mortier, ibid., p. 569.
4 Normanque ædificandi secundum veram geometriam ædificantibus dedit. (Rodolphe de Nimégue, Legenda magni. 1490). — Marchese, Memorie dei più insigni pittori, p. 18. — Mortier, ibid., t. I, p. 572.
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Les Facultés constituées en Université
* A la différence de l'antiquité, le christianisme prodigue l’enseignement au peuple. — Il ne sépare
pas l'instruction de l’apostolat. — Écoles épiscopales et monastiques. — Conciles. — Capi-
tulaires. — Alexandre III proclame la liberté et la gratuité de l'enseignement. — Honorius I,
Grégoire IX, Innocent IV, Urbain IV. — Facultés de médecine, de droit, des arts. — Sciences,
Vincent de Beauvais et Roger Bacon. — Les Universités. — Celle de Paris modèle de toutes. — Troubles de 1229. — L'Université dissoute reconstituée par un ancien professeur de :
Montpellier. — Dès 1242, Montpellier possède une Université per consuetudinem. — La rue
Bona-Nioch. — Les Frères Prêcheurs. — Sfudium solemne.— Studium generale. — Chapitre
de 1278. — Bulle constitutive du 26 octobre 1289. — Célébration du V[° Centenaire en 1890. —
Action de Guillaume Durand. — Montpellier ville polyglotte. — Premier docteur en droit en
1293. — Sceau de l'École de droit. — Guillaume de Nogaret professeur de 1288 à 1294. Homme
d'affaires plutôt que juriste. — Différend de Boniface VIII avec Philippe le Bel. — Les
__ Universités de Paris et de Toulouse adhèrent à la consultation contre le Pape. — Celle de
= Montpellier, comme la commune, reste fidèle au Saint-Siège. — Les Juifs en Languedoe.
— Le rationaliste Moïse Maimonide excommunié par ses coréligionnaires. — Ses partisans.
— Profatius. — Le grand rabbin interdit l'étude des sciences profanes. — Les rabbins de
Barcelone n’autorisent pas celle de la philosophie avant trente ans. — Universités de maîtres.
— Universités d'étudiants. — Universités « basties en hommes ». — Leur indépendance et leur
- esprit libéral. — L'Université de France, loi du 18 mai 1806 et décrets des 17 mars 1808 et
15 novembre 1811. — Les anciénnes Universités avaient pour base la gratuité et la liberté.
— Preuves irrécusables : bulle d'Alexandre HI (1171). — Déclaration de Guillem VII pour
la médecine (1181). — Statuts de 1339 pour le droit.
Sic est voluntas Dei, ut benè facientes obmutescere faciatis imprudentium hominum ignorantiam. (S. Petri Epist. IT, v. 45).
Cuique idoneo liceat scholas regere. Ne aliquem probum et litteratum virum regere scholas, ubi voluerit, aliqua ratione prohibeant, vel interdicere qualibet ratione præswmant. (Lettre d'Alexandre III à l’archevêque de Reims, 1171). ;
La barbarie, même aux jours les plus sombres du Moyen âge, ne cessa
. d’êtreéclairée des rayons du christianisme, Quand saint Jérôme s'enfuit,
Have désert, dans les solitudes brûlantes de la Chalcide, n'emportant
que ses livres, mort au monde, squelette vivant, ne mangeant que du
pain, ne buvant que de l’eau, non moins cicéronien qu'apôtre, il se
rassasie de la moelle des grands auteurs de l'antiquité, auxquels il
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voudrait ouvrir les portes du ciel, et qu’il aime à se figurer près du Christ, ainsi entouré des beaux esprits dont il savoure l’éloquence et la poésie, et qu'il essaie de faire servir à la défense des vérilés entrevues par leurs génies.
L’antiquité, au contraire, n'avait guère aimé la science qu’en égoïste, comme l’avare son trésor. Elle n'eut jamais la pensée, encore moins l'intention, d'en faire profiter l'Humanité‘. Comme les philosophes du xvir° siècle, aussi dédaigneux du peuple que contempteurs de la religion, elle refusait l'instruction aux pauvres pour en réserver le privilège aux riches?. Ses écoles, interdites au vulgaire, n'étaient destinées qu'aux enfants à même de payer les leçons des maîtres ?..
1 Frédéric Ozanam, La Civilisation au ve siècle, Leçons 8 et 21. OEuvres complètes, t. I, pp. 261 et 275. LÉ
2 La Chalotais, ami de Voltaire, se plaint, en 1763, du trop grand nombre d'écoles publiques et gratuites : « N°’y a-t-il pas trop d'écrivains, trop d'académies, trop de collèges ! Le peuple même veut étudier : des laboureurs, des artisans envoient leurs enfants dans les collèges des petites villes. Les Frères de la doctrine chrétienne, qu'on appelle ignorantins, sont survenus pour tout perdre. Ils apprennent à lire et à écrire à des gens qui n’eussent dû apprendre qu’à dessiner et à manier le rabot et la lime, mais qui ne veulent plus le faire. Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s'étendent pas plus loin que ses occupations ». (La Chalotais, procureur général du parlement de Bretagne, Essai d'un plan d’études pour les collèges, 1163, in-12). — En félicitant La Chalotais d'avoir, dans son Essai d'éducation nationale, défendu l'étude aux laboureurs à qui le foin conviendrait mieux que les livres, Voltaire ajoute : « Moi qui cultive la terre, je vous présente requête pour avoir des manœuvres et | non des cleres tonsurés » (11 février 1163. (Cte de Fontaine de Resbecq, Hist. de l'Enseignement ù avant 1789, dans les communes qui ont formé le département du Nord. Paris, Champion, 4818). — J.-J. Rousseau avait écrit dans son Émile: «Le pauvre n'a pas besoin d'éducation. Celle de son état est forcée; il ne saurait en avoir d'autre » (Liv. I). — Les plus grands ennemis de l'Égiise, les proscripteurs de l’enseignement religieux ne peuvent s'empêcher de proclamer les bienfaits du clergé. C’est ainsi que le protestant F.:. Buisson, rapporteur à la Chambre des députés de la loi contre l'enseignement congréganiste écrit, en février 1904 : « Il n'est possible à personne d'oublier le rôle considérable des congrégations enseignantes au. Moyen âge et même après la Renaissance, dans la vieille société française. Elles remplissent une des plus grandes pages dans l'histoire de la civilisation. Pendant plus de mille ans il n'y a presque pas eu d'enseignement dans le monde chrétien qui n'ait été donné par l'Église et principalement, sinon exclusivement, par lesordres religieux. Les Frères des Écoles chrétiennes ont été, pendant trois quarts de siècle, non seulement associés, mais incorporés à l'Université : ils ont pris quelque chose de son esprit, qui n'est pas sans parenté avec celui de l'homme admirable qui fut leur fondateur; ils ont suivi nos programmes, ils les ont quelquefois devancés ». Et voilà pourquoi on a supprimé toutes les congrégations, celle des Frères surtout!
$ Greg. Tur., Hist., lib. VI, SS xxx vi, xxxix; lib. VIII, $ xx. — Sur la vulgarisation des sciences et le degré d'instruction du clergé, voir bid., lib. IV, S$ xx1v, xLvir ; lib. X, S$ XIII, XXIX.
Fidèle à la mission de son fondateur, îte et docete Ÿ. le christianisme ne sépare pas l’enseignement de l’apostolat. Il en fait l'apanage de tous sans exception et convie les plus humbles à recevoir le pain de l'esprit comme les aveugles, les boîteux et les mendiants à s'asseoir au festin de l'Évangile. Interrogé par ses disciples, le Sauveur n’a-t-il pas dit? «Les aveugles voient, les boîteux marchent, les morts ressuscitent. Est-ce tout? Non, retenez ceci: Les pauvres sont évan-
gélisés »?. |
À chaque page de l’histoire, on rencontre des moines évêques, comme Grégoire de Tours, Fortunat, Rémy de Bourges, à la fois historiens, poètes et liturgistes , qui maintiennent la tradition des belles lettres, l'intelligence des textes, le goût des classiques. Au vi° siècle, le clergé étudie dans le Satyricon de Martianus Capella, écrivain africain du v’, qui devait demeurer longtemps populaire, les arts libéraux, les sept sciences comme dit Grégoire de Tours : grammaire, dialectique, rhétorique, géométrie, astronomie, arithmétique, musique. Au vi, le moine grec, Théodore, le Philosophe, devenu primat d'Angleterre, y accrédite les langues anciennes. A la même époque, saint Adelme, d’origine saxonne, parle grec, imite Virgile et compose un ouvrage de droit romain*.
Au xr1° siècle, Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, n'a pas de meilleur délassement que de s’enfoncer dans la solitude du val noir, sous les hautes futaies dont ne subsisie plus que le tilleul d’Abélard dans le jardin desfmoines, en se disant, avec Horace :
Mihi jam non regia Roma Sed vacuum Tibur placet, aut imbelle, Tarentum*.
4 S. Matth., ©. XXVIII, v. 19. — Montalembert, Les Moines d'Occident, liv. XV, ch, 5, t. V, pp. 30, 35. |
2S, Matthieu, c. XIV, v. 4 et 5. — Matth., XXII, 20; Luc, X,16; Marc, XVI, 15 et 16.
3 Frédéric Ozanam, La Civilisation au v' siècle, Leçons 8 et 21. OEuvres complètes, t. [, pp. 264 et 315. — Montalembert, ibid., liv. XVI, ch. 1, t. IV, pp. 202-221.
4 Horace, Ep., lib. 1, vir.
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Et pour qu'on ne taxe pas d’oisiveté cette retraite, il s'applique les
paroles du poèle :
Me doctarum ederæ præmia frontium Dis miscent superis ; me gelidum nemus !.
S'il n'ajoute pas secernunt populo, c'est qu’il reste toujours d'esprit et de cœur avec ses frères. Arrivé toutefois à l'évocation des nymphes et des satyres, le bon religieux s'arrête? et, voulant se faire pardonner ses réminiscences d’humaniste, il constate que l'hymne pour la fête de saint Benoît est pleine d'erreurs ; il en compose aussi une nouvelle, qui est, du reste, un modèle de poésie sacrée, dès lors adoptée et encore en usage dans la hiturgie bénédictine®.
La décadence romaine et l'invasion barbare ayant plongé les peuples dans l'ignorance, la science et les arts n’obliennent d’abri que dans les presbytères et les couvents. Ainsi, dit Guérard, «1l serait injuste de dire que le clergé avait plongé et retenu les peuples dans l'ignorance et dans l’abrutissement, car lorsqu'ils en sortirent ils se trouvèrent moins barbares qu'au moment où 1ls y étaient entrés »#.
Les collèges druidiques n'étaient accessibles qu'aux initiés ; les écoles épiscopales, presbytérales et monastiques sont ouvertes à tous. Romains et barbares, libres et esclaves, riches et pauvres, sans distinction, sont tous appelés à recevoir également leur part du trésor des connaissances humaines. C'eût été un crime de négliger le moindre enfant puisque l'Église a charge d'âmes, et des humbles non moins que des nobles.
Le 1n° concile de Vaison, en 529, prescrit au clergé de vaquer à l'instruction de la jeunesse ecclésiastique 5. Le vi de Constantinople
1 Horace, Carm., ode I. ,
? Opera Patr. lat., lib. IV, ep. 29, 30.
3 Bibl. clun., pp. 600, 658. |
4 Guérard, Cartulaire de Notre-Dame de Paris, Prologue, LIV. — En 1862, l’évêque de Pérouse, Mgr Pecci, depuis le pape Léon XII, protestait contre le préjugé que l'Église tient à laisser ses enfants dans l'ignorance. (OEuvres pastorales, t. I, p. 18). — Revue des Questions historiques, &. LXXV, p. 576.
5 Ut omnes, presbyteri, qui sunt in parochiis constituti, secundum consuetudinem, quam per totam Italiam satis salubriter teneri cognovimus, juniores lectores quantoscumque sine
LES FACULTÉS CONSTITUÉES EN UNIVER SITÉ 329
| en Fes l'établissement, même dans les villages, d'écoles gratuites !. = Celui de Cliffe ou Cloveshou en Angleterre, en 747, veut en rendre la
fréquentation obligatoire?. | « Que les prêtres, ordonne Théodulphe | évêque d'Orléans, sous
Charlemagne, tiennent des écoles dans les bourgs et les campagnes ; et si quelqu'un des fidèles veut leur confier ses petits enfants pour leur faire étudier les lettres, qu’ils ne refusent point de les recevoir et de les
instruire: mais qu'au contraire ils les enseignent avec une parfaite charité, se souvenant qu’il a été écrit: Ceux qui auront été savants brilleront comme les feux du firmament, et ceux qui en auront instruit plusieurs dans les voies de la justice luiront comme des étoiles dans toute l’Éternité »?.
Le premier devoir de l’évêque est, en effet, de nourrir son troupeau de science et de vérité: Dabo vobis pastorem juzxta cor meum et pascet vos scientia et doctrina +. Saint Grégoire le Grand exige de tous les aspirants au sacerdoce ou simplement à la vie religieuse, qu'ils sachent
“ : hre et écrire’. En 823, Louis le Débonnaire rappelle aux prélats leur
engagement de fonder des écoles partout où 1l n’y en aurait pas, et
l’année suivante, le concile de Paris leur fait un devoir de les entretenir7. En 826, le pape Eugène II veut qu'il v it dans tous les évêchés, et
même dans toutes les paroisses, des maîtres capables d'enseigner les
arts libérauxS. Le einquième et dernier concile de Montpellier, en 1258,
uxore habuerint, secum in domo ubi ipsi habitare videntur, recipiant, et eos quomodo boni patres spiritaliter nutrientes erudite contendant. (Labbe, SS. Concil., L. IV, col. 1679, can. 1).
4 Decreverunt ut episcopi, abbates atque abbatissæ.. studeant et diligenti cura provideant, ut per familias suas lectionis, studium indesinenter in plurimorum pectoribus versetur… Proinde coerceantur et exerceantur in scholis pueri ad dilectionem sacræ scientiæ, ut per hoc bene eruditi inveniri possint ad omnimodam Ecclesiæ Dei utilitatem. (Labbe, ibid., t. VE,
- col. 4515, can. vii).
2 Bergier, Dict. de Théologie, 2° édit., verbo : École. 3 Capitul. de Théodulphe, évêque d'Orléans. — Voir Constitution de Léon XHII, 8 mars 1881 4 Jerem., IIT, v. 15.
5 Greg. Tur., Hist., lib. VILLE, $ xv. — Ozanam, Dante, Discours préliminaire, p. 28. . 6 Baluze, Capitularia regum Francorum, L. I, col. 684. 1 Ibid., col. 1137.
8 Ann. Ord. S. Benedicti, t. I, p. 505. — Cf. Concil., édit. Sirmond, t. IH, p. 25. — Labbe
ibid., col. 674.
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interdit à tout évêque de conférer la tonsure à aucun clerc sans s'être préalablement assuré de son instruction ‘. L'Église ne cessera de poursuivre l'ignorance comme le plus grand des maux, suivant l'expression de Benoît XIV, celui-là même qui approuva les statuts des Frères des Écoles chrétiennes, dont Léon XIII a canonisé le fondateur, saint Jean-Baptiste de la Salle.
Arbitre de l’enseignement, elle le rend obligatoire pour les clercs; en
le prodiguant partout au peuple, gratuitement, 4 tous les degrés, elle.
consacre et propage le respect, le culte, on pourrait dire, le fétichisme des classiques?. Elle sauve ainsi les sciences et les arts qu’elle abrite à l'ombre des clochers #. La Renaissance sera moins enthousiaste que les évêques el les docteurs des siècles catholiques, d’Homère et de Platon, d’Aristote et de Virgile. L'Église pratique cette haute culture intellectuelle que le concile de Trente imposera au clergé comme l'éclat de l’esprit humain, splendor litterarum.
La société chrétienne constituée, les écoles ne cessent, en dépit des invasions et des guerres, de se multiplier, gratuites et publiques; dans les paroisses, pour l’enseignement primaire, dans les évêchés, pour l'enseignement supérieur“. Les fils de princes s’asseoient à côté des fils de paysans ou vilains: les étudiants pauvres sont entretenus dans des collèges ou hospices, avec les revenus des biens ecclésiastiques. Les plus humbles par la naissance, au dire de Charlemagne, éclipsent même
1 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. IH, ch. x1x, p. 407. 2 Bède, IF, ann. 664. — Montalembert, Hist. des Moines d'Occident, liv. XI, ch. vaux, t. UE, p. 319. ;
3 « L'instruction est un besoin de l'homme; elle est surtout un besoin de la société. Et nous ne pratiquerions pas les institutions religieuses qui sont comme les canaux par lesquels les idées d'ordre, de devoir, d'humanité, de justice coulent dans toutes les classes de citoyens! La science ne sera jamais que le partage du petit nombre; mais, avec la religion, on peut être instruit sans être savant; c’est elle qui enseigne, qui répand toutes les vérités utiles à des hommes qui n’ont ni le temps ni les moyens d'en faire la pénible recherche. Quand il n’y aura plus de religion, il n’y aura plus ni patrie ni société pour des hommes qui, en recouvrant leur indépendance, n'auront que la force pour en abuser ». (Portalis, Rapport sur le Concordat).
# Dan. XII, 3. — Theod. Cap., XX. — Ut scholas ipsi habeant in quibus fidelium parvulos gratis erudiant. (Baunard, Théodulphe, évêque d'Orléans, p. 60).
les fils des meilleures familles! dès le 1x° siècle, l’empereur Lothaire : proclame dans un édit que l'indigence n’est plus une excuse d'ignorance?. Les premiers des intellectuels, Albert le Grand et saint Bonaventure notamment, ne dédaigneront pas de composer des livres populaires. biblia pauperum. |
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L'Église de Dieu doit, comme une tendre mère, pourvoir aux besoins corporels et spirituels des indigents, et assurer aux enfants pauvres la
faculté d'apprendre à lire et de poursuivre l'étude des lettres ; aussi
veut-elle que chaque cathédrale ait un maître chargé d’élever les clercs et les écoliers pauvres, «car celui qui vend l'instruction ne mérite aucun
bénéfice »?. A Maguelone, c’est l'évêque Godefrid lui-même qui fait la
classe et, paraît-il, avec succès.
1 « Que votre dévotion sache que, de concert avec mes fidèles, nous avons jugé utile que,
dans les évêchés et les monastères confiés par la faveur du Christ à notre gouvernement, -on prit soin non seulement de vivre régulièrement et selon notre sainte religion, mais encore
d'instruire dans la science des lettres, et selon la capacité de chacun, ceux qui peuvent apprendre. Car, quoi qu'il soit mieux de bien faire que de bien savoir, il faut savoir avant de faire ». (Baluze, Capitul., t. [, col. 201. — Guizot, Hist. de la Civilisation en France,
22e leçon, t. Il, p. 187). — « Un jour, raconte le moine de Saint-Gall, Charlemagne voulut prendre connaissance des cahiers des écoles. Ceux de moyenne et de basse condition Iui
présentèrent des compositions et qui passaient toute espérance. Les fils des grands, au contraire, n'eurent à produire que des travaux dénués de valeur. S'adressant alors aux premiers: «Je vous loue, mes enfants, dit l'empereur, de votre zèle à remplir mes intentions et à soigner vos propres intérêts. Continuez, et c’est pour vous que seront les riches évêchés et les magnifiques abbayes, et je vous tiendrai toujours pour gens considérables à mes yeux». Tournant ensuite son visage irrité contre les élèves négligents : « Quant à vous, fils des
principaux de la nation, vous, enfants délicats et gracieux, vous avez négligé mes ordres et
le soin de votre avancement pour vous abandonner aux jeux et à la molesse. Mais, par le Roi des cieux, que d'autres vous admirent, je ne fais, moi, nul cas de votre naissance et de
votre beauté. Sachez et retenez bien que, si vous ne vous hâtez de réparer votre négligence
passée, vous n'obtiendrez jamais rien de Charles ». (Mém. de Saint-Gall, Liv. 1, Guizot, Collect. de Mém. relatifs à l'Histoire de France, t. I, p. 175).
2 Ozanam, La Civilisation au ve siècle, 8e leçon, t. I, p. 261.
3 Quoniam Ecclesia Dei, et in hiis que spectant ad subsidium corporis, et in hiis quæ ad profectum veniunt animarum , indigentibus sicut pia mater providere tenetur ; ne pauperibus, qui parentum opibus juvari nor possunt, legendi, et proficiendi opportunitas
subtrahatur , per unamquamque ecclesiam , ut per unamquamque cathedralem ecclesiam magistro qui clericos ejusdem ecclesiæ, et alios scholares pauperes gratis doceat aliquod competens beneficium præberetur assignetur. (Décret du I: Concile de Latran, Canon xt,
1179. — Labbe, Sacr. Concil., Œuvres complètes, t. X, col. 1518). & « Au xre siècle, en Languedoc, il étoit tout commun de voir des Écolâtres ou Capiscoles, eomme on les nomme encore aujourd'hui dans ces parties méridionales de la France, qui
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En 1138, le concile de Londres proclame la gratuité de la licence. Le 20 octobre 1170-1172, Alexandre III interdit aux évêques de faire payer aucun examen *.
* Ce grand pape, défenseur des communes lombardes contre le césarisme germanique, dont nous avons plus d’une fois signalé les mérites, et particulièrement cher à Maguelone, où il vint à deux reprises ?, formule le 15 juillet suivant, dans une lettre à l'archevêque de Reims, le double principe de la liberté et de la gratuité de l’enseignement. La science, étant un don de Dieu, ne saurait être l’objet d’un commerce; chacun doit avoir le droit de la prodiguer, et à qui bon lui semble, sans s’exposer à en être privé sous un prétexte ou pour une raison quelconque , cuique idoneo liceat scolas regere*. Libéralisme bien digne du généreux pontife, proclamé par Voltaire un des bienfaiteurs de
enseignoient publiquement. Godefroi, évêque de Maguelone, prenoit lui-même soin d'enseigner dans l’école de son Église, et il paroît qu’il s’en tiroit habilement ». (Hist. littéraire, t. VIX, p. 43). — Cf. Gall. christ., t. VI, col. 745.
{ Concile de Londres 1138, can. 16. — Du Boulay, t. II, p. 153. — Jaffé, Regesta, n° 11925.
2 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. 1, p. 274; t. III, pp, 491, 496.
3 Alexander papa III Remorum archiepiscopo: Dilectus filius noster abbas Sancti Petri de Montibus, transmissa nobis relatione monstravit, quod magister scholarum Catalaunensis ecclesiæ in terra jam dicti abbatis sibi scholarum magisterium vendicat, et nullum per abbatem ibi regere scholas permittit. Unde, quoniam, cum donum Dei sit scientia litterarum liberum debet esse cuique talentum gratis cui voluerit erogare; fraternitati tuæ per apostolica scripta mandamus, quatenus tam abbati, quam magistro scholarum præcipias ne aliquem probum et litteratum virum regere scholas in civitate vel suburbüiis, ubi voluerit, aliqua ratione prohibeant, vel interdicere qualibet occasione præsumant. Non enim debet venale exponi, quod munere gratiæ cœlestis acquiritur : sed gratis debet omnibus exhiberi, ut impleatur quod scriptum est : Gratis accepistis, gratis date. Verum licet idem magister scholarum , illud sibi forte in civitate ipsa obtentu pravæ consuetudinis vendicet. (Datum Tusculani, idibus Julii). (Labbe, Sacr. Concil., t. X, col. 1278). — Jaffé, Regesta Pontificum, 2e édit., 12,096). — Qu'il nous soit permis de remercier ici Son Éminence, le cardinal Luçon, archevêque de Reims, qui a bien voulu rechercher pour nous le texte de cette bulle qu'un récent auteur (Louis Boutié, Paris au temps de saint Louis, p. 64) attribuait à Alexandre IV dont nous avions en vain dépouillé les actes. — Séatuentes ut vos, libere et cujuslibet contradictione cessante, liceat vires viros honestos a literatos pro voluntate vestra gratis ad scolas ibidem regendas ordinare et ponere compositionem etiam sicut rationabiliter. (Bulle d'Alexandre III, kalendes d'octobre de 1172 à 1180 dans l'ancien catalogue, de 4177 dans le nouveau ; Arch. départ. de la Marne, Dépôt de Châlons, H, 564, fonds de l’abbaye Saint-Picrre aux Monts). — Nous devons ces renseignements à Mgr. Sevin, évêque de Châlons, que le cardinal Luçon avait daigné consulter à notre intention.
É à LES FACULTÉS CONSTITUÉES EN UNIVERSITÉ 329 Re. l'Humanité ! et qui, en condamnant le servage des chrétiens, rêvait de ss les affranchir de l’ignorance, la pire des servitudes !
4 SRE Mais si la liberté est un droit, elle n’est une garantie ni de la capacité à te du maître n1 de la diffusion de l’enseignement. Alexandre III exige aussi Ê des professeurs qu'ils soient licenciés et il leur interdit de réclamer ou De d’extorquer aucune rétribution?. Ces conditions lui paraissent tellement ë RE essentielles qu'il ne cesse de les proclamer en toute circonstance et d’en 1 | assurer le respect par la sanction de peines canoniques.
% Le 27 octobre 1174, il écrit au cardinal Pierre de Chrysogone pour be rappeler et dénoncer à la vindicte ecclésiastique les membres du clergé qui enfreindraient ces prescriptions dont la violation lui paraît et dé- % raisonnable et une indignité *. Le 19 mars 1179, le rt concile de Latran 1 ee À décide de conférer des bénéfices à tout maître qui enseigne gratuitement
pauvres et clercs, sauf à les lui retirer s’il abuse de cette prérogative
HN pour interdire aux autres même faculté #. Il promulgue un canon, inséré
4 Voltaire, Essai sur les Mœurs, ch. LXXXIHII, Ke 1454 ? Odoni magistro (ecclesiæ scholarum) Bituricensi cancellariam asserit eique indulget, ne quis doctoris officium in villa Bituricensi, nisi ab. ipso prius licentia fuerit expetita, qualibet levitate audeat exercere, ila tamen ut ab iis, qui docere vel legere voluerint, nullum omnino pretium exigatur. (Loewenfeld., Epistolæ , p. 202). (Jaffé, Regesta, n° 13,119). — É M. l'abbé Hurault, directeur du grand Séminaire de Châlons, nous écrit que, dans cette ville, : existaient, au xrr° siècle, trois écoles : l'école-cathédrale (grandes écoles), l’école monastique \ de Saint-Pierre ou des Bons-Enfants, la collégiale de Notre-Dame en Vaux, tenue par les K chanoines. Celle-ci nous est précisément connue par une bulle d'Alexandre III: Atfendentes quam indignum sit et obvium rationi pro scholarum regimine pretium exigi, et volentes è illam gravem consuetudinem, secyndum quam in quibusdam Ecclesiis gallicanis scolæ pretio Æ solent exponi prorsus evellere : ad ipsam consuetudinem extirpendam fratrum et coepis- Re: coporum nostrorum duximus sollicitudinem advocandam; ut artem ac vobis pro scolarum : regimine pretium non valeat exigi, aucthoritale vobis apostolica duximus indulgendum ut 4 singulis vestrum qui periti sunt et honesti licitum sit sine contradictione alicujus et exac- E% tione pecunie regere scolas. Sub interminatione anathematis prohibentes ne quis a vobis ‘ pro scolarum regimine pretium exigere vel extorquere presumet. (Datum Anagniæ 10 kalendas maii).— Cette bulle que nous ne trouvons pas mentionnée dans Jaffé a été imprimée dans ‘Topographie de Champagne: Historique de l'Église Notre-Dame en Vaux, par L. Grignon, d'après un texte de la Bibliothèque nationale (Châlons, Thouille, 1885). 3 Magistri scholarum, si aliis scholas regendas commiserint, prohibemus ne propter hoc
nn quicquam ab eis exigant; quod si fecerint ecclesiasticæ vindictæ subjaceant. (Litteræ He d'Aleæand. III, ap. Martène, Ampliss. collect., t. I, col. 130 et 853). — Il y a, paraît-il, erreur 2 d'une année: il faut 4115 et non 1174. (Revue des Questions historiques, L. XIX, pp. 515, 558). # IIIe concile de Latran, 41179, cap. xvur. — Jaffé, Regest. Pontif., n° 12,397. — Migne, Patrol. lat., t. II, col. 993. — Hist. littéraire, L. XIV, p. 235.
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dans les décrétales de Grégoire IX, sur la nécessité formelle.de ne rien exiger pour la licence et de la concéder à qui en serait digne‘. Vers la fin du xu° siècle, l’évêque du Mans, Hamelin, sur le conseil du légat Gualon, déclare que les chanoines allant étudier à Rome ou à Paris, à Orléans ou à Bologne, à Salerne ou à Montpellier ne perdront pas leurs revenus *.
Au xr1° siècle, Innocent III et Grégoire [X, pour augmenter le nombre des maîtres, interdisent de refuser’la licence d'enseigner aux candidats
qui en auraient l'aptitude. Alexandre IV reconnaît aux élèves le même
droit qu'Alexandre III aux maîtres: Ubicumque voluerint, lectionibus vel prædicationibus audiendis, sive quæstionibus disputandis libere valeant interesse#. Clément IV et Boniface VIII dispenseront de la résidence
les bénéficiaires qui suivraient les cours des Universités, même de
celles où l’on enseigne principalement le droit civil; etils ordonneront d'accorder à leurs clercs sept années pour leur permettre de se livrer à l'étude des lettres 5. Engelbert, archevèque de Cologne, inflige une amende de douze marcs aux parents des enfants qui n'iraient pas à l'école, où l’on apprend à lire dans l’alphabet et le Psautier, à écrire,
! Du Boulav. Hist. Univ. Paris., t. I, p. 211. — Pro vero licentia docendi, nullus omnino prætium exigat, vel sub obtentu alicujus necessitudinis ab his qui docent aliquid quærat, nec docere quemquam qui sit ydoneus, petita licentia liceat, interdicat. Qui vero contra hos venire præsumpserit, ab ecclesiastico fiat beneficio alienus. Dignum quippe esse videtur. ut in Ecclesie Dei fructus laboris sui non habeat qui cupiditate animi, dum vendit docendi licentiam, ecclesiarum profectum mititur impedire. (Decret. Greg. IX, lib. V, cap. 1}. — Féret, Les Origines de l’Université de Paris; Revue des Questions historiques, t. LIL, p. 352.
? Gallia christ., t. XIV, col. 390. — Cartul. du chapitre d'Arras, Bibl. nat., Ms. latin 9930, f° 7. — Tardif, Les Officialités, p. 10.
3 Gregor. IX, Décretal., lib. V, t. V, cap. 1, 11, 1v (édit. d'Anvers, in-f°, 4573). — Cf. Potthast, Regesta, n°° 819, 1870, 1875, 2908, 2947, 4499, 9619, 10064, 10736, etc.
! Insuper slatuimus, ut Scholares omnes, tam religiosi de prœlatorum suorum licentiæ Parisiis gratia studii quandolibet commorantes, quam etiam sæculares, ubicumque voluerint, lectionibus vel prædicationibus audiendis, sive quæstionibus disputandis, libere valeant interesse. (Sirmond , ap. Labbe, . X,, col. 1278). — Quoniam Ecclesiam Dei sicut pia mater providere tenetur, ne pauperibus qui parentum opibus juvari non possunt legendi et proficiendi opportunitas subtrahatur per unamquamque cathedralem Ecclesiæ magistro qui clericos ejusdem et scholares pauperes gratis doceret,competens aliquod beneficium præbetur. (Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. IE, p. 555).
5 Tardif, Hist. des Sources du Droit canonique, liv. V, ch. 1m, p. 331.
d’abord sur la cire puis sur le parchemin, à calculer enfin et à chanter. Chaque prieuré à ainsi ses maîtres ; chaque monastère son école; ch aque métropole son collège?. Comme à la Sorbonne, il y a deux enseigne-
ments, l’un, à l’intérieur , réservé aux membres de la communauté. l’autre, publie, pour tous ceux qui veulent en profiter®. Clerces et religieux rivalisent partout pour l'éducation du peuple, ainsi que plus tard en
Amérique pour l’affranchissement des noirs #. Dans toutes les communautés, les étudiants sont logés, nourris et
traités gratuitement 5; comme à l abbaye de Salzbourg où on lisait sur
la porte cette inscription :
Discere si cupias, gratis quod quæris, habebis$.
1 Jansen, Geschichte der deutschen wolkseit den ausgang der Mittelaiters, Fribourg en Brisgau, 1876-1881. — Voir les Statuts provinciaux d'Utrecht en 1278, 1306 et 1362, ap. H. y Schmitz, Das Volkes chalvesen im Mittelalters. — Les Évêques populaires au Moyen âge,
Francfort-sur-le-Mein, 1880. — En France , au commencement du xvi° sièele, or ne ren- contrait guère de paysan qui ne sut ni lire ni écrire correctement. (Journal Le Français,
12 juillet 1884). | 3 Voir R. P. Bernard, L'Enseignement élémentaire en France aux xre et xni° siècles. Paris,
Retaux, 1894. — Georges Bourbon, La Licence d'enseigner et le Rôle de l’Écolätre au Moyen
âge, ap. Revue des Questions historiques, t. XIX, pp. 519 et suiv.
8 In Sorbond scholæ duæ theologicis eæcitationibus dicatæ, altera interior, altera exterior ; hæc sita in vicinia quotidianis professorum lecturis disputationibusque licentiarum omnibus præter illam famosissimam, quæ dicitur. Sorbonica. (Héméré, Sorbonæ origines, disciplina viri illustres). — Bibl. nat., Mss. lat., 5493 xt, f° 84. — Gréard, Mes Adieux à la vieille Sorbonne, p. 48.
4 De nos jours, aux États-Unis, tandis que la classe blanche méprisait les noirs qu'elle déclarait indignes et incapables de l'instruction, les prêtres et les religieux ouvraient partout pour les gens de couleur des écoles près des églises, comme pour prouver que l'instruction ést le prélude et le couronnement de la foi. En 1866, les quarante-sept évêques du concile
de Baltimore insistèrent sur la nécessité de créer de nouveaux collèges et de nombreuses
classes paroissiales. Au lieu de vaines déclamations sur l'égalité des races, le clergé l'affirmait, en façonnant le cœur des nègres pour le relever de sa dépravation et lui inculquer le sentiment de sa dignité. En les traitant comme des frères, il condamnait la servitude. Égal du blane à l'église, à l'école, devant la loi, le noir pouvait demeurer au-dessous du blanc par son abaissement, le surpasser par son mérite et le travail. On voit bientôt des écoles dirigées par des hommes de couleur, comme, au Moyen àge, les fils des rois avoir pour précepteurs de simples serfs ». (Voir Revue générale de Brurelles, Avril 1867, pp. 43-50; De l'Éducation
des peuples dans les anciens États à esclaves).
ë Bolland., Acta Sanctor. Jan., t. 1, p. 60.
5 Migne, Patrol. lat., 1. 101, pp. 757, 768. — Voir Maître, Les Écoles monastiques de
d'Occident.
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Les moines ayant défriché le sol de l’Europe, sauvé les trésors des lettres et des arts, le clergé de tout ordre prépare l’affranchissement des serfs ; les corporations ouvrières fondent les communes et érigent les cathédrales, vrais monuments du peuple, élevés par lui et pour lui ! |
Mais l’Église ne se contente pas de développer les études; elle personnifie, avec le génie et le travail, l’élite de l'intelligence et les plus grandes œuvres de l’esprit humain. Elle ne reste étrangère à aucune connaissance profane. Dès le vi‘ siècle, Bède le Vénérable, au delà de la Manche , comme Cassiodore en Italie et saint Isidore en Espagne, Bède, sacré par Léon XIII Père de l’Église, et qui fut en même temps celui de l’histoire d'Angleterre, le fondateur même de l'histoire du Moven âge, Bède fait l’étonnement et l'admiration de son époque par son génie encyclopédique, l'étendue et là variété de ses connaissances qui remplissent quarante ouvrages «sur l'astronomie et la météorologie, la physique et la musique, la philosophie et la géographie, l’arithmétique et la rhétorique, la grammaire et la versification , sans omettre la médecine et sans dédaigner de descendre jusqu’à l'orthographe et la -numération » !. Voilà pourquoi les papes couronnent l'édifice de la chrétenté par les Universités, les Universités qu'ignora l'antiquité, qu’on chercherait en vain chez les nations étrangères à l'influence de l'Évangile, qui n'apparaissent même en Allemagne qu’au milieu du x1v° siècle, que le nouveau monde envie à l'ancien et prétend lui emprunter à coup de mulliards , que la Révolution à néanmoins supprimées en France, et dont la loi du 10 juillet 1896 n’a rétabli que le titre sans leur rendre l'autonomie n1 la vie, parce qu'elles restent toujours officielles.
Cependant Phistoire des Universités n’a été entreprise que de nos jours. Un allemand de race française, de Savigny, en a exposé la
diversité des origines et la variété des constitutions ?, mais il n’est guère
{ Montalembert, Les Moines d'Occident, t. V, p. 62. — La traduction que Bède avait faite de saint Jean est malheureusement perdue. (Giles, of Bède, p. 1).
? Bologne (1111), Paris (1200), Oxford (xn1° siècle), Valence (1209), Naples (1224), Padoue (1228), Toulouse (1233), Rome (1245), Salamanque {1255), Coïmbre (1270), Montpellier (1289),
remonté aux sources que pour l'Allemagne, etil s’est arrêté, pour l'Italie, aux statuts imprimés au xvli° siècle ; pour la France, où il ne s'occupe que de Paris, il s’en rapporte à l'ouvrage de Du Boulay‘, et restreint ses recherches à l’enseignement du droit et à la biographie des légistes. Il était réservé à un Frère-Prêcheur, le Père Denifle, directeur des archives vaticanes, d’édifier un ouvrage composé tout entier sur des textes originaux et inédits de France et d'Italie, de Hongrie et de Pologne, d'Allemagne et d'Angleterre , d’Espagne et de Portugal, monument de critique et d’érudilion, dont les bases demeurent inébranlables ?, auxquelles ajoutent chaque jour de nouvelles assises les registres des papes et les archives locales, comme celles de Montpellier.
Au moment où la monarchie prend conscience de son rôle et révèle sa
mission de faire la grandeur de la France, alors que l'affranchissement des communes donne un singulier essor à l'esprit d'indépendance et à
Lisbonne (1290), Avignon (1303), Orléans (1312), Cambridge (1318), Cahors (1332), Pise (1345),
Valladolid (1346), Prague (1348), Florence (1349), Cracovie (1364), Vienne (1365), Heidelberg (1386), Cologne (1388), Leipsig (1409). — Nous ne mentionnons pas les universités secondaires comme celles de Grenoble (1322), transférée à Valence en 1454, d'Angers (1364), et d'Orange (4365). — De 1309 à 1377, les papes d'Avignon ne os pas moins de six universités françaises.
1 Geschichte des rümischen Rechts im Mittelalter, 1826-1831. 2 Denifle, aus dem predigerorden unterarchivar des hl. stuhles, Die Universitäten. Die entstehung des Universitäten des Mittelalters bis 1400. Berlin 1885, pp. IX, X, XI, XI. — « L'honneur d'embrasser simultanément, par un effort puissant, l’histoire générale des Universités médiévales, de poser les vraies questions et de résoudre les principales était réservé, de nos jours, à un membre de cet ordre des Frères-Prêcheurs qui, au Moyen âge, compta tant de docteurs et, dans l'Université, tant d'ennemis. L'érudition du Père Henri Denifle, dominicain, sous-archiviste du Saint-Siège, est vaste et sûre et son impartialité sans reproche. Le Conseil général des Facultés de Paris a confié à ce moine le soin de publier, sous ses auspices, le Cartulaire de l'Université de Paris ». (Uh.-V. Langlois, Les Universités, ap. Questions d'Histoire et d'Enseignement, p. 4). — « Les Studia generalia, les Universités sont, avec les Parlements
politiques, une des grandes institutions élaborées, au Moyen âge, qui caractérisent la civilisation:
moderne et qui la différencient de la civilisation antique. La forme et le contenu en ont changé
bien des fois au cours des siècles, mais les idées essentiellement médiévales qui les ont fait.
|: naître,n ‘ont pas cessé d’être vivantes. Examens, degrés académiques, cours réguliers d° études
corporations de maitres et d”° étudiants, voilà des choses que l'antiquité n'a pas connues, qui Sont nées au xure siècle, et qui ne disparaîtront pas de sitôt. L'idée fondamentale d'où ces choses dérivent que les maitres et étudiants doivent s'associer, vivre, trav ailler ensemble, a ses racines dans les habitudes et dans les sentiments des hommes du Moyen âge ». (Ch.-V. Langlois, Les Universités, ap. Questions d’Ilistoire et d'Enseignement, p. 11).
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l’œuvre de l’enseignement, que l’hérésie et la guerre albigeoise ravagent le Languedoc, la ville de Montpellier ne songe qu'à étendre son commerce, à consolider ses libertés, à développer ses Écoles ‘. En 1217, le pape Honorius III demande à l'Université de Paris des maîtres pour le Midi?. En 1287, le concile de Béziers, pour réagir contre le règne de l'ignorance, ordonne aux couvents d’en désigner également pour apprendre aux enfants la grammaireÿ.
En cettemême année, Grégoire IX, l'adversaire des puissants, comme l'empereur Frédéric IL#, le plus perfide ennemi de l'Église, se fait, au contraire, l’ami, le patron des humbles, le promoteur et le protecteur des Universités. Pour assurer, en cas de disette, l’existence de celle de Toulouse, ce pape interdit l'exportation des vivres. En 1245, Innocent IV remercie le seigneur, les consuls et le peuple de Montpellier de leur bienveillance pour les Écoles f. Urbain IV, élève de l’Université de
‘ «Montpellier, au moment le plus critique du Moyen âge, est une commune où le développement moral, le développement intellectuel et le développement politique marchent de pair, une commune à la fois chrétienne, démocratique et savante, type remarquable de l'alliance alors si générale du catholicisme avec la lumière et la liberté! On y voit ce que peuvent les institutions catholiques pour le progrès régulier de la science et de la démocratie. La commune de Montpellier s’est distinguée, au Moyen âge, entre toutes les autres parce qu'elle a été profondément et fermement catholique. En demeurant fidèle à l'Église, unique source de la vraie civilisation, elle a sauvé, grandi ses vrais intérêts. Cette fidélité fit sa force et sa sloire; elle lui épargne de plus grands malheurs et leur procure de grands biens; elle lui valut la conservation de son existence individuelle et originale, en face d’une conquête irrésistible ». (Germain, Hist. de la Commune de Montpellier, t. 1, p. 208).
? Chartul. Univ. Paris., n° 25, t. I, p. 83). — Monemus per apostolica scripta mandantes quatenus illuc aliquid ex vobis accedant qui causam Dei agentes examino, prædicationi et exhortationi vigilantes existant. (Raynaldi, Ann. eccl., ann. 1217, n° xLIX, t. 1, p. 458. — Revue des Questions historiques, t. IX, p. 428).
# Raynaldi, ibid., ann. 1233, Lvur, t. I, p. 94. — Ut in monasteriis sint magistri, qui grammaticam doceant minores. (Concile de Béziers, 1233. Labbe, t. XI, col. 438). — « C'est la même pensée qui fait stipuler par le légat, dans le traité de Paris de 1233, l'établissement Le
l'Université de Toulouse ». (D'Achery, Spicilegium, t. I, p. 605).
4 Voir ci-dessus, Hist. de Maguelone, t. I, ch. x, xt, pp. 44, 16.
> Arch. Vat. Reg. Gregor. IX, an. 7, lettre 67, t. 17, fo 14. — Fournier, Statuts et Privilèges des Universités francaises, t. T1, p. 507.— Voir du même: bulles des 30 avril et 20 juillet 1233, 28 février et 3 avril 1234, d’Innocent IV, d'Urbain IV et Clément IV des 11, 19 et 22 septembre 1245, 20 septembre 1264 et 27 avril 1265, toutes en faveur de l'Université de Toulouse. (Fournier, ibid., pp. 506-598).
5 « Les écoles épiscopales avaient frayé la voie aux Universités ». (Tardif, Hist. des Sources du Droit canonique, p. 186). — Lavisse, Hist. gén. de l'Europe, L. I, p. 252. — Denifle, Chartul.
Paris, réserve pour les gradués les dignités ecclésiastiques. Il ajoute aux privilèges des professeurs, fussent-ils Juifs comme la plupart des médecins de Montpellier: il ne tend qu'à encourager les efforts et à protéger les institutions, d'autant plus confiant et libéral que l'unité du dogme et la fixité de la hiérarchie n’ont à redouter ni la diversité des méthodes n1 la contradiction des systèmes !.
Le 13 septembre 1317, Jean XXII recommande au roi de France, Philippe V, les envoyés de l'Université?. Le 1° octobre 1336, Benoît XII charge l’évêque de Maguelone de remédier aux désordres et aux abus dont se plaint à lui l'Université, wériusque juris Studii generalis, en dénonçant les exigences des docteurs qui réclament cent gros tournois d'argent ?. En 1362, les crateurs et les membres de l'Université, oratores et oves pascue, supplient Urbain V, dès le lendemain de son élection, de sauver les écoles qui, sans son intervention, ne manqueraient pas de disparaître puisque le nombre des étudiants est tombé de mille à deux centst.
Ainsi évêques et moines, conciles el papes ne reculent devant aucun effort pour conserver les lettres et développer l'instruction. Comment ne pas admirer cette paseion du Moyen âge pour la science qu'il exalte même comme la puissance dominante, et adore comme une divinité? Voilà pourquoi, sur le haut relief du grand portail de la cathédrale de Bourges, le Christ est représenté, ayant à ses côtés les anges et les élus;
au-dessous, rangés hiérarchiquement, les saints en prière et les savants
Univ. Paris., Introd., p.1x; p. 88, note 31. Cf. p. 78, n° 70; p. 15, n° 16; p. 98, n°41; p. 99,
n° 42, p. 136, n° 19. — Gréard, Adieux à la Vieille Sorbonne, pp. 11 et 12.
1 Bulles des 31 mars, 15 mai, 3 et 22 juin 1262, 9 janvier, 19, 27, 31 mars, 4 et 14 mai, 29 août,
26 décembre 1263, 28 mars, 26 mai, 22, 26, 28 juin, 11 juillet 1264. (Denifle, Chartul. Univ. Paris., n°° 315-404).
2 Ambassatores eosdem benigne recipias et petitiones eorum ex quibus augeri debeai Universitatis ipsius ad te devota fidelitas, quantum decuerit et licuerit, clementer admittas. (Cartulaire de l’Université de Montpellier t. I, n° 3%, p. 235).
He Quod quidam abusus, ex cupiditatis radice procedens, in dicto Studio inolevit, videlicet quod doctores ejusdem Studii,… centum grossos Turonensium argenti exigunt.…. Cum igitur sacris canonibus sit inhibitam ne pro docendi licentia aliquid exigatur et multo amplius inhonestum existat. (Ibid., t. 1, n° 62, p. 294).
4 Rouleau de suppliques en cour de Rome pour les membres de l'Université de Montpellier: 24 novembre 1362. (1bid., t. [, n° 119, p. 450).
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plongés dans la lecture, mais primant tous les rois, couronne en tête et l’épée à la main. Cette religion de la science s’allie au respect de toutes les opinions, et le culte des maîtres, même profanes, ne gêne en rien l'indépendance et l'originalité de la pensée ‘. Dans la bulle de fondation de l’Université de Louvain, du 19 décembre 1425, Martin V proclamera comme premier devoir du Saint-Siège de «dissiper les ténèbres de l'ignorance, d'étendre et d'encourager de tout son pouvoir les scrences de tout genre qui renouvellent pour loutes les classes les germes de prospérité » 2.
Nous avons vu que la médecine, le droit et les arts constituaient des facultés ; quant aux sciences proprement dites, à moins de se confondre
avec l'astronomie et l’alchimie, elles forment le complément des cours
1 «L'Église craignait si peu la philosophie qu'elle l'introduisait dans l'enseignément du cloître. Ces théologiens, si rigoureux en fait d'orthodoxie, si ardents à l'endroit des Albigeois et des Averrhoïstes, s'épuisaient à restituer les textes et le sens d'Aristote. Le mauvais renom de Porphyre et de ses attaques contre l'Évangile ne nuit en rien à l'autorité de ses commentaires demeurés classiques dans toutes les écoles. L'introduction de Porphyre aux Catégories d’Aristote, traduites par Boëce, a fait la base de tout l’enseignement philosophique au moyen âge ». (Voir Cousin, Introduction aux Œuvres d'Abélard).— « Ces moines nourris dans l'étude de l'Écriture sainte et des Pères, qui passaient six heures au chœur, selon la règle de saint Benoît, rentrés dans leurs cellules, y pâlissaient avec amour, avec respect, sur les précieux manuscrits des poètes, des historiens, des orateurs ».(Ozanam, Poëtes Franciscains, Œuvres complètes, t. V, p. 434). — « C'est parmi des moines, au mont Cassin, que j'ai trouvé les plus libres penseurs, les meilleurs patriotes et les esprits les plus éclairés. J'ai eu là, sous les yeux, un bien curieux spectacle : des moines persécutés pour leur manière élevée de penseret de sentir ». (Lettre de Renan à Bersot, 1890. Journal des Débats, 1er novembre 1910). — Comme dit le prince Emmanuel de Broglie de la congrégation des Bénédictins de Saint- Maur, il y avait là «une société internationale dont l'unique lien était formé par un commun amour de l'étude et de l'érudilion... Et les différences d'opinions religieuses et même de religions ne font pas plus d’obstacle que les frontières nationales à ce commerce intellectuel entre tous. II y a un terrain commun où, sans abandonner ses convictions, chacun sait se placer pour profiler du travail des autres ». (Emmanuel de Broglie, Mabillon et la Société de l'Abbaye de Saint-Germain).
? Quid statui conveniat fidelium quorumlibet prospiciamus attentius et qualiter a fidelibus ipsis prof'ugatis ignorantie tenebris illi post Supereminentissimam summi opificis notionem per ejusdem sapientie donum in via mandatorum directi veri luminis pertingant claritatem solertius intendentes eo ad querendum ipsius sapientie alimenta litterarum studia. (x idus decembris MCCCXXV). — Qu'il nous soit permis de remercier son Éminence, le cardinal Mercier, archevêque de Malines, qui a bien voulu faire photographier à notre intention l'original de la bulle que nous n'avions trouvée dans aucune collection.
de logique!. Le pape Clément IV prouve l'intérêt qu'il y attache en se . plaignant à Jayme I°" que l’arithmétique ne soit guère enseignée dans les écoles de sa bonne ville de Montpellier : Si quis vellet legere arithmeticam, quæ nullo forsitan ibi tempore lecta fuit ?. Nous voyons néanmoins, dès le x1° siècle, Jean de Montpellier, astronome et mathématicien, mort vers 1130, composer une géométrie théorique et pratique, où il traite de l’usage du quadrant et essaie de caleuler par les étoiles la distance du soleil: Tractatus quadrantis veteris secundum magistrum Johannem ae Montepeso®. Le développement et l'importance des études scientifiques dans l'Ordre de Saint-François jusqu'au milieu du xin° siècle a même fourni la matière d’un livre considérable#. | Dans son Speculum majus, Vincent de Beauvais cite deux cent 1 cinquante-quatre volumes grecs, latins, arabes qu'il avait pu consulter à la bibliothèque de saint Louis, léguée par ce roi aux Frères-Prêcheurs
de Compiègne, aux Frères-Mineurs de Paris et aux Bénédictins de Royaumont ÿ.
Un poème didactique, daté de 1245, le premier de ce genre écrit en français, résume les données de l’époque sur l'astronomie. [1 comprend
environ 6500 vers octosyllabiques ; encore ce chiffre est-il incomplet à cause des coupures f.
4 Germain, Hist. de l'Université; ap. Cartulaire de l’Université de Montpellier, p. 5. — « Que l'on examine avec soin la formation de la philosophie du moven âge, et l’on se rendra compte que ses erreurs sont dues non pas à ce qu’elle a dédaigné la science positive, mais justement, au contraire, à ce qu'elle est placée dans une dépendance trop étroite d'une science encore imparfaite ». (Carra des Vaux, Avicenne".
2 Martène et Durand, Thesaurus novus anecdotorum, t. IF, p. 603. — Germain, La Faculté ‘des Arts, p. 10. — Lajard, Notions succintes sur divers écrivains ; Hist. littéraire, t. XXI, pt
8 Bibl. nat., Mss lat. 7298, 740%, 7446, 1431. — Lajard, ibid., L. XXI, p. 309.
# P. Hil. Felder, Geschichte der Wissenschaftichen studien im Franzishamerorden bis ein die mitte des XIII Jahrundert, Freiburg, R. Herder 190%, in-8°, x1-557 pages. — Revue des Questions historiques, t. LAXVIT, p. 616.
5 Daunou, Vincent de Beauvais; Hist. littéraire, t. XVIII, pp. 483-481. — L'Académie des Inscriptions et Belles Lettres avait proposé pour 1902 un examen critique des sources de Vincent de Beauvais, pour les trois derniers chapitres de son Miroir historiale, embrassant la période comprise entre 1153-1244. (Revue des Questions historiques, t. LXXV, p. 245).
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Roger Bacon, qui se révèle le précurseur et le prophète de la science moderne , en à l'intuition et en donne la formule dans des ouvrages malheureusement détruits par les Réformés. On lui attribue l’invention de la poudre dont il a fait l’analvse ; il a créé l'optique, en la dotant du télescope et du microscope, en même temps qu'il préparait la réforme du calendrier qu’adoptera Grégoire XII. Il a même annoncé la machine à vapeur el la navigation aérienne, qu’il décrit en termes catégoriquest.
Ainsi ces merveilleuses applications de la statique, de l’optique, de l'électricité, ces inventions dont s'enorgueillit l'esprit moderne ont été
entrevues el annoncées par un de ces religieux mendiants, accusés de
Dont le mille, selon a lorsus Contient mile pas, dont 2, 8 pas tient V près et X dont chascuns pies tient XII poches, en sa lorguor
Tant es la terre longh entor.
(Revue des Langues romanes, t. XXVII, pp. 1-58). — Ce poème a été publié avec beaucoup de soins par M. Daniel Grand, ancien archiviste du département de l'Hérault, avec une étude critique sur le classement des manuscrits de la première rédaction qu’il a collationnés à Cambridge et à Londres, à Oxford et à Stockolm.
1 «Je raconterai quelques-unes des merveilles que recèle la nature ou que l’art a produites. .. On peut construire pour les besoins de la navigation des machines telles que les plus grands vaisseaux, dirigés par un seul homme, parcourent les fleuves et les mers avec plus de rapidité que s'ils étaient remplis de rameurs; on peut aussi faire des chars qui, sans attelage, courront avec une incommensurable vitesse. Il est possible de créer un appareil au milieu duquel un homme assis et faisant mouvoir avee un levier des ailes artificielles, voyagerait comme un oiseau dans les airs. Un instrument long de trois doigts et large d'autant suffirait pour soulever d'énormes fardeaux; il servirait même à tirer des captifs de leur prison en leur permettant de franchir à volonté les plus grandes hauteurs. Il en est un autre au moyen duquel une seule main tirerait à elle des masses considérables, malgré la résistance de mille bras. — On conçoit aussi des machines qui promèneraient sans péril le plongeur au fond des eaux... Ces choses-là se sont vues, soit chez les anciens, soit de nos jours, à l'exception de
l'appareil à voler, dont un savant bien connu de moi, a imaginé le dessein. Et l'on peut.
inventer une multitude d’autres engins et d'utiles artifices, — comme des ponts qui traversent les rivières les plus larges sans pile et sans appui intermédiaire. — Il serait aisé de jeter la terreur dans une ville ou dans une armée ennemie par de subites apparitions. On jugera cet artifice encore plus facile si l'on considère qu'on peut construire un système de verres transparents qui, rapprocheront à l'œil les choses éloignées, ou qui feront fuir les plus proches; ou bien qui, déplaçant leurs images, les montreront du côté qu'on voudra. Ainsi, d'une inerovable distance on lira les caractères les plus fins, on comptera les choses les plus imperceptibles. Les rayons solaires, habilement conduits et rassemblés en faisceaux par l'effet de la réflection, sont capables d’enflammer à une distance voulue les objets Soumis à leur activité. — L'art
a ses foudres, plus redoutables que les tonnerres du ciel. Une faible quantité de matière de